CATILINA, CÉTHÉGUS
CÉTHÉGUS
Catilina, dîs-moi, quel est donc ton dessein.' D'où nait ce désespoir.^ éclaircis ma surprise.
Après avoir formé la plus haute entreprise, Toi-même tu détruis de si nobles projets! Tu trahis Manlius , tes amis , tes secrets !
Ai-rête , Céthégus ; tu me prends pour Tullie : Tes doutes ont blessé l'amitié qui nous lie ; Qu'entre nous désormais ils soient plus mesurés. Mais avant tout dis-moi l'état des conjurés, Et s'il en est quelqu'un qui tremble ou qui balance.
CÉTHÉGUS
Aucun d'eux: nous pouvons agir en assurance. Autour du vase affreux par moi-même rempli Du sang de Nonius avec soin recueilli, Au fond de ton palais j'ai rassemblé leur troupe: Tous se sont abreuvés de cette horrible coupe; Et se liant à toi par des serments divers, Sembloient dans leurs transports àéûer les enfers. De joie et de frayeur mon ame s'est émue. César, le seul César s'est soustrait à leur vue.
César n'a pas besoin de serments avec moi, Et son ambition me répond de sa foi.
Pour toi , que de ma part rien ne devroit surprendre. Qui sur un seul regard auroit dû m'ieux m'eutendrc, Apprends que Manlius vouloit nous perdre tous , Et qu'un moment plus tard c'en étoit fait de nous. Manlius autrefois soupira pour Fulvie ; Corrompu pas ses pleurs, ou par sa jalousie. Le perfide couroit nous vendre à Cicéron; Mais d'un dessein si lâche informé par Céson, Un instant m'a suffi pour prévenir le criuic : Ma main fumoit encor du sang de la victime Quand tu m'as vu paroître au milieu du sénat, Qui pourra, s'il apprend ce nouvel attentat, Croire qu'en sa faveur je l'ai commis peut-être, Et que pour le gagner je l'ai défait d'un traître.