ACTE lY, SCENE III. isçj
Au reste ne crains rien des frivoles récits Dont je viens d'effrayer de timides esprits Qn'il falloit exciter par de feintes alarmes, Si je veux les forcer de recourir aux armes, Nepouvant sans nous perdre armer un seul guerrier Si le sénat tremblant n'eût arnié le premier. Quel triomphe poux moi dans ce péril extrême De le voir pour ma gloire armé contre iui-mtme î Des postes différents faussement indiqués, Oui , selon mon rapport , pourroient être attaqués , Aucun ne me convient ; mais il faut par la ruse Disperser les soldats d'un sénat qu'elle abuse. Prends garde cependant qu'à des signes certains On puisse distinguer nos soldats des Romains. Le palais de Sylla , notre plus fort asile , Pourra seul plus d'un jour tenir contre la ville. Céson, de Manlius devenu successeur. Avec sa légion doit servir ma fureur.
Je ne crains que Rufus. préfet de six ccbortes Pleines de vétérans qui défendent les portes : Rufus n'a de soutien ni d'ami que Caton, Et je n'ai convaincu ni lui ni Cicéi-on. Si Rufus, dont je crains le courage et l'adresse, pénètre les complots où Céson s'intéresse , B-ufus tentera tout , la force ou les bienfaits , Pour regagner Céson, on rompre ses projets; C'est l'unique moven de tromper notre attente: Mais ce péril nouveau n'a rien qui m'épouvante. Les dangers que pour moi j'ai laissés entrevoir, Malgré tant d'ennemis , me flattent de l'espoir Qu'en des pièges nouveaux je pourrai les surprendre. Soit pour s'en emparer, ou soit pour le défendre, Autour de mon palais ils vont tous accourir ; Que ce soit pour ma perte ou pour me secourir, Nos premiers sénateurs viendront le reconnoitre; Cicéron et Caton s'y trouveront peut-être.
i3o C ATI LIN A.
Que ce moment me tarde, et qa'il me serolt doux De pouvoir d'un seul coup les sacrifier tous ! Adieu, cher Céthégus . je vais revoir ïullie.
CÉTHÉGUS
C'est elle qui nous perd.
CATILIXi..
Crois-tu que je l'oublie ?
Te veux , pour l'en punir, employer à mon tour Aux plus noirs attentats ses soins et son amour : Ta, ce n'est point à moi, dès qu'il s'agit d'offense, Que l'on doive donner des leçons de veugcaucc ; De ce soin sur mon cœur tu peux te reposer : C'est aujourd'hui qu'il faut tout perdre et tout oser. Je vais solliciter la défense des portes , Et l'ordre d'y placer de nouvelles cohortes, Sur le prétexte vain de quelque affreux projet Dont je puis £ ^ =ir seul pénétré le secret. Ce n'est pas tout; je veux par Tullie elle-même M'assurer cet emploi , s'il est vrai qu'elle m'aime : Sur ce fatal décret .e vais la prévenir ; C'est de son amour seul que je veux l'obtenir. Dans trois heures au plus le jour va disparoitre : Des postes d'alentour il faut te rendre maitre. Probus ne m'a fait voir qu'un esprit chancelant ; Prévenons les retours d'un conjuré tremblant, Et de la même main songe à punir Fulvie De ses forfaits nouveaux et de sa perfidie. Plus de ménagements , de pitié , ni d'égards : Le feu, le fer, le sang, voilà mes étendards.