‹ Œuvres de CrébillonChapitre 430 sur 502 · ACTE V, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VI

Ramenez-moi du moins l'ennçmi qui m'accable. En vain, pour le chercher, j'échappe à mille bras. Le lâche à ma fureur ne s'exposera pas. Tandis qn'au désespoir tout mon cœur est en proie, Mes cruels ennemis se livrent à la joie. Ce fçr, que je gardois pour leur percer le flanc, !Ne sera plus souillé que de mon propre sang.

TULM E, à part.

Fatale vérité, que j'ai trop combattue, De quel affreux çclat viens-tu frapper ma vue !

(« Catilina.) Écoulez-moi, seigneur, et reprenez vos sens. Qui peut vous arracher ces terribles accents? Si vous êtes vaincu, mon père est donc sans vie.*

CXTILIÎTA.

Eh ! sait-il seulement qu'on meurt pour la patrie.^ Ce n'est pas vous, c'est lui que je cherche eu ces

lieux ; Fuyez, éloignez-vous d'un amant furieux.

Dieux! après tant d'exploits dignes de mon courage, Il ne me restera qu'une inutile rage I Ah! si j'eusse manqué de prudence ou de cœur Te pourrois au destin pardonner mon malheur; Mais que n'ai-je point fait dans ce moment terrible! Et que falloit-il donc pour me rendre invincible? Intrépides amis, digues d'un sort plus doux, Vous êtes morts pour moi, j'ose vivre après vous ! Quoi ! Sylla presque seul, plus heureux que grand

homme.

N'eut besoin que d'un jour pour triompher de Rome; Et moi , triste jouet du perfide Géson , Je suis vaincu deux fois , et par toi, Cicéron ! Quoi ! dans le même instant qu'il faut que Rome

tombe , C'est toi qui la soutiens , et c'est moi qui succombe I Mon génie, accablé par ce vil plébéien,

i38 catili:n'A.

Sera donc à jamais la victime du sien? Après m'avoir ravi la dignité suprême, Ce timide mortel triomphe de moi-même ! Fortune des héros, ce n'est pas sur les coeurs Que l'on te vit toujours mesurer tes faveurs. Que l'on doit mépriser les lauriers que tu donnes. Puisque c'est Cicéron qu'aujourd'hui tu couronnes.' O de mon désespoir vil et foiLle instrument , Tu me restes donc seul dans ce fatal moment ! Mes généreux amis sont morts pour ma défense ; Et, pour comble d'horreurs, je mourrai sans vengeance !

Dieux cruels, inventez quelque supplice affreux, Qui puisse être pour moi plus triste et plus honteux!

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