ACTE I, SCENE II. i5i
Et c'est mon saug qui va sceller leur union.
Votre sang ! aii ! croyez qu'il n'est point de puissance Que jC u'ose braver ici pour sa délense. Eh! quel sang fut jamais si précieux pour nous? Est-il quelque Koniaiu qui le soit plus que vous? Clodomir, il est temps de vous ouvrir mon ame, J"ai va sans ra'ofleuser éclater votre tiamnie ; J'ai souffert sans courroux qu'un amour malheureux Malîjré ma dignité m'entretint de ses reux; Et, cédant saiis effort au peuchaat invincible Qui triomphoit d'un cœur si long-temps insensible, ]VIon devoir contre vous n'a tauiais combattu. L'amour pour vos pareils devient une vertu; Et la vôtre, d'accord avec mon innocence, Ne m'a point fait rougir de ma reconnoissance. .Te ne vous cache point que mes vœux les plus doux Se bornoient à l'espoir de vous voir mon époux ; Mais vous n'ignorez pas que la fierté romaine Jamais dans ses hymens n'admet ni roi ni reine; Qu'étranger, et sur- tout sorti du sang des rois, Notre union ne peut dépendre de mon choix. Parmi tant de malheurs que nous avons à craindre , De celui-ci mon cœur n'auroit osé se plaindre, Si ce cœur, pénétré de vos soins geuereux, N'avoit cru vous devoir de si tendres aveux. C'en est fait, Clodomir, la fortune inhumaine Vient de briser les nœuds d'une innocente chaîne ; Plaignez -moi, plaignez -vous ; mais respectez mon
cœur, Ses regrets, son devoir, sa gloire, et sa candeur. Un rival... (à ces mots ne craignez rien d'tictave, En tyran à mes yeux ne vaut pas un esclave ) En rival plus heureux va causer nos malheurs. Et je n'oserai pins vous donner que des pleurs; J*our la dernière fois écoutez leur langage ;
i52 LE TRIUMVIRAT.
Votre amour n'en doit pas exiger davantage. Le fils du grand Pompée. , . liélas ! que n'est-ce vous î Que j'eusse avec plaisir accepté mou époux ! C'est vous en dire assez, et j'en dis trop peut-être : Adieu. Bientôt Sextus en ces lieux va paroître : Consultez mon devoir... Ali! fuyez, Clodomir ! Quelqu'un vient, et je crois que c'est un triumvir. Mon père vous attend.