ACTE I, SCENE III. i
Du crime audacieux qui sait braver l'orage : Que peut craindre un Romaiu des caprices du sort Ta.'ît qu'il lui reste uu bras pour S" donner la mort? Avcz-vous oublie que Rome est votre mère? Demeurez; imitez l'exemple de mon père , Et de votre vertu ne nous va-itez l'éclat Qu'après une victoire, ou du moins un combat. Ou n'encensa lamais la vertu fugitive, Et celle d'un Ftomain doit être plus active : On ne le recounoit qu'à son dernier soupir ; Son honneur est de vaincre, et vaincu, de mourir: De toute antre vertu rejetez le mensonge ; La mort pour un Romain n'est que la fin d'un songe.
S C E ?s E IV.
Mais Cicéron qui vient vous dira mieux que moi Qu'un grand homme n'est rien s'il ne l'est que pour soi.
c I c t RO X.
Près de voir consommer mon destin déplorable. Et parer de mon nom cette odieuse table,
( i.onirant le tableau des proscrits. ^ Je ne m attendois pas qu'un lâche triumvir Vint m'apporter lui-m. me un ordre de mourir: Hélas ! c'est aujourd'hui tout ce que je désire ; "N ous n'aurez pas besoin , cruel, de me proscrire.
L E PID E.
Rendez plus de justice aux soins d'un tendre ami,
CICÉRON
Eh ! quel antre dessein peut vous conduire ici? Lepide, est-ce bien vous? Quoi ! ce mrme Lcpide Qui s'enorgaeillissoit d'une vertu rigide, •
i54 LE TRIUMTIRAT.
De nos derniers malheurs sacrilège artisan , A mes yeux indignés n'offre plus qu'un tyran !
L Ê PI D E
Cicéron, respectez l'amitié qui nous lie ; La mienne vous révère, et la vôtre s'oublie. Quoi! si savaat dans l'art de lire au fond des coeurs, C'est vous qui des tyrans m'imputez les fureurs! Ah ! de leur cruauté loin que je sois complice , Il n'est point de momentsoù moncœnvn'engémisse.
CICÉRON
Faites moins éclater une feinte douleur Qui ne sert qu'à prouver que vous manquez de cœur: Pourquoi donc vous unir à la toute-puissance Dès que vous n'en pouvez réprimer la licence Wi soutenir un rang qui doit régler vos pas.^ Si votre cœur est pur, vos mains ne le sont pas. Le sang coule à vos yeux, vous n'osez le défendre; C'est vous qui le versez en le laissant répandre. D'Antoine et de César collègue sans honneur, Lorsque vous en pourriez devenir la terreur, A peine vous osez disputer votre tète, Trop heureux en fuyant d'éviter la tempête. Inutile tyran d'un peuple malheureux, Soyez du moins pour nous un tyran courageux; Et si c'est à régner que votre cœur aspire, Sauvez donc les sujets qui forment votre empire. Unissons nos efforts et notre désespoir ; Du sénat expirant ranimons le pouvoir.
Lorsque de Rome en feu les cris se font enteudre. Attendez- vous sa fin pour pleurer sur sa cendre ,** Ouvrez les yeux, Lépide, et revenez à vous ; Rome en pleurs avec moi vous implore à genoux : Devenons tour-à-tour pères de la patrie , Et rendons aux Romains une nouvelle vie : Dussions-nous à la mort nous livrer sans succès , Tfous revivrons tous deux pour ne mourir jamais.