‹ Œuvres de CrébillonChapitre 57 sur 502 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

IDA MANTE, seul.

Enfin, loin des témoins dont l'aspect m'importune, Je puis en liberté plaindre mon infortune; Et mon cœur, déchiré des plus cruels tourments, Peut donc jouir en paix de ses derniers moments. Ciel .'quel est mon malheur I quelle rigueur extrême! Quel sort pour ennemis m'offre tout ce que jaime I Te trouve, en même jour, conjurés contre moi. Les implacables dieux, ma princesse, et mon roi. Pardonnez , dieux puissants, si je vous fais attendre ; Je le retiendrai peu ce sang qu'on va répandre : Mon cœur de son destin nest que trop éclairci. Est-ce pour mes foifaits que vous tonnez ainsi. Dieux cruels.^ Que dis-tu, misérable victime.'' Né dun sang criminel, te manque-t-il un crime? Qu'avoient fait plus que toi ces peuples malheureux. Que le ciel a couverts des maux les plus affreux .** Va , termine aux autels une innocente vie. Sans accuser les dieux de te l'avoir ravie; Et songe, en te flattant de leur choix rigoureux, Que le sang le plus pur est le plus digne d'eux. Pourrois-iu regretter, objet de tant de haine. Quelques jours échappés aux rigueurs d'Erixene? A qui peut éprouver un sort comme le mien, La mort est-elle un mal, la vie est-elle un bien? IFélas! si je me plains, et si mon cœur murmure, Mes plaintes ne sont point leflet de la nature : •le crains bien moins le coup qui m'ôtera le jour. Que le coup qui me doit priver de mon amour. Allons, c'est trop tarder... D'où vient que je frissonne?

Est-ce qu'en ce moment ma yertu m'abandonne?

Hélas ! il en est temps , courons où je le doi ;

Je n'attends que la mort, et l'on n'attend que moi.

Assez sur ses projets mon ame combattue

A cédé...

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