‹ Œuvres de CrébillonChapitre 58 sur 502 · IDA.MANTE · texte numérisé non relu

IDA.MANTE

Quel objet vient s'offrir à ma vue !

Ah! fuyons... mon devoir parleroit vainement, Si je pouvois encore...

É RIXEIT c.

Arrêtez an moment. Vous me voyez, seigneur, inquiète, éperdue; De mortelles frayeurs je me sens l'ame émue. De mou devoir toujours prête à subir la loi , Je courois aux autels , peut-être malgré moi : J'allois voir immoler, dans ma juste colère. Le sang d'Idoménée aux màues de mon père. Qu'ai-je lait ! et de quoi se lialtoit mon courroux! On dit que les effets n'en tombent que sur vous. De grâce, éclaircissez mon trouble et mes alarmes ; D'un peuple qui gémit et les cris et les larmes, Des pleurs qu'en ce moment je ne puis retenir. Tout dans ce trouble affreux sert à m'entretenir.

IDAMANTE.

Il est vrai que le ciel, juste, quoique sévère, Semble enfin respecter la tète de mon père : Sous le couteau mortel la mienne va tomber. Et sous l'arrêt iatal je dois seul succomber. Madame ; trop heureux si la mort que j'implore Appaise le courroux de tout ce que j'adore ! Si je puis désarmer le ciel et vos beaux yeux, Je vais , par un seul coup , contenter tous mes dieux.

ACTEV, SCENEIII. 8i

Seigneur, il est donc vrai qu'une promesse affreuse Vous livre aux dieux vengeurs? Qu'ai-je fait, mal-

lieureuse !

J'ai révélé l'oracle ; et ma funeste erreur A d'un arrêt barbare appuyé la fureur.

Mais pouvois-j'e des dieux pénétrer le mystère, Et croire vos vertus l'objet de leur colère ; !Me défier enfin qu'avec eux de concert J'eusse pu me prêter à la main qui vous perd? Non, seigneur, non, jamais votre fiere ennemie N'auroit voulu poursuivre une si belle vie. Moi, la poursuivre ! hélas! les dieux me sont témoins Que mon cœur malheureux ne hait jamais moins.

Quel bonheur est le mien! près de perdre la vie. Qu'il m'est doux de trouver Erixene attendrie !

É RIX £ x E.

Oui, malgré mon devoir, je ressens vos malheurs; Et ne puis les causer sans y donner des pleurs : Je ne puis sans frémir voir le coup qui sapprcte ; Je ne le verrai point tomber sur votre tête. Je vais quitter des lieux si terribles pour moi ; Mais je n'y crains pour vous , ni les dieux , ni le roi : Non, je ne puis penser qu'avec tant d'innocence On ne puisse du citl suspendre la vengeance.

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