‹ Œuvres de CrébillonChapitre 62 sur 502 · I D A M A NT E · texte numérisé non relu

I D A M A NT E

Désavouez plutôt ces horribles transports; Yoyez-en jusqu'ici l'audace infructueuse, Et revenez aux soins d'une ame vertueuse. De ces dieux , dont en vain vous bravez le courroux , Examinez, seigneur, sur qui tombent les coups. Faut-il, pour attendrir votre amc impitoyable. Ramener sous vos yeux ce spectacle effroyable ? Tout périt ; ce n'est plus qu'aux seuls gémissements Qu'on peut ici des morts distinguer les vivants : Dans la nuit du tombeau vos sujets vont descendre ; Un seul soupir encor semble les en défendre. Seigneur ; et ces sujets , prêts à s'immoler tous , Offrent aux dieux vengeurs ce seul soupir pour vous. D'un peuple pour son roi si tendre, si fidèle, Du saog de votre fils récompensez le zèle. Ces peuples , que le ciel soumit ù votre loi , Ne sont-ils pas, seigneur, vos enfants avant moi.'* Terminez par ma mort l'excès de leur misère; Dans ces tristes moments, soyez plus roi que père : Songez que le devoir de votre auguste rang ?ie permet pas toujours les tendresses du sang ; Versez enfin le mien, puisqu'il faut le répandie : Par d'éternels forfaits voulez-vous le défendre .»'

IDOMÉNÉE

Dut le ciel irrité nous rouvrir les enfers , Dût la foudre à mes yeux embraser l'univers. Dût tout ce qui respire, étouffé dans la flamme. Servir de monument aux transports de mon ame, Dussé-je enfin, de tout destructeur furieux, ^ oir ma rage égaler l'injustice des dieux, - '

crébillo:y. I. 8

86 IDO MENÉE.

Je n'immolerai point une tète innocente.

Ah ! c'est donc trop long-temps épargner Idamante. Après ce que je sais , après ce que je voi , Qui fut jamais, seigneur, plus criminel que moi .•• Chaque moment qui suit votre vœu redoulable Rejette mille horreurs sur ma tête coupable : Complice du refus que l'on en fait aux dieax. Tout mon sang désormais me devient odieux. Disputez-vous au ciel le droit de le reprendre? M'enviez -vous, seigneur, l'honneur de vous le

rendre?

Ah ! dun voeu , qui vous rend anx vœux de votre fils Trop heureux que ce sang puisse faire le prix ! Sans ce vœu, triste objet de ma douleur profonde, Je ne vous revoyois que le jouet de l'onde. Le ciel , plus doux enfin , vous rend à mes souhaits : Puis-je assez lui payer le plus grand des bienfaits? Yenez-en aux autels consacrer les prémices : Signalons de grands coeurs par de grands sacrifices; Et montrez-vous aux dieux plus grand que leur

courroux, Par un présent, seignenr, digne d'eux et de vous.

IDOMÉNEE.

Pour ne t'immolcr pas quand je me sacrifie. Oses-tu me prier d'attenter à ta vie?

Fils ingrat, fils cruel, à périr obstiné, Viens toi-nif'me immoler ton père infortuné : N'attends pas que, toiiché d'une indigne prière, J'arme coutre tfs jours une main inrurtriere; Je saurai, malgré toi, t'ej sauver désormais; Et de ces tristes lieux je vais fuir pour jamais.

IDAMANTE.

Que dite»- vous , seigneur ? et quel dessein barbare...

IDOMÉîyÉE.

N'accusez que vous seul du coup qui nous sépare.

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