ACTE I, SCE>E II
s O PH R O X Y M K.
Il se tairoit en raiu; par le ciel irrité
Sou sileuce, seigneur, sera-t-il imité?
A se taire long-temps pourrez-vous le contraindre ?
Que je piévois de maux ! que vous êtes à plaindre !
lUOMÉXÉE.
Tu me plains: mais, malgré ta sincère amitié. Tu n'auras pas toujours cette même pitié, Quand tu sauras les maux dont le destin m'accable, Et que l'amour a part à mon sort déplorable... Je vois, à ce uom seul, ta virtu s'alarmer. Et la mienne a long-temps craint de- t'en informer. Tu sais que Mérion, à mou retour d'Asie, De sou sang criminel paya sa perfidie : Lorsque je refosois une victime aux dienx, .T'osai bien m'immoler ce prince ambitieux- Qu'il m'en coûte ! sa lille , en ces lieux amenée , Erixene,a comblé les maux d'Idoménée.
Croirois-tu que mon cœur , nourri dans les hasards . N'a pu de d.-ux beaux yeux soutenir les regards ; Et qne j'adore enfin, trop facile et trop tendre. Les restes de ce sang que je viens de répandre.**
SOPHROKYMk:.
Quoi! sçigncur,vousaimez' et, parmi tantde maux...
I DO MÉ X fc E.
Cet amour dans mon ccenr s'est formé dés Samos.
Mérion, incertain du succès de ses armes,
y crut mettre sa lille à labii des alarmes.
Je la vis, je J'aimai ; conduite par Arcas,
Je la lis dans ces lieux amener !*nr mes pas.
Il sembloit qu'une lille à mes regards si chère
Devoit me dérober la tète de son per^.:
Mais Ténus, attentive à se venger de moi,
lit bientôt dans mon coeur céder lamant au roi.
J'immr>lai Mérion ; et ma naissante flamme
En vain en sa faveur combattit dans mon ame :
34 IDOMl^NÉE.
Vénus, qui me gardoit de sinistres amours. De ce prince odieux me fit trancher les jonrs. Que dis-je? dans le sang du père d'Erixene, .l'espérois étouffer mon amour et ma haine. Je m'abnsois; mon cœur, par un triste retour, Défait de son courroux , n'en eut que plus d'amour : Si , depuis mes malheurs , je ne l'ai pas vu naître, En dois-je moins rougir d'avoir pu le connoître?
SOPRRONYME.
Menacé chaque jour du sort le plus affreux, Nourrissez-vous, seigneur, un amour dangereux?
Je ne le nourris point , puisque je le déteste : C'étoit des dieux vengeurs le coup le plus funeste. Que n'a point fait mon cceur pour affoiblir le trait !
IDOMÉNÉE, IDAMANTE, SOPHRONYME, POLYCLETE.
iDo MENÉE, //as, à Sophronyme.
Je vois mon (ils ; laissons cet entretien secret : Je t'ai toot découvert, mon amour et mon crime. Cache bien mon amour, encor mieux ma victime.
(à I<lfitnante.) Que cherchet-vous, mon fîls, dans cette affreuse nuit?
IDAMANTE.
Long-temps épouvanté par un horrible bruit, Tremblant pour des malheurs qui redoublent sans
cesse , Sans repos,tôiijoars plein du trouble qui vous presse. Alarmé pour des jours si chers, si précietxx, .Te vous cherche. Pourquoi détournez-vous lesyenx? Seigneur, qu'ai-je donc fait ? vous craignez ma
présence.