DES SAINTS
(Le 14 août 1693 )
Ce jour, les grand'chambre et tournelle assemblées, les gens du roi sont entrés, et Me Henri-François d'Aguesseau, avocat dudit seigneur roi, portant la parole, ont dit :
Messieurs,
Nous apportons à la cour des lettres patentes , par lesquelles il a plu au roi d'ordonner l'enregistrement et la publication de la constitution de N. S. P. le pape, qui condamne le livre intitulé : Explication des maximes des saints sur la vie intérieure, composée par messire François de Salignac de Fénelon , archevêque de Cambrai ; et nous nous estimons heureux de pouvoir vous annoncer en même temps la conclusion de cette grande affaire, qui, après avoir tenu toute l'Église en suspens pendant plus de deux années, lui a donné autant de joie et de consolation dans sa fin, qu'elle lui avait causé de douleur et d'inquiétude dans son commencement.
Ce saint, ce glorieux ouvrage, dont le succès intéressait également la religion et l'État, le sacerdoce et l'empire, est le fruit précieux de leur parfaite intelligence. Jamais les deux
puissances suprêmes que Dieu a établies pour gouverner les hommes n'ont concouru avec tant de zèle, disons même avec tant de bonheur, à la lin qui leur est commune , c'està-dire à la gloire de celui qui prononce ses oracles par la bouche de l'Église, et qui les fait exécuter par l'autorité des rois.
Des ténèbres, d'autant plus dangereuses qu'elles empruntaient l'apparence et l'éclat de la plus vive lumière, commençaient à couvrir la face de l'Église. Les esprits les plus élevés , les âmes les plus célestes , trompées par les fausses lueurs d'une spiritualité éblouissante, étaient celles qui couraient avec le plus d'ardeur après l'ombre d'une perfection imaginaire; et si Dieu n'avait abrégé ces jours d'illusion et d'égarement, les élus mêmes, s'il est possible, et s'il nous est permis de le dire après l'Écriture, auraient été en danger d'être séduits.
La vérité s'est fait entendre par la voix du pape, et par celle des évoques ; elle a appelé la lumière, et la lumière est sortie du sein des ténèbres. Il n'a fallu qu'une parole pour dissiper les nuages de l'erreur, et le remède a été si prompt et si efficace, qu'il a effacé jusqu'au souvenir du mal dont nous étions menacés.
Un des plus saints pasteurs que Dieu , dans sa miséricorde, ait jamais donnés à son Église, un pape digne par son éminente piété d'être né dans ces siècles heureux où le ciel mettait au nombre de ses saints tous ceux que Rome avait élevés au rang de ses pontifes , est celui que la Providence a choisi pour faire ce discernement si nécessaire , mais si difficile , entre la vraie et la fausse spiritualité. La gloire en était due à un pontificat si pur, si désintéressé, si pacifique; il semble que Dieu , dont les yeux sont toujours ouverts sur les besoins de son Église, ait prolongé les jours de notre saint pontife, qu'il ait ranimé sa vieillesse comme celle de l'aigle, pour parler encore le langage de l'Écriture, et qu'il lui ait inspiré une nouvelle ardeur à l'extrémité de sa course, pour le
mettre en état d'être non-seulement l'auteur, mais le consommateur de ce grand ouvrage.
L'Église gallicane, représentée par les assemblées des évoques de ses métropoles, a joint son suffrage à celui du saintsiége: animée par l'exemple et par les doctes écrits de ces illustres prélats qui se sont déclarés si hautement les zélés défenseurs de la saine doctrine, elle a rendu un témoignage éclatant de la pureté de sa foi. La vérité n'a jamais remporté une victoire si célèbre ni si complète sur l'erreur, aucune voix discordante n'a troublé ce saint concert, cette heureuse harmonie des oracles de l'Église. Et quelle a été sa joie, lorsqu'elle a vu celui de ses pasteurs dont elle aurait pu craindre la contradiction, si son cœur avait été complice de son esprit, plus humble et plus docile que la1 dernière brebis du troupeau, prévenir le jugement des évêques, se hâter de prononcer contre lui-même une triste, mais salutaire censure, et rassurer l'Église effrayée de la nouveauté de sa doctrine, par la protestation aussi prompte que solennelle d'une soumission sans réserve, d'une obéissance sans bornes, et d'un acquiescement sans ombre de restriction !
Que restait-il après cela , si ce n'est qu'un roi dont le règne victorieux n'a été qu'un long triomphe encore plus pour la religion que pour lui-même , voulut toujours mériter le titre auguste de protecteur de l'Église et d'évêque extérieur, en joignant les armes visibles de la puissance royale à la force invisible de l'autorité ecclésiastique ?
C'est lui qui , après avoir donné aux évêques la sainte consolation de traiter en commun des affaires de la foi suivant la pureté de l'ancienne discipline, met aujourd'hui le dernier sceau à leurs délibérations, en ordonnant que la constitution du pape, acceptée par les Églises de son royaume, sera reçue, publiée , et exécutée dans ses États.
Nous avons vu avec plaisir les évêques renouveler en faveur de ce grand prince ces saintes acclamations, ces vœux si tendres et si touchants que les Pères des conciles gêné-
raux ont faits autrefois en faveur des empereurs romains. Qu'il nous soit permis d'emprunter aussi leurs éloquentes expressions, et de dire après eux avec encore plus de vérité : Grâces immortelles au nouveau David, au nouveau Constantin, illustre par ses conquêtes, plus illustre encore par son zèle pour la religion. Vamqueur des ennemis de l'État, il triomphe avec plus de joie de ceux de l'Église. Destructeur de l'hérésie, vengeur de la foi, auteur de la paix, plein de ce double esprit qui forme les grands rois et les grands évêques, roi et prêtre tout ensemble, ce sont les termes du concile de Chalcédoine, que la Providence, qui lui a donné ce cœur royal et sacerdotal, le conserve longtemps sur la terre pour la gloire de la religion et pour notre bonheur ; que le Dieu qu'il fait régner à sa place étende le cours de sa vie au-delà des bornes de la nature , et que le roi du ciel protège toujours celui de la terre. Ce sont les vœux des pasteurs, ce sont les prières des Églises; et nous osons dire, Messieurs , que ce sont encore plus, s'il est possible, et vos souhaits et les nôtres.
Ne craindrons-nous point de mêler à des applaudissements si justement mérités les protestations solennelles que le public attend de nous en cette occasion, contre les conséquences que l'on pourrait tirer un jour de l'extérieur et de l'écorce d'une constitution qui ne renferme rien dans sa substance que de saint et de vénérable.
Mais , sans attester ici avec nos illustres prédécesseurs la foi de ce serment inviolable qui nous a dévoués à la défense de l'Église et de l'État, ne nous suffit-il pas de pouvoir nous rendre ce témoignage à nous-mêmes, que nous marchons avec autant de confiance que de simplicité dans la route que nos pasteurs nous ont tracée ?
Comme eux, nous adhérons à cette doctrine si pure que le chef de l'Église, le successeur de saint Pierre, le vicaire de Jésus-Christ, le père commun de tous les fidèles, vient de confirmer par sa décision.
Mais comme eux aussi, et nous devons dire même encore plus qu'eux, nous sommes obligés de conserver religieusement le dépôt précieux de l'ordre public, que le roi veut bien confier à notre ministère; et de le transmettre à nos successeurs, aussi pur, aussi entier, aussi respectable que nous l'avons reçu de ceux qui nous ont précédé.
Après cela, nous ne nous engagerons point dans de longues dissertations, ni sur la forme générale de la constitution dont nous venons au nom du roi requérir l'enregistrement, ni sur les clauses particulières qu'elle renferme.
Nous savons que le pouvoir des évêques et l'autorité attachée à leur caractère d'être juges des causes qui regardent la foi, est un droit aussi ancien que la religion, aussi divin que l'institution de l'épiscopat, aussi immuable que la parole de Jésus-Christ même.
Que cette doctrine établie par l'Écriture, confirmée par le premier usage de l'Église naissante, soutenue par l'exemple de ce qui s'est passé d'âge en âge et de génération en génération dans les causes de la foi , transmise jusqu'à nous par les Pères et par les docteurs de l'Église, enseignée par les plus saints papes, attestée dans tous les siècles par la bouche de ceux qui composent la chaîne indissoluble de la tradition, et surtout par les témoignages anciens et nouveaux de l'Église de France, n'a pas besoin du secours de notre faible voix pour être regardée comme une de ces vérités capitales que l'on ne peut attaquer sans ébranler l'édifice de l'Église dans ses plus solides fondements.
Que si des esprits peu éclairés avaient besoin de preuves pour être convaincus de cette grande maxime , il suffirait de les renvoyer aux savants actes de ces assemblées provinciales que la postérité conservera comme un monument glorieux des lumières et de l'érudition de l'Église gallicane.
C'est là qu'ils apprendront, beaucoup mieux que dans nos paroles, quelle multitude de faits, quelle nuée de témoins s'élèvent en faveur do l'unité de l'épiscopat.
±2i RÉQUISITOIRE.
(Test là qu'ils reconnaîtront que si la division des royaumes, la distance des lieux, la conjoncture des affaires, la grandeur du mal, le danger d'en différer le remède, ne permettent pas toujours de suivre L'ancien ordre et les premiers vœux de l'Église en assemblant les évoques, il faut au moins qu'ils examinent séparément ce qu'ils n'ont pu décider en commun, et que leur consentement exprès ou tacite imprime à une décision vénérable par elle-même le sacré caractère d'un dogme de la foi.
Et soit que les évêques de la province étouffent l'erreur dans le lieu qui l'a vue naître, comme il est presque toujours arrivé dans les premiers siècles de l'Église, soit qu'ils se contentent d'adresser leurs consultations au souverain pontife sur des questions dont ils auraient pu être les premiers juges, comme nous l'avons vu encore pratiquer dans ce siècle , soit que les empereurs et les rois consultent eux-mêmes et le pape et les évêques , comme l'Orient et l'Occident en fournissent d'illustres exemples, soit enfin que la vigilance du saint-siége prévienne celle des autres Églises, comme on l'a souvent remarqué dans ces derniers temps, la forme de la décision peut être différente, quand il ne s'agit que de censurer la doctrine et non pas de condamner la personne de son auteur; mais le droit des évêques demeure inviolablement le même, puisqu'il est vrai de dire qu'ils jugent toujours également, soit que leur jugement précède, soit qu'il accompagne ou qu'il suive celui du premier siège.
Ainsi, au milieu de toutes les révolutions qui altèrent souvent l'ordre extérieur des jugements, rien ne peut ébranler cette maxime incontestable qui est née avec l'Église, et qui ne finira qu'avec elle : que chaque siège, dépositaire de la foi et de la tradition de ses pères , est en droit d'en rendre témoignage , ou séparément , ou dans l'assemblée des évêques, et que c'est de ces rayons particuliers que se forme ce grand corps de lumière qui, jusqu'à la consommation des siècles, fera toujours trembler l'erreur et triompher la vérité.
Nous sommes même persuadé que jamais il n'a été moins nécessaire de rappeler ces grands principes de l'ordre hiérarchique que sous le sage pontificat du pape qui nous gouverne.
Successeur des vertus encore plus que de la dignité du grand saint Grégoire, il croirait, comme ce saint pape, se faire une injure à lui-même s'il donnait la moindre atteinte au pouvoir de ses frères les évêques : Mihi injuriant fado, si fratrum meorum jura perturbo. Il sait comme lui que l'honneur de l'Église universelle est son plus grand honneur; que la gloire des évêques est sa véritable gloire ; et que plus on rehausse l'éclat de leur grandeur, plus on relève la dignité de celui que la Providence divine a certainement placé audessus d'eux.
11 aspire à être aussi saint, mais non pas plus puissant dans l'Église, que ces fermes colonnes de la vérité, saint Innocent, saint Léon, saint Martin, et tant d'autres saints pontifes qui, tous également assis dans la chaire du prince des apôtres, n'ont pas cru avilir la dignité du saint-siége lorsqu'ils ont jugé que le suffrage des évêques devait affermir irrévocablement l'autorité de leur décision, et que c'était à ce caractère sensible d'une parfaite union des membres avec leur chef, que tous les chrétiens étaient obligés de reconnaître la voix de la vérité et le jugement de Dieu même.
Nous pourrions donc dire avec confiance qu'il ne serait pas absolument nécessaire de protester ici en faveur du pouvoir et de l'autorité des évêques, si nous étions assurés d'obtenir toujours de la faveur du ciel un pape semblable à celui qu'il laisse encore à la terre.
Mais comme les temps ne seront peut-être pas toujours tranquilles, aussi éclairés, aussi heureux que ceux dans lesquels nous vivons , nous ne pouvons nous dispenser, Messieurs, de vous supplier ici de prévenir par une modification salutaire les avantages que l'ignorance ou l'ambition des siècles à venir pourrait tirer un jour de ce qui s'est passé touchant
Ë'AGUESSEAU T. II. ,jg
±2r> UÉQl'ISITOIKE
la constitution du pape que nous avons l'honneur de vous présenter.
Dispensateurs d'une; portion si considérable de l'autorité du roi, consacrez-la, comme lui, à la défense et à la gloire de l'Église; conciliez par un sage tempérament les intérêts du pape avec ceux des évêques; recevez son jugement avec une profonde vénération , mais sans affaiblir l'autorité des autres pasteurs. Que le pape soit toujours le plus auguste , mais non pas l'unique juge de notre foi ; que les évêques soient toujours assis après lui , mais avec lui , pour exercer le pouvoir que Jésus-Christ leur a donné en commun d'instruire les nations, et d'être dans tous les temps et dans tous les lieux les lumières du monde.
Après avoir envisagé la constitution que nous apportons à la cour, par rapport à la forme générale de la décision, deux clauses particulières qui y sont insérées attirent encore l'attention de notre ministère.
L'une est la clause qui porte que la constitution est émanée du propice mouvement de Sa Sainteté.
Clause qui ne s'accorde ni avec l'ancien usage de l'Église, suivant lequel les décisions du pape devaient être formées dans son concile; ni avec la discipline présente, dans laquelle cet ancien concile est représenté par le collège des cardinaux.
Clause que les docteurs ultramontains ont même regardée comme peu honorable au saint-siége; puisque, selon eux, dans sa première origine, elle faisait considérer la décision du pape plutôt comme l'ouvrage d'un docteur particulier, que comme le jugement du chef de l'Église,
Clause enfin contre laquelle nos pères se sont élevés en 1623 et en 1646 , et qui , quoique beaucoup plus innocente dans la conjoncture de cette affaire, ne doit jamais être approuvée parmi nous , quand même on ne pourrait lui opposer que la crainte des conséquences.
L'autre clause est celle qui prononce une défense générale
de lire le livre condamné, même à regard de ceux qui ont besoin d'une mention expresse.
Il serait inutile de s'étendre ici sur la nouveauté et sur les inconvénients de cette clause. Vous savez , Messieurs , de quelle importance il est de ne se relâcher jamais de l'observation exacte de ces grandes maximes que les papes euxmêmes nous ont enseignées, lorsqu'ils ont reconnu qu'il y a des personnes qui ne sont jamais comprises ni dans les décrets du saint-siége, ni dans les canons des conciles, quelque générale que soit leur disposition, si elles n'y sont nommément et expressément désignées.
Nous sommes convaincu que l'on n'abusera jamais de ce style nouveau, qui semble donner atteinte indirectement à cette maxime inviolable; et trop de raisons nous empêchent de craindre un pareil abus , pour vouloir en relever ici les conséquences.
Mais, quelque assurance que nous ayons sur ce sujet, nous manquerions à ce que nous devons au roi , au public , à nous-même, si nous ne déclarions au moins que nous ne pouvons approuver une clause qu'il nous suffit de regarder comme nouvelle, pour ne la pas recevoir.
Telles sont, Messieurs, toutes les observations que notre devoir nous oblige de faire, et sur la forme générale, et sur les clauses particulières de la constitution. Nous n'avons eu qu'un seul but en vous les expliquant ; et tout ce que notre ministère exige de nous, après l'acceptation solennelle des Églises de France, se réduit à vous proposer aujourd'hui d'imiter cette simple mais utile protestation que nous trouvons dans les souscriptions d'un ancien concile d'Espagne : salva priscorum canonum auctoritate.
C'est sur ce modèle que nous avons cru devoir former les conclusions que nous avons prises par écrit en la manière accoutumée; nous les déposons entre vos mains, et nous les soumettons avec respect à la supériorité de vos lumières.
C'est par vos yeux que le roi veut examiner l'extérieur et
la forme du bref que nous vous apportons; c'est à vous qu'il confie la défense «les droits sacrés de sa couronne , et , ce qui ne lui est pas moins cher, la conservation des saintes libertés de l'Église gallicane, persuadé que, bien loin d'altérer cette heureuse concorde que nous voyons régner entre l'empire et le sacerdoce, vous raffermirez par la sagesse de vos délibérations, afin que les vœux: communs de l'Eglise et de l'Etat soient également exaucés; et que, ne séparant plus les ouvrages de deux puissances qiîi procèdent du même principe et qui tendent à la même fin, nous respections en même temps, selon la pensée d'un ancien auteur ecclésiastique, et la majesté du roi dans les décrets du souverain pontife , et la sainteté du souverain pontife dans les ordonnances du roi : lia sublimes islœ personœ tanta unanimitate jungantur, ut rex in romano ponti/ice , et romanus pontifex inveniatur in rege.
C'est dans cette vue que nous requérons qu'il plaise à la cour ordonner que les lettres patentes du roi en forme de déclaration, et la constitution du pape, seront enregistrées, lues et publiées en la manière ordinaire, aux charges portées par les conclusions que nous remettons entre ses mains avec les lettres patentes et la constitution.
Après ce discours, les gens du roi ont laissé sur le bureau lesdites lettres patentes, avec ladite constitution en forme de bref, la lettre de cachet du roi et les conclusions prises par écrit par le procureur général du roi, et ils se sont retirés.
Et ensuite toutes les chambres ayant été assemblées , lecture a été faite de la lettre de cachet, desdites lettres patentes en forme de déclaration, données à Versailles le quatrième du présent mois d'août, signées Louis; et plus bas : Par le roi , Phelipeaux, et scellées du grand sceau de cire jaune; par lesquelles, pour les causes y contenues, ledit seigneur roi aurait dit, déclaré et donné , veut et lui plaît
que la constitution de notre saint-père le pape en forme de bref, du 12 mars dernier, attachée sous le contre-scel desdites lettres, portant condamnation du livre intitulé: Explication des maximes des saints sur la vie intérieure, composé par le sieur de Salignac de Fénelon , archevêque de Cambrai , acceptée par les archevêques et évêques du royaume, y soit reçue et publiée, pour y être exécutée, gardée et observée selon sa forme et teneur; et aurait ledit seigneur roi exhorté, et néanmoins enjoint à tous lesdits archevêques et évêques, conformément aux résolutions qu'ils en avaient prises euxmêmes, de la faire lire et publier incessamment dans toutes les églises de leurs diocèses, enregistrer clans les greffes de leurs officialités, et de donner tous les ordres qu'ils estimeraient les plus efficaces pour la faire exécuter ponctuellement. Ordonné en outre que ledit livre, ensemble tous les écrits qui ont été faits, imprimés et publiés pour la défense des propositions qui y sont contenues, et qui ont été condamnées, seraient supprimés, avec défenses à toutes personnes, à peine de punition exemplaire, de les débiter, imprimer et retenir; enjoint à ceux qui en ont, de les rapporter aux greffes des justices de leur ressort, ou en ceux des officialités pour y être supprimés ; et à tous les officiers du roi et autres de police, de faire toutes les diligences et perquisitions nécessaires pour l'exécution desdites lettres. Défenses pareillement de composer, imprimer et débiter à l'avenir aucuns écrits, lettres ou autres ouvrages, sous quelque prétexte et forme que ce puisse être, pour soutenir, favoriser et renouveler lesdites propositions condamnées, à peine d'être procédé contre eux, comme perturbateurs du repos public, ainsi que le contiennent plus au long lesdites lettres à la cour adressantes, avec ordre que s'il lui apparaissait qu'il n'y eût rien dans ladite constitution de contraire aux saints décrets , constitutions canoniques, aux droits et prééminences de la couronne, et aux libertés de l'Église gallicane, elle eût à faire lire, publier et enregistrer lesdites
lettres, ensemble ladite constitution, et le contenu en icelles
garder, et l'aire observer dans l'étendue du ressort de ladite eour, et en ce qui dépendait de l'autorité que ledit seigneurroi lui donnait; ensemble de ladite constitution attachée sous le contre-scel desdites lettres, et des conclusions par écrit du procureur général du roi. La matière mise en délibération :
La cour a arrêté et ordonné que lesdites lettres et ladite constitution, en forme de bref, seront registrées au greffe de ladite cour, pour être exécutées selon leur forme et teneur, et copies collationnéès envoyées aux bailliages et sénéchaussées du ressort, pour y être lues, publiées et registrées; enjoint aux substituts et procureur général du roi d'y tenir la main , et d'en certifier la cour dans un mois. Sans que ce qui s'est passé au sujet de ladite constitution puisse préjudicier à l'ordre établi pour les jugements ecclésiastiques, ni à la juridiction ordinaire des évêques ; comme aussi sans approbation de la clause portant que ladite constitution est donnée du propre mouvement du pape, et de la défense qu'elle contient de lire le livre qui y est condamné , même à l'égard des personnes qui ont besoin d'une mention expresse, et sans que lesdites clauses puissent être tirées à conséquence en d'autres occasions. Fait en Parlement, le quatorzième août mil six cent quatre-vingt-dix-neuf.
Signé : Doxgois.