‹ Œuvres de d'Aguesseau (volume 2)Chapitre 31 sur 46 · RELATION · texte numérisé non relu

RELATION

AU SUJET DE L'ASSEMBLÉE DU CLERGÉ DE 1705, SUR L' ACCEPTATION DE LA BULLE CONTRE LE JANSÉNISME.

Le 12 février, je fus averti que le bref du pape contre les délibérations et la lettre de cette assemblée, dont on nous menaçait depuis longtemps, et dont la prudence et la dextérité du dernier nonce avaient fait distraire l'envoi depuis près de dix-huit mois, était enfin arrivé, mais que personne ne l'avait encore vu.

Je crus ne pouvoir mieux faire, pour en avoir des nouvelles certaines, que d'en aller demander à M. le cardinal de Noailles.

Il me raconta tout ce qu'il en savait, et il me dit qu'ayant été à Versailles le mardi précédent, M. de Torcy lui avait confié que M. le nonce demandait une audience au roi pour lui rendre un bref de Sa Sainteté sur ce qui s'était passé contre l'autorité du pape dans la dernière assemblée du clergé; qu'outre ce bref il y en avait encore un entre les mains du nonce adressé à cette assemblée, ou du moins à ceux dont elle avait été composée, à quoi M. de Torcy avait ajouté que, suivant l'usage ordinaire, M. le nonce lui avait remis entre les mains une copie du bref adressé au roi, et

sur l'acceptation de la bulle contre le jansénisme. 2i&

qu'il devait recevoir incessamment les ordres de Sa Majesté sur ce sujet; qu'à l'égard du bref adressé aux archevêques et aux évêques de l'assemblée de 1705, M. le nonce ne lui en avait point donné de copie.

M. le cardinal de Noailles me dit ensuite que le jour même que j'allai chez lui, M. le nonce l'était venu voir, et qu'après une assez longue conversation sur des sujets indifférents, il avait enfin commencé à lui parler du bref dont il était chargé pour les députés de l'assemblée de 1705, et que, pour entrer en matière, il lui avait dit qu'il avait un bref à rendre à Son Éminence de la part du pape ; que, sur cela, M. le cardinal de Noailles lui avait répondu : « A moi , Monsieur! et de quoi s'agit-il donc? » Que M. le nonce lui ayant répondu que c'était un bref écrit à l'assemblée du clergé de 1705, qu'il devait rendre à Son Éminence, comme ayant été président de cette assemblée, M. le cardinal lui dit que si cela était, ce n'était plus à lui que le bref était adressé, puisque , n'y ayant plus d'assemblée , il n'y avait pas non plus de président. M. le nonce insista, et lui dit qu'il devait se tenir incessamment une nouvelle assemblée du clergé, à laquelle le bref pourrait être rendu. Mais M. le cardinal lui répartit que cette assemblée ne serait point la même que celle de 1705, et qu'ainsi elle ne serait pas plus en état que lui de recevoir un bref qui était adressé aux prélats de l'assemblée de 1705.

M. le nonce en demeura là par rapport à la remise du bref, qu'il ne fit pas même voir à M. le cardinal; mais il entra dans le fond de la matière. Il parut, par ce qu'il dit sur les sujets des plaintes du saint-père, que le pape avait trouvé mauvais que les évêques se fussent attribué le droit de juger des décrets du saint-siége, et qu'il croyait être d'autant mieux fondé dans ses plaintes, qu'une partie du clergé de France n'avait pu être d'avis de suivre le sentiment qui avait prévalu par le nombre dans l'assemblée.

M. le cardinal lui répondit en peu de paroles qu'il est trèsdifficile de concevoir que le pape commençât à se plaindre

d'une chose qui a toujours été pratiquée dans ce royaume, et que les papes ; ses prédécesseurs, n'avaient jamais condamnée;

Que le clergé de France avait déclaré dans l'affaire de Jansénius qu'il y procédait par voie de jugement, et que ce qu'il avait fait en cette occasion lui avait attiré , non les reproches, mais les éloges des souverains pontifes;

Que le même clergé en avait usé de la même manière dans l'acceptation de la condamnation du livre des Maximes des saints, prononcée par le pape Innocent XII; que les évèques s'étaient même expliqués alors dans les assemblas provinciales, qui furent tenues sur ce sujet d'une manière beaucoup plus forte qu'ils ne l'avaient fait dans la dernière assemblée ;

Que le pape qui remplit à présent le saint- siège était alors secrétaire des brefs ; que par conséquent il était mieux instruit que personne de ce qui s'était passé dans cette affaire, dans laquelle il n'avait point paru que le feu pape eût blâmé la conduite des évêques de France;

Qu'au surplus, le pape n'avait pas été bien informé si l'on avait exposé à Sa Sainteté que les sentiments du clergé de France, dans la dernière assemblée, n'avaient pas été uniformes sur ce point; que s'il y avait eu entre eux à la fin de l'assemblée quelque diversité d'avis, elle tombait sur une question toute différente ; mais qu'il n'y avait eu aucun de tous les évoques présents à cette assemblée qui eût assez oublié le pouvoir attaché de droit divin à son caractère , pour avoir douté un moment du droit qui appartient aux évoques de joindre leurs suffrages à celui du saint-père , en acceptant la constitution; et qu'ainsi il espérait que, lorsque le pape aurait été mieux instruit des véritables sentiments du clergé de France, et qu'il aurait fait plus de réflexion à ce qui se serait pratiqué dans de semblables occasions, il ne donnerait que des éloges à la conduite des évêques de l'assemblée de 1705, par rapport à l'acceptation de sa constitution.

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