‹ Œuvres de d'AguesseauChapitre 2 sur 29 · A MONSIEUR D'AGUESSEAU FILS AÎNÉ · texte numérisé non relu

A MONSIEUR D'AGUESSEAU FILS AÎNÉ

« 3 juin 1714, Paris.

» Je vous renvoie votre dernière composition, mon cher lils, avec quelques notes critiques que vous m'avez donné la liberté de faire sur cette pièce. Elle n'est pas mauvaise en général , mais elle pourrait être beaucoup meilleure : vous le verrez par les détails des réflexions que je vous envoie, pourvu que vous les puissiez lire, car je les ai

écrites avec une si mauvaise plume, que vous aurez peutêtre de la peine à en venir à bout. L'essentiel dans toutes vos compositions est de commencer par bien étudier la nature , et de méditer en vous-même sur les principaux caractères de la passion que vous voulez peindre.. Vous y êtes bien aidé quand vous travaillez d'après les portraits que les plus grands hommes de l'antiquité en ont tracés; vous devez seulement vous appliquer à bien remarquer toute la délicatesse et toute la finesse de leurs traits. Quand vous aurez commencé par là, vous aurez moins de peine à entrer dans la passion comme eux, et à vous approprier leur manière de penser et de s'exprimer. J'espère que vous y ferez tous les jours cle nouveaux progrès, et que j'en verrai les preuves de semaine en semaine. Tout cela ne doit pas vous empêcher de vous bien promener, de jouer au mail et de gagner le prophète si vous le pouvez ; mais je veux aussi que vos compositions se sentent de la gaieté et de la vivacité que l'air et la liberté de la campagne donnent naturellement à l'esprit. J'en dis autant à proportion à vos frères, et je souhaite de les trouver aussi avancés en thème et en traduction quand j'irai à Fresnes , qu'ils le seront dans le jeu du mail. »

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