‹ Œuvres de d'AguesseauChapitre 4 sur 29 · A MONSIEUR D AGUESSEAU FILS AÎNÉ · texte numérisé non relu

A MONSIEUR D AGUESSEAU FILS AÎNÉ

c< a Fresnes, le ier juillet 17JG-

» Je vois avec satisfaction le progrès de vos études; mais ce qui me touche encore plus, c'est celui de votre esprit, qui se développe à mesure qu'il reçoit de nouvelles idées et qui les détaille avec beaucoup de netteté. Vous avez raison de croire qu'il n'y a guère de plus grand spectacle que celui que l'analomie présente à des yeux attentifs, et comme la physique ne vous a pas fait sans doute oublier la métaphysique (ceci est à noter pour les tendances actuelles d'une grande partie de la jeunesse du xixe siècle), je suis persuadé que ce qui vous frappe le plus dans la structure admirable des machines animées, c'est le témoignage qu'elles rendent à leur Auteur : il n'y a point de démonstrations purement métaphysiques qui produisent une conviction aussi pleine et aussi parfaite que celle qui résulte de la combinaison de tant de ressorts différents tous faits l'un pour l'autre, et tous rapportés à la même lin. Jl n'y a qu'un être souverainement intelligent et souverainement puissant qui ait pu former cet assemblage merveilleux, et il est évident, à quiconque en connaît le détail, que dire le contraire c'est une folie que le cœur dément dans l'esprit môme de ceux qui osent l'avancer. Ainsi vous ne cessez point d'étudier la métaphysique, et de vous convaincre de l'existence, de la sagesse, de la bonté de la toute-puissance de Dieu en étudiant l'anatomie, et c'est à mon sens une des plus grandes

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utilités et le plus grand avantage que vous en puissiez retirer. »

C'est ainsi qu'il suivait ses enfants de ses conseils, de son affection , pendant qu'il était chancelier. Il trouvait , au milieu des difficultés et du tumulte de cette fonction, des heures à leur consacrer et n'abdiquait jamais ce rôle de surveillance dont il aurait pu se décharger sur leurs professeurs. Rentré à Fresnes, il les laisse à Paris, mais il leur continue ses lettres et ses avis.

Il écrit à son second fils de Fresnes les lettres suivantes :

«Fresnes i août 1718.

» Je ne sais, mon cher fils, si je vous ai dit de prier M. le président Lambert à votre thèse : en cas que je ne l'ai pas fait, j'y supplée par cette lettre. Il faudra aussi que votre frère aîné le prie à la sienne; vous savez combien il est de mes amis. Je vous envoie mes vœux pour tenir ma place à votre thèse, mon cher fils. Si vous avez le bonheur d'y réussir, comme je l'espère , vous ne manquerez pas sans doute d'en rendre grâce à l'auteur de tout bien, qui en est le principal sujet, et de le prier de faire en sorte que ce premier succès soit une préparation à des choses plus importantes. Vous êtes trop bon chrétien pour ne pas joindre toujours la morale et la religion à la métaphysique. Au surplus, tenez-vous le cœur gai jusqu'au moment de votre thèse, et imaginez- vous que vous en savez plus que tous ceux qui vous attaqueront. Je vous recommande toujours de modérer votre ardeur dans l'action même : votre santé en souffrira moins, et ce que vous direz en aura plus de grâce; car, quelque grande que soit votre modération, elle n'ira pas jusqu'à vous faire perare le feu et la vivacité qui sont nécessaires pour animer et soutenir le discours.

» Je vous embrasse, mon cher fils, aussi bien que vos frères, et je vous charge de bien des amitiés pour M. le Brasseur et tout ce qui est avec vous. Nous allons être ici

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comme Moïse sur la montagne, levant les mains au ciel pendant que vous combattrez contre Amalech, c'est-à-dire contre l'erreur et l'impiété.

» J'aurai besoin d'emprunter le secours de votre éloquence pour répondre à une magnifique épître que j'ai reçue de M. Romieu; en attendant, vous lui direz de ma part ce mot de Tacite : Pessimum enim omnium genus, laudantes. »

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