ÉLOGE DE J. B. DUBOS
Ij^abb^ Dubos «st un de ces hommes de lettres qui ont eu plut de mérite que de réputation. Les écrivains de la classe opposée sont en plus grand nombre; ceux-ci, avec peu de talens, en ont un qui les remplace , celui de se faire valoir ; ceux-là ignorent ou dédaignent l'art de mettre leurs tallbs en œuvre, et de les produire au grand )our< On ne saurait pourtant dire que cet art ait été entièrement négligé par l'abbé Dubos. Il ne sut pointa là vérité suppléer au mérite par le mànége et par l'intrigue , il n'avait pas besoin de cette méprisable ressource ; mais il ne fut pas non pins du nombre des littérateurs timides, qui ont gardé pour eux-mêmes, et comme enfoui leurs richesses; il a, dans plus d'un genre, donné des preuves remarquables de la variété, de l'étendue de ses connaissances : érudition , histoire , matières de goût , il a publié sur ces différens objets des ouwages bien reçus par le public. Néanmoins, dans aucun des sujets qu'il a traités , il n'a montré cette supériorité de génie qui tire un écrivain, je ne dis pas de la foule, car l'abbé Dubos ne doit pas j
' ' Abbe' de Ressons , né h Deauvais en décembre 1670; reçu le 3 février 1730, 3k la place de Charles-Claude Genesl; diu secre'Uiireperpctuel^ la place d'Andic Dacicr , le 19 novembre 17^3 ; mort le a3 mars 174^.
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être mby mais des auteurs estimables assis au second rang. S*il eut le mérite de joindre laj^ilosophie au savoir, d'autres ont été ou des savans plus profond^ ou des philosophes distingués; s'il fut historien judicieux et fidèle, d'autres ont écrit l'histoire avec plus de chaleur et d'intérêt ; si dans les'beaux arts il s'est montré un excellent juge , d'autres en ont exposé les principes avec moins de sagacité peut-être , mais avec plus d'éloquence ou d'agrément. Enfin , il est un exemple que pour faire ouvrir en sa faveur les cent bouches de la Renommée , il vaut mieux mériter la première place dans un seul genre , que d'en ambitionner une dans plusieurs genres à la fois ; qu'il n'y a tout au plus d'exceptés de cette règle que les Pascal , les Leibnitz , les Voltaire , et quelques hommes privilégiés qui leur ressemblent.
La vie de l'abbé Dubos a , pour ainsi dire , été double ; elle fut d'abord presque uniquement politique et active, ensuite purement littéraire et paisible. Jelne encore , il essaya de la théologie; mais il se dégoûta bientôt des puérilités scolas tiques pour une étude plus intéressante et plus utile , celle du droit public et des intérêts de l'Europe : les progrès qu'il j fît, lui valurent l'avantage d'être connu et goûté de M. de Torci , ministre des affaires étrangères dans les dernières années du règne de Louis XIV, c'est-à-dire , dans des temps malheureux et difficiles , oii cette partie exigeait plus de talens et de Vertus que jamais. Ce ministre , qui joignait au mérite propre à sa place , la modestie et la probité , cherchait les mêmes qualités dans ceux qu'il destinait à travailler sous ses ordres; il s'attacha l'abbé Dubos, et l'employa utilement dans plusieurs affaires secrètes. Le duc d'Orléans régent, et le cardinal Dubois, firent de ses talens le même usage , et avec le mêm^ succès. L'État récompensa comme il le devait un citoyen qui l'avait si bien servi. Il obtint, ou plutôt il eut , sans avoir rien demandé , des pensions et des bénéfices , qui furent le prix flatteur de ses travaux et de son cèle , et qui suffisaient aux désirs d'un philosophe. Il avait été chargé , vers le commencement de la guerre de 1701 , de différentes négociations en Angleterre et en Hollande , pour engager à la paix , s'il était possible, ces deux puissances redoutables, que la vengeance et la haine animaient alors contre la France , bien plus encore que l'ambition et la politique. Pendant le cours de ces négociations , il publia un ouvrage qui avait pour titre : Les in^ téréts de F Angleterre mal entendus dmns la guerre présente. Cette production, fort applaudie, comme elle devait l'être , par le ministère de France, ne fit changer le i^nistère britannique ni de conduite , ni de système. L'auteur faisait à ce ministère et à la natioh anglaise des prédictions funestes , que par malheur
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révénement ne justifia pas; les ennemis de Louis XIY furent partout heureux et vainqueurs ; et un plaisant dit à ce sujet, que pour répondre à Tëcrivain prophète et à ses conseils charitables , il ne fallait que le titre mime de son ouvrage : Les intérêts de V Angleterre mal entendus par Vabbé Dubos (i).
Cet essai , plus politique que littéraire , n'était pas le premier fîruit de sa plume ; il avait donné , près de dix ans auparavant , V Histoire des quatre Gordiens , contre l'opinion commune qui n'en admettait que trois. Les preuves dont il appuyait l'existence du quatrième Gordien , furent attaquées par plusieurs savans, et malgré toute l'érudition dont il fortifia ces preuves , l'opinion ancienne semble avoir prévalu. Heureusement il importe assez peu au genre humain qu'il y ait eu trois Gordiens ou davantage. Si les princes de ce nom eurent quelques qualités estimables , s'ils méritent de n'être pas confondus avec cette foule de despotes imbéciles ou féroces , qui ont avili et opprimé l'espèce humaine, leurs bonnes qualités furent peu utiles au bien des peuples ; Je vrai bonheur des hommes eût été d'avoir quatre Titus, quatre Trajan et quatre Marc-Aurèle; mais les Titus, les Marc-Aurèle et les Trajan , sont plus rares que les Gordiens.
Critiqué comme antiquaire , et malheureux dans se| prédictions comme politique , l'abbé Dubos se jeta dans une autre carrière ; il crut devoir choisir un objet de travail , qui, sans avoir l'obscurité de l'histoire ancienne , n'eût pas aussi l'inconvénient de toucher à des événemens trop proches de nos jours. Il écrivit V Histoire de la ligue de Cambrai, ou il développe avec beaucoup de détail et de netteté les moti&, les progrès et la dissolution rapide de cette fameuse alliance ; il j fait voir par quelle suite d'événemens et d'intérêts les puissances les plus formidables, réunies d'abord pour écraser la fièi'e et faible république de Venise, la laissèrent bientôt renaître et respirer, en se divisant pour le partage de sa dépouille; Cest là , comme le remarque judicieusement l'historien , le sort et la fin ordinaire des' traités faits par de grands États pour en dévorer un autre. Il n'y a peut-être en qu'un exemple unique d'une ligue entre plusieurs grandes puissances qui ait subsisté long- temps sans se roltopre, et cet exemple est trop récent pour avoir été connu de l'abbé Dubos; c^est la ligue de la France, de l'Empire, de la Russie et de la Suède contre un seul prince, qui, attaqué durant six ans par cette ligue, a fait d'aussi heureux efforts pour la braver, que de vaines tentatives pour la dissoudre. Serait-ce parce qu'elle avait pour chefs des femmes animées par la vengeance, et qui se croyaient outragées par le prince qu'elles voulaient anéantir? Et (aut-il en conclure que les femmes , déjà plus constantes que
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les hommes dans leurs pussions domestiques et pmées , le sont aussi dans leurs passions rojftles et politiques ?
L'abbé Dubos , après avoir fait ses preuves comme négocia» leur, comme érudit et comme historien, ambitionna une gloire d'un autre genre , et qui lui parut encore plus flatteuse , celle de connaisseur éclairé sur les objets les plus intéressahs de la littérature et des beaux arts. Il obtint cette gloire par ses Réflexions critiques sur la Poésie et sur la Peinture , ou, sans aucune prétention pour lui-même aux talens des Eaphaël et des Virgile , il s'est montré digne d'apprécier et de célébrer leurs produc— tions. Cet ouvrage, plein de sagacité, de .savoir et de goût» est celui qui a le plus contribué à la réputation de l'auteur. L'abbé Dubos semble avoir démenti l'assertion tant répétée , et comme la plupart des assertions générales, moitié vraie, moitié fausse, qu'il faut être poëte pour bien parler de poésie , et peintre pour bien parler de peinture. 11 n'avait jamais fait de vêts, et n'avait pas un tableau ; mais il avait , dit un illustre écrivain , beaucoup lu, beaucoup vu, beaucoup médité. Ses voyages dans les différentes parties de l'Europe , la connaissance qu'il avait des langues étrangères , ses conversations avec les artistes et les écrivains célèbres ^e chaque nation , les nombreux ouvrages de l'art qu'il avait eus sous les yeux , tous ces secours ajoutaient à ses lumières naturelles beaucoup de lumières acquises; et ses Réflexions sont comme le dépôt des richesses abondantes qu'il puisait ou dans son propre fonds , ou dans le commerce des hommes instruits qu'il avait fréquentés^ On peut parler de la poésie et des beaux arts avec plus de feu, de grâce et d'élégance; mais on ne peut rendre ses idées avec plus de netteté , de précision et de justesse. Ses lecteurs peuvent quelquefois n'être pas de son avis dans les discussions fines et délicates oii son sujet l'entraînait ; mais il a le mérite rare de £aire beaucoup penser, et on ne peut le combattre qu'en lui accordant mm estime. Il a d'ailleurs eu l'art de tempérer la séfcheresse, presque inévitable dans les matières didactiques , par un grand nombre de traits piquans et d'anecdotes intéressantes, qui soulagent et soutiennent l'attention en joignant l'agrément à l'utilité ; par là il ménage à l'esprit des espèces de repos, que tout écrivain qui veut être lu et goûté doit avoir soin de placer de distance en distance , surtout s'il écrit pour des Français , dont la légèreté , incapable de se fixer longtemps sur le même objet , a besoin d'être soulagée et ranimée par des momens de distraction et de relâche. Enfin , cet excellent ouvrage porte partout l'empreinte d'un amateur vraiment digne de ce nom, d'un bel esprit philosophe et d'un savant qui a connu les Grâces. L'auteur discute plusieurs questions intéressantes, et les
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discute ea écrivain capable de les traiter ; les principales ont pour objet cette imitation de la nature , qui est le fondei^ent de tous les beaux arts; imitation que les anciens ont tant prescrite et surtout tant pratiquée , et que de grands connaisseurs moderne^ ont cru ou voulu nous donner comnie un principe nouveau^ Lf'abbé Dubos examine le genre de plaisir que cette imitation nous procure, en nous remettant sous les yeux, non la nature brute et uniforme, mais la nature choisie, embellie même, en un mot, la belle nature^ plus aisée peut-être à distinguer qu'à définir ; il détermine les bornes que le peintre et le poète doivent se prescrire en l'imitant , afin que le sentiment agréable qu'elle doit exciler par ce tableau , ne devienne pas un sentiment pé-* ttible; les caractères du génie , dont tant d'écrivains ont parlé, comme tant d*hommes parlent des terres australes, et qui consistent dans le talent de l'invention joint à l'étendue et à la profondeur; les avantages que le goût peut tirer de l'observation éclairée des règles ; et les entraves oii l'observation trop scrupuleuse de ces mêmes règles peut resserrer et étouffer le génie ; les causes qui ont rendu quelques siècles û féconds, et quelques autres si stériles en artistes célèbres ; celles qui font que les grands honunes en tout genre paraissent ordinairement touf à la fois comme VeSét d'une fermentation générale de la nature , excitée tout à coup dans une nation par l'action et l'énergie des circonstances; l'incertitude et l'espèce de fluctuation que les causes morales produisent quelquefois dans les jugemens du public, qui ne prennent une consistance assurée que dans les momens de calme oii reparaissent enfin la lumière et la justice; l'influence , souvent si puissante , de ces mêmes causes sur les jugemens des artistes, et le tort , au moins passager , qu'elles peuvent faire à ces jugemens; enfin, l'avantage dont jouissent les grands poètes d'être lus et admirés dans tous les kg^^ taudis *que les pbilosofhes les plus célébrés de leurs temps sont enfin oubliés avec leurs opinions; ce qui ne doit pourtant s'entendre que des philosophes qui ont plus songé à établir des systèmes que des vérités. L'abbé Dubos parait surtout s'être occupé afec soin de la question philosophique , Si la discussion est préférable au sentiment pour juger les oui^rages de goût; question si souvent agitée , et à laquelle peut-être il ne faut répondre que ces deux mots : Sentez iVaberd^ et discutez ensuite; car si le sentiment a bien jugé, là discussion confirmera l'arrêt qu'il a rendu.
Quelque estimable cependant que soit cet ouvrage, on ne doit pas tottt-à-fait le juger relativement à l'état présent de notre littérature , et aux idées lumineuses que nous avons acquises sur les diffsrens objets du go&t. Il faut se souvenir que ces idées ^
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approfondies et analysées de nos jonrs par plusieurs excellens prits , étaient alors ou ignorées ou peu connues ; et tebir compte à l'abbé Dubos d'avoir su le premier, en entrevoir plusieurs j en développer quelques unes , répandre , pour ainsi dire, la semence qui en a fait naître de nouvelles. En un mot , cette production saine et féconde de* notre académicien , offrant partout des principes sûrs et solides en matière de goût , et traçant aux écrivains et aux artistes la voie dont ils ne doivent jamais s'écarter , ressemble à ces colonnes miliaires qui , chez les Romains , indiquaient les grandes routes, et éloignaient les voyageurs des chemins détournés. Aussi le succès que l'ouvrage obtint, produisit tout l'effet que l'auteur pouvait en attendre ; il lui ouvrit les portes de cette compagnie, dont le suffrage fut confirmé et même prévenu par celui du public.
Le zèle avec lequel il remplit les devoirs attachés à ce titre , son assiduité , ses connaissances , son caractère doux et modeste , déterminèrent l'Académie, après la mort de Dacier, à l'élire pour secrétaire d'une voix nnanime. Avant d'obtenir cette dei^ nièrç place, il avait mis le sceau, pour ainsi dire, au choix de cette coomagnie , par plusieurs éditions de ses Réflexions sur la Poésie et là Peinture, oii il ajoutait des vues nouvelles à celles qui avaient déjà donné tant de prix à son ouvrage. Il était néanmoins occupé , dans le même temps , d'un objet très-différent et presque opposé , mais très-intéressànt pour notre histoire , des causes et des circonstances de V Établissement de la Monarchie française dans les Gaules, Il donna au public , dans le plus grand détail, le fruit de ses recherches sur cette matière importante ; il se propose de prouver que les Francs sont entrés dans les Gaules non en conquérans , mais à la prière de la nation , qui les appelait pour ^gouverner. Gette opinion, exposée par Fabbé Dubos avec beaucoup d'art et de savoir , eut d'abord de zélés partisans; elle a eu depuis beaucoup de contradicteurs, à la tête desquels il en est un qui seul tiendrait lieu de beaucoup d'autres, l'auteur de Y Esprit des Lois, Cet écrivain célèbre a employé le dernier livre de son immortel ouvrage k réfuter ce système, qu'il appelle un colosse immense, dont les pieds sont d'argile. Nous n'entreprendrons point de juger ce colosse; c'est pour lui un assez grand honneur que l'illustre Montesquieu l'ait cru digne de ses coups ; et l'abbé Dubos, quand il aurait succombé sous ce redoutable adversaire , aurait pu se regarder comme un autre Hector, vaincu par un autre Achille. Mais nous ignorons ce qu'il aurait pensé de cette réfutation , qui n'a paru que lorsqu'il ne pouvait plus ou s'y soumettre, ou la combattre. Les lettres et l'Académie l'avaient perdu .quelques années auparavant.
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ÂTérti par la yîeillesse qui s'approchait h grands pas, et par les infirmités qui la lui annonçaient, il pensait â se retirer dans sa patrie, pour y achever paisiblementet obscurément sa carrière, lorsqu'une maladie longue et douloureuse vint l'enlever à ses confrères et à ses amis. Il vit approcher la mort, nqp-seulement avec la plu^ grande tranquillité, mais avec une sorte de sérénité philosophique , comme l'heureuse fin des maux qu'il endurait, comme le tribut que tout homme doit à la nature » et comme un bienfait qu'elle accorde à ceux qui souffrent. Il répétait en mourant ce mot d'un ancien : Que le trépas est une lai y et non pas une peine ( Lex est , non pœna perire ) ; et il y joignait cette réiexion bien digne d'un sage , que trois choses doivent nous consoler de la perte de la vie, les amis que nous aidons perdus , le peu de gens dignes d'être aimés que nous laissons après nous , et enfin le souvenir de nos sottises et F assurance de n'en plus faire. Ses derniers momens lui parurent si doux , qu'on a osé dire qu'il en avait hâté le terme. Cest une calomnie que sa mémoire partage avec celle de plusieurs grauds hommes, et dont elle ne sera pas plus flétrie. L'abbé Dubos , qui savait que la douleur est la condition de vivre , se soumettait sans murmurer à cet arrêt irrévocable du sort; et s'il eût été capable d'oublier un moment son caractère de chrétien et de prêtre ' , pour souhaiter, à l'exemple d'un ancien philosophe, que hi nature, qui nous a faits si malheureux , eût rendu le suicide moins pénible à notre faiblesse , il aurait fait un tel vœu , non pour user de cette coupable ressource, mais pour supporter plus aisément ses maux par la facilité même qu'il aurait eue de Les finir*
NOTE
(i) « Liis desseins de la reine Anne pour le rappel du Prétendant, dit « un auteur moderne , furent rompus par la nation anglaise , dans la » crainte que le Prétendant arrivé an trdne n*anéantît la dette natio- » nale , comme Touvrage d'une autorité illégitime. »
L^abbé Dubos Tavait maladroitement annoncé dans ses Intérêts de FAn^têrre mal entendus. Il servit aussi mal le Prétendant , en prouvant que le chemin au trône lui serait fermé sans retour , si , & la mort de la reine Anne , Tunion de FEcosse et de TAngleterre était consommée. L*écrit de Tabbé Dubos , répandu avec profusion dans les trois royaumes par le parti jacobite , y excita des alarmes d^autant plus
' Il nVuit encore qnc diacre lorsqu^il monrut ^ mais il était aa moment de se faire prêtre, ponr s^acqnitter plus complctement à Beanvais de tons les de- Toim de chanoine.
2ia NOTE SUR L'ÉLOGE DE DUBOS.
Véelles, qu^elles étaient fondées sur les intentions qu'on supposait Prétendant pour la suppression de la dette nationale ; et ces alarmes déterminèrent Tunion de l'Angleterre et de TEcosse. L'innocente imprudence de notre académicien prouve le danger de tout écrit polémique entre puissances ennemies.
Mais voici un trait plus ftmarquable et plus réQéchi du même ou- . yrage. « Lorsque tout le continent de TAmérique septentrionale ap- » partiendra à l'Angleterre , lorsqu'aux dépens de sa propre population » elle sera parvenue à le peupler , comment en usera-t-eUe avec ce 3» nouvel Etat ? en permettra-t-elle le commerce aux étrangers ? lais- » sera-tpelle ses Américains , libres des impôts qu'elle paye , se gouver- » ner suivant les lob qu'ib se donneront , au mépris des actes du par- » lement de Westminster ? leur permettra-t-elle les manufactures et le » commerce avec l'étranger ? En prenant ce parti , elle tirera peu « d'avantages de ces colonies , ils seront tous pour l'étranger , et on ne » s'apercevra chez elle de sa nouvelle conquête , que par la dépopula- » tion et par la solitude qu'elle y laissera. Pour tirer de cette conquête » des avantages qui puissent indemniser de ce qu'elle coûtera , il fau- 3» drait la gouverner sur le plan et sur les principes qu'a laissés Phi- » lippe II pour le gouvernement espagnol. Mais vouloir imposer un » joug aussi pesant à un pays si florissant , éloigné de deux mille Ueues » de ses maîtres , et peuplé de têtes anglabes , ce serait le mettre dans » la nécessité de Iç secouer ; le pouvoir ne lui manquerait pas , il ea 3» aurait bientôt la volonté. »
L'abbé Dubos finit en ne donnant que dix ans de durée au règne de l'Angleterre sur sa conquête. H a prédit ce que nous avons vu arriver.