ELOGE DE NESMOND
Il était d'une famille noble, originaire de l'Angoumois, également illustrée dans les armes et dans la magistrature. Un de $e$ frères, dont le nom est célèbre dans la marine française , se signala par plusieurs exploits , et par des prises considérables £»ites sur les ennemis. Un autre Nesmond, magistrat très-attaché À ses devoirs et uniquement occupé des travaux de son état , y avait sacrifié tous les goûts et toutes les qualités frivoles qui , dans la société, auraient pu le rendre ce qu'on appelle aîmaôle; aussi sa conversatibn avaitrelle le mérite de déplaire beaucoup à cette classe désœuvrée et chargée de son ennui , qui n'aime et n'estime que ce qui l'amuse ; et c'est de lui qu'une femme à qui on annonçait sa visite , disait en parodiant par une mauvaise pointe , un vers d'opéra , et en louant le président de Nesmond plus qu'elle ne pensait : N'aimons jamais ou n'aimons guère,
Henri de Nesmond , né avec les taleus de l'orateur , en consacra de bonne heure les prémices dans la chaire évangélique ; le succès de êes prédications lui procura l'évéché de Montauban, d'oii il passa bientôt à l'archevêché d'Albi ; ce fut alors qu'il
naire conrbnnë prit donc en gëm Usant It triste parti de laisser le TÎeil hngaenot en paix. Il raoomrftge de quatre vingt-qainie ans, peu de temps avant la révocation de redit de Nantes, dont il aurait peut-être été la Tictime, et qui opéra la conversion de son petit- fils plus efficacement que n*auraient pu faire toutes les exhortaiioos émanées du trône. *
* Henri de Nesmond, archevêque de Tonlnuse/reço à la place d*Espril Fléchier, cvéqae de Nîmes, le 3o juin J710; mort au mois de juin 1727.
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entra dans rAcadëmie Française. Il de^nt ensuite archevêque de Toulouse, et en cette qualité, il se trouva souvent chargé de haranguer Louis XTV, au nom de la province de Languedoc. Il s'en acquitta avec le sèle d'un sujet et la dignité d'un évéque. Mais il fit un usage encore plus respectable de ses talens , dans les discours pleins de force et d'onction par lesquels il instruisait son peuple. Chargé du gouvemeinent d'un diocèse dont une grande portion était plongée dans l'hérésie, il sut par ses instructions , et plus encore par la sage douceur de son zèle et par la sainteté exemplaire de sa vie , ramener à l'Églî^e un grand nombre de ces enfans égarés. Son revenu était réellement celui des pauvres ; il le partageait avec eux , ou plutôt il le leur abandonnait. Nous remarquerons ici , et l'histoire de l'Acadéniie ea fournit la preuve , que les prélats qu'elle a admis parmi ses membres, et que par conséquent elle en a jugés dignes par leurs talens , ont été presque tous des hommes distingués et respectables par leur charité et leur bienfaisance ; c'est-à-dire , par les vertus que l'Etre suprême a le plus recommandées aux chrétiens , et surtout à ses ministres : argument fâcheux contre l'imbécillité et l'hypocrisie, si intéressées à faire regarder la religion comme incompatible avec les lumières. Les Nesmond , les Fléchier , les Fénélon , les Bossnet et les Massillon , prouvent assex , contre ces absurdes déclamateurs , qu'on peut être chrétien , sans être , comme ils le voudraient , avili par une stupide ignorance. Aussi Louis XIY , que sa piété n'empêchait pas d'accueillir et d'honorer le mérite , avait pour M. de Nesmond la plus grande estime. Il aimait beaucoup à'I'entendre ; et un jour que l'archevêque de Toulouse manqua de mémoire en le haranguant: Je suis bien (use, lui dit le monarque avec bonté, que vous me dormiez le temps de goûter les belles choses que vous me dites.
M. de Nesmond ne prêchait pas toujours en évéque ^ quoiqu'il ne cessât jamais de l'être pour lui-même ; il prêchait en homme du monde , à ceux qui n'entendaient que ce langage , et à qui les vérités utiles devaient être présentées avec grâce et avec finesse , sous peine de n'être pas écoutées. Le talent de la poésie, qu'il avait cultivé dans sa jeunesse , et qui lui servait quelquefois de délassement dans ses travaux , était entre sei mains l'instrument d'une morale , purement humaine à la vérité , mais 1^ seule qu'il pût faire "goûter à des esprits légers et frivoles. Il adressa les vers tuivans à une femme aimable , livrée à une coquetterie dont sa jeunesse lui cachait le danger :
Iris ^ TOUS coropreadres un jour Le tort que vous tous faites {
DE NESMOND. 6i
i Le mépris ^nit de prêt Tamour
Qu'inspirent les coquettes.
Songes à Tons faire estimer
Plus qa*à tous rendre aimaXile; Le faux honneur de loat charmer
Détroit le Tëritable.
ce sermon en valait bien un antre.
Le nom de ce prëlat, dont le souvenir nous est prëcienz, sera placé dans nos fisistes , à côté de celui d'un autre archevêque de Toulouse ' , que l'Académie a le bonheur de posséder aujourd'hui , et qui y apportant parmi nous les mêmes talens , j a joint Famonr le plus éclairé pour les lettres, l'estime la plus distinguée pour ceux qui les honorent par leurs talens et par leurs mœurs, enfin tontes les qualités aimables et solides qui le rendent cher à son diocèse , à la société et k cette compagnie.