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» cadëmie , en vous adoptant , donne à la beauté de votre génie » la couronne qu'elle mérite à ses yeux. Celui-là en effet mérite M quelque éloge, même de notre part, qui a banni de la scène » les passions criminelles qui corrompent nos spectacles , et qui » a su faire servir les fictions poétiques à donner aux hommes » d'utiles leçons. Ainsi, en rendant justice à la sagesse de vos » vues , on pourra convenir sans peine qu'il y a quelque rapport » entre celui qui condamne nos théâtres , et celui qui essaie de » les corriger. • • • Continuez, monsieur , à fournir à nos jennes » gens, je ne dis pas des spectacles , mais des lectures utiles, M qui , en amusant leur curiosité , les rappellent à la vertu , à la » justice, aux sentimens d'honneur et de droiture que la nature M a gravés dans le cœur de tous les hommes ; continuez à ré- » pandre un ridicule salutaire sur les goûts bizarres de la jeu- M nesse de notre siècle. Les orateurs chrétiens trouveraient » moins d'obstacles au fruit qu'ils désirent , si les esprits étaient tt préparés aux vérités chrétiennes par les vertus morales , et par « les sentimens que la raison inspire. Qu'il est difficile en effet » de faire de vrais chrétiens de ceux qui n'ont pas encore com- » mencé d'être des hommes raisonnables ! »
Quelque juste , quelque sage, quelque décent même que fût cet éloge , le parti nombreux dont l'archevêque de Sens s'était attiré la haine par ses écrits , ne manqua pas de dire qu'il n'avait pas moins loué dans son discours le talent de faire des comédies, que celui de faire des sermons^ et qu'il proposait aux chrétiens de se disposer à entendre le sermon en allant à la comédie. Une gazette satirique que ce parti imprimait depuis plusieurs années, et dont l'auteur avait alors quelquefois de l'esprit,, qu'il n'a pas laissé à ses successeurs , saisit avec une sainte avidité cet édifiant moyen de tourner le prélat en ridicule ; et le public oisif, toujours empressé d'applaudir la satire, et satisfait surtout de s'immoler, quand il le peut, de grandes victimes, répéta avec complaisance les pieux sarcasmes dont les ennemis de la Bulle Unigenitui accablaient leur adversaire.
L'archevêque de Sens fut si bien corrigé par ces épigrammea injurieuses du tort qu'on lui imputait d'avoir loué des comédies, qu'il s^ réforma sur ce point jusqu'à l'excès. Chargé , quelques années après , de la réception de Marivaux , auteur de plusieurs romans et d'un grand nombre de pièces de théâtre , il donna au récipiendaire beaucoup moins d'éloges que de leçons ; il lui fit , avec toute la modération néanmoins que le lieu et la circonstance pouvaient exiger, une espèce de réprimande épiscopale sur ses ouvrages , qu'il n'osait pourtant convenir d'avoir lus, et poussa le zèle évangéliqùe jusqu'au point de mécontenter
presque également «t le récipiendaire et rAcadémie. Il aurait pu opposer à ces plaintes la fable si connue du Meunier et de sonjils ; un directeur plus ayisé , qui eût mieux connu la malignité du public et la vigilance de la haine , se serait peut-être dispensé des deux réceptions , dont l'une avait valu des satires , et l'autre des reproches à M. Languet; tout autre que lui n'eût pas manqué de motifs pour représenter à la compagnie qu'un évéque ne pouvait ni louer un auteur de comédies sans compromettre le prélat , ni le prêcher sans compromettre l'académicien. Mais l'archevêque de Sens, homme simple, vrai, et pénétré du sentiment de ses devoirs , crut qu'il pouvait, en cette double occasion , les remplir tous également , quelque opposés qu'ils parussetit , et s'aperçut trop tard qu'il s'était trompé.
£n lui reprochant ses réprimandes , on lui reprocha aussi ses éloges ; on rappela avec malignité un autre discours académique , prononcé par le même prélat plusieurs années auparavant , et 4dns lequel , voulant louer le cardinal de Fleury de toutes les manières possibles , il n'avait pas dédaigné de faire partager ses éloges à l'antichambre du ministre , en célébrant l'honnêteté des domestiques qui l'habitaient. On ne sentit pas que ces éloges , qui retombaient sur le maître , étaient une leçon indirecte et Irës-utile donnée à tant d'hommes puissans , trop sujets à faire sentir le poids de leur grandeur , par l'insolence même des esclaves qui sont à leurs ordres.
Devenu sévère et rigoriste , non par caractère , mais par une espèce d'émulation , et pour ne pas donner prise à des ennemis qui se piquaient surtout d'une grande austérité de principes , l'archevêque de Sens se montrait difficile et scrupuleux, à l'égard même des plus illustres et des plus irréprochables de ses confrères. L'immortel ouvrage de V Esprit des Lois fut un de ses sujets de scrupule ; le prélat crut y voir la religion attaquée , et s'en expliqua assez clairement pour offenser l'auteur. Ce fut un malheur pour l'éloge funèbre académique de l'archevêque de Sens ; car le président de Montesquieu , étant directeur à la mort de M. Languet, pria la compagnie de le dispenser de faire cet éloge , dont il se trouvait chargé par le devoir de sa place : il eût été plus grand d'oublier , en cette occasion , le tort excusable d'un pieux évêque , qui , en se déclarant contre une des plus belles productions de notre siècle , mettait au moins de la bonne foi dans des reproches oîi tant d'autres n'avaient porté que l'intolérance hypocrite et la basse envie ; l'illustre écrivain qui se croyait offensé , se serait vengé bien noblement en donnant à son détracteur les justes louanges qu'il méritait à beaucoup d'égards. L'auteur de VEsprit des Lois, dans plusieurs
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endroits de son oavrage , sVtait tire avec succès de plus d'un sentier tout autrement glissant ; celui qui avait si bien défendu les droits de rhumanité , et parle de la religion avec tant de dignité et de décence , aurait pu louer , sans se compromettre , les vertus de l'archevêque de Sens, Taustérité de ses mœurs, sa charité pour les malheureux , la simplicité de son caractère ; il aurait pu parler de son zèle même pour la religion , quelque peu éclairé qu'il dût lui paraître ; il aurait pu saisir cette occasion pour donner des leçons utiles k ceux qui, comme M. Languet, pourraient abuser d'un xèle si louable , et nuiraient à la botine cause en croyant la servir. Montesquieu ne pensa pas ainsi , et nous en sommes un peu fâchés pour sa mémoire.
Pour consoler , autant qu'il est en nous , les mânes du prélat , des honneurs qu'un grand homme a refusés à sa cendre , nous tâcherons de la dédommager de ce refus par le suffrage d'un autre grand homme , plus fa^t , à la vérité , pour louer l'arche- • véque de Sens. Il avait été connu , dans sa jeunesse , du grand Bossuet ; il s'était fait aimer et estimer de cet oracle de l'Église de France ; et ce fut à sa sollicitation que M. Languet entra dans la maison de Navarre , dont Bossuet était un des principaux omemens. L'estime d'un tel homme peut être opposée à la cen-^ sure de beaucoup d'autres , et même à l'humeur juste ou injuste d'un philosophe.
On ne doit pas s'attendre que nous parlions ici des ouvrages de M. Languet, presque tous fort étraTigers à l'Académie Française. Il en est un pourtant dont nous croyons devoir justifier ou du moins excuser sa mémoire s c'est la Vie de la vénérable mhre Marguerite^Marie Alacoque , religieuse de la Visitation, et morte en odeur de sainteté en 1690. L'auteur rapporte dans un grand détail les visions de cette religieuse , ses révélations , ses extases, ses conversations tendres et passionnées avec Jésus-Christ, qui poussait la galanterie jusqu'à faire des vers pour elle. L'attention dès charitables jansénistes à saisir tout ce qui pouvait leur donner quelque avantage sur le prélat^ leur ennemi , la facilita détourner en ridicule des révélations et des eitases, le nom même de la béate, qui prétait à la plaisanterie , et ^ui fournit , dit-on , quelques facéties au théâtre de la Foire ; toutes ces circonstances donnèrent beau jeu k la satire. On ne voulut pas voir que ce livre, dont les gens du monde se moquaient, n'était nullement fait pour eux , qu'il était uniquement destiné à charmer l'oisiveté de quelques pauvres religieuses, à qui l'on ne -devait pas envier cet innocent et futile passe-temps, et qui, renfermées dans leur solitude, Tàrae exaltée par l'idée des biens célestes, et portant à Dieu tous les sentiraens qu'elles refusaient 3. 25
aux hommes, pouvaient dire, eomjne autrefois u«e d'entre elles : Quand ilny aura plus dCamour, il n'y aura plus de carmélùes. On se garda bien d'envisager l'ouvrage de M. Languet sous ce point de vue si naturel et si équitable ; on a'j vit qu'un grave prélat qui débitait sérieusement des chimères ; et Marie Àlacoque , qui , dans un autre siècle et dans d'autres circon»tances , eût peut-être été regardée comme une Sainte^Thétèee, ou au moins comme une Sainte-Brigitte , ne passa que piHir une illuminée , dont l'évéque, son historien , partageait les folies. On ne rendit aucune justice k la préface très-sage et trèsrîudiciettse que M. Languet avait mise à ta tête de ce livre , et dans laquelle il établit les principes les plus exacts et les plusseints sur les révélations et les miracles ; préface si différente du reste de l'on* vrage > qu'il y a lieu de croire que cette histoire si baffouée n'a pas été écrite par M. Languet , et qu'il n'a fait que prêter . soA nom 9 peut-être un peu trop facilement, pour en décorer le travail de quelque moine ou de quelque prêtre , auteur de cette vie ^ En vain les amis du prélat disaient pour le justifier, que si on voulait lire quelques écrivains tfès«accrédités dans l'Église, avec la même malice que le public lisait Marie Alacoque, on trouverait aussi dans ces écrivains des indécences et des écarts , en apparence très-condamnables , mais que innocence de l'intention devait excuser. Le désir qu'on avait de s'égayer aux dépens de M. Languet ferma toutes les oreilles aux raisons de ses défenseurs; et il apprit, par les mortifications que cet ouvrage lui fit essuyer asses injustement , que lorsqu'on a le malheur d'avoir un grand parti contre soi , on ne saurait trop se tenir sur %t% gardes , pour ne pas offrir de pâture à k vigilante activité de la haine et de la satire.
L'archevêque de Sens a en dans sa famille deux hommes qui méritent qu'on en fasse mention dans cet article. L'un était Hubert Languet, auteur du livre qui a pour titre : Vindiciœ conira tjrrannos , sive de principis in popuhan , populique in principem légitima potestate ( Réclamations contre les tyrans ,
comme des ennemis publics , contre qui la société est en état de
« Groîraitron qn^on P, Fromage, yéinite trèt-yere^ danf ra langue arabe , a prîf la ridicule peine de traduire en cette langue la f^U de Marie Almeogm , et de la faire imprimer à Antura , Tille de TAntiJiban , pour rinalruciion dea dur^tient orientaux ? Pauvres chrétiens , vous Toilà bien iostruiu ! Et yods , pMTTet auteur», cr«yet à prêtent vos ouvrages merveilleux, parce «jnlb ont obtenu les honneurs d'une ttaduotioft anglaise «a allenMnde! Qu'oppoeerexvous k la traduction aruke de Mode Alacoque?
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guerrt, usmH tt fiie lee droîu dtapnnoes Ugitimes, el HirtMit les droils cks peuples ^ si oubliés par tant de rois et niéaiè per taat d*écrivaiàs. Ces! de Hubert Laogvet <{ae Dopleisî** Momai , son ami 9 a £ait œ bel ëloge 1 Fuit ^tutles nrnUi videri volant ; vixit quaUter optùfd mon cupiuM, (il a été ce qae tant d'astres reulent paraître , et il est mort comme les plus Tertileiix YOttdraieot avoir vécu. )
Le second Languet dont liétts roulons jparlèr, éiftit ciiré de Saint-^ulpice, et frëre de notre aoademioien. Il joignit à là plus grande simplicité de mcèurs , îeà plus grands talens pour le gouvernement de la vaste paroiste confiée à m» soins< Plein de désin* téressement pOur lui-même y et se refusant jusqu'au nécessaire , il ne demandait jamais rien que pour son église ou pour le^ pauvres. On lui doit des établissemens trës-utites^ et qui ont fait regretter aux bons citogrene que ce digne paatenr n*ait pas été k portée d'exercer dans de pins gfandès places sa bienfis^ santé activité. Ennemi de l'iâtolérance et du fanatisme , il ne persécuta jamais personne; il méprisait même lottes ees vaines disputes , malheureux objet d'un aèle souveiit odieux et tbu*. jours ridicule. Une dévote janséniste mourante 9 qu'il administrait I crut devoir l'assurer 9 sàlis qu'il l'interrogeât , qu'elle ne recevait point la Bulle Unigetiitus .* Madidtn^^ répondit le curé « elle itn posera / réponse qu'on aurait dû toujours faire à tant d'ennemis de cette bulle « qui» en déclarant à la moit leur bor-" reurpour elle, conscmtaient ou plutôt cWcbai^nt à se faire re-» f use# le viatique 9 |^r goûter 9 en çxptrant ^ la satisfticti^ si douctf de faire un moment parler d'eux 9 ei pour reudrQ teur mort plus remarquable que lemf vie..