DE BOISSY
Tnulsemblablemant , ne réussirait pas moins au théâtre que V Ecossaise , si elle était d'un genre qui put en faire tolérer la représentation.
(3) Quelqu'un a remarqué, avec rabon, qu'au lieu du mot de public^ tant prodigué à tort et à travers dans les conversations et dans les écrits , on ferait souvent très-bien d'employer celui de vulgaire , que la langue fVançaise nous fournit si heureusement pour exprimer cette multitude , qui a tant de langues et si peu de têtes , tant d'oreilles et si peu ifyeux.
ÉLOGE DE VAUREAL '.
ÏJe La Cond AMINE , successeur de l'évéque de Rennes , dans rAcadémie, a fait, dans son discours de réception, un éloge historique de ce prélat , à peu près semblable à ceux qu'on prononce dans la plupart des autres sociétés littéraires ; nous ne ferons presque ici qu'abréger cet éloge. 11 serait peut-être à souhaiter que tous nos récipiendaires en eussent usé de même à l'égard de leurs prédécesseurs ; l'histoire des académiciens se trouverait toute faite dans les discours de réception , et ce genre d'utilité dans nos discours vaudrait bien ces éloges d'étiquette si souvent répétés.
L'abbé de Yauréal fut attaché dès sa jeunesse , en qualité de rand-vicaire , à l'évéque de Meaux , non pas Jacques Bénigne
ssuet, mais Henri de Thiard, cardinal de Bissy , qui, par son zèle ardent pour faire accepter Xa Bulle Unigenitus par le clergé de France, donna lieu aux jansénistes, ses ennemis, de publier qu'il n'était dans cette affaire que l'agent du jésuite Le Tellier. Qa ne doit pourtant pas douter que le zèle de ce prélat ne fûtpur et sincère , puisqu'il crut pouvoir calmer les scrupules de Louis XIY mourant , en se chargeant de répondre à Dieu , pour le monarque , de la persécution exercée contre les ennemis de la bulle.
L'abbé de Vauréal , bien moins par déférence que par principes , était aussi persuadé que le cardinal de Bissy , de la nécessité de se soumettre à cette décision du saint-siége ; il pensait à l'exemple de l'évéque de Luçon , Bussy Rabutin * , que ceux
• Loais-Gai de Guerapin de Vanr<?al , cvéquc de Rennes , grand d'Espagne de ia première classe, ne en 1687 j reçu le 25 septembre 1749, à )a place d'Armaml Gaaion, cardinal de Rohan; mort le 19 juin 1760.
' f^ojvz Tariicle de Ter^que do Luçon,
5x1 ÉLOGE
qui y comme les jffiksraîfles ^ iMru(«nt ^tre à toute force entzns <f e l'Église romaine , doivent être réunis avec elle dans la mêm^ croyance , et qu'il faut renoncer à la qualité de catholique y si Ton se permet de rejeter , par quelque raison que ce puisse étre^ ce que les juges nés du calnolicîsme, le pape et les évéques, ont évidemment décidé ; mais plus il croyait la soumission nécessaire, plus il était convaincu que la violmice n'était pas le moyen de Tobtcnir. Il se conduisit d'après cette sage maxime ^ des qu'il fut nommé à Tévéché de Rennes ; car tandis que cette bolle , qu'il acceptait et protégait 4 mettait le feu dans vingt autres diocèses , il sut maintenir le sien en paix , et conserver le dépôt de la doctrine sans persécuter ceux qui voulaient l'altérer ; il fut ferme sans intolérance , vigilant sans rigorisme, et détruisit plus de jansénistes en paraissant ignorer leur existence, que ses zélés confrères n'en convertissaient par les lettres de cachet le plus H« béralement multipliées.
Mais ce qui nous intéresse Irîen davantage , c'est qu'il eut au plus haut degré la première des vertus d'un évéque , celle qui le ferait presque dispenser de toutes les autres , ou lui ferait au moins pardonner de ne les pas avoir , la bienfaisance et la cha^ rite. Il versa les plus abondantes aumônes dans le sein des pauvres de son drosèce ; il leur prodfgua les secours dans les temps de calamité et de disette ; et ce qu"? reste aujourd'hui de ces infortunés, verse encore des larmes en prononçant son nom. Les plus respectables qualités des hommes sont celles que célèbre la bouche des mallteureux ; et il n^y eut peut-être jamais d'éloge funèbre comparable a celui que firent de Louis XII les crieurs pubKcs, en allant le long des rues, et en répétant à chaque pas : Le bon roi Louis, père du peuple ^ est morf,
L'evéque de Rennes joignait à ses bonnes œuvres le mérite de les cacher Y mais de les cacher sincèi^ment et de bonne foi. Il ne ressemblait pas à ces bienfaiteurs hypocrites , qui , voulant avoiîr k la fois le mérite de la charité et celui de Ta modestie, n'affectent de taire leurs aumônes de projet et deccnnmandfe, que pour se procurer plus de moyens de les divulguer à petit bruit ; nonseulement l'évéque de Rennes taisait les siennes,, il savait trèsmauvais gré à ceux qui trahissaient son ré«pécfable secret ; et sa charité dédaignait toute autre récompense que celle qu'il trouvait dans son cœur.
Il laissait pourtant voir ses actes de bienfaisance lorsqu'if croyait que l'exemple en serait utile aux prélats ses confrères. Il leur donnait surtout cet exemple dans ses visites diocésaines* Bien différent de quelques princes de l'Église , dont le passage 'dans les campagnes , ainsi que celui des princes temporels , les
DE VAURÉAL. SiS
ûi»ol9 eomme tiv-lorrent ^ «a liea ée hs fertiliser cofnttie tine To&ée salalairé y rëfécyue de Retioes, bi^q«'ii yisilait son diesëse, se faisait saivr» d'un foorgott cbdfgé dé vivres , dfiii que éon sdîour ne fàt pas 0ùéfeu% à se» cttféê, t\ à plas fait encore pôvr sa province que pour son troupeav^ Citait à Itti que la Bre^ tagne étdit redevable de la sage ad^âFfifistrcitioii établie dcf^ois quarante an» ^ ponr 1» répartition et la perception des iAip6ts , administration vraiment paterfielle ^ et telle qne le dictait la nature , avant que la fatale théorie des finances en eût obscurci lés principes.
Son attachement pour son diocèse ne lui perpiit pas de le perdre de vue , lors même qu'if eut été nommé à l'ambassade d'£spagne. Quoique éloigné de trois cents lieues du troupeau dont i> étsiiî chéri, ?I veiffa toujours k ses besofns ; mais les devoirs de VévèqtKt ne prirent rien sur Ceut de l'homme d'État. ïî rempKi avec distinction fempfoi important dont il était chargé; n&n-seulement il sut se faire estimer de Phifippe V et de ses mimsires , il gagna mén^ Tamitié de la nation ; il etfaça les tl'aces qui restaient encore de cette antipathie que l'Espagne avait eue si long-temps pour la France , et qu'elle paraissait n^avoir pas tout-à^fait perdue j quoique la France eàt depuis long'^teuApâ oublié lasieane.
L'évéqae de Rennes ^'expritoàil avec grâce et faeililé datis sa conversation et dan» se» écrite. Ses dépêche» passent po«r des xnodêlca , et sotk discourr de réception dons cette oompsfpie est d'wne éloquence noble et simple, di^e d'un prélat aoedéini^ midfen. l\ présida vîngt-sk ans àùt Étaf 9 de Bi^agne , oit it ilf usage plds d^une fois, pont Je Men de la prbtince, def sott tàléhf p^or la patôle , et de son esprit de cbûciKation. San teïe pafrio-** tiqfûé, quelquefois opposé aul tues de Ta cour, fui attira des*" disgrâces ; mais ces disgrâces n'eurent de durée qiie cé^ qùS*l eu fallait pour faire connaître la droiture de sa conduite, et pour donner du prix et de l'éclat à ses vertus. Nous ne craignons point de dire à ses vertus , malgré tout ce que la haine de ses ennemis a pu faire pour les ternir , d'autant plus sûre d'être crue ou du moins écoutée, qu'elle trouve toujours la malice humaine prête à la seconder et à l'applaudir. L'évéque de Rennes eut des défauts sans doute ; il était homme : mais ces défauts tenaient à la franchise et à la simplicité de son caractère. Il put être accusé de quelques écarts passagers ; mais ces écarts étaient refifet de la sensibilité de son âme. Enfin , à tous les reproches justes ou injustes qu*on pourra lui faire , nous répondrons par ces seuls mots, faits pour imposer silence à la calomnie et à la médisance même : il fut humain et généreux , il aima et soulagea ses semblables;