‹ Œuvres de d'Alembert (volume 2)Chapitre 55 sur 74 · ÉLOGE D'OLIVET · texte numérisé non relu

ÉLOGE D'OLIVET

juL p R As avoir fait ses humanités de la manière la plus brillante, son goût décidé pour l'étude le détermina à entrer chcs les jésuites , cil il espérait trouver en tout genre d'excellens mattres et de bons modèles , et principalement tout le loisir nécessaire pour se livrer à sa passion fevorite ; car parmi tant d'ordres religieux , dont l'Église et l'État sont chargés , la compagnie des jésuites a été la senle oii tons les momens, le temps du noviciat excepté ', fussent consacrés à s'instruire ; on n'y consumait point dans nne psalmodie fastidieuse un temps qu'on savait mieux employer (i). Cest à une constitution si bien assortie aux véritables intérêts d'une congrégation monastique, que cette société doit les bommes célèbres qu'elle a produits , et dont le mérite lui aurait assuré une existence glorieuse et durable , sans l'esprit de domination et de cabale qui l'a rendue odieuse et l'a précipitée dans l'abîme oii elle s'est perdue.

Ce fut pendant son séjour chez les jésuites que le P. Thoullier , car c'est ainsi qu'on appelait alors l'abbé d'Olivet , eut l'avantage de connaître l'illustre Despréaux. Il allait voir souvent ce poète célèbre dans sa retraite d'Auteuil ; il recueillait avidement ses leçons ; il était là comme un disciple de Py thagore , pendens dtcentisab ore, immobile et dans le silence, écoutant ce grand maître avec une espèce de vénération religieuse. Aussi adopta-til sans réserve toute la sévérité de sesjngemens littéraires. Peutêtre avait-il , comme son oracle , le goût plus austère que fin ' ; son esprit ressemblait k ces palais sains et vigoureux , qui expriment avec force et goûtent avec plaisir le suc des viandes pleines de substance, mais qui ne savent ni distinguer ni apprécier des alimens plus délicats ; peut-être , après tout , ne perdeht-ils pas >'

• JoMph ThoollierdKMiTec, conseiller d'honneur en la chambre des coinpics de Besançon , né & SaUns , en Franchc-Comie , le 3« mars tflBa ; reçu le tS5 novembre 1723, à la place de Jean de La Chapelle^ mort le 8 octobre 1768.

* F'ojrez la note a sur l'cloge de Crebillon.

■ Voyez les notes snr l'article de Dcspreaux.

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autant qu'on le croit , à êti;e privés de celle subtilité exaltée et fugitive , souvent plus propre à énerver le goût qu*à le raiEner.

L'attachement du P. Thoullier pour les opinions de Despréaux s'étendit jusqu'à sa personne; l'humeur un peu brusque et quelquefois chagrine du maître s'accordait assez avec la franchise et l'espèce de rudesse dont le disciple paraissait se piquer aussi. C'est au moins sous cet extérieur que l'abbé d'Olivet s'est montré dans le monde à ceux qui l'ont connu : le public apprendra néanmoins avec quelque surprise , que tant qu'il fut chez les jésuites, il eut une réputation toute différente ; on lui trouvait une urbanité • une politesse , une douceur , qui faisaient regretter à la plupart de ses amis, que tant de charmes et d'agrémens fussent perdus pour le monde, et condamnés à l'obscurité monastique. On ne peut expliquer cette différence singulière du P. Thoullier et de l'abbé d'Olivet , qu'en supposant , ou que l'abbé d'Olivet avançant en âge, avait sur la route prodigieusement changé d'extérieur et de forme ; ou que la sévérité attachée à la robe jésuitique , faisait louer en lui comme un agrément rare , ce qui n'était que l'effet simple et naturel d'une éducation moins agreste que celle de la plupart de ses confrères. D'ailleurs le crédit énorme dont cette société jouissait alors par la conBance que le monarque avait la faiblesse de lui accorder , donnait à presque tous ses membres un air de morgue et d^orgueil qui révoltait jusqu'à leurs amis même , mais qu'apparemment le P. Thoullier ne partageait pas , et dont on lui saTait gré d'être exempt.

Il eut le bonheur de payer à Despréaux, par un service essentiel , l'amitié et les leçons dont l'illustre satirique le gratifiaiL Nous avons dit dans l'éloge de ce grand poète , que l'implacable jésuite l^e Tellier lui avait attribué des vers détestables contre la société, vers dont il aurait bientôt cessé de le croire auteur » s'il eût daigné consulter sur ce sujet le dernier préfet du collège de Louis-Ie-Grand , ou même le dernier écolier de ce collège , qui se connût taiit soit peu en vers français. Mais Le Tellier , plus fougueux controversiste que bon écrivain , prévenu d'ailleurs contre Despréaux , dont les liaisons avec Port-Rojal lui déplai- /saient, s'affermissait, par cette prévention, dans une erreur dont il ne se souciait pas de sortir ; il paraissait déterminé à perdre le poète dans l'esprit du monarque que Despréaux avait tant célébré, mais qui, devenu vieux et dévot, n'aurait pas hésité à sacriâer son panégyriste à son confesseur, et son amourpropre à ses scrupules. Le P. Thoullier se rendit médiateur, entreprit de justifier son ami , fut assez heureux pour y réussir, et apaisa tout. Le fidèle ami de- Despréaux et son respectueux

commentateur , Tavocat lyonnais Brossette , nous a conservé quelques pièces curieuses' de cette grande négodation (2). On y voit le fiel et l'insolence du confesseur jésuite , la sage modération du médiateur y et la violence que le poète se fait en frémissant pour contenir la bile dont il était plein contre son odieux adversaire, sans pouvoir, malgré ses efforts, empêcher qu'elle ne lui échappe.

Le P. Thoullier dut se faire aussi lui-même quelque violence pour la médiation dont il se chargeait ; car il n'aimait pas le P. Le Tellier , et partageait ce sentiment avec presque tous ses confrères. On lui a plusieurs fois entendu dire , que lorsque ce jésuite passa de la dignité de provincial , dont il était revêtu , à celle de confesseur du roi, la plupart des jésuites, et surtout les plus jeunes, au nombre desquels était le P. Thoullier, furent transportés de joie , non de l'honneur que recevait le P. Lé Tellier , mais d'être délivrés du sceptre de fer avec lequel il le^ gouvernait. Heureuse l'Église de France, si elle n'avait pas trouvé son malheur dans un événement qui soulageait tant la société !

Le jeune jésuite , qui voyait si assidûment le législateur du Parnasse , crut par cela même avoir quelque droit de s'y placer. Il osa pendant quelques années être poète : nous savons de luimême qu'il avait fait beaucoup de vers français, et qu'il fut assez juste ou assez sévère, dans un âge plus avancé , pour les dévouer à ce qu'il appelait lui-même emenJa^i/m ignibus (au feu destiné à les corriger) ; bien différent de cette foule de jeunes littérateurs qui , craignant de perdre ce que le public n'eût jamais réclamé , se hâtant de lui offrir les fruits avortés de leur verve , et ont la douleur d'entendre prononcer contre ces productions malheureuses, la sentence qu'ils auraient prévenue en les condamnant à l'oubli.

n passa de la poésie à la chaire , et ^j livra avec la même ardeur; mais pour se pénétrer des principes et du goût d'une éloquence saine , et pour avoir sous les yeux , dans le même écrivain , le précepte et l'exemple , il s'attacha surtout à Cicéron ; à force de le lire et de le méditer , il pnt pour cet auteur le goût vif et l'espèce de passion qu'il a conservée jusqu'à la fin de ses jours, et consignée dans tous ses écrits; cet enthousiasme déclaré , cette profession de foi constante a été parmi les gens de lettres comme l'écusson de l'abbé d'Olivet, ou , si l'on veut, sa cotte d'armes distinctive. Il semblait répéter ^ans cesse à tout ce qui l'environnait, l'espèce de cri de guerre qu'il a fait retentir dans une de ses harangues académiques : Lisez Cicéron , lisez Cicéivn. A peine permettait-il aux jeunes gens d'autres lectures,

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qui ne lui paraissaient çuere propres qu'à leur corrompre le goût On lui demandait son avis sur les ouvrages d'un jeune écrivain, qui ani^onçait dès lors les plus grands talens , et qui a tenn depuis tout ce qu'il promettait , l'auteur des éloges de Sully, de Descartes et de Marc-Aurële ; l'inflexible cicéronien répondit avec une sévérité chagrine : // a trop lu Tacite, L'abbé d'Olivet n*ei2t point cet écueil à éviter ; fidèle au dieu qu'il avait choisi , il ne porta point ailleurs son hommage. Aussi , quoique oblige cbes les jésuites à d'autres études, la lecture de Gicéron , deyenue soa occupation chérie , lui rendit bientôt toute antre occupation fa^ tidieuse ; et comme il craignit que ses supérieurs ne le forçassent de faire diversion à cette lecture en se tournant vers des objets contraires à son goût , il quitta la société k l'âge de trente-ln» ans , c'est*à-dire au moment oii il était près de s'y engager pour toujoufs (3). Mais en la quittant, il conserva pour elle cet attachement, pour ainsi dire filial, devenu parmi nous comme le signalement de presque tous ceux qui ont appartenu à cette société célèbre ; attachement qui prouve en eux , ou le souvenir estimable de ce qu'ils lui doivent , ou l'habitude qu'ils y ont contractée du patriotisme général qui était comme infaérent à tous les membres de cette coùipagnie , et que la robe îésaitiq[ue semblait en quelque manière envelopper. On a va même , et l'abbé d'Olivet en citait d'illustres 'exemples, on a vu plusieurs de T^eui^uui avaient dépouillé cette robe par mécontentement it leurs conËrères , afficher pour eux , après les avoir quittés , le xele le plus courageux et le plus vif ^ non-seulement dans les beaux jours de la société , mais dans ses jours d'infortune et de destruc^ tion ; on a vu la plupart de ces déserteurs travestis , ou plutôt de ces ex-jésuites honoraires , conserver jusqu'à cet esprit d'intrigue sourde et de manège hypocrite qui, des chefs de la société, se répandait jusqu'à ses membres. On a vu enfin , comme Je disait encore l'abbé d'Olivet , des ex-jésuites qui , dans cette société , n'avaient point fait parler d'eux , en montrer tellement Tesprit ^près leur retraite, qu'on a dit, quils s étaient fait jésuites depuis qu ils ne Fêtaient plus. Notre académicien , et pendant 4]u'il fut jésuite , et depuis qu'il eut cessé de l'être , a toujours 'été à l'abri de ce reproche. Il ne fut ni ambitieux, ni tartufe, ni adulateur ; il le fut si peu, qu'il ne voyait pas même ces vices dans plusieurs de ses confrères , en qui néanmoins ils pouvaient être aperçus par des yeux moins clairvoyans que les siens. Tout jésuite était son ami , même sans en être connu , et comme par provision ou par sympathie. Peut-être aussi y entrait-il noe sorte de prudence et presque de politique ; peut-être craignait-il de déplaire à ime société qui ne pardonnait pas , et de mériter

par quelque faute , même involontaire , ce ressentiment implacable dont il avait été à portée de voir de près et souvent les redouUbles effets. Son amitié ferme et intrépide pour les jésiûtes a fait présumer qu'en conservant l'esprit général qui attache à cette compagnie ses anciens membres, il avait de plus conservé avec eOe des relations particulières plus cachées et plus intimes. n fut , dit-on , lié aux jésuites jusqu'à la fin , par cette espèce à' affiliation qui s'étendait jusqu'aux séculiers , qui les mettait dans une espèce de dépendance de la société , qui a donné à cette société tapt d'amis et de partisans déclarés ou secrets ; on assure même que ces pères ont eu l'adresse d'engager dans une association si habilement formée , des princes et des monarques , s'avilissant eux-mêmes par ce dévouement , qui les réduisait à n'être plus que les premiers moines.

Pendant que l'abbé d'Olivet était encore dans la société des jésuites , on avait voulu l'appeler en Espagne' pour lui confier l'éducation du prince des Asturies ; mais il sentit que l'éducation d'un prince avait trop de difficultés morales , pour qu'il pût espérer un succès capable de le dédommager du sacrifice qu'il aurait fait de sa liberté. Il renonça donc à cet emploi si flatteur pour la vanité , mais presque impossible à bien remplir ; il pré^ fera à la faveur et aux richesses, la liberté et l'étude ; et à l'humble métier de courtisan , l'état noble d'homme de lettres. Peut-être aussi, car pourquoi taire ce motif, peut-être l'abbé d'Olivet, instruit par ses confrères du peu de considération dont les lettres jouissaient alors à la cour d'Espagne , voulut , sans oser trop le dire, imiter Pétrarque, qui dédaigna avec un noble orgueil de paraître à la cour de Philippe de Valois , parce que le monarque avait pour les lettres , non-seulement Findifférence dont tant de rois ont été coupables , mais une haine dont il avait l'ineptie et la maladresse de se glorifier ; quoiqu'ayant donné sur lui tant de prise par ses fautes et par ses revers , il eût le plus grand intérêt de ne pas offenser des hommes qui devaient , par leurs écrits , le livrer à la postérité. Ce roi , si peu considéré par elle , n'avait pas même la misérable finesse de ce tyran de Syracuse , qui disait : j'entretiens à ma cour des philosophes et des beauxesprits , non que je les estime , mais parce que je veux être es^ timé à cause de la faveur que je leur montre (4) .

Le premier ouvrage de notre académicien ne pouvait inanquer d'avoir Cioéron pour objet ; ce fut la traduction des Entre" tiens sur la nature des Dieux, Il donna depuis , conjointement avec le président Bouhier, la version des Tusculanes^ du même auteur; il publia ensuite celle des Catilinaires ; enfin il recueillit, dans les ouvrages de Cicéron , les endroits qui lui parurent les 3. 40

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plu* propres , non-seulement à former le goût de» jeunes gens, maU k leur inspirer des principes solides et lumipeux de |astîce« de sagesse ^t de bienfaisance : ces morceaux» traduits avec soin, parurent sous le titre de Pensées de Cicéron , pour servir à fedu' caiioH de la jeunesse. Cest nne espèce i*esprii de cet oratear philosophe ; esprit infiniment plus digne de ce nom , que ces extraits informes et mal choisis de tant d'auteurs modernes, coinpil^3 aussi sous le nom d^ esprit^ et quelquefois de génie ^ par des hoqimes qui ne donneront à personne la peine de recueillir le leur '.

Toutes ces traductions furent très-bien reçues, et ont conserre jusquV^jourd'hui la réputation qu'elles obtinrent lorsque Tasteur les donna pour la première fois. Elles parurent écrites avec la fidélité la plus exacte , et la correction grammaticale la plas scrupuleuse. Ces deui qualités les rendirent surtout tresHrecanH niaudables pour cette classe d'hommes» qui est chargée d'enseigner d^us nos collèges les principes des deux langues ; ils pooTaient, en envisageant sous ce point de vue les versions de l'abbé d'CMivet 9 les ofirir à leurs disciples comme des modèles. Des jnges plus délicats ou plus difficiles décideront si , au mérite de l'exactitude et d'uue diction pure, ces versions joignent celui de Te'légfoce et des grâces qu'on doit désirer dans un traducteur de Cicéron ; si l'on trouve dans l'abbé d'OIivet cette heureuse aisance , ce choix et celte noblesse d'expression jointe à la jdo» aimable simplicité , et surtout cette harmonie si douce et a facile qui caractérisé les ouvrages de l'orateur ronoain ; qualités si propres tout à la fois, et k charmer ceux qui lisent Cicéroa dans S9 langue originale, et presque à désespérer ceux qui voudront faire passer dans notre langue , non pas seulement les traits grossiers de son visage , mais le caractère mtéressant de sa phjsionomîe , et la mélodie séduisante de son stjle.

L'abbé d'OIivet , en se consacrant au pénible métier de traducteur > n'ignorait ni le travail qu'il exige , ni les dégoûts que l'opinion même des gens de lettres semble j avoir attadiés. « Un traducteur , dit-il dans son Histoire de l'Académie , dait M être un Protée qui n'ait point de forme immuable» et w M sache prendre tous les caractères de ses originaux ; mais pour N cela , outre la souplesse du génie , il faut de la patience , vertn » qui manque plus que le génie aux Frau({^s , et qui noianque >» surtout aux traducteurs ; car tout écrivain ne (ait d'efforts ou'i » proportion de la gloire qu'il se promet de son ouvrage ; ec

* Ofi BOUS a donne le Génie de MtmUsguieu , U Génie de Hume, VMtpm de Voltaire , erlni de FonteneUe, cdm' de MonUiigne, etc. , et jot^vl dfi Vahhé Derfomaines et des Journalistes de JVévoux,

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»> cpmpie les traducteurs taisent que le puUic n'atUdi^ q4*W« M gloire ^édioçre à leur travail | aussi s^at-ib si^jet^ k^ ^^ faito » que de^ efforts médiocres ponr rëiusir. » Ces| st^y^ connaiftr seurs ^ iuger si Tabbé d'QUvçt a mieux C^i parler Giçéfçn qu'w autre académicien dout il ftit mention dans so^ histoire « W janséniste Pubois ^ qui , ayant traduit plusieurs OKvrage^ d« Ot . gr^md orateur ,1 et quelques uns de S. Augustin, a¥ait Ciil croire k quelques uns de ses l^ctfurs que V«utenr d^ ja Ciêé €/r > l?ieu et celui des Offices s^ ressemblaient absotument pajr 1% xaaniëre d'écfire (5).

Eu «'occupant k mettre en français les ouvrages pliilosofidUiquts de Cicérou y l'abbé d'Olivei avait eu occasion de fiiire qioelqiwa recbercbç^ fur la philosppbie ancienne ; le résultat de cea rechercbes est imprimé à lai suite de sa traduction de i4 Natwre des Dieux ^ sous le titre de Théologie 4ss philoHjphes* Cétail k peu près k cette théologie ancienne que sfi bornaient tes oon-* naissances philosoplnques ; elles ne s'étendaient pas jusqu'à la philosophie moderne , qu'il avait même l'injustice de méfjôiW au fond de son cœur , quoiqu'il ne pAt s*en dissimuler les fu^ gipès jnvm^lierft » ^t que ces progrès lui donnassent même qnel^ quefbis une humeur secrète dont il ne s'apercevait pas. Plein d'admiration pour les anciens , il trouvait dans leur philoaopkiB^ |usqu'au^ vérités les plus a^ubUin^s^ dont ils étaient si loin 4'avoîr une idée confuse.

(^'adn^irateur passionné et te traducteur infatigable de Ciooron 11® se contenta pas d'enriclûr notre langue , autant qu'il Qtait en lui » des productions de ce gra<nd homme qui lut en parurent les plus digues ; il entreprit de donner une édition coQiplète de tous ses oij^vrages; avec le texte le plus pur , et avec des remarques, oii , sans rien mettre de superflu, il n'omettrait ^Ufl^i rien 4'utile. Il se livra avec ardeur k ce grand travail du-^ «ant fdusieurs années, et il eut la satisfaction de jouir du fruift de fes veilles par le succès avec lequel son édition fut accueillie de tous les savans de l'Europe. &i effet , elle ne laisse rien à désirer pour la correction du texte , pour la netteté , la précision , le savoir et le goût qui brillent dans les remarques , et pour la. beauté même de l'ei^écution tjpognqp^ique* La plupart des éditeurs et commentateurs promettent beaucoup, tiennent peu ; l'abbé d'Olivet, dans son Ciçéron, donne beaucoup sans le promettre* Il n'y ^ P^s une note de lui , mais toutes sont des meilleur^ copunentateurs , et chacune est appuyée d'un nom illustre. Ainsi le goût de l'éditeur paraît également et dans le choix des richesses qu'il a empruntées d'ailleurs , et dans celles qui lui appartiennent, entre autres, dans une préface savante , judicieuse

et bien écrite, qui sert de frontispice à l'ouvrage , et qui en décore l'entrée. L'abbé d'Olivet ayait d'abord entrepris cette «Ktton k la sollicitation de la cour d'Angleterre ; on eut honte à U cour de France de laisser aux étrangers l'honnear de réeofB^ penser son travail , et il dut à cette émulation nationale on ministérielle une pension de i5oo livres qu'il eut sur la c»sette ; prix modique de ses peines , mais qui suffisait à ses désin, et qui n'était à ses yeux qu'une marque précieuse et chère de la satisfaction de son souverain. Il est vrai qu'il jouissait d'ailleurs d'une aisance honnête pour un savant livré à la retraite et à l'étude ; mais combien d'hommes plus opulens que loi n*en ont pas été moins avides ? Les distributeurs des grâces , auprès desquels son mérite lui donnait accès , étaient étonnés de le voir sans cesse demander pour les autres et jamais pour lui. Il Tivait arec cette économie et cette simplicité si ordinaire et si naturelle à ceux qui cultivent les lettres ; économie que l'on a injustement taxée d'avarice dans quelque^ écrivains célèbres , à qui leur fortune semblait permettre un état plus fastueux ; heureux , quoi qu'on en dise , d'avoir été assez sages pour trouver dans le travail leurs plaisirs les plus chers , et d'avoir ignoré ces besoins factices , si tristement nécessaires à tant d'hommes dont Tâme et la tête sont également vides (6).

L'abbé d'Olivet n'était encore connu que par une de ses traductions , lorsqu'il fut reçu dans l'Académie Française. Cette compagnie crut lui devoir tenir compte de ses premiers traranx, de sa modestie , et des suffrages qu'il avait obtenus dans un genre d'écrire oii les succès , encore si rares de nos jours, l'étaient alors bien davantage. II fut élu y quoiqu'absent , dans le temps qu'il était allé rendre les derniers devoirs à son père : l'Académie , en le dispensant de solliciter les suffrages que ses travaux sollicî* taient assez , fit en cette occasion ce qu'elle devrait toajoart faire ; les lettres et la compagnie j gagneraient : mais l'intrigue et le crédit , ces deux ressources de la médiocrité , rendront nos vœux inutiles.

Comme les traductions publiées par l'abbé d'Olivet , soit avant, soit après son entrée dans cette compagnie , étaient de très-boos modèles pour la pureté de la langue française, il pouvait se Éat* ter d'avoir suffisamment rempli par ce travail le devoir d'académicien , même avant que d'en avoir le titre ; il crut cependant que sa nouvelle qualité l'obligeait à faire quelque chose de plus pour une langue qui lui était chère , et qu'il n'avait pas eu y k l'exemple de tant d'érudits , l'injustice et l'ineptie de n^i^er pour apprendre très-imparfaitement les langues anciennes. Il donna son traité de la Prosodie française, qu'on peut regarder

comme étant à la fois l'apologie et l'éloge de notre langue. La'auteur se propose de développer dans cet ouvrage tontes nos richesses et nos ressources quant à la prosodie ; il tâche surtout de prouver , ce qui ne paraît pas facile , que nous n'avons à cet ég^ard rien ou presque rien à envier aux Grecs et aux Latins , et que presque toutes nos syllabes ont une mesure déterminée. On ne peut dissimuler que l'abbé d'Olivet , qui était né loin de la capitale , et qui n'y était pas venu d'assez bonne heure , s'est trompé sur la quantité de quelques syllabes qu'il prononçait à la manière de sa province. Mais on doit en même temps rendre justice à son travail , le plus détaillé et le plus utile qui eût encore paru sur cette matière. Il le serait parfaitement à tous égards , si quelque honune de lettres , bien versé dans notre prosodie, entreprenait de donner une édition de ce livre, avec des remarques oii il corrigerait les méprises très-èxcusables qui sont échappées à l'auteur , et suppléerait les omissions presque inévitables qu'il a faites. On procurerait à la littérature plus d'avantages en rajeunissant de la sorte les ouvrages vraiment utiles, par des éditions revues avec soin, corrigées avec intelligence , augmentées quelquefois avec goût , et souvent élaguées avec plus de goût encore , qu'en redonnant vingt fois au public, dans des ouvrages qu'on appelle nouveaux , le bien dont il était déjà en possession , et en multipliant les livres , sans multiplier l'instruction ni les lumières (7).

Au traité de la Prosodie française , l'abbé d'Olivet fit succéder des Remarques de grammaire sur Racine, Quoique plein d'une juste admiration pour ce grand poète , il jugea utile de marquer les fautes légères qu'il croyait lui être échappées dans ses ouvrages. On reproche néanmoins au censeur d'avoir poussé la sévérité trop loin , et d'avoir plus jugé Racine en granunairien qu'en poète ; les remarques déplurent surtout à un satirique plus fameux que célèbre , et plus caustique que juste, qui, à chaque ennemi qu'il se faisait toutes*les semaines par ses feuilles périodiques , croyait avoir fait une nouvelle conquête. L'abbé Desfontaines, puisqu'il faut l'appeler par son nom , attaqua les observations sur Racine, par- un ouvrage qu'il intitula Racine vengé; titre d'autant plus impropre , que l'abbé d'Olivet était bien éloigné d'avoir voulu par ses remarques porter la moindre atteinte à la gloire de ce grand poète ; il l'avait au contraire choisi comme le modèle le plus parfait de la pureté grammaticale , comme un écrivain digne d'être étudié et médité par tous ceux qui veulent s'instruire à fond de notre langue. Il n'est pas étonnant , il était même presque indispensable que celui de tous Qos auteurs qui a le plus enrichi la langue française , qui a la

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mitât \ti ce qo« ht ^génk de €«ttè langue pouvait inlerSSre oc yiet-itttUré , qui a mi le phis k^ureusemeut et le p\ua héràiitièni \<mt k k fois ttiatiér ensemble tant d'etptessions , étm "TftlKage était une entreprise dëlicale et dkngéreusé , pàjÈk , 'AmafB un petit nombre denë^gences oudenB^jprises ^ lé triteti 9k comdftfdn hnmainè ; il ëtait donc néceésaire , en mfti^natf ^ )^gh^ tàiches, de Rendre la lecture de ce poëte itthmtable, Mssî tftitequVIle pouvait Têtre ans jeunes autetM, qui he ykieni irûp ^dîer Racine , si la nature les a fidts pour le pIttCWf un jour ou méteè pour en approcher. Nous n'ékadiiiletntts pMnt si quelques unes des fautes «u dés ticendeé que Pabbé îl*OIîvet remarque dans Racine , sont permises en poMe « ee «nAne y sont des bebutës ; mais iUest au moiits tertaîn qet fft^eqtié toutes les incorrections que notre scmpulenic gram^ «iairîen croît àpercevoitr* dans ce grand poëte, doivent ébe fSvitëeB dans une prose sévère , et que la plupart de ces încori<e«tions , nonobstant même les beauté qui en relient > ta*ottt ^MS^tnètre pa9 de sauve-^rde plus assurée contre le penple da THriliques , que Tàutoritë qu'elles tirent du nom respecté de Ità^e. L^ouvtage de Tabbé d'Olivet , étudié et médité dmm <set«^prit , sera dé la pins grande instruction pour les plrotatieiits M ponr les poëtes ; il leur apprendra ce qu'ils doivent preserife ^Mi ndepter éans les autres éierivains ; il îeè éclairera snr lé caractère de notre langue , sur ses entraves et ses resaovrees, -A riehekie et son iAdigence , la sagesse de ses lob et là nnvnlarité de «es bifearteries. Ce serait un travail facile, nuis oigne d'un poète homme de goût , de marquer avec soin, dans te» pièces de Racine , toutes les expressions nouvelles et hardies i|n'^1 s'est permises , et de les réunir dans un même recueil » aussi précieux pour la langue qu'intéressant pour les gens de lettres. Ils ne pourraient, en lisant ce recueil ^ se refuser A une réflexion bien naturelle ; c'est que s'il avait existé du temps de Racine quelqu'un île ces Cerbères de la littérature qui , trois ou quatre fois le mois , déchirent à tort et à travers les ourrage» des antres , il n'eût pas manqué de tourner ces expressions en rîdi* tnile et d'appeler leur auteur un poète gothique et barbare , riMiaant des libertés de la poésie pour%e faire une langue qm ne verait jamais pariée que de lui seul. Une pareille cridqne anmt fourni la plus douce pAture à ce même abbé Desfontainea , qui défendait Racine mort , et qui l'aurait déchiré rivant. D faisait um crime à l'abbé d'Olivet de n'avoir pas témoigné asset de respect )iou¥ tin grand homme, que soixante ans plus t5t ce pnftendn ¥m^ g^r-eût^Hipendé Mns pudeur et sans égards. Aussi noire acn<* éémicién , bien tNrtiqnine sur l'utitité de son ouvrage , sur la

D'OLIVET. 63i

justesse de ses remarques , et sur la sincëritë de son admiration pour Racine, dMaigna de rétxmdre ant critiqués de Fabbë Dë^ fbtitaittes ; il fit seulement quelques observations lëgëfes sur cet Arlstarque , dans tine lettre qu'il adressa au président BouMer. Il y avoue à son illustre ami combien il est éiàiïûé de Fàcbéi^ neinent du moderne Zoïle , avec lequel il ti'airafit pendant aucune espèce de concurrence s Car Je ne sUi^ ocdupé^ dk'^, qttà faire honneur aux ntorts , el lui à déchiter tes i^h^arïs. Il ajoute , après avoir caractérisé , avec autant de téHté ^U^* d'énergie , la partialité , la passion et les bévues fréquentds du' critique, qu'occupé depuis tant d'années à nous faire le portrait d'un millier (fauteurs, Pabbé Desfontaines n^a jàrPUdsfaii que^ le sien. L'abbé d'Olivet rappelait à cette occasion la sottise naïve dé ce même compilateur d'invectives hel)domadaires qui ^ em-» barrassé des reproches que lui faisait on bomme en place sur le vil métier qu'il exerçait , lui dit tranquillement i II faut que je vive ; et en reput cette courte réponse : Je n'en vois pas ta né' cesâité. Et-jésuite , ainsi que 1 abbé d'Olivet , il se piquait ,' disait-il , de beaucoup d^estime et d'amitié pour lai malgré leur querelle , et lui aurait dit volontiers , comme 11 avait fait daus' une autre occasion à un bomme qui se croyait son ami , et dont il avait déchiré l'ouvrage 8 Alger mourrait de fhim , s*il vii^ait en paix a\fec tout te monde. Il osa dédier à FAcadémie Fran-^ çaisé , sans l'en avoir prévenue, son Racine vengé, en protestant, comme le font toujours ses pareils, /fe la pureté de ses intentions et de son zèle pour les lettres , et surtout , ce qui donnait à cette protestation un grand air de vérité, en désavouant quelques satires grossières qu'il avait faites contre l'Académie , et dont it eût été bien fiché qu'on né le Crût pas l'auteur. « Vous étés , mes- M sieurs, dit-il, les arbitres de la langue; plat k Dieu , ajoute» » t-il par un rébus ingénieux , que vous le fussiésis aussi de la^ » langue prise dans un autre sens, c'est-à-dire, que vous (txssiet » les juges de tous les traits que la malignité ou la prévention » sèment contre la réputation des gens de lettres, w L'Académie, sans que l'abbé d'Olivet l'en sollicitât , déclara qu'elle se tenait d'autant plus offensée de cette dédicace faite sans Son aveu ,' que si l'auteur lui en avait demandé la îpérmîssioU , elle la lui aurait refusée ; et elle ne fit pas plus d'attention à l'apologie du satirique , que les magistrats n en font aux complaintes de ces criminels, dont la réponse aux preuves qui lés condamUèUt, est qu'ils ont le malheur d'avoir des ennemis. Tel était l'antagoniste à qui l'abbé d'Olivet avait à faire. Mous rapportons ces différons traits , non-seulement parce qu'ils sont la peinture fidèle du satirique dont il s*agit , mais parce que nous avéus plus

63a ÉLOGE

d'une fois entendu notre académicien en faire une application peu flatteuse aux dignes successeurs de ce forban littéraire , qui se sont ignominieusement traînés sur ses traces, et qui , pleins du même fiel que lui , n'ont pas même eu comme lui Fart hr cile et méprisable de le préparer et de le répandre.

Nous sommes pourtant fâcbés que l'abbé d'Olivet ait mi pe& gâté la réponse, de trës-bon goût, qu'il a faite à son censeur, par une épigramme latine qui n'est pas tout-à-fait du même genre; épigramme faite pour le temps des Scioppius et des Saumaise (JS), *

Ce léger écart oii se laissa entraîner en ce moment un écrivain tel que l'abbé d'Olivet , mesuré dans ses écrits , et accrédité par la sagesse de sa conduite , est une leçon utile pour nos auteurs; ils apprendront, par cet exemple, que quand on fait à des satires l'Jionneur d'y répondre , ce doit être avec le sel et la gaieté de La Motte ^ , et non avec le fiel et la fange de Scaliger ; supposé néanmoins qu'il ne vaille pas mieux encore y opposer le mépris et le silence de Fontenelle , plus fait pour bumilier l'envie que les représailles les plus sanglantes et les mieux méritées. H n'y a peut-être qu'un exemple de conduite encore plus estûnaUe ; c'est celui d'un autre philosophe qui, outragé par an satirique , lui répondit par une épigramme ingénieuse et sanglante , et la lui envoya en l'assurant qu'elle ne serait vue de personne : Toffensé voulait prouver à l'agresseur , par cette vengeance si noble, qu'au talent de faire des satires , il joignait le mérite d'en dédaigner l'usage.

L'abbé d'Olivet était si éloigné de vouloir déprimer Racine en y cherchant des fautes , qu'il a même défendu de son mieux ^ dans ces Remarques tant critiquées , une des fautes principales que de sévères critiques ont reprochée à ce grand poète , le rédt de Théramëne dans. la tragédie de Phèdre, Il est vrai que l'apologiste de ce récit aurait pu le mieux justifier; car il s'attache presque uniquement à faire voir que l'expression de Théramëne ,

Le flot qui Tapporta recale ^onvanti^ ,

est très-poétique et très-belle , ce qui n'est pas l'état de la question , et même est un des objets de la critique : mais la faiblesse seule de la défense , jointe au ton de bonne foi qu'on y remarque, suffirait pour prouver le zèle du défenseur (9). Il s'est montré admirateur si vrai de Racine , même en ne plaidant pas assex bien pour lui , qu'il serait encore moins absurde , quoique toujours très-injuste , de le regarder comme un enthousiaste peu éclaire

' Voyez Pffloge de cet académicien , et sa réponse aux inTectives de vtdame Dacier.

de ce grand poëte , que comme son ennemi secret et son com* mentateur perfide.

Il ne borna pas ses travaux académiques aux deux ouvrages sur la prosodie et sur Racine ; il entreprit d'écrire l'histoire de cette compagnie, dont Pélisson n'avait fait qu'environ vingt années, et il la continua jusqu'au commencement de notre siècle. L'ouvrage de Pélisson avait conservé long-temps une réputation dont il n'était pas tout-à-fait digne. L'abbé d'Olivet , dans sa continuation , feint de ne succéder qu'en tremblant à un tel prédécesseur ; mais s'il était décent qu'il parût effrayé de son modèle , au fond il ne devait pas le redouter beaucoup ; sa continuation de Y Histoire de F Académie , éloge rare dans un continuateur , soutient le parallèlle avec avantage ; elle est d'ailleurs recommandable par la fidélité des recherches , et par plusieurs faits intéressans pour la compagnie , que l'auteur y a conservés. On y désirait un peu plus de noblesse et d'aménité dans le style. ( L'austérité du goût dont l'historien faisait profession , les leçons qu'il avait reçues de Despréaux , la lecture des anciens dont il était rempli, lui avaient inspiré un juste éloignement pour Vaffectation et l'enflure ; mais peut-être a-t-il donné dans l'écueil contraire, en cherchant la simplicité jusqu'à l'excès ; peut-être tombe-t-il quelquefois dans le style bourgeois et familier , en voulant éviter le style guindé et précieux. Cette critique , la seule qu'on puisse faire de cet ouvrage , ne fut pourtant pas celle qu'on en fit. On accusa l'auteur d'avoir été l'apologiste de Cotin : il ne faut que lire l'article de cet académicien infortuné , pour voir à quel point le reproche est injuste ; l'abbé d'Olivet n'a eu garde de défendre les vers de Cotin : il passe condamnation de très-bonne grâce sur ces productions malheureuses ; mais il a cru ne devoir pas refuser , à dWtres égards , ^e modestes éloges à cet écrivain , qui aurait pu tenir quelque rang dans les lettres , s'il n'avait pas voulu être poëte malgré la nature. Cependant le prétendu apologiste de Cotin fut l'objet de quelques épigrammes, aujourd'hui entièrement oubliées , comme toutes celles qui joignent au malheur d'être méchantes , la maladresse d'être mauvaises. Une de ces épigrammes fut attribuée au fameux Jean- Baptiste Rousseau , soi-disant ami de l'abbé d'Olivet , à qui même il avait, des obligations; mais le poëte était bien capable d'avoir oublié en cette occasion son bienfaiteur , et n'avait déjà que trop annoncé par des satires de celte espèce , ce qu'on pouvait attendre de lui : il se défendit pourtant bien ou mal d'avoir fait à son ami cette galanterie poétique , et l'offense voulut bien le croire.

On aurait un peu plus de peine à disculper entièrement Tabbc

d'Olivet de n'avoir pas , dans son Histoire de F Académie , rendo une justice suffisante à La Bruyère et à Quinault. Il reproche aa prétnier , à qui d^ailleurs il donne de justes louanges , un style entortillé et guindé , qui n^est certainement pas sans dë&nt , et que le censeur panégyriste a confondu avec le style énei et original qui fait le caractère du Théophraste moderne. L^ d^OHvet ne pai^ait pas non plus avoir assez senti le prix et le charme de la sensibilité exquise qui respire dans lés ters de Quinault ; il lui accorde seulement le mérite d^avoir (ait des vers propres pour le chant ; mérite auquel notre académicien ne parait pas avoir attaché beaucoup d'estime , si Pon en juge p^'' I^ manière sobre et mesquine dont il Tapprécie. Mais Despréaox avait critiqué Quinault et La Bruyère ; et les décisions de Despréaux semblaient à l^bbé d'Olivet des arrêts sans appel, tl était pour ce grand poète ce que ce grand poète était pour les anciens; et dans son Histoire de V Académie , il aurait écrit volontiers en plus d'un endroit , le maître Va dit. Soyons cependant équitables 9 et convenons que si Despréaux , comme critique , était l'objet de son dévouement et de son Culte , il ne l'était pas autant comme satirique. Le cœur de Tabbé d'OHvet , natnre/leaient bon , quoiqu'en apparence peu sensible , a exprimé sa \oaai>te délicatesse sur ce point dans l'article du malheureux al>l>é Cassagne , à qui les traits envenimés de Despréaux dérangèrent la tête et coûtèrent la vie à la fieur de son âge. 'Triste fruit de ta satire , s'écrie l'honnête historien , et qui devait bien rendre amer pour V auteur lui-même, le plaisir qu elle pouvait {Tailleurs lui donner !

La sévérité , et si on l'ose dire , la roidéur et Tâpreté de goAt que notre académi^en portait dans ses ouvrages , le rendaient très-difficile sur ceux des autres. De toutes nos productions modernes , à peine y en avait-il quelques unes qui eussent le bonheur de lui plaire, d'obtenir même son indulgence. Attaché avec superstition aux anciennes maximes , il s'élevait par une espèce d'ostracisme contre toute innovation littéraire , soit dans les principes , soit dans les ouvrages ; il ressemblait à ces vîeol officiers , qui , accoutumés aux anciennes manœuvres de leur troupe y et croyant qu'on ne peut gagner de batailles que par tes manœuvres , s'écrient que tout est perdu , s'ils voient faire quelque changement à l'exercice militaire.

Quoique ses études fussent principalement tournées vers des objets de littérature sérieuse et presque aride, il se délassait quelquefois par des occupations plus légères et plus agréab/es. Nous avons dit qu'il avait renoncé de bonne heure à la poésie française ; mais il ne renonça jamais absolument à la versifica-

Dt)LlVET. 635

Uon latine , pour laquelle il se sreuUrit ou se croyait plus de talent. Il a même fait imprimer quelques uns de ses essais eu ce idertiier geiire, dftns un recueil oti il a réuni plusieurs poésies latines, et iHéme grecques, de trois ou quatre académiciens^ ^iicais, poésies fort accueillies lorsqu'elles parurent, et fort estii^âées encore aujourd'hui de cette classe de littérateurs , qui lâchent de te persuader qu'on peut faire d'excellens vers dans tme langue morte , par l'impuissance oh ils se trouvent , pour la plupart , d'en fkire dé passables dans leur propre langue. Quoi qu'il en soit , les pièces de l'abbé d'Olivet soutiennent pârfkite*ment le voisinage de leurs ritïties. Nous ignorons si le Parnasse latin de l'ancienne Rome l'eût souffert à côté de Catulle ; mais le Parnasse latin de l'Académie Française le verra sûrement sans murmure à côté des Màssieu , des Huet et des FVaguîet , *cs confrères et ses dignes émules.

n Alt toufours d'une assiduité etemplàire à nos assemblée» ; il écoutait avec autant d'intérêt que d'attention toutes les questions qui s'y proposaient , et opinait sur ces questions avec tout le savoir et toute la justesse possible. Il a fait plus , il nous à donné des remarques en forme d'opuscules , sur quelques difficultés de notre langue , qu'il a discutées avec autant de clarté que d'exactitude. Ces difficultés regardent les noms , Vùrticîe , ùs pronoms, et surtout les participes décUriûbles^ Son travail sur cette dernière question mérite en particulier la reconnaissance des amateurs de notre langue , par les principes qu'il a établis sur ce sujet, et les exemples choids qu'il a résolus et discut^ : on y trouve toute la précision nécessaire pour éclairer les grathmairiens dans la solution des questions délicates , et quelquefcns épineuses , qu'on peut proposer sur ces participes (i o).

Il à joint à sed remarques un journal écrit par l'abbé dé Cïioin^ de quelques discussions grammaticales, faites et rédigées aveb soin dans nos anciennes asseihblées ; ce journal est précieux , et par les observations tris^iines qu'il contient, etpar Hdée juste qu'il peut donner de nos exercices k ceux qui , sans les connaître, affectent d'en parler avec mépris ; ils changeraient 1>ien de 1an« gage , s'ils pouvaient assister à une de nos séances pàrtieuliërès. Tel qui s'imagine que l'Académie est oisive dans ces séances , se trouverait souvent très-embarrassé , non-seulement pour ré^ soudre , mais pour analyser et envisager par toutes leurs faces les questions qui s'y proposent , et qui d'ordinaire ont besoin , pour être discutées , de la métaphysique la plus fine , la plus lumineuse et la plus précise. L^abbé d'Olivet l'a dit avant nous dans son Histoire de la compagnie , et n6us ne craignons pas de le répéter; non-seulement l'Académie Française travaille, et

travaille beaucoup plus que ses sots ennemis ne le pensent on ne le disent, mais c*est la seule Acade'mie qui travaille en corps : les mémoires des autres sociétés savantes ne sont que le travail isolé de chacun des membres qui les composent ; le Dictionnaire de l'Académie Française , et les améliorations considérables qu'elle j ajoute k chaque édition , sont l'ouvrage de la compagnie assemblée , et le résultat d*une discussion conunnne , oa chacun de nous apporte en tribut ses connaissances et ses lamiëres ; discussion qui donne à cet ouvrage , sinon tonte la perfection dont il est susceptible , ^u moins toute celle qu'il peut recevoir d'une compagnie prise en corps '.

Si l'abbé d'Olivet n'aimait pas tous ses confrères , s'il oubliait quelquefois dans nos conversations littéraires qu'ils étaient ses égaux et non ses disciples , s'il allait jusqu'à laisser voir à quelques uns d'eux le peu d'attrait qu'ils avaient pour lui , il a jusqu'à la fin de ses jours constamment et presque tendrement aimé l'Académie. Il a même laissé un monument touchant de sessen* timens poi\r<elle y en lui adressant, une année avant sa mort, la dernière édition de ses Opuscules sur la langue Jrançaise. « Puis-je me flatter , dit-il à ses confrères, qu'un jour l'examen M de ces remarques vous dérobera quelques instans ? A)oatex , M retranchez , corrigez. Je prévois que vous aurez souvent à dire: » // s'est trompé; mais dites quelquefois , je vous prie : // nous » aimait , il nous respectait. »

Avec un extérieur peu attirant , et presque fait pour repousser ceux qui n'y étaient pas aguerris , l'abbé d'Olivet portait an fond du cœur une envie d'obliger sincère et active , que plnseors gens de lettres ont éprouvée. G>mnle sa réputation , ses travaux et son âge lui avaient mérité la confiance publique, un grand nombre de pères de famille et de principaux de collège s'adressaient à lui pour recevoir de sa main des sujets propres k Védur cation de la jeunesse; il en plaça beaucoup, et même en trop grand nombre , comme il ne craignait point de l'avouer ; car il se plaignait d'avoir été souvent trompé danvson choix , malgré le soin scrupuleux qu'il apportait pour ne pas l'être. H aurait pu se plaindre aussi souvent, et avec encore plus de justice , d'ua autre malheur dont il ne parlait que très-rarement, celui d'avtnr fréquemment éprouvé l'ingratitude , récompense ordinaire des bienfaiteurs. Il faisait des mécontens de ceux qu'il ne croyait pas dignes de sa recommandation , et ayait trouvé peu de reconnaissance dans la plupart de ceux qu'il avait obliges ; aussi pouvait-il dire avec Cicéron , son auteur favori , en parlant des bienfaits et de ceux à qui ou les accorde ou on les refuse : Cuiphcet * f^ojrtz^ sur le Dictionnaire de TAcadcmie, rarticlc de Tabbc Regnkr.

oblii^iscitur ^ qui doltt meminit (Celui qu'on oblige l'oublie , celui qu'on néglige s'en souvient). L'abbé d'Olivet $'est expliqué plus. d'une fois à nous-mêmes avec confiance sur tel homme de lettres qui lui était redevable de sa petite fortune et ne paraissait pas s'en souvenir. Il parlait un jour de quelqu'un de ses confrères à qui il avait rendu les plus grands services , et qui , se piquant de procédés au défaut de sentimens ^ lui témoignait une reconnaissance dont la fausseté perçait à travers les efforts qu'il faisait pour l'en convaincre ; Ma mort , disait-il , lui tirera une grande épine du pied.

l\%e dédommageait de ces petits chagrins , auxquels une âme bienfaisante, honnête et vraie, doit toujours s'attendre, par l'amitié constante et inaltérable que lui ont conservée jusqu'à la fin un grand nombre d'hommes célèbres dans les lettres ; parmi ces hommes estimables , on doit compter surtout le président Bouhier et le P. Oudin , jésuite , qui joignaient l'un et l'autre à la plus immense érudition, les agrémens de la littérature, et cette délicatesse de goût qui ne se trouve pas toujours jointe avec le savoir (i i). De pareils amis , aussi recommandables d'ailleurs par leur sagesse et par leur probité que par leurs connaissances etleurs ouvrages, suffiraient pour prouver combien l'abbé d'Olivet était digne et capable d'amitié , et doivent rendre sa mémoire respectable aux lettres. Ces liaisons si constantes et si louables , la tendresse de l'abbé d'Olivet pour sa famille , le soin qu'il prenait de ses neveux , au soutien et k l'avancement desquels il sacrifiait la plus grande partie de son patrimoine , justifient hautement notre académicien du reproche que lui a fait l'injuste malignité de ses ennemis, en disant de lui dans une espèce d'épigramme :

Jamais il n*aima personne, Personne aussi ne Paima.

Si quelques gens de lettres qui lui avaient des obligations ont eu ie malheur tle les oublier , il en est aussi qui ont fait gloire de leur reconnaissance pour lui , et dont l'amitié inaltérable a dignement payé leur bienfaiteur. Nous ne citerons que Voltaire, dont le nom nous dispense d'en joindre ici d'autres. L'abbé d'Olivet avait dirigé au collège des jésuites les premières études de cet écrivain célèbre ; il avait vu et cultivé le germe de ce génie naissant , qui devait un jour faire tant d'honneur à sa patrie, aux lettres et à ses maîtres. L'illustre élève et son digne instituteur conservèrent fidèlement l'un pour l'autre une estime et un attachement qui fait honneur à tous deux. Voltaire parle avec attendrissement de cette liaison si intime et si ancienne ,

daas son discours de réception à T Académie Française. Il y filaçait le président Bouhîer , et il était reçu par l'abbé d^Olirel, ami du savant académicien qu'on venait de perdre. « Il a aun jourd'hui , dit Voltaire en parlant de Vabbé d'OUvet , un ami » à regretter et k célébrer , un ami à recevoir el à cocQuragcr. H II peut vous dire , messieurs , avec plus d'éloquence t mais ooii » avec pins de sensibilité que moi , quels cbana^ ramîtié H répand sur 1^ trav^m^ des hommea çonsucrés «u,x lettres, n combien elle sert à les conduire, à les corriger 9 k les exeiter, n k les consoler; combien elle inspire à l'âme cetle joie dooce N et recueillie , sans laquelle on n'est jamids le maitre d^ ses H idées (la). v

Quoique l'abbé d'OUvet fût parvenu à Tâgç de quatre-vingt* six ans , U force de sa constitution et le régime qu'il oliservait semblaient hii promettre encore quelques années^ de \ie , lor»qu'en sortant d'une de nos assemblées , il fut tiwt à ooiip Gc^ippi de l'apoplexie qui nous l'enleva peu de jours après ^ Iç 8 octobre 1768. Il vit approcher à pas lents ^ ^xis^ impatiçnce comme sans crainte I et avec la tranquillité la plus philosophique» cet instant qu'il n'avait jamais redouté 1 mais qu'il avait d^ui^ long-itempi prévu. Il faisait dans ses derniers momens des ré^ flej^ions aussi sages qu'intéressantes sur cette chimère <\u'oii ajqpelle renommée , et dont tant d'écrivains sont si avides « mais qu'il iivftit envisagée pendant tout le cours de sa vie sous le vrai ppint de vue qu'elle doit présenter à un sage , comm^ un uvaiitage léger et périssable , dont il faut savoir jouir quand en le possède 9 et savoir se passer quand on en est privé ; il la comparait à celte fortune aveugle qui préside au jeu, et qu'il faut remets cier quand elle est favorable , sans la défier quand elle se relire; et il eût pu dire de cette gloire si passagère et si enviée, ce que dit des autres biens périssables ce mémeCicéron,qu'on ne peut trop citer dans son éloge : Caduca sempcr et mobiUa hœc esse duxi, . . . Quorun^ ego non tam/acultatem unquam et copûan expctendam putaviy quàm et in utendo rationem et in car&tdo paùenùam (Ces biens m'ont toujours paru fragiles et fugitifs , et j'ai pensé toute ma vie qu'on devait moins en désirer la possession et l'abondance , quf? ss^voir en régler l'usage et en supporter la privation) (i3).

NOTES

(i) V oici de queHe manière S. Ignace s^ezplique sur ce sujet dans ses ConstHuUons. Quoniam occuptUipnes, quœ ad animamm auxiUum as~

sumuntur , magni momenti sunt, ac nos tri instituti propriœ non

uientur postri choro ad horas canoniças, vel mis,sas €t c^ia officia de^

cankmda ; guando guidem illis, quosadça audienda devotio moverit,

abundè suppekft, utsihi ipsis satisjhciant. Pernostros autemea trac^

tari convenit, quœ nostrœ vocationis ad Dei gloHqm magi^ ^w^pro^

pria. ( et Les occupations nécessaires pour procurer le salut des âmes ,

« 4Pm^ U^impçrtaiilei %\ propre i notre institut,,.. /#< métros ne

39 feront point usage 4h çh(^w pour changer )fls b«uiFef cfiiyMairfes « U

^ messe pu 4'autres (rfS^es ; ceuj^ q^i auront Ia dévotion de Iw eni^adre»

» (rouy^ront a^nd^m^ient Rilbqry de q^oi se satisfaire. Q«iam nu3ç

39 n^trçs g Uê doÎT^t s'pçcqper d^ truvau^ l^s plu$ propi^ k repiiplir

3* potre y^tcatiq^, qui a pour olJQt la glwf de Dieu. » ) Le saint institu*

teui* d^ U ^Qf^Xé permet cepei^dant de chanter T^prfa ayant le sermpn ,

ai qeU p^^ ^iltribuar 4 rendre }e sermon plus uûl^. QuelqMes cppgré-»

pLpqiï^ 09|t iiuDfirisé 1# général A p^rmetlr* le ct^nt pour cerkaii|e« féte«

«|t p^ portées proopstaoÇQ» • im9 U ne pwit prwïriffi l« ps*)»odi«

fUQtidiwne. I# ^ngpé|{atipn 4ff rites ne peut mdm^ ri^i^ ordonna ^vl\

}^\À\^ ep cettç 9pi|t^ , parc^ qH'elle nç pf ut allçr çoptre \m buU^fl <1«

Pfiul n} , de J^les ni e|4« firégoir^ XPI , qui dt^^

et là çb^nt. Lfi P. Chidin , }ibmyt , de qui nous t(9Paps ces partimWir

tés ' , assure avoir lu ce qui suit d^ns ^n. qaaauscrit latip d'un finciei) jé^

suite français , qui avait vécu avec S. Ignace, et Quand les mendians ^

n disait le fondateur de cette compagnie oélèbre , les moines et les autres

» religieux ont abandonné les fonctions laborieuses de leur institut , on

* ne s*est pas aperçu qu'ib étaient inutiles et onéreux au public , parce

» qu^ les a vus chanter au chœur à Tordinaire. Je ne veux pas que

» la compagnie ait cette ressource contre le mépris du public , s^il lui

» arrive de quitter la route que je lui trace ; je veux qu'on ne puisse alors

» se dispenser de la détruire comme absolument inutile et hors d'état

» de chanter même un Gloria PtUri. » Ce n'est pas tout-^-fkit comme

inutiles qu'on a détruit les jésuites en France , en Espagne , et enfin dans

toute l'Eglise chrétienne , ou plutôt catholique , car ces prétoriens ou

jdni$saires du saint-siége , devenus odieux au saint-siége même , et

proscrits par lui avec opprobre , ont eu le bonheur de trouver asile

chez un grand prince protestant , qu*ib avaient jusque^à fort décidé , et

qui leur ^ fait éprouver toqs les avantages dç cette tolérance dont ils

étaient si grands ennemis. En les expnlssûit de partout ailleurs , on ne

leur a pas reproché de n'avoir été bons k rien , mais plutôt d'avoir

I V^y^ Icf.Afp'itfil^ei hut^ri^/u^ fil philofogiqu^ de M. Midianh, de Diion y t. 3 , p. 363 et «aiv.

'64o NOTES SUR L'^^LOGE

trop cherché à se rendre nécessaires ; espèce de crime bien plus à craindre de la part d'une société religieuse , que le vice obscur etpais2ile de l'inutilité. Pour éviter d'être m^risable , il ne faut pas qu*elle se rende dangereuse.

(2) Les pièces de cette négociation sont contenues dans les tixns lettres originales suivantes.

Lettre du R. P. Le Tellier, confesseur du roi, au P, TkouUier, jésuite , au collège de Louis-'le-Grand.

m « PAIX EN J. C.

» D*àutres jésuites que vous , mon révérend père , m^ont dit aussi que » M. Despréaux désavouait les vers que Ton faisait courir sous son nom n contre nous. Mais ces discours^ tenus en particulier, n'empécbeot y» point que le public ne continue à les lui attribuer ; et nos ennemis , » qui répandent ces vers avec empressement , lui en font honneur dans » le monde. Ce n^est point nous qu'il est besoin de détromper, soit » parce que M. Despréau^ n'a point d'intérêt de ménager les jésuites , » soit qu'ils croient qu'une telle pièce est plus capable de lui faire tort » qu'à eux dans l'esprit des honnêtes gens ; c'est le public et le roi qu'A » a intérêt de détromper, et il sait bien les moyens de le faire cpiand 3» il voudra, s'il croit qu'il y aille de son honneur. S'il ne le faisaât pas , 3 n donnerait lieu à ceux qui ne l'aiment point , de dire quil a bien voulu » avoir auprès de nos ennemis le mérite d'avoir fait ces vers-là , sans 9 avoir auprès de nous la témérité de les avoir faits. Je sois de tout mon » cœur, mon cher père , votre , etc. »

Lettre du P. ThouUier y jésuite , à M. Boileau Despréaux,

a Je vous ai pramis , monsieur, de vous apprendre ce qui se » à l'occasion des vers qui courent à Paris sous votre nom. Ils oot été 3» montrés au R. P. Le Tellier ; et aussitôt que j'en ai été averti , /e lui » ai écrit que , non content de les désavouer, vous m'aviez fait paraître 9 une estime très-sincère pour notre compagnie , et . toute k vivacité 9 imaginable contre l'imposteur qui a emprunté votre nom pour nous » insulter. Voici à quoi se réduit la réponse qu'il m'a faite , et dans les » propres termes qu'il emploie. Ce n'est point nous , c*est le public et )• le roi même quil a intérêt de détromper, et il sait bien les moyens » de le faire quand tf voudra . Ces discours , tenus en particulier, m «iw- » pèchent point que le public ne contribue à lui attribuer ces tfers; et » nos ennemis , qui les répcmdent avec empressement , lui en Jani » honneur dans le monde. J'ai cru , monsieur, vous devoir fidèlemait » rapporter ce qu'il y a d'essentiel dans cette lettre du P. hê Tellier, » pour vous marquer en même temps mon zèle et ma sincérité. Tim » demain k Versailles pour une afl&ire qui ne m'y retiendra qa^one » 'heure ou deux ; je lui répéterai plus au long ce que je loi ai écrit. Vous

D'OLtVET. (J4,

» safez que ies ignorans et nos ennemb ne font pàà en petit nombre :

» l69 uns croient que vous arez fait les yen dont il s'agit, et les autres vou-

» draient le persuader. Jugeiiez-rous à pi^pos de faire su^ ce sujet

» qudque lettre ou qudque chose de semblable» qu*on pût rendre pu-

» blic, si ces sortes de bruits continuent? Au reste, cet expédient

» vient de moi seul , et je tous le propose sans façon, parce ^e ji!

» mlmegihe qtie la dn>itm*e de mon intention excuse 1a liberté que je

^ prends. Qu*onirùiu attribua dé matlT^ses pièces , et que les jésuites

n soient attaqués et calomniés , en tout oek il n*^ a rien de nouveau ^

1» Mais il est fftcheux et pour tous et pour lés jésuites , qu'on emploie

» hautement votre nom pour fiétrir avec plus dé succès un -corp$ ou

jf votre mérite est si bien reconnu , et oà vous avez toujours eu tant

» d'amis. Je fais gloire d'en augmenter le nombre ; et je suis avec un

» parfait dévouement , monsieur, votre , etc. »

ttépohse dé M. BoUèaù Despréaùx am R. P, Thoullien

« Je vous avoue, mon très-révérend père , que je suis fort scandalisé

y» qu'il me faille ime attestation par écrit pour désabuser le public , et

» surtout d'aussi bons connaisseurs que lés révérends pères jésuites *

» que j'ai fait un otfvrage aussi impertinent que là fade épître en vers

» dont vous mé parlez. Je m'en vais pourtant vous donner Cette attes-

» talion^ puisque vous le voulez, dans ce billet» où je vous déclare

» qu'il ne s'est jamais rien fait de plus mauvais , ni de plus sottement

39 injurieux que cette grossière boutade de quelque cuistre de l'Univer-

» site ; et que si je l'avais faite , je me mettrais moi-même au-dessous des

» Côras , des Pelletier et des Cotin. J'ajouterai à cette, déclaration , que

» jen'aiirai aucune estime pour ceux qui , ayant lu mes ouvrages , ont

» parfaitement , mon révérend père , votre , etc. »

A ces trois lettres , nous ajouterons ce fragment d'une autre lettre de Despréaux au P. ThouUier. « Aimez-moi toujours , mon illustre père , 0» et croyez que je ne perdrai jamais la mémoire du service considérable » que vous m'avez rendu en contribuants! bien à détromperies hommes 0» de l'horrible afi&ont qu'on me voulait faire , en m'attribuant le plus 7> plat et le plus monstrueux libelle qui ait jamais été fait. » Cette satire que l'éditeur des lettres de Brossette nous a conservée , est , 4 la vérité lin mauvais ouvrage dont Despréaux était incapable ; mais de l'appeler le plus plat et le plus monstrueux libelle qui ait jamais été fait , et de Tattribuer, sans preuve, à quelque cuistre de P Université , semble d'un poëte pusillanime , qui a voulu faire sa cour à ces jésuites qu'il aimait si peu, et la leur faire aux dépens d'autrui. Ileût été digne de Despréaux de se justifier avec moins d'aigreur et plus 6fi noblesse.

(3) On sait que chez les jésuites , les derniers vœux ne se faisaient qu'à trente-trois ans , âge où l'on prétend que Jésus-Christ a ëlé mis 3. 4i

64a NOTES SUR L'ÉLOGE

en croâ , et que cet père» avaient pr» pour VaM^^cber à la leor. S le choix de cet l^e pour la profiea»iDSi atimifi^ imp^é p^ ^ne dérolmi im peu minuàeua^ , au moins est-U trè»-«a^ d>Toir reculé imqu'à un %e si mur des ei^agemens sacrés et redoutables,^, din» les antns ordres , se prennent au sortir de Y&xi^sp^ , et qui souvent y qm pitidnit ^t dç scandales et de repentiiis. Of me pe^t trop s étopiier qnc les magistrats n'aient pas £piit revivre l'ancienne loi qui défendait lea rgea monastiques avant vingt-cinq, ans , loi qu'un crûd «bu» avait c9oihm abolie en tdérantles rcexfx à se^e, ^ qu'une superstition, ploa di^ du douzième siècle que du dii^-hnitième, afait restjremdre de nosioan à vingt ans, malgré la réclai^tion de tous les citoyens aagea , ^ — *— 4e plusieurs préUts aussi pieu^ q^'éclairés. {r^» les notes anr V deSegrais, etsur celui de l'abbé de Saint-Pierre. )

(4) On ne sera peut-être pas fâché de trouver ici la conversation de Pétrarque sur PluUppe de Vatob , avec Robert, roi dft Napks, qui, bien différent , à tous égards , du roi de France , aimait véntablemem les lettres , les honorait , les cultivait même autant que le ponrait fane un prince , et un prince du quatorzième siècle. B avait attiré Pétrarque k sa cour, et se plaisaità converser avec lui. H demanda un jour au poète s^il n'avait jamais été à la cour de Philippe de Valois : «Je n*ai ai mène » jamais été tenté , répondit Pétrarque. — Et pourquoi cela , dit Uo-

9 bert ? C'est , dit Pétrarque , parce qu'il me semble qu'un homme

9 comme moi ne peut être qu'un personnage inutile et importun pour » un roi ignorant. J'aime mieux vivre dans une honnête médiocrité, » que d'aller trainer mon corps dans un pays où personne ne parle m » langue.... — B m'est revenu, dit le roi, que le fils de Flulipjpe » aime assez l'étude.... — Je l'ai ouï dire aussi, répondit Pétrarque, » mais cela ne plaît pas au roi son père ; on prétend même qu'il ze- » garde comme ses ennemis les précepteurs de son fils.... — » Robert fut indigné , et après un moment de silence : « Pour moi , dit-il , je » jure que les lettres me sont plus chères que ma couronne ; et s'il /ai- » lait renoncer à l'un ou à l'autre , j'arracherais bien vite mon diadâne. »

Peu de souverains , même de nos jours , en diraient autant , et bien moins encore l'exécuteraient. Il en est pourtant un , que nos lecteun nommeront d'eux-mêmes , et qui , recevant d'un philosophe les élo^ dus à ses victoires , lui dit pour toute réponse : Pf*aùneréez'-'VOêts p€S mieux avoir Jhit Aihalie ?

(5) Nous rapporterons ici le passage entier et curieux de Tabbé dX)* livet , sur la manière de traduire de l'académicien Dubois. «Osersi-je, » dit-fl, pour donner une idée de son style, rapporter ce qu^one n dame , qui a du goût , et qui se nourrit de bonnes^ lectures, m'a fsil ^ penser sur ce sujet ? Elle me demanda comment il se pouvait faire « que S. Augustin et Cicéron , deux auteurs qui ont écrit sur des om- » tières si différentes, et qui ont vécu en des temps si éloignée Yvm de A Tautre^ eussent un style tout4-fait semblaUe. Je lui dwnwii^ i

DOLIYET. 64s

» tam tour oA ^ a^rà donc trouté cette (Hrétendae conformité? Eit- » ce, ijoutffbje, dans le choix ou dans Famiigement des mots? e8l*«e M dans le tour des pensées? G^est^ me dit«^lé , dans M. Dubob* Tj n trouve mie S. Augustin et Gicéron étaient, l\in comme Tautre, deux » grands faiseurs de jrfurases , qui disaient tont sur le mtee ton. Rien, » peofr^tre 9 ne fait mieux sentir de qudk importance il est, pour bien » traduire , d^entrer dans Tespr^t de son auteur , qu*on parrienne à ne 1» faire qu*un a^ee lui. m Malhettreusement cela est plus facSe 4 dire qu*à faire , et peut4tie Tdbbé d'Oliret en est-^t un exemple.

M. de La Monnaye, dans «en discoors de réception à T Académie Fran> çaise, prétend que, eomm^ U e$t plus aisé à lanature de faire un beau visage, qu'il ne Vest 4 fartéFem aitrvper h ressemblance, il est plus facile 4e kiem composer que de biem traduire. B se peut , il est même vraisemblable , fU^UA honiine de talent et de génie produise avec plus de facilité , qu'un traducteur ne copiera son mod^; maia le genre qui produit restera toiQeursfUssî supérieur au copiste qui ne fiiit qn*imiter, que la nature est au-dessus de Vart.

(6) Nous avons dit que la traduction de la Nature des Dieux était le premier ouvrage que Tabbé d^OUvet eût fait paraître sous son nom. Ge n'était pas en effet le pren^er dont le public lui fût redevable. B avait été Téditeur et le révise^ de quelques traductions de M. de ll&neroix » et les corrections qu'il y avait fûtes étaient si nombreuses , que ces tira* duetions pouvaient être r^puxiées comme son outrage. Mais il crut de* voir sacr^er cette petite ^mre à la mémoire de som and , et à la reoonnaisaance qu'Ului devait ; car 14^ de Ifauoroix , homme de beaucowa de savoir et de goût, avait, ainsi que Deapréaux , édairé et guidé le jeune littâ^teur dans ses premières études. M. de Maucroix était àïà^ jaovoe de Reims , et intime ami du bon La Fontaine. Quoique profond littérateur, U s'amusait qpelquefbis par délassement à Adre de petite vers français assea gais, dans le genre de son ami, et n'y réussissait pas mal pour un savant, pour un prêtre et pour un dianoine. Yoici , par exemple , un cojuplet qui fit grande fortune , sur la mort d'une jeune personne ;

La fiUe qui cause nos pleurs Ert BBortc des palet conleart Au plus bd âge de ta rie.

Pauvre fille, que je te plaint ^ De monrir d'une n^]adie Dont n est unt de médecins !

(7) Dans l'ouvrage de l'aUié d'OUvet sur la prosodie , perfectionné snivant le plan que nous venons de tracer, on présenterait , avec tout le détail et toute l'exactitude possible , ce que Fauteur a d^ presque aussi bien dév^ppé qu'à le pouvait j^sire dans un premier essai , la cpnntité considérable de longues et de brèves réelles que nous avons notre langue; vérité dont on peut s'assurer d'aiDeurs sans avoir

rtaouM au traité de Tabbé d^Olivet , et par un moyen facile qu*Q n a pat indiqué. H sufiira , pour cel^effet , d*esaayer de faire une chamon êxv un air connu ; car ai on n'apporte pas k pfais . grande attentkm an thmx dea syjkbea , on trourera presque & chaque instant k prononciation sensibkment estropiée dans cette proaodk. La différence penuétre k plus marquée^ entre k prosodie de k kngue française et odle des kngues grecque et ktine , différence que Tafabé d'Olivet paraît n^aToir pas asses connue , c'est k quantité de syDabes communes que renferme k première , c'est-à-dire , de syUabes' qui , n'étant proprement ni longues , ni brèves , peuvent être ^tes , dans k prononcktion , longacs ou brèves à volonté. C'est ce qu'on aperçoit smtout dans le» parofes mises en chant , où un trèa-^grandnon^re de syllabes , de celles mène qu'on serait porté à croire essentiellement brèves , comportent inhlifl^ remment , et sans choquer l'oreille , des- longues ou des brèves dans k musique* Ces syllabes sont par là essendellement distinguées de ceDes qu'on peut appeler longues .ou brèves ^obligation, c'est-à-dire, qd doivent être nécessairement longues ou brèves , soit dans le discoon , soit dans k musique même, quoique les compositeurs se permettent qnel- <^uéfob de les dénaturer, au grand désavantage de leur musique. Une autre différence de notre kngue et des kngues anciennes , que Fantenr du Traité de la Prosodie aurait encore pu remarquer, consiste dans les accens , qui , ainsi que k quantHé^ ne sont pas , à beaucoup prés , aussi déterminés qu^ds l'étaient chez les Grecs. Ches eux , T^ooent servait à hausser ou à baisser k syllabe ; chez nous , il sert moins à k hausser ou à la iMÛsser , qu'à renfler ou afiàibltr le son. G*est nne remarque que n^nt pas assez faite ceux qui ont traité cette matière , et l'abbé d^Olivet lui-même ; k plupart de ces écrivains , pe^ versés dans k musique , confondent un son fort ou faible , plein ou ramollf , avec un son grave ou aigu , ce qui est néanmoins fort diff^'ent , comme le savait ceux qui ont k plus légère teinture de k science des sons. Les proaodistes dont nous parlons ont cru que dans k langue française , Taccent jervait à hausser ou à baisser k voix , au lieu qu'il ne sert qu'à rendre, k ^it plus fort ou plus faibk , erreur dont ik se seraient ment garantis , s'ik avaient su ou remarqué que k plupart des que nous appelons dans notre prosodie graves ou aigus , sont indifGbremment susceptibles , dans k musique, d'être chantés en montant on en descendant , par rapport aux syllabes qui précècf ent ou qui suivent ; d'où il résulte que les dénominations de grave ou â'aigu qui conviennent très-bien à l'accent grec, par le rapport de ces dénominations avec les sons qu'on nomme ainsi , sont très-improprement appliqués aux accens de notre langue , qui ne donnent point réeUement aux syllabes sur lesquelles ik sont pkcés , k caractère de son grave on de son aigu, c'est-à-dire, d'intonation plus basse et plus élevée, et qui même ne sont pas toujours destinés à marquer k son des mots , naii quelquefob à distinguer seulement un mot d'avec un autre. L^accent grave , par exempk , sert uniquement à distinguer k prépositioa d

d'atec h verbe a , habèt^ et Tadveirbe iâ d'aVec rarlicle la ; car la prononciation de ces mots est d'ailleurs absolument la même.

Pour en revenir aux syllabes communes dont nous parlions il n'y a <iu'un .moment , la multitude des syllabes de cette espèce dont la létngue irançaise abonde, et que lui reprochent , comme un défaut , les enthou« siastes des langues* ancieimes , est peut-être moins dans b nAtro un in-* convénient qu'un mérite ; et c'est encore une observation importante que l'abbé d'Qlivet aurait dû faire. Cette espèce d'indécision et âe liberté fpie n'avaient pas. les anciens , chez qui presque toutes les syllabes étaient détençinées, cpiant à leur quantité de longues ou. de brèves , nous donne le cpoyen de varier , à certains égards , le rhy tbme et le caractère de nos vers , peut-être plus que ne pouvaient faire les Latins et les GreeSf et d'exprimer plus aisément, par la vitesse plus ou moins grande de la prononciation, lêi objets que nous avons à peindre. Biais cette même indécision dans la quantité d'un grand nombre de nos syllabes , semble aussi s'opposer, ooinme nous l'avons dit ailleurs , à l'entreprise qu*on pourrait former, de donner & notre langue des vers métriques , c'esl-è-dire, mesurés à la façon des Latitts et des Grecs ; aussi plus d'un' réformateur ancien et moderne ant-nl vainement tenté dHntroduiré dents notre poésie cette innovation, à iMpieile ^ n'y a pes d'apparence quenos oreilles puissent jamais s'accoutumer : c'est le sentiment de l'abbé d'Olivet , sentiment qu'il appuie sur des preuves aussi simples que solides. Mais l'auteur , en enlevant à notre langue ce prétendu avantage » ou plutôt en dtant & nos poètes cette manière de la défigurer , montre avec combien de goût et de finesse les Racine , les Despréaux et leurs dignes successeurs ont su faire usage de notre prosodie , pour donner de la mélodie à leurs vers , et pour peindre non-seuleraent à l'esprit , mais à l'oreijle « 1^9 images et les sentimens inême qu'ils .je proposaient d'exprimer.

Un autre olijct qui eût été bien digne des observations , et peut-être 9iême des réf(drmes de l'abbé d'Olivet , c'-est l'usage absurde qu'on fait des acoens dans la langue française ^ même pour déterminer la prononciation de certaines s]^labes. On prodigue l'accent aigti dans un grandjaomlMre de mots, qp'on prononcerait ridipulement en suivant à la -ri» gueur cette accentuation. Par exemple ^ on marque d'un accent .aigu bs deux premiers e du mot iétkiraire , comme si les ^Ikbes te- efi^ me dans ce mot se prononçaient de la mêm^ manière que les dernières syllabes àe bonté et d'aimé. H en est de^même d'une iàfiinté^'d^iiutrès ■sois , oar^xtte absurdité se rencontre à tout mome&t diRÈii»*notrè accentuation. \2e , dans les deux premières syllabes du mot fàménùre -, a beauooup>plus de rapport , quant à la prononciation ; ateo ceDe du premier e dans le mot fieliie , e qu'on marque d'nn accent' grave. AsMi il serait beaucoup phis raisonnable d'écrire et d'accentuer ainsi , lêmè^ rmna^ On peut.remarquer & ce sujet qu'il y a dans notre langue cinq e très-dicdncU et très-différens; i«. 1'^ qu'on appelle , je ne sais pour^ quoi ^ fermé y comme dans bonté. L'accent aigu devrait être pour te%

6(6 NOTES SUE UÉLOGE

€ aeul y et pout ceux dent k prûluniicktion est abBohineni wiiiliUMr , a<>. Té qa^on nonune âiasi , je se sais pourquoi , grÊnm , coniiDe fidèle, répondre, qu*oii «ûcentiie nud 4' propos réponihv; 3". F^ vert et lojog , comme dans prohi&he > succès « qu'on acoeoEtoe la^ à propos suc^ ; 4®. Ftf que je nQniai»i£cm*-«iiiie< , oomme da|is Ift première syllabe db reprendre, et qui se prononce à pen près èoifiaie e« , reu-prendre ; cist e pourrait être dispâ»é d*acc6nt , à moins qu*OQ ne ^toiïlût lui doI^ler TAcceilt perpendicalaire (r^irendre) , qui iftdiqacraie que \e ainsi acoentué doit se prononoer à peu près iDOMâie t^ éœ Iç waoXfeu; S**, enfin, Ve absolument on presque «bsirinmtet taioA, comme dans la dicnaî^ syllabe de to«is les mots de rône ttaètànte.

(8) Le sens de cette ëpigramme était que le coeur du Zô3oe opmii M formé d^un excrément de Cerbère, pétri et stUipar te f^tries^ Goaaas il ne s*ayouait que Tëditeur de cette épîgramihe , un ùm de teàké Desfontaines y fit une réponse di^pM de rattaque i en mettant «n hm , par une allusion grossière aux deux sens du •^wht'^etia^ * :Jo§epêmt Olwetus edebat' Ceux qui sont plus touchés d*unè latinité «Mvnie et inedierchée, que de la finesse d'unie plaisanterie, ne serant ptw l éirt pas fâchés de TOir ici cette ^igtanmie qui était en Ters

Denas vorarat Cerhenu Chelyàrarum (serpens) . TWgos (IViadfeà) •pimiftore pinguiûm tàbi, ^emremguë , àix^tâ <Ugfài'àn^ , ïaiwràt, Vdàm^ Bie^œn emm%<srére,faroimeHy Ter ùmpiaid, ter^ue depsuit (^trît) imi^f Et opta dixit verba ; terque postiei Xmmisit oris halitum ; ter immiaxiU Beciprocato palpitare cûncussu

Torosa (ronde) e^'t pulpo (chair), quàm tinu eimusam Pro corde torum Furtus gerit ptdpam,

(9) De tant d'auteurs célèbres qui ont oriliqué ou justifié krëcitd» Théramène , le seul Voltaire nous paTak atoir saisi la qaeari ion vrai point de vue. Théramène » selon les Icntiques, devait ment dire^ Thésée^ Hippofyte estmort, et ne pas a'arrèkr à fake une grande description » incompatiUe arec la doidemr dont â dvfirit être pénétré. Aus6t, répond Voltaire, Théramène Commence» il pardirsè

Tbé^ oes peuknKrt|( • irf/i^M^<en'e^/;i/itf ; «Mis il est natnrdqan Thésée, idstniit de ce malheur, veuiUgensatoir le détail ; ^tmicw^ mets rwi? et eetile question amène imJJapensahWmanl k rédtqne U Mie gouyenicnr d'Hippolyte. H est mai , ajonle enoore très^èien Tnlarira, qtoelVéramène auirà puse dispetiser de qadques détails^ ogpoéaiyui on puérils n dont k poëte a un peu gâté ce rédi. Des cbumeiv dSppo^., c[ui , VmU morne et la iéle baissée , semblaient sm cêm/hiwm à sm triste pensée; des cornes mmva^antes du monstrsy de ses \U\wik\ founisséntes , de S0 croupe fMi se recourbe en rispUs irrtliiiiî; et

* Le Tcrbe edere signifie également en latin mettre au jour et auu^^cr.

b'OLIVET. 647

peut-être dn flùi qui recule épouvanté y image empruntée de Virgile (^Mçfluilque etterritus amnis. Enetd. Hb. VlU), et trop épique pour une tn^i^ie. A ces dsiq ou six vers près , le récit de Ttiérainéne est néoessaii^ , intéressant , et plein dé Fexpression la plus naturelle et la plus traie. Voilà ce que Tàbbé d*0!ifet aurait pu dire pour justifier solidement œ beau récit.

(lo) L'Académie Française , dans ime âeà années dernières , a employé un grand nombre de sédnœs à discuter à fond cette question des participes. La matière y a été comme éptdsée , et le résultat du trarail de la compagnie ^or cet ob$èt , mériterait qu'efle en ftt part au public. Le principe sur les participes déclinables est clair et sans difficulté ; ^il/oui eonfaguer ie pattk^ toutes les Jbis Seulement qi^il est précédé iPun régime siâipk , répo^tdant à V accusatif des Latins. Mais, da(n8 le détail, il n*est pas toujours aisé de savoir , i®. quand le régime est simple oa cotaiposé ; a*, quand le régime se rapporte au participé, ou au verbe dont le participe est quelquefois suivi ; >. quand il peut être indiffèrent de décÛner ou de ne pas décliner le participe. Toutes ces questions , pour être développées et résolues, exigeraient un détail que la nature de cet ouvrage ne comporte pas , mais qui pourrait former un supplément utile aux excellentes obsHsrvations que Duclos et d'ŒtVet nous ont laissées sur cette matière.

(il) Nous avons parlé , dans Tartide du président Boubier, des obligations que lui «rait notre acadéifdcien , et qu'il faisait gloire d'avouer. n a déclaré de même , quand Tooeasion s*en eàt présentée , ce qu'il devait au P. Oudin , par rapport aux savafnte!/ notes dont son édidon de Cicâron est ornée. « Pourquoi , dit Tàbbé d^Olivet , me soumettre à la » dure loi qu'il m'avait imposée de ne lé point nommer? je lui dob » plusieurs remarques signées anor^jrmes , qtii font la ricbesse de mon » édition. » On peut voir dans les Mémoires de Mfichoult , que nous avons d^à cité , à combien d'antres gens de lettres le profond savoir dn P. Oudin 4 été utile. On trouvera dans ces mémoires le détail 'des trafanx immenses et très-estimablés de Ce jésuite laborieux , simple et SBodeste, qui n'a pas eu assez d'imitateurs |>anui ées coAfVères ; qui ne dwrcbait point , comme plusieurs d'entre eux , à goo^en^er les bommes au lieu de les tàstndre; qu( |;é<mssifît enfin, quoique en secret, sur l'esprit d'andntion et de tnaûége , devenu si funeste à sa compagnie.

(la) Uns l'attacbement de l'abbé d'OUvet pour les jésuites a été ^mutant et sincère , moins nous devons passer sous silence une querelle aiSet vive qu'il fut forcé d*avoir, non avec la société , mais avec quelqiies JéMtéS, au sujet du Kvre de M. HùCt , intitulé, Traité philosophique de làjkibtesse de FespHt humain. Cet ouvrage , dont notre académicien avait été l'éditeur après la mort du prélat , fut vivement attaqué pkr les joumalbtes de Trévoux. L'abbé d'Olivet le défendit avec vi« gueur, et cessa d'être jésuite un moment , pour venger son ami. Son

tourage fut d'autant plui grand , que Tourrage , comme il ra^pœ bpméme , prétait le flianc à la critique ; car prétendre avec M. Huct,fiK la raison humain^ n'a «Pdle^méme rtul moyen de parvenir ceiéumi ment et indubitablement à la connaissance d^ aucune 'vérité , c est évidemment ébranler et peut-être saper les fondemens de la foi, <{■ ne peut être appuyée que sur des motifs de crédihilité dont kà raisoa seule est le juge. Mais Tabbé d'OUret, quoiqu'il sentit bien toute k force de Vofcjection, n*en fut pas moins ardent à défendre , siiion U philosophie » au moins le chnstianisme et les intentions pures de ïhr yéque d*Ayranches. ^ est vrai que. dans cette dispute contre les jovmalistes de Tréroux , il setrouva heureusement appuyé de quelques jéniici qui ne pensfâent pas comme leurs confrères ; entra antres da P. Bill qui avait si labor^us^ment prpuvé ocmtre FonteneUe, que le avait prophétisé et fait d^s miracles S et qui déclara. n'aToir troevé dans le livre, de M- Huet, que ce qu'enseignent communément les deo* teurs de l'Eglise. U serait assez surprenant que telle fût la duCteiae de ces auteurs respectables , et qu'a» pr^udice réel de k f oi , ik a^ cordassent si peu à la raison hmqaine. : mais le P. Baltns les aTait tant lus » qu'il est difficile de ne l'en pas croire , à moins qu*oa ne wernSk le soupçonner d'avoir été aussi peu clairvoyant sur cet objet , qu'il Fa été lur les oracles, lies journalistes de Trévoux, par unresle dereeped pour la mémoire de l'évêque d'AvrandijO» , avaient iminaé. dans leur extrait , qu'il était absurde de supposer qu'un Evre si scandaleux eut élé impriipé tel qu'il était tortides mains de l'auteur ; ib faisaient entendre que l'éditçur y avait ajputé les traits peu édifians contre lescfids il s'élevaient avec tant de aàls. L'abbé d'Olivet n'eut pas de peine à confondre l'in^Msture , en produisant authentiquement le manuscrit original de M. Huet , écrit tout ei^iti^ de sa main ; la calnfunie , à qui il avait fermé la Ixmdie , fut tristement réduite, pour se dédononager^ à chercher des scandales dans l'ouvrage du pieux ^ savant évéïpe, et à le traiter 4 peu prés comme Bodin et Spiiiosa. H n'était pas meA» leur philosophe que Tun et l'autre , mais U était k coup sûr thëobyen irréprochable. Le journaliste qui avait si maladroitement attaqaë Vahhé d'Olivet, était le P. du Cerceau , dont Voltaire a dit plaisarniaent <|n'il a fait quelques vers '%£ureux dans le genre médiocre. H mourut au plus fort de cette quereue : on assure qm'il méditait une réponse ; c'est domniage qu'elle n'ait point paru ; il ^t été curieux de voir parqaelles subtilitéi 914 queU mensmiges le th^logien poète et jésuite aurait dé> fendu une si mauvaise cause.

(i3) Un de ces Français expulsés de leur patrie, et qui , partout où Bs se montrent , vivant dans les pays étrangers des aong^ qu'ils y impriment , a eu l'impudente atrocité d'avancer une gazette , que l'abbé d'Olivet , dans la dernière de nos assrnnhléei ou

' yoyem , dans r<floge de La Motte, IVxcellent mot de Fonunelle «ar cet oi^vrfge da P. Bahus.

il assista , avait eu sur le jugement des prix une dispute violente avec <leux de ses confrères qui raccablèrent d^injures , dont il fut tellement ému , qu'au sortir de U séance , il sentit les premières atteintes de Tapoplexie qui nous Ta fait perdre. La vérité est que le prix était jugé plus de deux mob avant b maladie de Tabbé d*01ivet , qu^il assista depuis à plusieurs séimces , et que ses deux confrères , bien loin d'avoir avec lui la moindre quereUe au sujet de ce prix , avaient été du même avis, que lui , ef en avaient été presque seuls. Cette calomnie a depuis été rétractée par les auteurs même ; mais il faut s'attendre à la voir répétée dans quelque recueil précieux d'anecdptes littéraires.

i ■ Il

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