‹ Œuvres de d'Alembert (volume 2)Chapitre 59 sur 74 · DE TRUBLET · texte numérisé non relu

DE TRUBLET

qui composent le recueil de ses outrages , dont il a offert les trois autres volumes, non à des hommes accrédités et puissaos, lùw ^ des amis estimables par leurs lumières. Le volume adressé h l'abbé Trublet est celui qui contient les discours académiques. « Quoi** » qu'il n'y ait , lui dit M. de Maupertuis , aucun des volumes de » mes ouvrages que je ne puisse vous dédier , celui-ci m'a paru

» le plus particulièrement devoir vous appartenir J'ai besoin

» de toute votre amitié , lorsque }e présente des discours acadé- » miqués k un des hommes de notre nation qui parle le mieux

» notre langue Dans la capitale de la France, vous aves pu

N disputer le style aux meilleurs écrivains et aux meilleurs es- » prits. Pour chaque genre on trouve dans notre nation quel- » ques auteurs qui se sont emparés d'une réputation qu'aucun » autre n'a pu partager. Un grand mérite, et le bonheur d'avoir »» été les premiers , ont tellement prévenu le pubUc pour eux , n que, quelque chose qu'aient faite ceux qui sont venus depuis , M on ne les a jamais laissé approcher de la gloire des originaux. M Vous êtes peut-être le seul pour qui le public n'ait point eu » cette injustice, » Nos lecteurs sont en état de juger quelles modifications ils doivent donner à cet éloge; mais il eût été injuste que nous privassions la mémoire de l'abbé Trublet de l'hommage qu'un philosophe estimable a cru devoir rendre à son mérite et à ses écrits. .

Si notre académicien n'eut pas des talens éminens , il eut au moins la vertu qui les accompagne quelquefois, et qui même en fait pardonner la privation , la simplicité et la modestie. Il demandait à un homme de lettres ce qu'il pensait du troisième volume de ses Essais, qui' venait de paraître ; l'homme de lettres ayoua qu'il en avait été beaucoup moins content que des deux premiers volumes. « Vous me surprenez un peu, lui dit l'abbé » Trublet ; car sans attacher beaucoup de prix à ces deux pre- » miers volumes , je croyais avoir donné encore {dus de soin au » troisième. » L'homme de lettres, sans se rétracter sur ce troisième volume , répondit qu'il avait peut-être jugé trop favorablement des deux premiers, ne les ayant lus qu'en province, et avant de s'être formé le goût par le commerce des bons écrivains de la capitale. En ce cas, dit l'abbé Truhlei ^ vous pourriez bien a\^oir raison* Un sacrifice si entier de l'amour- propre dans un auteur , non-seulement sollicite pour lui l'indulgence , mais doit faire regretter qu'il en ait hesoin.

Cette manière de penser , si estimable et si rare , se montra plus naïvement encore dans un autre mot de l'abbé Trublet , qui fait également honneur à son caractère , à son esprit et à son goût. Il parlait un jour, de son propre mouvequuit, à quel-

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qu'un , du vers lancé contre lui dans le Pauvre Diable , car H parlait souTent le premier , sans affectation comme sans fiel , de ce malheureux vers t]ùi était alors dans toutes les boodies , et devenu comme sa devise involontaire. Il remarquait bien il y avait de gô(ït dans cette triple répétition , <iom^ cOThpilaU , compilait , que plus d'u^l auteur aurait pe«tétre crue froide et fastidieuse. Un sot, disait-il, aurait biet pu trouver ce i>ers, inais à coup sûr il ne F aurait pas laissé. Apres lé mérite d'avoir feit le vers , le plus grand sans doute est de le louer avec tant de justesse et de finesse, surtout lorsqu'on a le malheur d'en être l'objet. Les auteurs outragés par nae satire ingénieuse n'en sentent que trop toute la malice , mais plus ils U sentent , moins ils se pi^essent de la faire seiltir au autres.

Admis enfin dans l'Académie, l'abbé l^rublét en remplit pendant cinq ans le^ devoirs avec la plus grande exactitude ; il fui trës-utile à nos séances particulières , comme il s'était engagé de l'être dans son discours de réception. « La qualité d'académi- >k cien , avait-il dit , est un titre d'honneur , mais plus encore * un engagement à un travail commun à la compagnie. Vos » statuts le prescrivent et le règlent : or , messieurs , sans m^ M croire digne de l'honneur, je me suis senti capable du tra'vaôL M J*ai étudié de bonne heure notre langue dans lés ouvrages dé

M vos prédécesseurs; j'ai continué cette étude dans les vôtres

» De là mes vœux , et sans doute votre choix. » On ne peut montrer à la fois et moins d'opinion de soi-lnème , et plus de 2ële pour justifier le suffrage de ses Confrères.

La santé de l'abbé Trublet s'affaiblissant de jour en jour , il se retira à Saint - Malo quelques années avant sa mort. D ne s'occupa plus que de bonnes œuvres et des devoirs de son état , et mourut en paix au sein de sa famille. La conduite sage, re* ligieuse et édifiante qu'il mena dans sa retraite , lorsqu'obscurément confiné au fond de sa province , sans intérêt , sans prétentions et sans désirs , il n'avait plus rien à .feindre ni à dissimuler , servirait , s'il était nécessaire , de réfutation victorieuse aux imputations dont il a été chargé sur la pureté et la sincérité de sa foi. Ce n'est pas qu'il eût jamais fourni de sujet ni même de prétexte à ces imputations , soit par ses écrits , soit par ses discours ; mais il était, comme nous l'avons dit, intimement lié avec f ontenelle et La Motte ; il adoptait presque aveuglément toutes leurs opinions philosophiques et littéraires ; et ces deui célèbres écrivains , quelque réservés qu'ils fussent dans leur conduite et dans leurs ouvrages , n'aviiient pu éviter d'être taxés d'irréligion par le zële adroit de ces dévots pénétrans, dont Foeil

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