‹ Œuvres de d'Alembert (volume 2)Chapitre 63 sur 74 · DE MONCRIF · texte numérisé non relu

DE MONCRIF

I t^pit deplfiûirir à i'oulragcr , n'aurdient p^ mdtu)uë de louer avec i uue iinpudeQte fadeur celte malheureuse production , ai le t texte avait é\ê , çooxme les plancties , TouTr-age d'un amateur

de qualité.

I Notre apa4éniiçien avait besoin d'être consolé par quelque

i bpiu^e fortv^ne H^éraire , di) double dégoût que les chais et iet

i rziojrcns de pla^'e lui avaient donné : nous ne crayon^ pourtant

I par$ qu'il-en ait été dédomx|iagé par un succès plus singulier que

flatteur, mais qui mérite par la singularité même de n'être point

i ici passé sous silence. Il avait publié un petit rc^nan intitulé ,

I les Âmes rivales , et fondé sur la chimère indienne de la trans*

I migration des âmes. Quelque bizarre que fût cette idée , l'usage

t ingénieux qu'il en avait fait pour peindre avec finesse nos mœurs

I fst uos ridicules , avait eu le bonheur de réussir auprès des lec-

1 teura français ; mais un suffrage plus inespéré l'attendait aux

; ludes orie^tale^. Ce roipan y fut porté par un apai de Moncrif.

IJn l^ra^e crut y vpir le développement le plus heureux du

système d^ 1^ xqétempsjcose ^ il regarda l'auteur comme un

géqje transcendant , et lui envoya en présent un manuscrit qu'il

croyait trèsrprécieux , en l'assurant d'ailleurs de son respect et

de son admiration.

fl^Qçile à la censure quand elle était juste , Moncrif y était po^rjtapl trè^sensible ; mais quoi qu'en aient pu dire ses enne-* mis j une cri^jque dépeiite et modérée ne l'offensait pas ; il n'était blessé que du fif I et des injures dont la critique est si souvent as^^qisoi^i^ée , ou plutôt infi^ctée. Il a donné une preuve sans répliope de sa ip^nièr^ de penser sur ce point , dans la critique qu'il a faite lui-même d'qn d^ ses ouvrages lyriques , du Ballet de tçptpire ffe l'Amçur- Cet puvrage avait eu beaucoup de suc-*ces ; et déjà la ^;^tirp , que le. succès traine toujours à sa suite , rn^ei^^Ç^it de déchirer l'auteur; il la prévint et même lui coupa très'exaçteiueut les vivrej^ , en ne lui laissant rien à dire ; car il ne :»'ép§rgf|a nulleiq^Ut dans la jcritique doht^l s'agit. Il y convient de $^ ^or^ avep la plus lauable franchise. « Il est vrai, dit-i|

' H naïvement dans une lettre oii il parle de cette critique , que ma n f)Qnne foi m'a attiré bi^Q des louanges de la part de plusieurs » éf^fdyiflinç ; et c'est peut-être ce qui m'a encquragé à être mo-*

' n (^estp d^ns qui9lque$ autres occasions. Pauvres vertus hu"

' »> maines ! On ne se voue jamais plus volontiers à la modestie ^

' » que lorsqu'elle nous promet des éloges. »

' ^'e^çmple qu'il ^vait donué aux auteurs , en ne s'épargnanti

I pas .lui:^i;nême fuw un ouvrage applaudi / autorisait les leçon» vr^isen^U(b|f3ffient inqtiles, mais du xhoins sensées et chari*

' tablfs, qu'il a cru devoir donner à une classe très«nombreuse'

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d'ëcrivaim , k celle qui fait mëtier et •oavent trafic àe la sure qu'elle exerce à tort et à travers lar les prodoctions ia aatres. On trouve ces leçons dans un discours où notre andëmiden fixe avec autant de justesse que d'ëquité la difféieace trop peu sentie entre Vesprit critique^ toujours avide de désap* prouver , toujours ravi d'en trouver l'occasion oa le prétexte , enfin toujours amer et souvent injuste; et Vesprit decrùiqmt^ vraiment utile à la littérature et au bon goAt , qni n'est aolR Cliose que le discernement juste et fin des beautés et des défiub d'un ouvrage , et qui , louant les unes sans fodeur, et observaal les autres sans amertume , éclaire toujours et n'offense jamais.

Ce discours de M oncrif , lu dans une séance publique de TA* cadémie , prouva qu'il n'était pas tellement borné anx sojcl» agréables, qu'il ne traitât quelquefois des matières sérieuses d même importantes. Nous avons encore de lui quelques dia^rtalions académiques pleines de justesse et de raison , entre autres, celles oii il met k leur place ces prétendus romans connos sous k nom de féeries f qu'on a la bonté d'appeler outrée d'ùnagmû' tion j et qui ne sont d'ordinaire pour un lecteur édsdré , qut k triste cachet d'un écrivain sans génie , et la malhenreose ressource de la plus étroite indigence. Cest à l'occasion de ces aortes d'écrits I oii le merveilleux est si commun dans tous les sens poH sibles , que Fontenelle disait avec sa finesse ordinaire s « Le vr» » merveilleux d'un conte de fées serait qu'un homme qui toon berait dans la mer eût le malheur de s'j nojer. »

Moncrif a aussi publié quelques lettres sur des sujets taferessans de morale , en particulier sûr cette usure si commune dans le bas peuple, et connue sous le nom de prêt à la petite semamey vexation dont il avoue toute l'indignité , mais qui lui suggère des vues estimables sur les mojens de &ire cesser cet abus, ef même de le changer en bien : l'occupation la plus digne d'oa philosophe est moins de combattre les vices et les passions des hommes que de chercher k tourner ces passions et ces vîoes aa profit de la société dont ils sont membres , et de forcer rinlérft même aux actions honnêtes.

Si les talens aimables de Moncrif le rendaient cher à ceux qii mettent tant de prix aux agrémens , ses qualités persomieOcs doivent le rendre respectable à ceux qui mettent du prix aux vertus.

Il était reconnaissant, et c'était surtout lorsqu'il voyait m bienfaiteurs affligés et malheureux , qu'il cherchait k leur dooaer des preuves d'un sentiment si cher à son cœur. Le comte dVir» genson , qui avait contribué à sa fortune, et qui l'honorait et soa amitié , étant tombé dans la disgrlce , Moncrif obtint , non saai

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