DE MONCRIF
Jbeaucoup àe peine , et après les sollicitations les plus vives , la permission d'aller tous les ans passer quelques mois auprès de lui dans le lieu de son exil. Il s'arrachait avec joie aux charmes <jue la cour avait pour lui , et au plaisir des sociétés oii il vivait , pour aller dans le silence de la retraite consoler son ancien protecteur , qui n'était plus que sop ami.
n était bienfaisant. Une lettre qu'il a écrite à Duclos développe aux Âmes élevées pi sensibles toute la noblesse des principes qu'il s'était formés sur f exercice de cette vertu y principes dont sa vie fut une pratique contmuelle : sa bourse était sans cesse ouverte aux indigens , assurés d'ailleurs d'un secret qu'ils n'avaient pas même besoin de lui demander. H n^ se permettait de paraître bienfaisant k tous les yeux , que lorsqu'il s'agissait de soulager de pauvres parens , ^ont il n'avait pas la sottise et la cruauté de rougir. Un ancien domestique qu'il avait jugé digne de sa confiance , était chargé de distribuer des aumônes. secrètes , , souvent même sans en informer son mattre , à tous ceux dont la ^nisère pouvait exiger de prompts secours; et ces infortunés , en recevant les marques de sa charité active et compatissante , igno^ raient pour l'ordinaire jusqu'au nom du consolateur généreux dont la main cachée essuyait leurs larmes. Il semblait avoir pris . pour maxime ce proverbe musulman : « Fais du bien et le jette » dans la mer ; si les poissons l'engloutissent , Dieu s'en sou- I» viendra. »
La conduite sage de Moncrif , la vie heureuse qu'elle lui a procurée, la fortune et les agrémens dont il a joui, doivent apprendre aux gens de lettres , que ce n'est pas toujours'aux talens 'éminens que le bonheur est attaché ; que le génie , bien loin .d'intéresser en sa faveur les hommes puissans , est souvent pour jeux un secret objet de jalousie et de haine , et que le vrai moyen de se les rendre favorables , quand on a le malheur d'en avoir besoin , c'est de savoir , comme Moncrif , se faire non-seulement aimer, mais en quelque sorte respecter par eux , en évitant également et l'orgueil qui offense leur amour-propre , et la bassesse qui engendre leur mépris. Les hommes en place , avec qui notre académicien vivait , mirent dans leurs égards pour lui jusqu'à cette délicatesse d'autant plus sensible pour les âmes élevées, qu'elle est uniquement sensible pour elles ; et Moncrîf n% se trouva jamais dans la nécessité fâcheuse de faire aux courtisans qni l'appelaient leur ami , le reproche qu'un homme de lettres faisait à un ministre , auquel il avait eu le malheur de s'attacher , et dont il était bien traité en apparence, n Vos torts M à mon égard , lui disait-il , me blessent d'autant plus , qu'il n'y » a pas dix personnes dans Paris k qui je puisse les faire sentir. »
m ËLQGE
Vrai modëlç de celte 4igo>^^ d^eote qu'un bomoie de \eiU^ doit toujours conserver auprès des grands , ^1 repO|is$ja| uq j^etCt avec autant de noblesse que de ^le§^re > le prop^ à* un eonrUs^w, qui faisant semblant d'aimer les lettres , et caressant par iFanilé ceux qui les cultivaient , eut dans un nioment 4'insolenoe ^^i^ la maladresse d'avouer les vrais motifs de Taççueil qu*fl l^ faisj^it : « Je me sers , disait-il y d^ ces gens d'espfit e| dé ce^ sa- N vans, comme le jardinier du rateai^... Monsieur, lui répp||& » Moncrif , ce râteau est devenu plus 'difficile à ipanier cjn'il i^ » l'était autrefois , et je ne vous conseille pas d'al^user de u » complaisance. »
NOTES
(i) V^N a prétendu que le président Hénault et le poète FoxeGer avaient eu part à VOraele dé Delphes. Cette anecdote nous parah très-douteuse. Nous n*en ayons jamais entendu paiier h Fuztjier^ ifiif noug ayons fort connu , et qui , dans ses vieux jours au mmias, n'mir mait pas aa3e4 Hopi^rif pour se faire un scrupule de luid^i^ber unç p^r^îe de rhfmi^ur quç Ivû av^it fait ceUe pî^ç j il nVaipât ig^ h^^^ ^avf^n||ig^ , et pi|r la mém? raison , k ip^ttre en ^er^ di^ s^c|:ç^ )ç présidçpt Hénsiult , s^il y avait en effet contrifaïué. Défîons-nous |oujours de ces bommes généreux , qui font présent dSm ouvnige & un autei^r çinonyme , pour en ôter la gloire' au véritable apteur ; c*est une des petites ressources de la haine et de Penvie.
(d) l^Qncnf , mfi^ré les avanUu;es qpe le service dç U xe^fie p^^np^ lui offrir» n^aurait ^ainab quitté la coiir du pomte dq Glen||oi||,sa ^^f naisérable tracasserie , telle qu^on en çssuie trop souyent dans on pareil séjour , ne Vy avait contraint. Eq renqnçant.à la société intime au prince , il emporta et conserva toute son estime ^ ce qui &it da moins autant dlionneur au comte de Clermont qu'à notre académîoco. <( Si je savais, dit Voltaire dans une de ses lettres, oùprtndjrtPaulcar » de Titçn et V Aurore , je lui écrirais pour lui faire mon compUncsl » de n'être plps avec un prince , et poyr le f^licit^ d^avoir rrIronTi M sa liberté. » Il i^e ^ retrouva pourtant pas, puisqu'il pp^ de qqutPfif d'aufr^ iic^j mais Tessentiel pour le bonheur i^'e^t pas tpu^oun d'(3tre \\\iive , c^est de porter des phaines agré^les , et' surtout des . (gaines qu'pn ail prises dans cette espérance. Celles qui attacbiaicnt Moncrif a la reine , avaient pour li|i ce double et précieux avantage. Voltaire, qui le croyait si heureux d'être devenu son maître, sacrifia lui-même, quelques années, sa liberté au roi dç Prusse, htm digne , à la vérité , d'un pareil sacriûce , mais il est vrai ffat le sacrifier ne dura pas.
(3) Moncrif ne se contentait pas d^alimenter, si Ton peut s'expn-
DE MONCRIF. ' flSg
mér de la sbrte, par ses CaHtiqdét ^pirttuets , la tendre piété de Ta Initié ) il élÉit encore , pour flitrè complètehiem sa couf & cette re- If gîeute princesse , le médiateur ^ecfêt de quelques 'Côrrespdiidances dévotes qu'elle entretenait avec des personnes pieuses \ entre autres avec une comédienne convertie ,• mademoiselle Gauthier , qui , après avoir long-temps mené la vie ordinaire des filles de théâtre , était devenue carmélite , et servait Dieu avec le même zèle qu'elle avait servi le monde. ( Voyez lliistoire curieuse de cette comédiennecarmélite, dans le rééueil intitulé : Pièces intéressantes et peu connues pôUr à'etpi^ à thistoire. Paris , iy8i, in-is , /i. iiSg et suiv» )
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