‹ Œuvres de d'Alembert (volume 2)Chapitre 65 sur 74 · ÉLOGE D'ALARY · texte numérisé non relu

ÉLOGE D'ALARY

L'àBéË Alary tnontrâ dé botihè heure Ves plus heureuses dispbftitfdVis , et U plus grande ardeur pour les cultiver. Ces qualités \t firent fotinàttre du docte àbbé de Lon^erue , qui prit plaisilr à nusthiire , et ^ui Fa toujours régai'dé comme un de ses meiltetiH étëves. Nous nous arrêterons quelques momens sur le savàrdl hx>tntnè doiit l'abbë Alary nitt si bien à profit les leçons ; \e po/ïrtràit du toattre peut contribuer à l'éloge du disciple, noïiseutéméht par lès qualités estimables qui leur ont été commune^, itùÊts par Quelques singularités moins heureuses qui dépareht un péù Yé§ éfnalité^ A.\x maître , et dont lé disciple a su se garantir. TéUs cétix qili ont fréquenté l'abbé dé Longueriie parlent avec ^tmiAèiM^t de sdti él^uditioii prodigieuse et pre^tie effrayante ; H àtàit tout lu , et une mémoire immense lui avait tout fait rë- Vtûit. Atissi était-il non-seuleràent Teffroî des demi-savant , ^ti'il ftn^çait à se taire devéïit lui , mais le fléau des savans même y qui tie rétàTétat pas assez pour être modestes. Benfernlé presque âl^ê^ntoi^t dahs son cabinet , il y avait contracté cette sorte de ^d^side que donVietit les études profonde^, quand le commerce du îïioVide n*y ft pas, pour ainsi dire , passé la Kme. Quoiqu'il li'y eût presque aans aucune langue aucun auteur célèbre qui hH fût fnconnu , quoiqu'il ne manquât ni d'esprit , ni même , à Cei'tàfns égards , de discernement et de goût , il n'attachait ab^luinent de prix ^'à la' connaissance des faits; les agrémens de Ta littérature n'avaient aucun attrait pour cette âme desséchée par rék*udition là pltis aride : on prétend que dans la vente

' Pierre-Joteph Alary ^ prieur de Gournaj-tar-Maroe , né à Parn en i68g; rcca le 3o dt'cenibre 17^3, à la place de Louis-Antoine de Metmes , |>remier président; mort le i5 dt'ccinbrc 1770.

de sa bibliothèque il ne se trouTa de livres français qa'naTO' lame dépareillé de Racine. Il faisait pourtant à YknoêUh^ de dire de lai : « Pour ce fou-là , il m'a quelquefob amosé. 0 Jit »» disait-il encore , denx livres sur Homère que j'aimcraii bbw » qu'Homère même ; le premier est Aniiquitates Hcmence-ft n second, Homeri gnomolagia : avec ces deux livret, on a W » ce qu'il y a d'utile dans ce poëte , sans avoir à essuyer loe » 9es contes a doemir debout. » Tel était le prix qu'il w^ mettre aux charmes de l'imagination et de l'hannoaie poétiqot n n'estimait guère plus les sciences exactes, et joignait aatnvers de les dédaigner celui d'attacher à ce dédain nue espèce mérite. Selon lui, les Anglais n'avaient plus rien fait qui va depuis qu'ils avaient renoncé an grec et à l'arabe pour la géoii^ trie et ta physique. Enfin , quoiqu'il ne fût pas absolument »• crédule , car la Bible avait conservé de grands droits sur j"' comme le seul Myre franchement hébreu qui nons reste, il «^ d'ailleurs très-dégagé , pour ne rien dire de plus, dans»"*" nière de penser et de .parler sur plusieurs objets de croja^» que la religion nous a appris à regarder comme ^'^^^ Les moines de son abbaye du Jard lui demandant çnel et» son confesseur : Je vous té dirai ^ répondit- il i V^^^ m'aurez nommé celui de voire père S. jiuptstin. On çf^n» que, lorsqu'il parlait des différentes religions , il ii»»^ ^P* quefoia : F'ous autres chrétiens^ comme il aurait dit, v^ autres juifs ou mahométans. Nous pourrions le faire <J^*"*?^ par des traits plus singuliers encore et plus libres, ^^ térature, soit dans des matières plus «c"®""*» "^^^Xt nous venons de rapporter suffisent pour montrer V^^^f^^^ être à la fois et les avantages et les inconvéniens ^*^ ^ merce. L'abbé Alary , quoique formé par ce savant, àp^ ^ seizième siècle , n'eut garde de l'imiter, ni dans sa cntïf»*^ peu brutale , ni dans ses préventions érudites , ni ^j^ nions hasardées on dangereuses. Il apprit dans ^^}^ ^ école les langues savantes; mais il eut soin de cultireren temjM la sienne , et ne mérita pas la même ^^S^^^'^m^h certain pédant qui se vantait de savoir douce langn» ; ^^ vrai, dit quelqu'un , sans compter le français. Enfin ^^^^ jours beaucoup de goût pour la littérature agréable ; V^^j naissait les finesses ; il savait par cœur les plus h^****, ^ de nos poëtes , qu'il se plaisait même à répéter dès qn ^^^ ^ vait l'occasion. D'ailleurs, il ne donna jam«w ^*"* ^^-ge ces écarts reprochés à son maître ; il ne prit de son "**V^ ce qu'il avait de hop, et dans ses connaissances et ^^t^^ cipes. L'abbé de Longuerue , quoique d'un savoir si pf^^"^

si unÎTersel , n'ayait presque rien imprimé , parce qa'ii aimait pins rëtude que la gloire , et qu'il avait préféré le plaisir de s'instndre à celui de faire Toir aux autres à quel point il était instruit en tout genre. L'abbé Alarj, héritier de son savoir, et nullement de ses défauts , le fîit dans ce qu'il avait peut-être de plus louable , dans son indiflTérence philosophique pour la réputation littéraire. Il était, ainsi que l'abbé de Longueruei trës- ▼ersé dans les langues anciennes et modernes , dans Fhistoire de tous les peuples , et surtout dans la nâlre ; mais , à son exemple , il a gardé pour lui et pour quelques amis , moitié par modestie , moitié par amour du repos , les richesses qu'il avait acquises par plus de soixante années d'études ; il n'en a rien communiqué au public ; et s'il n'a pas fait parler bien haut la renommée en sa faveur , du moins il n'a pas vu la jalousie et la haine acharnées et réunies pour lui disputer un peu de fîimée. Néanmoins , malgré son peu d'empressement à se &ire valoir, 8<fn mérite bien réel et bien connu reçut de l'Académie la jus-r tice qu'il méritait. Elle jugea qu'im homme de lettres qui réunissait k tant de connaissances les qualités sociales , serait trèsutile au trayail de nos séances , et elle ne se trompa point. L'abbé Alarj justifia sa nomination, non-seulement par beaucoup d'assiduité aux assemblées académiques , mais par les lumières et le savoir dont il éclairait sans étalage comme sans réserve les discussions qui nous occupent. Instruit et exercé dans la science des étymologies , dans celle de nos proverbes et de leur origine , et , par une suite nécessaire , dans notre ancienne langue fran* çaise, on le trouvait toujours prêt k répondre aux questions qu'on pouvait lui faire sur cesdifférens objets; fovorisé d'ailleurs d'une mémoire très-heureuse , et parlant sa langue avec autant de correction que de fiiciiité , il satisfaisait sur-lechamp , d'une manière aussi sûre que prompte , la curiosité de ses confrères, à qui d'ailleurs il était cher par l'aménité de ses mœurs et la douceur de son commerce. Nous avons plus d'une fois été témoins qu'il était infiniment plus propre à nos assemblées particulières que d'autres académiciens justement estimés par leurs ouvrages, et dignes iû choix de la compagnie par leur réputation et par leurs succès ; mais qui , soit inattention pour des discussions grammaticales qu'ils regardaient comme an-dessous d'eux, soit peut-être faute de s'être abaissés aux études nécessaires pour résoudre ces sortes de questions , n'ont ' porté dans notre travail commun ni le même intérêt , ni- les ' mêmes secours que l'académicien dont nous parlons. Il a été * pour nous une preuve nouvelle et bien sensible de ce que nous avons déjà £iit sentir ailleurs , que l'Académie , dans ses

élections , ne doit pas se borner rigoureusement à ceux Se nw écrivains qui sont indiques de préférence par lâ nation , ei appelés hautement à cet honneur par leurs talens et leur génie. Ces écrivains ont, sans difficulté , le droit d'occuper dans notre liste les places éminentes, et de recevoir du premier corps aodémique du royaume, de celui qui représente, pour ainsi dire, la république des lettres , leè honneurs qûê doit cette république à ses principaux ornemens ; mais l'Académie peut aussi quelquefois y en jetant les yeux sur le mérite modeste et presque inconnu > avertir le public des justes égards que réclame , sam les exiger, an hdmme moins estimé qu'estimable. iTailtears, en admettant dans son sein ce littét*ateur timide et peu empressé de paraître , la compagnie le met à portée de faire passer à seï concitoyens , du moins par la voie indirecte de ses confrères , use partie des connaissantes qii'ii a acquises , et des lutuière^ qite la littérature attend de lui ; par ce moyen , l'Acadéjlue devient en quelque sorte pour le public le canal de communication d*un grand hombre de richesses qui , sans cela , seraient restéf^s perdues et comme ensevelies. En un mot , elle doit encourager et rassembler à la fois , comme nécessaires à son objet , lou> les genres de talens et de savoir , surtout quand ils se trouvent joints à la simplicité , à la défiance de soi-même, elkniôntièteté de la conduite. Invariable et fite dans des pHndpes si louables » kl coni|>agnie n'a pas dû se repentir d'avoir adthis ralA>é Alarr parmi ses membres ; il y portait d'ailleurs un titre de recote' mandi^ion bien respectable , il iui était présenté par des liécënes , ou plutôt par dés amis , à qui elle avait les obligations les plus signalées , et dont la mémoire sera éternellement en bénédiction parmi nous , le marquis et Fabbé de Dangeau ' ; tons deux estimaient et chl^rissaient Tabbé Alary; tous deui désiraient de Tavoir pour confrère ; et l'Académie aurait reçu sens examen , et presque les yeux fermés , tout ce qui lui venait de la part de deux homhies qui connaissaient et ménageaient si bien ses vrais intérêts. Enfin elle était encore invitée au choix de Fàbbé Alary , par celui que le gouvernement venait fttk laire pour un emploi aussi Important qu'honorable , celui iPinstruire le roi Louis XV dans son enfance , et de l'instruire dans la science la plus utile aux rois. L'abbé Alary fut chargé de loi enseigner Phistoire : ceux qui ont approché de près ce monarque Bavent que l'élève avait parfaitemetit répondu aux soins et ani leçons d'un si habile instituteur ; la philosophie la |)lus sévère ne yourra nons accuser de flatterie, et de n'être ici que Técho i&s vieux courtisans ; car nous somràes eu même temps celui de la

• ffnret INrloge de Pàbbé de Daiigcati , et les tiolts sur <»ci rlôge.

voix publique) peu sujette à ^ tromper en bien ou en mal sur les fiourerains qui ne sont plus.

Non-seulement cette place était due au savoir de l'abbé Alary , c'était de plus une espèce de dédommagement ou de réparation que le régent , prince éclairé , et par conséquent juste, crut devoir aii mérite attaqué par la calomnie. Elle avait tâché de noircir l'abbé Alaiy auprès du prince ; ce citoyen paisible , et qui nf coimaissait que ses livres 9 fut accusé d'avoir eu part à une intri^e qui éclata en 17 18; le régent n'imita pas la crédulité odieuse 9 trop ordinaire à ses semblables en de pareilles occasions; il permit à l'accusé de se défendre, et fut bientôt détrompé. « Vos ennemis y lui dit-il 9 nous ont servi Tun et l'autre , » en me procurant l'occasion de voua connaître. >» Le prince ne se borna pas a ce témoignage 9 qui n'était après tout qu'un acte ligonreu]^ de justice ; il se crut obligé de punir la calomnie , et la ptinit de la manière la plus mortifiante pour elle, en confiant à celui qu'elle avait voulu perdre , une partie essentielle de l'éducation du roi. Si la calonmie se voyait toujours payée de la sorte 9 elle se dégoûterait peut-être à la fin de n'aiguiser ses traits que pour s'en percer elle-même ; supposé toutefois qu'elle soit susceptible de dégoût 9 car elle ne plaint ni sa vigilance 9 ni ses efforts ; ojt pourvu qu'un seul mensonge lui réussisse 9 peu lui io^porte qu'il y en ait cent de perdus.

L'abbé Alary éprouva cette active et détestable persévérance. Quoiqu'il eût condamné ses talens à un silei^ce rigoureux 9 bien fait pour adoucir l'envie 9 son entrée dans le sanctuaire des Muses avait armé contre lui la jalousie de quelques gens de lettres qui se croyaient beaucoup plus dignes de celte distinction. L'un d'eux 9 connu par quelques succès au théâtre lyrique 9 mais plus décrié encore par sa conduite et par ses satires 9 le poète Roi ' , exclu honteusement à la fois 9 et d'une compagnie de magistra- . ture, et de l'Académie des belles-lettres dont il était membre , s'indignait que l'Académie Française ne s'e^npressât pas à le jecueillir 9 et lui préférât des concurrens honnêtes. Il fit contre la compagnie un libella 011 plusieurs de ses mcioibri^s étaient .aussi indignement que grossièrem^t déchirés dans |eu£t talens et dans \e^rs personnes (j). L'alibé Alary 9 dont le satirique ne po«vait décrier les ouvrages, fut attaqué sur ses mœurs 'avec l'impudence la plus atroce 'et la plus cynique. L'Académie 9 qui aurait gardé le silence sur une' simple satire littéraire 9 ne crut pas devoir fermer les yeux sur un si cruel outrage fait à un contre irréprochable. Bille deo^anda et obtint une punition flétrissaote pour le calomniateur 9 qui fut mis à SAiiit*Laa(are par or^re

• f^oyez , «ar le -poète Roi , l'artide de La Fave.

674 élogï;

du roi. La compagnie fut redevable de cet ôrdi^ an cardottl ^ Fleurj, qui y dans cette circonstance > cmt avec raison sliosMcr ini-méme , eu prouvant aux académiciens ses confirëres les înfte égards qu'il avait pour eux (2). Ce n'est pas la seule prenre ^ ce ministre leur en ait donnée ; il est à souhaiter, moins eocmt peur l'Académie que pour l'honneur des hommes en place àatA elle inscHt les noms dans sa liste , qu'ils se fiisseift nn devoir de suivre dans l'occasion ce digne exemple. Quoique les sociélês littéraires doivent tirer leur principale considération d'elle»mêmes , et des qualités personnelles de ceux qui les composerit, elles sont en droit d'exiger, comme une dette, cette oonsîdmtien extérieure que les gouvememens sages ont toujours aooor^ dée à la partie de la nation faite pour éclairer l'autre : c^est es respectant les lettres , en favorisant ceux qui s'y distingnent, ea les vengeant de l'envie et de la satire, que les rois et les nûnîf^ très apprendront à la multitude à connaître le prix des veitm réunies aux talens; tous ceux qui ont le pouvoir en main ve sauraient avoir trop présente cette ma^me que Charles Y, le plus sage de nos rois , avait sans cesse à la bouche dans on siède d'ignorance et de ténèbres : « Les clercs ou à sapience l'on ne M petit trop honorer, et tant que sapience sera honorée en ce » roiauoie , il continuera à prospérité ; mais quand débontéé 7 w sera, il décherra. » Puisse la destinée de la France en écarter lonjg-temps un nùllheur si funeste pour elle , et si propre à déshotioter le gouvernement qui l'aurait souffert ou préparé !

* il !■

NOTES

(i) \JE niéme poëte Roi qui, en 1728 , déchirait PAcadémîepardnbifiroes satires , avait prononcé dans la séance puUique du %S aoAf 171$, une ode à la louange de cette companiie. fl avait désiré vîtement, et obtenu après bien des instances, la satisfaction de téaKMgner ainsi ses sentimens à la compagnie dont , à la virîté , il n^éCvt pas meitibre, mais qui venait de <yuronner un de ses ouvrages. Ssa caractère et sa conduite lui ayant^Ums la suite fermé les portes de cette société littéraire , qui d'ailleurs rendait justice à ses talesv , 3 changea bientôt de manière de penser, ou plutôt de parler, et m flatta sans doute , comme tous les satiriques de profession , qne m satires nouvelles feraient oublier ses bassesses ancienues.

(3) Le cardinal de Fleury ( c'est une justice que rAcadénîe fan doit et qu'elfe aime à lui rendre ) n'a jamais laissé échapper aucune occasioa de donner k cette compagnie des marques de son attachement et de

i,son estime. Lorsque ses confrères le complimentèrent , en 1726» sur

sa Domination au cardinalat, il eut Thonnéteté de leur répondre ,

« que de tous les honneurs dont le roi pouvait le combler, il n'y eu

^M avait point qui lui fiit plus cher que Celui d^étre membre d*un si

^ » illustre corps. » Le compliment pouvait être exagéré , mais il n'en

'est que plus remarquable dans la bouche d'un homme qui gouvernait

B alors le rojâume. Lorsque la compagnie ed corps allait à YersaiUes

tharaâg«er le roi» il ne manquait jamais d^aller se mettre parmi -ses

,j confrères à «on rang d'académicien , « préférant » disait-il , cette place

^ » à celle qu'il aurait pu , dans cette occasion , occuper plus près du

» roi y comme cardinal et comme ministre. »

J\(Le$siEurs ) les di£férens éloges que j'ai eu l'honneur de vous lire, composent , avec plus de soixante autres , la continuation dé V Histoire de cette Compagnie , dont je me suis occupe longtemps ; elle serait des à présent en état de paraître y si je ne me rappelais souvent le sage précepte d'Horace, de, tenir /ieii/<in^ dans l'obscurité ce qu'on ose destiner au public , intervalle de temps que je voudrais prolonger encore. Permettei-moi néanmoins de soumettre aujourd'hui à votre jugement ^article de cette histoire qui a pour objet S. A. S. feu Monseigneur le comte de Clermont,. que l'Académie a eu l'honneur de compter parmi ses membres. Le respectable prince qui nous écoute semble m'inviter à cette lecture y et m'enhardir à réclamer pour un moment son indulgence et la vôtre.

Louis de Bourbon- Condé, comte de Qermont, prince du sang 9 entra dans l'Académie le 26 mars 1^54 » pour y rempUr la place vacante par la mort d'un simple littérateur ^ plus recom* mandable par son mérite que par. sa naissance ou par ses dignités , M. de Bose , secrétaire de l'Académie des belles^lettres. Les écrivains célèbres qui ont été ou qui sont encore 9^9 parmi nous , doivent être sans doute , aux yeux du public et de la postérité, l'omemeilt principal de l'Académi^rançaise ; mais elle

' Destiné, dans V Histoire de T Académie f^rancaise,k Loaîs de Bonibon- G>ndé, comte de Ciennont, né k Versailles, le lè jain 1709; élu le 96man 1754» ^ la place de Qaode Gros de Base; mort le 16 jain 1771 ^ lu en séance publique, le 19 juillet 1781, où le prince de Condc assisuit.

n'en doit pas être moins sensible à Tàvantage rare dont e/ie 1 joui , et que jusqu'à présent aucun corps littéraire n'a pattagt avec e]le , de voir au rang de ses académiciens ordinaires ne prince de l'auguste sang de nos rois , un prince qui a bien mb se soumettre à l'égalité académique » qui a paru même s'en k»> norer ; un prince enfin , qni , sachant oublier l'éclat de ses lîtro, par un motif dont la noblesse relevait encore ces titres mène. a consenti, on plutôt désîiN^ d'être regardé dans cette campagiif comme Fun de nous.

Ce fait , si glorieux pour les lettrés , est raconta fort en dêta dans la partie de Y Histoire de V Académie écrite par Ondot, et qu'il lut y il y a quelques années , dans une séance publûjne [i' Nous ne répéterons point ici le récit intéressant d'un eTénemoc si mémorable dans nos annales ; nous nous contenterons d'y ajotter quelques circonstances que Duclos a omises , et qui , toachant personnellement les gens de letties , nous paraissest w devoir pas être ignorées d'eux.

FoTsan et hœc olim meminisse jtwabit.

Ce souTenir un jour pourra nous consoler.

Nous disons consoler , car le temps n'est pas ktn peut-être m les lettres , en butte à tant d'ennemis , auront encore plus bescn de consolation que de gloire.

Lorsque le comte de Clermont , dans la séance oii il vint preadre possession de sa place , reçut avec ses confrères les jetons qa étaient son droit de présence , il leur dit en propres termes et avec une honnêteté d'autant plus obligeante que i expresnmi ei était plus simple , « qu'il voudrait toujours porter sar loi un èe n ces jetons d'une manière ostensible , comme la marque en- » tincHve d'un titre dont il se trouvait infiniment flatté. dfHem , » ajouta-t-»il , serait ma croix de S. -Louis d'acadraucien. > La comparaison était sans doute trop relevée pour des prétention aussi modestes que les nôtres ; elle signifiait seulement , que comme la croix de S.-^Louis est , on doit être , une marqae de service honorable dans les armes l la place de l'Académie et aussi, ou doit être une marque, si l'on peut parler ainsi, 4e service honorable dans les lettres : ie comte de Clermont poavait se flatter , avec justice , de les avoir également servies et h»> norées par lés témoignages éclatans de son estime , et par IW couragement que ce||a estime devait leur donner.

La séance oii il s^R'ésenta n'était qu'une assemblée particB* liëre. L'Académie , et surtout le prince , aurait bien désire qaVQe fût publique ; tout était disposé pour cette e^ce de fêce^ la ph» brillante que cette compagnie eAt encore célébrée. Le dîaooan

da respectable récipiendaire était tout prêt ; nous ne devons pas oublier de dire q[u'il avait été fait par le prince tout ^eul; let nous ne craignons pas d'assurer qu'en cette .circonstance , nul écrivain de profession n'aurait ajyissi bien réussi que luL . Il avait bien voulu communiquer ce discours à quelqiie^ gens de lettres, et aucun d'eux n'y avait osé toucher» dans la crainte de le gâter en cherchant à l'embellir ; son remcrcin^ent â l'Académie , si nous osons lui donner ce nom » était écrit avec la simplicité noble qui convenait â un académicien si distingué , et au sentiment aussi vrai que flatteur dont il était pénétré pour la compagnie. Lui seul en efiet pouvait exprimer ce sentiment avec la même vérité qu'il l'éprouvait. La nation , idolâtre de ses jprinces y si disposée k leur tenir compte de tout , et k leur rendra avec usure les marques de bienveillance qu'elle reçoit d'eux j aurait vu avec ravissement cet acte aima^ble de popularité littérm're; le public j qui partageait la joie de l'Acadén^ie y eût daos son ivresse accolé le prince académicien des plus vifs applaudissemens , et ce jour peut-être eût été pour le comte de Clern^ont un des plus agréables de sa vie. Mais par malheur pour lui et pour nous , les mêmes personnes qui lui avaient si ridiculement conseillé , comme l'a raconté Duclos, de n'entrer ici qu'avec de^ distinctions de préséance , et qui n'avaient pu lui faire goAter leurs méprisables vues , réussirent au moins dans le conseil plu^ maladroit encore qu'ils lui donnèrent , de ne pas Venir prendre à sa réception la dernière place dans upe séance publique -, commç si cette place , acceptée librement et par choix, eût pu dégradef un prince du sang ; comme si chacun de nous ne l'eût pas mis 9 du fond de son cœur , à celle qu'il devait occuper ; comme si le public ne l'eût pas toujours vu à notre tête dans le n^oment même oh il aurait bien voulu ne paraître que notre égal ; comme •i enfin l'honneur qu'il eût fait en ce moment aux lettres et à l'Académie , n'eût pas rejailli sur lui ae la manière la plus éclatante et la plus glorieuse ■ .

Ces mêmes adulateurs , les plus grands ennemis de la véritable gloire des princes , qui avaient fait craindre au comte de Cleirmont d'occuper un moment dans une assemblée publique la place de récipiendaire , nous ont privés encore du plaisir dont nous nous étions flattés, de le voir assister quelquefois ànosséances particulières. Il n'y a paru qu'uu seul jour , et nous savons qu'il l^éffiisMiit de ne pouvoir ou de n'oser y assister ; mais si nous en croyons des personnes à qui il s'en est ouvert avec confiance , il radootait les reproches t quoique très-déplacés , de quelques

' Le comte de Clcnnanl, dit à cette occaeion nn acaàévûcieu, oiiUie émiB te moacnKi la flMUÙoïc de i*£f<uigiie ; Qm9 celui qui i^ihaiëse sera éUv^ -

hommes imporlans à la cour ,qûî s'étaient persoadés que /^ altesse sérérussànené'pouyskit paraître à l'Académie smns j occaper une placé qui le tirât, disaient-ils, de Ut Joule , dootil st tirait bien mieux en cherchant à s'y cacher.' Le comte de Ckr^ "mont fit céder son amour pour les lettres à ces Taiiies repiésea^ tations , qûMl était si fbrten droit de mépriser ; et nous penfinB. à son grand regret et au nÂtre , Tespoir que nous avions tak jouir quelquefois de sa présence.

' Un autre fait nous a encore plus affligés ; nous le disons mwl d'autant plus de franchise , que nous savons aussi à qael pointer prince a partagé notre peine. Il se troura , dans deox occasôes différentes , directeur de l'Académie par le sort , et <jiargé s conséquence de deux réceptions , celle de l'abbé de Boîsm<R*et celle de Thomas , deux hommes de lettres k qui le iMrincepoffii^ dire des choses si flatteuses et si vraies sur leurs talefis et letn ouvrages. Les fonctions de directeur lui auraient donné dans cette circonstance , sans inconvénient et sans difficulté , la préséaBO que des flatteurs subalternes réclamaient pour lui et contre ses gré dans les assemblées particulières : un discours de quatre lignes adressé au récipiendaire par un dil'ecteur si respecte, eè été reçu par l'Académie et par Fauditoire avec plus de transpor que le discours le plus éloquent d'un académicien ordinaire; ^ le prince , devenu pour ainsi dire en ce moment le dictateur des gens dt lettres , aurait vivement senti la différence des homieon exigés ailleurs par son rang , et de ceux qui , en cette occasion, eussent été prodiguée à sa personne. Des considérations importunes et fâcheuses , auxquelles il ne se soumit qu'avec répugnance, lui arrachèrent encore cette gloire si touchante et si pure, qv'd a regrettée jusqu'à la fin de ses jours.

Mais s'il a trop profité , contre ses vœux et contre les nôtres, de ta liberté que nos usages accordent à chaque académicien dr s*absenter de nos assemblées , souvenons-nous du mobs qu'il n'i profité que malgré lui de cette liberté , et n'a d'ailleurs usé de ce droit que par le motif le plus louable ; il a mieux aimé renoncer au plaisir qu'il s'était promis de se voir quelquelÎMs » milieu de nous , que de venir y usurper un rang qui aur»t êêtruit l'égalité précieuse à laquelle nous sommes si jnstenwBt ec si constamment attachés. Si quelque académicien ( ce qui s'arrivera sans doute jamais ) se croyait d'un rang asses snpénnr pour exiger ici des distinctions , nous opposerions à cette prétention (Moquante l'exemple de monseigneur le comte de Oermont , comme une barrière insurmontable* Le. nom de cepincr sera donc à jamais la sauve»garde de notre pkis diëre pwrogitive ; et l'Académie devrait , à ce seul titre , conserver po«r »

mémoire uae recomiaissance étemelle. La déférence même que la compagnie- a 'montrée pour ton rang, en n'exigeant p<Mnt de lui un discours de réception , ne loi est point paiticuliëce. La même permission avait été accordée à dé^ hommes en place , €oU>ert etd'Argenson, à qui les occupatians les plus importantes ne laissaient pas le loisir nécessaire pour composer leurs di^ -eoors, et qui néanmoins se sentaient dignes du cboix/de F Académie j pour n'emprunter en cette occasion le>secours de pervonne. Il n'est pas à craindre qu'aucun membre- de la con^pagnie' réclame jamais une pareille rayeur sans y avoir les droits les mieux fondés ; et nous devons rendre cette justice à nos confrères les plus distingués par leur état , qu^il n'en est aucun qui ne marque \e plus juste empressement à remplir les fonctions publiques d'académicien quand le sort l^n a chargé ; aussi n'en est-41 aucun qui ne voie le public le payer par son suffrage d'avoir satisfait à un si noble devoir ; les aj^laudissemens les plus marqués sont toujours la récompense infaillible de la dignité modeste qui Veut bien s'offrir aux critiques ; et l'attention même qu'elle a de s'y soumettre , lui répond qu'elle n'en sera pas effleurée.

On assure que le célèbre prince de Gonli , le même qai montra nne si brillante valeur aux fameuses batailles de Steinkerque et de<Nerwinde, le même quesestalens militaires et %es autres grandes qualités firent nommer voi de Pologne par la plus saine partie de la nation , avait désiré y comme le comte de Clermont , d'entrer dans cette compagnie ; nous ignorons quelles circons-n tances ont empêché que ce désir n'ait eu son effet, un tel événement eût mis le comble aux distinctions dont l'Académie fut honorée sous le règne de Louis XIY ; eUe 9, été plus heureuse encore sous Louis XV, son successeur , en possédant le comte de Clermont; elle se plaint seulement de l'avoir possédé trop peu ; regrets d'autant plus pardonnables, qu'ils partent d'un sentiment honorable à sa mémoire.

' Le comte de Clermont avait témoigné de bonne heure un goût pour les lettres , qui semblait nous annoncer depuis long^temps la satisfaction que nous avons eu de le voir parmi nous. Il avait Ibrmé une société littéraire , aux assemblées de laquelle il^ assistait quelquefois , et qui avait pris le titre de société des «rf/. Cette espèce d'Académie devait réunir à la fois les sciences , les lettres et les arts mécaniques. Le projet était grand , mats trop vaste , et fut d^âilleurs trop mal combiné par ceux ^ue le prince avait chargés de l'exécution. Gnq ou six académies seraient à peine suffisantes pour remplir l'objet que cette société prétendait embrasser tout seule. D'ailleurs, les rédacteurs de ses statuts avaient conçu à ce sujet, pour ne rien dire de plus , une étrange

idée. Mon- «euleinent ils voulftient ( ce qui était marier , pour ainsi dire, chaque art mécanique à la sdentx dast cet art peut tirer des lumières y comme VhoHogeric à r^Mtt^norme ^ la fabrique des lunettes à Veptique ; mais ils prëlendaieit encore , qu'on nous pésse cette etpression , accoler Aacon èe ces arts à la partie des belle»4ettres , qu'ils s'imaginaient y aroir plus de rapport; par exeoij^le, disaienV-ils , le brodeur à rktst^ rien , le teinturier au poète , et ainsi des antres. Ce trait seeî suffirait pour juger à quel point la confiance du prince fot nâ serrie daiis cette occasion par ceux qu'il en avait honorés. Aassi cette société ne yécut-elle pas long-temps , les mes si JouaUesda comte 3e Clermont pour le progrès* des sciences, des lettres el des arts , demeurèrent sans efBst , parce qu'il ne lot pas asset heureux pour trouver ■ des coppérateurs. dignes de second»' ses vues et capables de les remplir ; tant il est vrai, dans les petites comme dans les grandes choses , qu'avec les intentions les plas droites , il importe aux princes , pour faire le bien qu'ils di»rent , de n'avoir autour d'eux que des hommes éclaires* Mais cet avantage y au grand détriment de leur gloire , leur nutnqne plus souvent encore , que l'amour de la vérité et le désir de Fetttendre.

Dans cet acticle , trop court peut-être , sur monaesgiieiiT )c comte de Clermont , nous avons cru devoir uniquement Tenvisager connue académicien et comme ami des lettres. Noos ne parlerons point ici de ses qualités persùnnelles > de sa bicnlai- Sance, de son aSiftbilité, de sa franchise et de son courage. Ce détail intéressant appartient moins à l'histoire de l'Acadenue , qu'à celle de Fillust^e maison de Condé, histoire oh monseigneur le comte de Clermont tiendra sans doute un jour la place dislin* guée qu'il mérite. Si dans cet état , messieurs , nous rappelions k votre souvenir des vertus qui le rendaient cher à tous 1^ Fna' çais , ce serait surtout pour féliciter la nation de posséder dans un autre Omdé le digne héritier de ces mêmes vertus ; c'est à elles qu'il doit cette précieuse bienveillance pubKqne , dont il éprouve toits les avantages , dont il connaît tout le prix , dont l'adulation ne peut jamais tenir la place, et à laquelle les princes édairéf Ise montrent d'autant plus Sennbles , tiu'ils sont fÂus digiies et plus sûrs de l'obtenir.

NOTE

(1) Lja partie de ri?^fo<>« de VAcadémU] écrite par Duolos, se trouve toute entière au mot AgadéMie , dans la Noui>elU Encyclopédie par ordre de matières. Nous avonS cru pouvoir en détacher , dans cette note , ce qui regarde Télection du comte de Glermont , et qui est également honorable pour le prince, pour Fhistorien, pourTAcadémie et pour les Icfttres. Cest donc Ùuclos qui va |>arler dans toute la suite de cette note. « Je ne puis me dispenser, dit-il, de rappeler les circonstances de l'entrée de M. le comte de Glermont dans TAcademie. D fit communiquer le désir qu^il en avait \ dix d'entre nous , tous gens de lettres , du nombre desquels j'étais , en nous recommandant le plus grand secret jusqu'au moment où il conviendrait de rendre son vœu public. Le premier mouvement de mes confères fut d'en marquer au prince leur joie et leur reconnaissance. Je partageai le second sentiment ^ mais je les priai d'examiner si cet honneur serait pour la compagnie un bien ou un mal \ s'il ne pouvait pas devenir dangereux ; si régalité que le roi veut qui règne dans nos séances entre tous les académiciens , quelque différens qu'ib soient par leur état dans le monde, s'étendrait jusqu'à un prince du sang; enfin si nous , gens de lettres , ne nous exposions pas à perdre nos prérogatives les plus précieuses, qui toucheraient peu les gens de la cour nos confrères , assez dédommagés de l'égalité académique par la supériorité qu'ils ont sur nous partout ailleurs.... Je leur représentai que le projet dont M. le comte de Glermont nous faisait part , n'était qu'une espèce de consultation , puisqu'il nous demandait en même temps de Hnstruire des statuts et usages académiques.

» Ces observations frappèrent mes confrères , qui m'engagèrent à rédiger sur-le-champ le mémoire sommaire qui suit; il fut remis le jour même à M. le comte de Glermont. L'événement a prouvé que Kvoos avions pris une précaution sage et nécessaire. »

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