Il
i6a NOTES SUR L'ÉLOGE
«ulres 9 des fobles isolées , ne sont guère faites pour avoir cme existence durable ; la seule comédie de ce genre qui soit restée au thé&tre, iest celle è^Btops à la Cour y parce qu'il y a du moins dans cette pièce une espèce de sujet et qudques scènes intéressantes.
Quand nous avons dit , dans Téloge de La Motte , que la voix publique n'a placé encore aucun fabuliste entre La Fontaine et Ini, nous n'Ignorions pas que certains aristarques, dont la voix n^est pas la voix publique , ont essayé de placer daus cet immense intervalle difTérens fabulistes, suivant leur go&t ou leurs intérêts. Celui à qui ils on^ essayé le phis long- temps d'assurer une place après La Fontaine , à la ^ vérité dans une grande dbtance , car ces aristarques Se piquent surtout de justice , est le fabuliste Richer » dont les fables , après avoir en cinq ou six éditions, sont aujourd'hui complètement oubliée. L'abbé Desfontaines était l'ami de ce fabuliste et l'ennemi de La Motte; )1 célébrait Ricber dans toutes ses feuilles ; et eorame ses feuilles étalent fort lues et fort goûtées dans tous les collèges , tous les régens faisaient acheter et apprendre à leurs disciples les fables de Richer* Enfin Richer et Desfontaines sont morts» et on ne lit pas plus aujourd'hui les fables de Tun que les feuilles de l'autre, filais ce qui paraîtra incroyable, c'est que le père Desbillons, jésuite, auteur d'un volume de fables latines, oiiil a prétendu lutter contre Phèdre, raetan-dessns de La Motte, dans la préface de ces fables, non-seulement le froid et insipide Richer , mais je ne sais quel Louis- Alexandre Le Brun , mort, dit-il , à Paris en 1745 ; écrivain dont le nom, les fables , la vie et la mort ont été également ignorés.
On peut eiter beaucoup de vers des fables de La Motte ; en voici quelques uns des plus remarquables. Si l'on n'y trouve pas toujours le poëte, au moins on 7 voit toujours l'écrivain penseur et philosophe. Nous omettons un très-grand nombre d^autres vers dont on ne pourrait sentir la finesse et l'à-propos qu'en lisant la fable où ils sont placés.
VÎTC des passions reloqaence sondai ne !.....
Cesi providence de FAmonr
Qne coqiieUe trooTe un Tolage! ....
Parce qu'Alexandre s'ennuie ,
n va meiu>e le mondo aux fers
Eh! Vami^ qui te savait là ? dit le bœuf au ciron qui fait l'important. ..
Dans l'Egypte jadis tonte béte était dieu , Tant rhomme an contraire était héte
Lui dieu , dit le chat aux Egyptiens , en parlant d un rat :
Lui dîeo I vous yont moqnes, votre erreor est étrange; Qui suisvje dom;, moi qui le mange f. ....
Leçon commence , exemple achète
Noua devons tous mourir , je lo savais sans vous ,
Vous n'apprenez rien à personne :
Je veux un vrai plus fin , reconnaissable ft tons,
Et qui cependant nous éionnt ;
DE LA MOTTE. ï6S
JOe C6 rm donc tous les «tf^ritt Ont eu CQx-m^mes la semence Qo^on ne coItÎTe point, et qne Ton est surpris De troaver yrai quand on y pense
Ce qu'on se défend sons nn nom , On se le permet sons nn antre
Le prince est enrhumé", le conrtban Teut Tétre
Contre plaisir on répugnance Raison perd toujours son procès. ....
Distinguons deux hommes en un , L*homme secret et l^mme de parade
Vous n'êtes que puissant encore « Gouvernez bien, tous voilà roi. ... .
Il perdit tout son temps à vaincre , Et n'en eut pas pour gonvenicr. . « . .
Eh, pourquoi donc, seigneur, r^ondît la matrone, Ne pouvant nous re'gir, nous avez'vous conquis?
Moi, dit la vanité, je logerai partout. . , . .
J'ai vu quelquefois un enfant Pleurer d'être petit, en être inconsolable i L'elevait-on sur une table.
Le marmot pensait être grand
Du sage mal vêtu le grand seigneur rougit. Et cependant l'un est un homme , L'antre n'est souvent qu'un habit
n Pamuse en enfant , mais pour en laire un homme
Et pour plaire , n'y songez pas ; N'y point songer, c'est trop : hé bien , n'y songes guère
Fade flatteur, pédant sévère,
Le meilleur des deUx ne vaut rien;
Qui sait corriger sans déplaire
Est au but : qu'il s'y tienne bien
Ces égards nous sont dus à tous tant que nous tommes , Car tout amour-propre a ses droits ; 11 fimt ménager tous les hommes.
En fait d'orgueil tous les hommes sont vois. ....
Réglons nos passions, ne les ^touflbns point ; Elles ont tout appris aux hommes • ....
Rarement convient-il que le prince se mette Entre le coupable et la loi.
Souvent la clémence indiscrète Est le malheur du peuple et la honte du roi : Cent par pitié qu'il faut être sévère : Qui punit bien a bien moins è punir.
Pour le présentj faumieur trop débonnaire Est cruauté pour l'avenir
Que d'échos comptés pour des hommes! . ... Le brochet pénitent déjeuna d'un brochet
Faiblesse et ruse est un bon lot
Qui vaai bien puissance et soiilsc
i64 NOTES SUR L'ÉLOGE
On ne citerait pas , à beaucoup près, autant de vers des odes do La Motte ; cependant Voltaire, dans ses Questions $ur V Encyclopédie , au mot critique^ a rapporté quelques stances de ses o(}es \ mais ce sont platôt des vers pensés que des vers d^imagcs , leb qu'une ode doit en offrir.
La malheureuse Iliade de notre académicien est la seule de ses productions dont on ne cite aucun vers, et qui paraît le plus condamnée Il Toubli. Concluons que son Iliade est au-dessous de ses odes, ses odes au-dessous de ses fables, ses fables au-dessous de ses bons opéras, dont on sait des scènes entières.
(i8) Le talent de bien écrire en prose est un mérite que presque aucun poëte n'avait auparavant La Motte y et qu^il aurait encore de préférence à tous les poètes , si Voltaire ne lui avait enlevé cet avantage. La charmante r^onse de notre académicien à madame Dacier, Réflexions sur la critique , et les préfaces qu^il a mises à la tête de ses ouvrages , sont des chefs-d^œuvre d'élégance. Nous avons déjii parlé de son discours de réception à TAcadémie. Tous ceux qu*il y fit depuis en différentes occasions , eurent le même succès ; mais le plus applaudi fut reloge de Louis XIV , que notre académicien prononça dans une séance publique de cette compagnie après la mort du piince. C'est la seule des oraisons funèbres de ce roi qu'on n'ait pas encore tout-à-fait oubliée , quoique toutes les chaires du royaume aient retenti de ces oraisons,) et qu'on ait prodigué au tombeau du monarque le même encens dont on avait enivré sa personne.
(19) Grâce à ce talent singulier de La Motte , tous les ouvrages qu'il a récités à l'Académie , son Iliade même , et surtout ses fables, si critiquées depuis , eurent le plus grand succès dans les sociétés oii il les lut , et même dans les séances publiques de l'Académie. Ses ennemis lui appliquèrent alors cette épigrammc de Gomb^ld contre Saint* Arnaud , qui Ibait apparemment ses mauvais vers avec le prestige seduisant'dont La Motte parait la médiocrité des siens :
Tes Tcr» sont beaax quand tu les dis ; Mais te n*esi rien quand je les lis : Tu ne peux pas toujours en dire , Fais-en donc que je puisse lire.
Peut-être même, et indépendamment de la faiblesse des vers de La Motte, le succès brUlant qu'il obtint dans ses lectures académiques nuisit à celui de l'impression ^ la partie très-nombreuse du public qui u'apas assisté à une lecture, et qui.fait ensuite celle lecture paisiblement, est ravie de pouvoir dénigrer ce que les auditeurs ont applaudi ; l'onvrage doit avoir, si l'on peut parler ainsi, un mérite bien robuste , pour conserver , par ce second jugement, les honneurs qu^on lui avait d'abord accordés. Ce serait donc un conseil très-sage à donner à tous les gens de lettres, de ne jamais faire imprimer Leurs productions dans le moment du succès d'une lecture publique , c'est-à-dire , dans le moment où l'envie est bien préparée k l'examen, et bien résolne de se roidir coulre Tapprobalion j il faut attendre, pour risquer au grand
DE LA MOTTE. i65
jour Fouvrage applaudi , quTon ne parle plus de son premier effet qu^à peine m^me on s'en souvienne encore , qu*on puisse enfin^ en le lisant , le regarder comme une production nouvelle. S>i c^est d'ailleurs une malke bien innocente que celle de mettre Tenvie à la gène , il n'est guère d'amusement plus dont pour celui qu'elle voudrait dévorer, que de la priver d'un aliment qn elle espère , en la réduisant ou à se taire sur Tobjet qu'on lui dérobe , ou à lancer.au basard des traits mal dirigés 9 et à perdre ses Coups contre un fantôme. i
Outre son talent pour la lecture, La Motte avait fcneorc une némoire prodigieuse. Un jeune bomme vint lut lire une tragédie. Après Tavoir écoutée avec attention : Votre pièce , dit-il & l'auteur, estpieive de beautés / une chose seulement me fait peine y c'est que la plus belle seine ne soit pas de vous. Le poëte , fort étonné , lui en demanda la preuve , et La Motte lui récita cette scène toute entière. Après avoir |0ui un moment de la surprise du jeune bomme : Rasswrtz^ifous , lui dit-il y ivoire scène est si belle , que je n^aipu nC empêcher de la retenir.
(utn) On assure qu'il poussait la complaisance ou Tamitié pour les Jésuites, ses anciens maîtres, jusqu^à se montrer assez fevorable k leurs opinions sur la science moyenne et stir là grâce congrue , autant néanmoins qu\in bomme de beaucoup d'esprit, Uvré aux cbarraes de la littérature , pouvait prendre part à de malbeureuses subtilités , faites pour la poussière et les ténèbres des écoles i on plutôt autant qn\ui pbîlosopbe éclairé, juste appréciateur des sottises humaines, pent approuver ou désapprouver des opinions de cette espèce.
Le grand Newton faisait aussi à cette science moyenne l'honneur d'y attacher quelque estime ; et sans le commentaire de ce grand géomètre sur l'Apocalypse , on devrait être bien étonné que sur de pareilles matières, un homme tel que Newton pût se résondrc k avoir un apis.
Quelque mal sonnant qu'il puisse paraître de mêler une discussion ihéologique ^ des notes sur l'éloge d'un pocte , nous croyons devoir expliquer à ceux de nos lecteurs qui n'ont pas eu l'avantage d'étadier en Sorbonne, en quoi consiste toute la Hnesse de cette science moyenne et de cette grâce congrue , qui avaient trouvé grâce devant Newton et La Motte. Il est de foi que Dieu , par sa prescience , connaît ir^ailli* bUment tout ce que V homme doit faire ; il est de foi, 6n même temps , que Vhomme est libre : comment accorder cette liberté avec cette prescience de Dieu, qui semble ne pas nous, permettre d'agir autrement qv'ii oe l'a prévu? Le jésuite Molina a trouvé ce moyen de conciliation. î^es hommes , dit-il , dont l'intelligence est si bornée , devinent souvefit trèê^fuste ce qvtun tel homme doit faire dans telles circonstances , sans quê la liberté de cet homme ensuit contrainte $ à plus forte raison , Dieu qui est V intelligent e infinie^ doit deviner tout ee que fer a Vhomtne dans chaque circonstance ou il sera placé, sans que Vhomme en soit moins Hhre. DieH , après s'être ainsi mis à Vqff&t ' pour observer la volonté humaine, lui donne pouf agir une grâce appelée congrue, qui n'est
' Cest Texpression dont se serrait Acnauld pour tourner Isl science moyenne en ridicule.
i66 NOTES SUR L'ÉLOGE
pas efficace par elh-méme , mais à laquelle il a prévu que rbomme ne résiflterait pas , attendu la disposition favorable oii il se trouverait povr la recevoir. Voilà ce que toute Téeole des Jésuites a soutenu et opposé à la grâce efficace des thomistes, qu'ils accusent deressembler à la grâce nécessitante de Calvin ; et voilà sur quoi Newton a imenz aimé prendre un parti , que d^abandonner égsîlement et Calvin , et Molina, et les thomistes*
La Motte a donné des preuves non équivoques de ses talens thèolo' gigues, en composant jusqu'à des matidemens d^évéques, assee attachés à la doctrine qu'ils prêchaient , pour v«idoir que ces roandemeos eussent des lecteurs. Mais en même temps d^autres prâats, qui apparemment ne tiraient pas de lui les mêmes secours , Taceusaienl de ne pas croire à cette religion, dont leurs confrères lut remettaient en laaÎB la défense. On a cependant imprimé parmi les œuvres de ce prétendu incrédule t un pkm âepreupes de la religion. Ce plan y a «Ktnn grand juge en ces matières , est le pins bel ordre de bataille qu'on ait Jamais dressé contre les ennemis de la foi; et le plus propre à forcer dans ses orgueilleux retranchemens V incrédulité opiniâtre , qui semble devenir de jour en jour plus entreprenante et plus intrépide» Il est vrai que dans cet écrit la religion est considérée en grand , dégagée de superstition et de minuties, telle enfin que La Motte l'avait toujours conçue depuis que la Trappe l'avait rendu aux lettres , à la raison et à la société.
H était très-éloigné de se parer de ses productions religieuses ; caj* il garda constamment le secret aux prélats dont il tenait la plume.
Il avoua pourtant à un ami qu'il avait fait le mandement du cardinal de Tenctn, ponr la convocation du concile d^Erabrun, et le discours du même prélat à Touverture de ce trop fameux concile, oh le vieux évêque de Senez, digne, par sa piété, des premiers siècles de l'Église , mais sans crédit et sans amis fa la cour , fut si rigoureusement déposé : concile que les partisans de ce prélat accusèrent devoir commis une injuste criante et scandaleuse, tandis que les adversaires du même prélat soutenaient avec beaucoup de force, qu'on avait observé, dans cette déposition, les règles canoniques aussi scrupuleusement que dans les plus saints conciles. Toute l'éloquence et l'adresse de La Motte n'empêchèrent pas cette malheureuse controverse de fournir alors aux ennemis de la religion un triste sujet de plaisanterie, et de leur faire dire , avec une ironie aussi amère que déplacée , que la justice ecclésiastique tt était pas plus heureuse dans ses décisions que la justice êécaliète^ à qui il est arrivé plus d^ une fois d^ opprimer t innocence en observant toutes les règles *,
11 existe de La Motte une lettre à Fénéîon, oh it tourne en ridicule, avec autant de solidité que de finesse, les absurdités jansénienues sur le libre arbitre et sur la grâce , non moins étranges que les absurdités jésuitiques ^ur le même objet , quoique d'un genre tout opposé. Il'
' Ce fat daof ce confie q\i*an des Pères , car on les appdak ainsi, dit à nn th(k>logten de TëT^que de Senez : Pourquoi ne pas se soumettre au pape ?
n est-il pas de foi qu*il a les clefs du paradis ? Cela se peut, dû le
thcologien; mais on pourrait bien lui en avoir change les serrures.
DE LA MOTTE. i&)
avait une sœur religieuse, fiUe^e beaucoup d'esprit j mais très-pré* venue en (aveur du jansénisme , qu'elle croyait fermement être I9 foi de l'^Églîse , parce qu'elle s'imaginait r d'après l'assurance deses directeurs , le trouver dans rÉcriture et dians les Pères. La Motte lui écrivit inutilement, coiçme on le peut penser» une longue lettre, pleine d^'espnt et d'intérdt , où il lui représentait que l'flglise aurait peniu tm de ses caractères les plus essentiels, celui d'être visible , s'il était pernibde soutenir qu'elle n'a pas visibUawnt proscrit les opinions de Quesnel et de ses sectateurs ; il ajoute que le seul parti sûr pour les sûnples fidèles , est de croire sans examen , que la doctrine enseignée aujourd'hui par le corps des pasteurs, est celle qui a été enseignée dans tou9 les temps, quelque différerhce apparente.^fitf ^errew^ indocile prétende observer entre la doctrine ancienne et la nouvelle,
(21) On sait que ce bon La Fontaine, dont l'âme était si douce, trompé par Lully , qui lui avait demandé un opéra , et qui ensuite se moqua de lui, fit contre le musicien la mordante satire, connue sous le nom du Florentin , et montra que le bon homme savait , dans l'occasion, être redoutable aux méchans. Mais il eut tort d'étendre sa vengeance jusqu'à Quinault. // me demanda ^ dit La Fontaine en parlant de Lully,
Da doax, du tendre, et semblables sornettes.
Petits mots , jargons d^amoarettes , Confit» au mi«l ; bref, il m^enquinauda*
On a beau dire ({u^enquinauder était un mot fort usité alors , pour dire tromper quelqu'un en Vamusant , on ne persuadera jamais à personne que le bon Quinault ne soit ici l'objet des traits du bon La Fontaine , surtout quand on joindra ce mot aux vers précédons qui rappellent le reproche juste ou injuste àe fadeur et àt jargon et amourettes^ ii souvent fait à Quinault par les De^réaux et les Racine. La Harpe , dans l'éloge qu'il a fait de La Fontaine , trouve que cette satire contre Lully était d'un bon homme. Nous ne pouvons être de son avis, et nous croyons plutôt que le bon La Fontaine n'a été méchant qu'une fois j mais que la nature lui avait donné tout ce qu'il fallait pour l'être. H n'est pas inutile de dire ici , pour l'édification et même pour la leçon des gens de lettres , la plupart si chatouilleux sur la satire , que celle de La Fontaine contre Lully ne fôcba point du tout l'artiste épicurien , bien plus occupé de plaisirs que de vengeance, faimerais encore mieux ^ disait-il plaisamment, mettre en musique cette scUire ^ que son opéra»
(aa) On pourrait trouver In eopie de cet impudent écrivailleur Gacon, dans quelques uns des satiriques de nos jours. Il poussait la manie de la satire jusqu'à dire de lui tout le mal possible dans des réponses qu'il faisait lui-même à^ ses propres libelles, afin de se fournir nir prétexte de répliquer à ces réponses , et de déchirer de nouveau les bommes célèbres qu'il avait attaqués. Croirait-on que dans nne de ces brochures , aujourd'hui oubliées pour toujours , il ait eu le front de s'adresser les vers qui suivent :
i68 NOTES SUR L'ÉLOGE
En TaÎB des siécks triomiiliaiit, De Punivers entier UoiDére eut le suffraf^c \ Le plu5 bûateax reyert rattendait dans notre Age ^
Hoodart i'atiaqae , et Gacon le défend.
Pfon content de Se parer de scb propres satires, i( s^attribuaît eeUes des autres. Le poëte Autroau , auteur de quelcfues pièces de théâtre , avait faît contre Jean-Baptiste Rousseau une chanson plaisante ; Gacon soutenait, au café , qu'elle était de luL pourquoi ne PaurieZ'VOM pas faite ? lui répondit Antreau qui était présent ; je Vai bien faite , moi' Ce mot a quelque rapport à celui de Benserade, à qui l'on demandait 8^1 était Fauteur d'un ouvrage que je ne sais quel mauvais poâte osait s'attribuer. Je Vaifaity répondit Benserade^ mais il est bien à son service.
Quand on demandait à La Motte pourquoi il n'avait rien répondu aux injures de ce vil rimailleur : On n'a ritn à gagner^ disait-il, en àttaauant ceux quin^ont rien à perdre. Des écrivains plus célèbres que La oioliG ont eu une conduite bien opposée, en daignant même répondre aux plus vils adversaires. On aurait pu leur dire : Achille est fait pour dédaigner Thersite^ et non pour le combattre.
(a5) Malheur, disait quelquefois La Motte, à Thomme de lettres que tousses confrères paraîtraient chérir et s'empresseraient de célébrer, ce serait le soliveau qu'ils choisiraient pour roi. La plupart , en effet , ont bien moins de peine à louer eux-mêmes ce qu'ils méprisent , qu'à entendre louer ce qu'ils estiment \ car il n'y a guère de vrai jalousie que contre les succès mérités. Les Ephésiens proscrivaient les plus illustres dé leurs concitoyens, par la seule raison qu'ib avaient une supériorité trop marquée. Que nul Centre noue, disait la loi «^ n excelle par^dessve les autres} et s' il se trouve quelqu'un de cette espèce, qu^il aille exceller ailleurs. Pourquoi faut-il que les artistes en général ressemblent si fort aux Ephésiens?
Le caractère doux et honnête de La Motte Itù avait pourtant fait beaucoup d'amis, même parmi les gens de lettres. U en était d'autant plus digne, que personne ne louait avec plus de bonne foi et même plus de ^aisir , non-seulement les bons ouvrages, mais ce qui pouvait même se trouver de bon dans les ouvrages médiocres. Ses ennemis ont prétendu que cette aménité était en lui une vertu de commande , faite pour déguiser sa vanité et mettre à couvert son amour-propre, et pour remplacer par la souplesse ce qui lui manquait du côté du mérite. U faut répondre k ces imputations comme Montaigne : Donnez-moi la plus belle action, Je vais vous y trouver cent motifs plus odieux et plue méprisables les uns que les autres» Tous ceux qui ont eu avec La Motte le phis d'intimité, lui rendent ce témoignage, que la douceur de son commerce était trop simple et trop soutenue pour être jouée. Mais , ne fût-elle pas tout-à-fait sincère , on conviendra du moins que cetlie aménité apparente était préférable à la dureté grossière avec laquelle tant de gensd^ lettres ne rougisseiit pas de se traiter. La politesse peut u'être qu'un masque dont il est bon de se défier; mais cette défiance est encore moins pénible que des querelles acharnées et scandaleuses.
Nous avonSi rapporté chms Félôge de La Motte Tapprobation éclatante qull donna à Vdidipe de Voltaire : cependant un homme 4e beaucoup d^esprit, bîea meiHeur poëte même que La Motte, et, ce qu^il n^est pas îndifTérant d'ajouter pour llioimeur de Voltaire , un homme dont il avait céléluré les taiena, Tabbé de Cbaulieu, en un mot, £t cette épigramme, aussi grossière qu'indécente, contre l'éloge si bomiéte et si juste , donné par La Motte à la tragédie d*(Sdip9.
O la belle approbacion !
Qo'dle nous promel de merreflles!
C'en la sûre pr^ioiion De troi^ Voltaire nn jour remplawr les ComeHlef. Mais où diable , La Motte, as-ln pris cette erreur ? Je te connaissais bien poar asses piat auteor.
Et sortout très-in<f chant poëte ,
Mats Bon pour un lâcbe flattenr,
Encor moins ponr un faux prophète.
La Motte , vaiplat auteur ! Tels. sont les jugemensde la haine. LVbbé de Cbaulieu , flatteur et Mécène touJt à la fois du poëte. Rousseau , jaloux de la célébrité» peut-être trop grande , de La Motte, plus jaloux encore de la gloire naissante mais assurée de Voltaire , serait un peu surpris aujourd'hui de voir que le prétendu faux prophète ayait dit Traî , et de compter du moins autant de spectateurs et d'applaudisse* mens aux tragédies de Zaïre, de MérûpCp de Mahomet et de Tanerède^ qu'à celles de Rodogane , de Cinna, de Phèdre et à'IphigSiie.
Le» ennemis de La Motte Font encore accusé d'avoir arobiiiontié la BMmarchie universelle en littérature. Peut-être aspirait-il tacitement à cette gloire , sans trop s'en douter; l'amour- propre ne s'avoue pas toujours à lui-même tout ce qu'il sent et tout ce qu'il ose. Mais il fànt être doué par la nature d'un talent aussi rare que Voltaire, pour être à la fois supérienr dans le poëme épique, dans la tragédie , dans les pièces fugitives, et dans la prose. Nous -avons vu des écrivains biens in&rieurs à La Motte, votdoir aussi, comme lui , briller dans tous les genres, et avec beaucoup moins de succès. Le sort d'un pygmée qui veut faire le géant, est de paraître encore plus pygmée.
JVosce te ipsum.
Connais-toi toi-même.
Ccst une maxime qu'on ne saurait trop répéter k ceux qui courent la carrière épineuse des lettres. Si La Motte n'avait fait d'ouvrages en vers que VBurope galanie et Iseé , dix on douze fables , ses odes ana* créontiqiies , et même Inèe de Castro , quoique très-faiblement écrite, il aurait , comme poëte , beaucoup plus de réputation. Il a fallu à FonteoeUe quarante volumes de VÉietoire de f académie des Sciencee^ pour faire oublier la petite brochure des Lettrés du chevalier d^Hei***, et quelques autres ouvrages de mauvais goât ; et sî les Lettres du chevalier d^Hei^** étaient venues après Y Histoire de V Académie, nous ne r^omlrions pas que la réputation de Fontanelle n'en eût beaucoup plus souffert i car telle est réquiié du public. Mab ce public est notre )uge, il faut étudier son goût et supporter ses injustices.
(24) J^ hommeê , a écrit La Motte , ne demandent p€a mieux que de ^ dire la vérité quand ils iCy perdent rien ; iU ee plaisent même à dire des chpses humiliantes à ceux qui Us veulent bien souffrir; c^est un moment de supériorité pour eux , et ils ne manquent pas de le saisir. Mes amis y par uTi mot '^ plus noble ^ m* honorent de cette liberté; Us ne me ménagent point les expressions f etnon-'seulementje le permets ^ mais^e lés en prie* Cest en moi une adresse de ramour-propre qui veut bien dévorer de petits affronts pour se préparer des honneurs plus soUdes; et les esprits supé^ rieurs qui font bien sans cela, feraient encore mieux s'ils se servaient de mon secret. Cette liberté que La Motte accoidait 2i ses amis, ou à ceux qni se dooDateat pour Fétre , est à son cembLe dans une pièce qu'un de ces soi-dîsans amis lui adressa au sujet de son Iliade ; pièce où Tauteur semble n'avoir débuté par quelques éloges , que pour les faire servir de passe-port à Tapologue grossièrement injurieux qui la termine. La Motte y est très-bonnétement comparé à un âne , et cet âne n'est pas assurément l'animal du même nom , qui , selon madame Dacier, joue dans les comparaisons d'Homère un rôle si noble et si honorable alix héros avec qui il est mis en parallèle *. ,
(35) Dans ses derniers momens y son curé exigea de lui le saetifi^ d'une pièce de théâtre qu'il aVait commencée. Quoiqu'il n'eât aucun scrupule de conscience sur cet ouvrage, non plus que sur ceux qui avaient fait sa réputation , il n'Hésita pas sur la déférence qu'il devait en ce moment â son pasleur^ mais quand ce pasteur fut parti, le poëte, qui avait été si docile , ne put s'empêcher d'apprécier la sévéfilé pastorale avec tout le sang-froid philosophique : Foyez , dit-il à son neveu, qui était auprès de son Ût, ce qUe fait pour un pauvre mourant la différence des paroisses : le curé de Saint-André , qui sort dici, janséniste rigide et austère , m'a demandé ma pièce pour la ôriHer; si f avais eu affaire au curé de Saint-^Sulpiee^ il me V aurait demandée pour lafaife jouer au profit de sa communauté de t Enfant^ Jésus^ Cette réflexion sage et paisible de La Motte est bien plus philosophique que la i^isanterie du musicien Lully , forcé de livrer à son confesseur un opéira dont il avait fait deux actes. Son fils > témoin de cette perle, poussait des cris lamentables : Tais-toi^ lui dit tout bas le vieux libertin , Celasse en a une copie ; ce furent ses dernières paroles.
(a6) Footenelle et La Motte , qni craignaient tai^t de se. compromettre en résbcant aux Jésuites , oot donné aux gens de lettres un exemple de pusillanimité qui n'a pas été imité par d'autres. Cette sa^ cicté, lorsqu'elle était encore puissante et Bère de son crédit^ a trouvé, de DOS jours , dans plusieurs écrivains célèbres qu'elle avait osé attaquer, des adversaires intrépides et redoutables. On peut voir le détail de cette guerre dans l'ouvrage qui a pour titre : De la dtstraction des Jésuites en France^ par un auteur désintéressé. Il s'en fallait cependant beaucoup ( et cette circonstance est en un sens glorieuse , en un autpe sens peu honorable pour les gens de lettres ) queieur armée fût égale
■ On peat voir cette satire mal deguisJe dans les Mémoires de 3/. le marquis de Trublet sur M. de FontcncUe, Amsterdam , 1759, p. 4^
DE LA MOTXE. 171
en nombre à Tarmée ennemie. Quoiqu'ils' n^eussent afTaîre en apparence qu^à trois ou quatre écrivains jésuites, c^était la société en corps qui lea attaquait ; par cette union intime et inaltérable qui faisait concourir tous ses membres à la défense de la cause commune. An contraire, c'étaient seulement quelques écrivains isolés, sans crédit et sans appui, qui repoussaient les traits lancés par les Jésuites. Les aiiCRS gens de lettres» ou spectateurs indifférens de cette querelle , ou ennemis de ceux que la société attaquait, ou même indignement 'vendus au parti jésuitique , parce qu^ils le croyaient le plus puissant , ne prenaient aucune part au combat , ou faisaient des vœux secrets pour voir succcmiber leurs confrères, ou se rikélaient avec Pennemi pour escarmoucher lâcbement contre eux. Cependant la gloire des anses est demeurée à ce petit nombre d'écrivains ^ qui , plus aguerris ou plus braves» ou peut-être plus vivement intéressés que les autres au soutien de la cause commune , l'avaient si courageusement défendue. Attaqués par les Jésuites de front, par les jansénistes à dos» et de tous côtés par les fanatiques de Tun et de l'autre parti, ils étaientà peu près , si nous osons hasarder ce parallèle , dans la même situation où le roi de Prusse s'est trouvé durant la guerre de 1766 , ayant en tite Tarmée autrichienne , l'armée des Russes derrière lui , et sur les flancs l'armée de Suède 6t celle des Cercles. Us ont fait comme ce prince , il ont repoussé leurs nombreux ennemis. Quel succès n'aurait donc pas contre ces ennemis déchaînés , une ligue générale de toute la r^ublique des lettres ! Hélas ^ quand la verrons-nous paiement crainte et respectée par l'union de ses membres , prendre , à cet égard , pour modèle les Romains et les Jésuites ? Exiger des gens de lettres qu'ils s^airoent » ce serait peut-être leur en demander trop , à la honte de la nature humaine , qui permet rarement que des rivaux de gloire et de mérite soient amis. Mais serait-ce trop exiger de vouloir qu'à Fexemple de l'ancienne Rome et de la société ^ ils se ralliassent , au premier signal , contre l'ennemi commun? On Ta dit plos d'une fois, et on ne saurait trop le répéter , s'ils étaient unis, ils donneraient des lois & Tunivers , et des lois plus respectées et plus durables que celles dont l'ambition jésuitique voulait charger les peuples et les rois. Son pouvoir était fondé sur la superstition et l'intrigue ; celui des gens de lettres le serait sur les lumières et la vérité , dont la force est bien autrement puissante , parce qu'elle soumet les esprits sans les contrai ndre^ leurs ennerais publiés et secrets ne le sentent que trop bien ^aussi n'y a-t-il rien qu'ils ne mettent en œuvre pour les désunir, pour les animer les uns contre les autres , pour les affaiblir et les avilir, par ce moyen , autant qu'il est possible , et pour les opprimer ensuite ouvertement ou sourdement avec plus de facilité. Mais on ne réussit à avilir que ceux qui , par leurs écarts , fournissent des prétextes à la méchanceté des persécuteurs, et on ne désunit que ceux qui sont assez peu éclairés pour méconnaître leurs vrais intérêts.
{vj) Nous avons dit que la simplicité de Fonlenellc paraît quelquefois maniérée , par fe contraste qu^on observe entre la familiarité de son style et la noblesse de son sujet* Un seul exemple , chobi entre
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plusieurs que nous pourrîoDS citer , rendra celte opposition plus frôppante. Fontendle dit, dans l'éloge de Toumefort, que ce savant, accompagné de quelques autres, descendit avec beaucoup de risque dans la grotte d'Antiparos , et que, par les observations qulls y firent sur la végétation des pierres, ils découvrirent le secret de la nature, qui fut , pour aùui dire éprise sur le fait par des curieux si hardis. Cette • expression , prise sur le fait , est très-propre à rendre Kdée que Fontenelle avait en vue ; elle est par conséquent très-juste , et d'ailleurs d'une singularité neuve et piquante ^ mais elle est par malheur da style le plus familier, tandis que l'objet dont l'auteur parle est da genre le plus grand et le plus noble ; la familiarité de l'expression empêche la noblesse de l'idée de paraître dans tout son avantage , et Tempéche par deux raisons, parce que cette familiarité n*est pas noble ^ et parce qu^elle est en même temps recherchée. Bossuet , si différent d'ailleurs k tous égards de Fontenelle , hasarde aussi quelquefois , dans la hauteur oh il s'élève , des expressions familières ' ; mais non-seulement on les lui pardonne , on lui en sait même une sorte de gré, parce que cet écrivain sublime , tout occupé de peindre avec énergie les grandes idées qui s'offrent en foule à son génie impétueux , néglige les détails minutieux des finesses du langage , s'empare , dans son essor rapide , de la première expression qui lui parait rendre fortement sa pensée, et ennoblit, en quelque sorte, cette expression, par la grandeur de l'idée qui , pour ainsi dire, la couvre et la surnage. Racine, l'^^légant Racine , non moins différent de Bossuet que Fontenelle , quoique d'une autre manière, se permet aussi, mais bien plus rarement, des expressions qui ne sont pas du style noble : on les lui pardonne de même, mais par un autre motif; d'abord parce qu'il semble, dans le moment oh il les emploie, avoir été forcé d'en faire usage, tout mitre mot étant ou plus impropre , ou plus faible ; en second lieu , parce qu'il sait avec adresse adoucir , relever, embellir même ces mots lamiliers par les expressions nobles ou élégantes dont il les environne, et qui leur servant comme de passe-port et de sauve-garde, font admirer l'art du poëte pour unir si habilement entre eux des termes si disparates. Gomme on rend précieux les métaux les plus communs par la richesse et l'édat que leur donne l'alliage de l'or , ainsi, pour n en citer qu'un seul exemple, très>connu, mais très-frappant, le mot chatouiller ^ qu'on n'aurait jamab cru pouvoir se trouver dans une scène tragique , ose néanmoins paraître avec avantage et même avec noblesse dans un vers d^Iphigénie, à la faveur des expressions heurênses auxquelles le poëte a su joindre ce mot , et si l'on peut parler ainsi , l'amalgamer :
* Ces noms de roi det rois et de chef de la Grèce
Chatouillaieat de mon cœar l'orgueilleiue faiblesse.
Les termes familiers, employés avec affectation par Fontenelle, n'ayant pas la même excuse que dans Bossuet ou dans Racine , produisent , par cette raison , uneflBet tout contraire , pénible au lectecu*, et peu favorable à l'écrivain. Il semble que ce philosophe, en pré-
' yoye» les notes sur rarticlc de Bosquet.
fërtnl PexprMsion famîKère à Texpreasion noble pour exprimer une grande idée, se propose dfégaler en quelque manière ce qui est petit ^ ce qui est grand , et de mettre , pour ainsi dire , sur la même ligne » ce que les hommes admirent et ce qu'ils dédaignent. Ce genre de philo* Sophie a bien son mérite ^ mais les hommes ont besoin de jouissances , et pour jouir , Fillusion ne kur est que trop nécessaire. La philosophie leur rendrait donc un assez mauvais service , en leur faisant voir les objets tcb qu'ils sont.
Fonte&elle faisait grand cas de la simplicité du style , et il avait raison j mais il parait nVvoir pas assez senti la différence du style simple et du style familier : c'est ce défaut de tact qui lui a fait dire qVL^i ne faudrait doTiner dans le sublime qi/à son cotpe défendant ; et dans un autre endroit de ses ouvrages, que le naïf est une nuance du bas. n faisait apparemment consister \e sublime dans V exagération et Yenflure ; il ignorait combien la simplicité de l'expression ajoute 2i la grandeur de l'idée , combien même celte simplicité est nécessaire au Traî sublime ; il sentait encore moins la distance énorme du bas au naïf, qui cesse même d'étrt naïf quand il est bas, et qui, au contraire , s^allie très-bien avec le sublime , parce que le naïf est l'expression d'une Ame qui s'ouvre tonte entière avec candeur , que le sublime est l'expression d'une &me noble , et que la candeur, loin de nuire à la noblesse, la rend plus intéressante et plus aimable. En voici un exemple bien connu. Lorsque La Fontaine eut vu expirer madame de La Sablière, il rencontra M. d'Uervart, qui lui dit : J'allais vous proposer de venir loger avec nous; J'y allais , répondit La Fontaine : ce mot, si je ne me trompe, est h la fois naïf et sublime.
Un écrivain très-estimable , qui n'a pu se persuader, avec quelque raison, qu'un homme aussi éclairé que Foutenelle ait pu dire une' absurdité grossière, a tâché, dans le Journal des Savons du mois d'avril 1782 , de donner un sens raisonnable & l'espèce de blasphème prononcé par le philosophe contre le na'if. Le journaliste prétend , ce qui est en effet assez vraisemblable, surtout d'après les preuves dont il l'appuie , que Foutenelle n'a pas voulu parler du genre naïf, qu'il était bien loin de mépriser , mais du style naïf, ou ^iuiàl familier et populaire, dont nos anciens auteurs, et même quelques écrivains modernes , n'ont en effet que trop abusé dans des sujets que ce style défigurait. Nous ne nous opposons point à cette explication ^ nous souhaiterions seulement que rillustre philosophe eût exprimé sa pensée sur le raai/avec une précision plus rigoureuse , et d^une manière moins propre k scandaliser les partisans délicats du bon goût.
Avouons cependant que les censeurs amers de Fontenelle , qui lut ont si sévèrement reproché le ton peu noble qu'il prend quelquefois dans ses éloges, se sont bien gardés de remarquer avec quelle fmesse et quelle dignité il sait ennoblir quelquefois cette petitesse dont oa Taccuse ; par exemple , après avoir rapporté dans l'éloge de M. des Billettes , ce trait assez mesquin de son caractère , que quand il passait sur les marches du Pont-Neuf, il en prenait les bouts qui étaient les inoins usés, afin que le milieu , qui l'est toujturs davantage , ne devint pas trop tôt un glacis , il ajoute k ce détail minutieux , qu'on a relevé