X. MORALE DES ETATS
Enfin chaque Etat, outre ses lois particulières, a aussi des lois à observer par rapport aux autres. Ces lois ne diffèrent point de celles que les membres d'une même société doivent observer mutuellement. La modération, l'équité, la bonne foi, les égards réciproques, en doivent être les grands principes. C'est là toute la base du droit des gens , et du droit de la guerre et de la paix. Cette morale , il est vrai , n'est pas fort utile , eu égard au peu de moyens qu'elle a pour se faire pratiquer. La morale de l'homme est assurée par les lois de chaque Etat qui veillent à ce qu'elle soit observée, et qui pour cela ont la force en main ; la morale des législateurs est appuyée sur la dépendance réciproque du gouvernement et des sujets; mais les Etats sont les uns par rapport aux autres, à peu près comme les hommes dans l'état de pure nature; il n'y a point pour eux d'autorité coactive, la force seule peut régler leurs différends. Un citoyen est obligé d'observer les lois, même quand on ne les observe pas à son égard , parce que ces lois se sont chargées de sa défense ; il ne saurait en être de même d'un Etat par rapport à un autre. Ainsi on punit les malfaiteurs , et on se soumet aux conquérans. Nous n'avons rien de plus à dire ici sur la morale des Etats. On sera peut-être étonné du peu d'étendue que nous lui donnons dans cet essai; mais malheureusement pour le genre humain, elle est encore plus courte dans la pratique.