‹ Œuvres de d'Alembert (volume 3)Chapitre 46 sur 61 · REMARQUE · texte numérisé non relu

REMARQUE

Dans tout le cours de cet ouvrage , j'ai toujours supposé que le fluide, ou les fluides , soit homogènes, soit hétérogènes, dont le globe terrestre était imaginé couvert , avaient peu de profondeur par rapport au rayon de la terre , ce qui n'est point contraire à l'expérience, puisque la hauteur moyenne de l'air n'est que d'un petit nombre de lieues, selon l'estimation commune : et que la hauteur moyenne des eaux de l'Océan est réputée d'environ un quart de mille. De plus, cette supposition n'est point contraire à ces mots de la question proposée par l'académie, couverte d'un profond océan ^ car quand on supposerait la hauteur moyenne de l'Océan , d'une lieue par exemple , l'Océan , quoique très-profond , aurait encore fort peu de hauteur par rapport au rayon de la terre.

Je n'ai presque point eu d'égard au mouvement de l'air, en tant qu'il peut résulter de la chaleur produite par le soleil. En effet, comme la cause de la chaleur, et la force par laquelle le soleil échauffe l'air , sont entièrement inconnues , soit dans leur principe , soit dans la manière dont elles agissent et dans les effets qu'elles produisent, il m'a paru qu'on n'en pouvait rien déduire qui servît à faire connaître la intesse et la direction du vent , comme l'académie le demande dans son programme. Je me suis donc borné à déterminer le mouvement de l'air, en tant qu'il provient de la seule force du soleil et de la lune , qui agit sur la mer et sur l'atmosphère en attirant leurs parties; force que Newton nous a appris à mesurer, quel qu'en soit le principe; et que l'académie semble indiquer comme la principale cause des vents, jîar ces paroles de son programme : Le mouvement des vents ne serait peut-être déterminé que par ces trois causes ; savoir , le mouvem.ent de la terre , la force de la lune , et V activité du soleil. Comme ces trois cJioses suivent un ordre certain , les effets qa elles produisent doivent aussi subir des changemens dans un ordre semblable. Par ces paroles , il me semble que l'académie regarde l'action de la lune comme influant sur les vents, du moins autant que le soleil, quoique l'action delà lune ne puisse échauffer l'air. De plus , l'académie demanda) les lois du mouvement de l'air en tant qu'il est produit par des causes qui suivent un ordre certain. Or la force du soleil pour échauffer l'air ne

doit point être comptée , ce me semble , au nombre de ces causes, puisque l'ordre qu'elle suit, s'il n'est pas incertain en lui-même, l'est au moins par rapport à nous qui l'ignorons. J'avoue qu'il y a eu jusqu'à plusieurs auteurs qui ont regarde comme la principale cause des vents , la chaleur produite dans l'air par le soleil, et la raréfaction que cet astre y cause. Mais, en premier lieu, il me semble que les vents qui en sont l'effet ont été expliqués jusqu'ici d'une manière assez vague, et ne peuvent l'être que par des calculs précis qu'on ne saurait faire ; d'ailleurs , si ces auteurs ont attribué les vents généraux à la chaleur produite par Je soleil , c'est , selon toute apparence , parce qu'ils n'ont pas cru pouvoir expliquer autrement le vent d'est continuel qu'on sent sousl'équateur. Or j'espère démontrer, dans cet ouvrage , que le vent d'est dont il s'agit peut être produit par l'attraction seule du soleil et de la lune.

Cependant, pour ne rien laisser à désirer sur le problème proposé , j'ai ajouté à la fin de cette dissertation quelques remarques sur les mouvemens que peut occasioner dans l'air la différente chaleur de ses parties.

A l'égard de l'élasticité de l'air, j'ai fait voir qu'on doit n'y avoir aucun égard , au moins en tant qu'elle peut être augmentée ou diminuée par l'attraction du soleil et de la lune.

Pour ce qui concerne les vents irréguliers qui résultent, soit des vapeurs, soit des nuages, soit de la situation des terres, soit enfin de différentes autres causes entièrement inconnues, je n'en ai fait aucune mention ; l'académie avouant elle-même qu'on ne peut raisonnablement en exiger le calcul.

Dans plusieurs endroits de cette dissertation , j'ai cru pouvoir insérer différentes choses , qui , sans avoir un rapport direct et immédiat à la question proposée par l'Académie , résultent néanmoins de la solution que j'en ai donnée , et peuvent être utiles, soit à la dynamique, soit à l'hydrodynamique, soit à l'analyse même. De ce nombre sont, entre autres, i". les remarques sur la figure de la terre, oii je démontre plusieurs vérités fort paradoxales sur cette matière ; 2°. l'examen de la cause pour laquelle l'action du soleil et de la lune produit une variation fort peu sensible sur le baromètre , et en même temps quelques réflexions sur la manière dont le savant Daniel Bernoulli a expliqué ce phénomène ; 3°. le principe général par lequel on peut résoudre avec facilité toutes les questions de dynamique et d'hydrodynamique; 4"- les remarques sur les grandeurs imaginaires, et la méthode singulière exposée pour intégrer certaines équations, comme aussi la solution de quelques problèmes.

Une me reste plus qu'à soumettre au jugement de l'académie

DES-YENTS. 4^7

ce petit nombre de recherches , auxquelles le défaut de temps, et d'autres occupations , ne m'ont pas permis de donner tout l'ordre et toute la perfection dont elles pouvaient être susceptibles.

INTRODUCTION

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