‹ Œuvres de d'Alembert (volume 3)Chapitre 51 sur 61 · SECONDE PARTIE · texte numérisé non relu

SECONDE PARTIE

Manière nouvelle et plus convaincante de calculer les avantages de V inoculation ^ dans l'hypothèse que \ inoculation puisse causer la mort j et doutes qu'on peut encore avoir sur le résultat de cette nouvelle méthode.

• § L Principes et suppositions qui peuvent servir de fondement au nouveau calcul.

Je supposerai d'abord , comme je l'ai fait jusqu'ici d'après les inoculateurs , 1°. que l'inoculation préserve de la petite vérole naturelle ; 2°, qu'elle augmente en effet la vie moyenne des hommes. Je reviendrai dans la suite sur chacune de ces deux suppositions; admettons-les d'abord pour vraies, afin de ne pas embrasser à la fois un trop grand nombre de questions.

Selon les observations faites en Angleterre, la petite vérole emporte , année commune , un quatorzième de ceux qui meurent. Il meurt à Paris environ 20000 jDcrsonnes par an ; la quatorzième partie de ce nombre , qui est environ i4oo , exprimera donc ce qu'il meurt de personnes à Paris de la petite vérole chaque année ; supposons 700000 habitans dans Paris , il y a donc une personne sur 5oo, qui meurt de la petite vérole par an , et par conséquent une sur 6000 par mois.

Or on peut supposer sans erreur qu'il y a au moins la moitié des vivans qui ont déjà eu la petite vérole. En effet , la totalité des personnes vivantes depuis la première enfance jusqu'à trente ans , est à peu près, comme le prouvent les tables de mortalité, la moitié du nombre total des vivans depuis le berceau jusqu'au plus long terme de la vie ; or le nombre de ceux qui n'ont pas encore eu la petite vérole , est sans comparaison plus considérable depuis le berceau jusqu'à trente ans, que depuis trente ans jusqu'à la dernière vieillesse; et le nombre de ceux qui n'ont pas eu la petite vérole , dans la classe qui s'étend depuis le berceau jusqu'à trente ans, est évidemment beaucoup moindre que le nombre total des personnes vivantes dans cette classe , c'est-àdire beaucoup moindre que la moitié du nombre total des vivans; d'oii on peut conclure , sans craindre de se tromper, que parmi la totalité des personnes actuellement vivantes, depuis le berceau jusqu'à la dernière vieillesse, le nombre de ceux qui n'ont point eu la petite vérole est beaucoup moindre que la moitié du nombre total de ces personnes vivantes. Mais supposons qu'il n'en soit que la moitié , pour mettre nos calculs à l'abri de toute contestation. Donc des 6000 personnes prises au hasard, et à tout âge , parmi lesquelles nous venons de voir qu'il en meurt une par mois de la petite vérole , il y en a au moins 3ooo qui ont déjà eu cette maladie ; donc ceux qui meurent de la petite vérole doivent se trouver parmi les 3ooo autres; donc, année commune, il meurt à Paris de la petite vérole naturelle au moins une personne sur 3ooo en un mois.

§ II. Conséquences qu on peut tiner de ces principes en fa^^eur de V inoculation.

Si donc l'inoculation, qui enlève déjà si peu de personnes , même prises au hasard , se perfectionnait au point de n'en faire périr qu'une sur Sooo ou sur un plus grand nombre , alors la partie du genre humain que la petite vérole enlève chaque mois, ne serait pas plus petite , ou même serait plus grande que celle qui succomberait à l'inoculation : en ce cas, le danger réel de cette opération serait nul, et j)ersonne au monde ne devrait craindre de s'y exposer , ou pour soi ou pour les siens : car alors on ne courrait pas plus de risque, ou même on en courrait moins à se donner la petite vérole , qu'à attendre qu'elle vînt naturellement dans le courant du mois où l'on se fait inoculer ; avec cet avantage de plus , que l'inoculation délivrerait pour le reste de la vie, comme on le suppose , de la crainte d'une maladie affreuse et cruelle.

Or des listes , qu'on assure fidèles , prouvent qu'en Angle-

terre 1200 inoculés, bien choisis et trailés avec soin, ont échappé au danger de l'inoculation; n'y a-t-il pas tout lieu de croire que 3ooo inoculés , choisis et traités de même , en réchapperaient? On assure qu'à Constantinople loooo personnes, inoculées avec précaution dans une seule annjée , ont subi heureusement cette épreuve ; quand le fait serait exagéré du triple , c'en serait plus que nous n'en demandons.

Enfin, quand même le risque de mourir de l'inoculation, sagement administrée , serait plus grand que celui de mourir de la petite vérole naturelle dans le courant du même mois , ce risque, s'il n'était en effet que de i sur 1200, serait encore plus petit que celui de mourir de la petite vérole naturelle dans l'espace de trois mois. Car le nombre de ceux qui meurent à Paris de la petite vérole, année commune, est tout au moins de i sur iooo en trois mois ; donc le risque de mourir de la petite vérole naturelle en trois mois , serait au moins égal , et vraisemblablement supérieur à celui de mourir en un mois de l'inoculation. Or risquer de mourir au bout d'un mois, ou dans l'esjiace de trois , est à peu près la même chose pour le commun des hommes. On ne devrait donc pas balancer à préférer celui de ces deux risques , qui délivre pour toujours de la crainte de la petite vérole. Par là on aurait l'avantage de s'assurer à la fois une vie plus longue et une plus grande tranquillité; avantage assez grand pour l'emporter sur la légère probabilité de succomber à l'inoculation , en ne sacrifiant que deux mois de sa vie. Lorsqu'il est question d'un avantage , même éloigné, il y a une infinité de cas, surtout dans le cours de la vie , oii une probabilité très-petite de danger, qui balance cet avantage, doit être traitée comme si elle était absolument nulle. Ce principe, pour le dire en passant, est très-important dans la théorie des jeux de hasard , et peut servir à résoudre des questions épineuses et délicates , qui n'ont point été résolues jusqu'ici, ou qui l'ont été mal , mais qui ne sont pas quant à présent de notre objet.

Yoilà , ce me semble , ce qu'on peut dire de plus fort en faveur de l'inoculation ; cette manière d'en calculer l'avantage , quoiqu'elle ait échappé à ses plus zélés partisans , e^t , si je ne me trompe , la moins sujette aux objections qu'il est possible. Il est vrai qu'elle ne donne pas et ne saurait dorftier la valeur précise, mathématique et rigoureuse, de l'avantage qu'il y a à se faire inoculer; mais elle montre, et cela suffit, que l'avantage est très-considérable ; je ne suis donc pas surpris que cet avantage détermine un grand nombre de citoyens à subir l'inoculation , ou à la faire subir aux personnes qui les intéressent.

§ III. Doutes qui peuvent encore subsister malgré ces conséquences.

Cependant, si j'ose dire ici ce que je pense, je ne suis point surpris non plus que d'autres citoyens se refusent à ce même avantage, quelque considérable qu'il puisse paraître. Dès qu'on accordera qu'on peut mourir de l'inoculation, je n'oserai plus blâmer un père qui craindra de faire inoculer son fils. Car si ce fils par malheur en est la victime , son père aura éternellement à se faire le reproche affreux d'avoir avancé la mort de ce qu'il avait de plus cher ; et je ne connais rien à mettre dans la balance vis-à-vis d'un pareil malheur , fait pour répandre sur les jours de ce père infortuné la plus cruelle amertume. J'avoue que s'il ne fait pas inoculer son fils , il aura peut-être à se reprocher un jour de l'avoir laissé périr de la petite vérole naturelle ; mais quelle différence entre le désespoir d'avoir hdté la mort de ce fils, et le malheur de la lui avoir laissé subir , parce qu'il n'a pas osé courir le risque de la lui donner? Quand il y aurait dix mille à parier contre un qu'on aura le second reproche à se faire plutôt que le premier , je ne sais si cette différence de probabilité serait suffisante pour justifier à ses propres yeux un père qui aurait perdu son fils par l'inoculation ; je doute encore plus que cette raison put consoler une mère. Qu'on le demande à cette mère infortunée , qui a eu la douleur cruelle de voir périr par l'inoculation une de ses filles , quoiqu'elle n'eût pas à se reprocher de l'y avoir livrée sans son consentement, et qu'elle eût même cédé avec beaucoup de peine aux instances que cette jeune et malheureuse personne lui avait faites à ce sujet.

§ IV. Examende quelques raisonnemens qui paraissent peu concluans en faveur de l'inoculation.

Un père, dit-on, qui marie sa fille, l'expose à mourir en couche , et ce danger est même plus grand que celui de l'inoculation.

Cela est ^rai ; mais un père qui marie sa fille suit l'intention de la nature ; le genre humain périrait bientôt , si les filles ne se mariaient4ipas ; au lieu qu'il ne périra jamais quand l'inoculation cesserait.

On ajoute que ceux qui tous les jours s'exposent sur mer pour faire fortune, courent beaucoup plus de risque que les inoculés.

Cela se peut , et c'est l'affaire de ceux qui s'exposent sur mer \

aussi beaucoup d'autres ne jugent-ils pas à propos de courir ce risque, et n'en sont peut-être pas moins sages.

Enfin, dit-on encore, en se faisant saigner par précaution, on expose aussi sa vie , puisqu'il y a des exemples de saignées devenues mortelles par la piqûre d'un tendon ou d'une artère ; est-ce à dire qu'il ne faut pas se faire saigner par précaution ?

Les deux cas ne sont pas les mêmes; la saignée de sa nature est salubre, ou du moins regardée comme telle, et ne peut être nuisible que par la maladresse accidentelle de l'opérateur ; au lieu que ceux qui accordent qu'on peut mourir de l'inoculation ne sauraient attribuer ce malheur qu'à la maladie même qu'on s'est donnée.

Non , répondent quelques uns d'entre eux ; quand un inoculé périrait, il serait injuste d'attribuer sa mort à l'inoculation ; il est prouvé que de 3oo personnes vivantes il en meurt à peu près une par mois ; l'inoculé qui meurt sera cette trois-centième personne qui devait mourir , et qui serait morte d'ailleurs sans se faire inoculer.

Cette réponse , si on ose le dire, ne paraît qu'un faux-fuyant peu capable de faire impression sur les esprits non prévenus. Que penserait-on d'un père qui dirait : monjîls est mort à la suite de V inoculation , mais je m'en console , parce que sûrement il serait mort dans le mois, indépendamment de cette maladie? D'ailleurs, de l'aveu des inoculateurs mêmes, ceux qu'on inocule doivent être , si l'opérateur est sage , dans un état de santé qui ne laisse presque pas douter du succès ; or je veux bien accorder que de 3oo personnes il en meurt une dans le mois, si ces 3oo personnes sont prises au hasard , parce qu'en effet parmi ces 3oo personnes il y en aurait plus d'une dont l'examen annoncerait évidemment qu'elle touche à sa fin ; mais de 3oo personnes choisies, reconnues bien portantes par un observateur attentif et expérimenté , n'ayant pas en un mot la plus légère cause apparente de mort , et même de maladie prochaine, en mourra-t-il une dans le mois? c'est de quoi je doute beaucoup^ je crois même qu'on peut assurer le contraire. En effet , comme on l'a vu plus haut , 1200 inoculés bien choisis , et traités en Angleterre par un seul opérateur , ont échappé à la mort ; or il aurait du en mourir quatre , dans la supposition que de 3oo personnes bien saines , il en meure une dans le mois.

Mais , disent encore quelques partisans de l'inoculation , ceux à qui cette opération paraîtra donner la mort , peuvent avoir déjà contracté par contagion le venin de la petite vérole naturelle , dont ils périront , quoiqu'ils soient en apparence les victimes de la petite vérole artificielle. "^

Cette défaite est encore , ce rae semble , du genre de celles auxquelles on a recours quand on ne veut pas être réduit au silence. Il y a apparence qu'elle serait ainsi jugée par ceux des inoculateurs qui , comme nous le verrons plus bas , assurent que la petite vérole artificielle est absolument sans danger ; ces médecins sont persuadés sans doute, ou qu'il y a des moyens de connaître si celui qu'on veut inoculer n'a pas déjà la jDetite vérole par contagion , ou que le danger de cette contagion , si elle existe , sera prévenu par l'inoculation , promptement et sagement administrée.

§ V. Quel parti chaque citoyen doit prendre sur V inoculation, en conséquence de tout ce qui a été dit jusquici.

Concluons que celui qui accorde aux pères et mères que l'inoculation peut faire périr leurs enfans, s'ôte le droit de les blâmer s'ils ne s'y soumettent pas. Mais ajoutons, car il ne faut rien outrer, que , dans cette supposition même , on n'aurait pas moins de tort de blâmer ceux qui auraient le courage ou la prudence de courir ce risque, et de le préférer à celui d'attendre la petite vérole naturelle, cette maladie si commune, si redoutée et si dangereuse. Si l'inoculation peut faire perdre la vie , et si en même temps elle préserve de la petite vérole naturelle, le parti que doit prendre tout homme sage est de ne donner de conseil à personne, ni pour ni contre cette opération. Un père , dans ces circonstances , ne doit pour la décision s'en rapporter qu'à lui-même. Cette décision dépendra non-seulement du degré auquel il aime son fils , mais de la manière dont il l'aime , si c'est , par exemple , comme son fils , ou comme son héritier; si c'est par tendresse, ou seulement par devoir; si c'est comme son bien , ou comme le bien de l'Etat : la décision dépendra encore des circonstances oii ce père se trouve ainsi que son fils , et qui peuvent le déterminer à hâter ou à suspendre cette opération ; de la proportion qu'il établira dans son esprit, d'une part entre la nature des deux reproches dont il court le rique , et de l'autre entre la probabilité qu'il a d'être dans le cas de se les faire. Comme ce rapport est inappréciable, chaciin peut l'estimera son gré, suivant le degré et l'espèce de sentiment dont il est pourvu , et se déterminer en conséquence.

Si ce père a une nombreuse famille , cette considération ajoute beaucoup dans la balance en faveur de l'inoculation, parce que plus il aura d'enfans, plus il est vraisemblable qu'il en perdra quelqu'un par la petite vérole naturelle. Cependant le reste de

crainte qu'il jDeut toujours avoir, de donner par l'inoculation une mort prématurée à quelqu'un de ses enfans, et peut-être à celui qui lui est le plus cher , peut encore avoir assez de force pour le faire balancer : l'amour paternel , de tous les sentimens le plus profond et le plus vif, peut se faire des scrupules dont il faut respecter la délicatesse ; et tout ce qui tient aux impressions de la nature est d'un genre qu'on ne peut soumettre àl analyse mathématique.

§ YI. Ce que doit considérer^ toujours dans la même hypothèse, toute personne qui voudra se faire inoculer.

Ce que nous avons dit des pères à l'égard de leurs enfans , toujours dans la supposition que l'inoculation puisse faire perdre la vie, peut se dire de même de chaque particulier qui voudra se faire inoculer. Le parti qu'on prendra dépend de mille considérations , que la seule personne intéressée peut apprécier; du degré et de l'espèce d'attachement qu'on a pour la vie, des raisons qui peuvent y attacher plus ou moins dans le moment oii l'on délibère ; de quelques considérations particulières qui peuvent rendre la petite vérole naturelle plus redoutable ; par exemple , dans les femmes la crainte de perdre leur beauté; dans plusieurs familles les ravages que la petite vérole y a faits ; dans certaines personnes la frayeur extrême qu'elles ont d'en mourir, frayeur qui peut seule rendre celte maladie mortelle si on en est attaqué y frayeur qui d'ailleurs trouble et empoisonne la vie , et qui doit faire recourir à l'inoculation , à moins que la terreur ne s'étende jusqu'à la crainte de succomber à l'inoculation même : c'est ce qu'on a vu dans quelques personnes, qui redoutant à peu près également la petite vérole naturelle et l'inoculée , et n'osant par cette raison s'exposer à la seconde, ont fini par être les victimes de la première.

§ YII. Examen de quelques faits quon a avancés sur la petite vérole naturelle.

Au reste , la frayeur de mourir de la petite vérole , quand elle est raisonnée , car nous ne parlons pas d'une terreur puérile et panique , doit être proportionnée au danger qu'on court réellement d'être attaqué de cette maladie et d'en mourir; et ce danger est plus ou moins grand , selon le lieu qu'on habite , et l'âge auquel on est parvenu. En effet, les calculs que nous avons faits ci-dessus pour apprécier les avantages de l'inoculation en général, ne sont bons tout au plus que pour les grandes villes comme Paris, Londres, etc. , oii la petite vérole est beau-

coup plus dangereuse qu'ailleurs. Daniel Bernoulli estime qu'à Baie le nombre de ceux qui meurent de la petite vérole est tout au plus la douzième partie de ceux qui en sont attaqués , et tout au plus la vingtième partie de ceux qui meurent. Cette supposition même pourrait bien être encore trop forte, s'il est vrai, comme le dit ce grand ge'omètre en un autre endroit du même écrit, que, dans des épidémies assez malignes de la petite vérole, il en meurt à peine i sur 20 dans cette même ville. Dans d'autres villes plus petites , autrement situées , et surtout à la campagne, le danger paraît encore moindre, et par conséquent le besoin de l'inoculation est diminué d'autant. Il est vrai, et c'est une sorte de compensation, que vraisemblablement dans ces endroits-là l'inoculation sera encore moins dangereuse que dans les grandes villes, en même proportion que la petite vérole l'est moins.

Ajoutons qu'il y a des lieux oii la petite vérole est non-seulement beaucoup moins redoutable, mais beaucoup moins fréquente qu'ailleurs; et il est évident que plus elle sera rare, moins la nécessité de l'inoculation deviendra pressante, surtout dans l'hypothèse que cette opération puisse causer la mort.

§ yill. Ce quon devrait faire pour constater la vérité ou la fausseté des faits en cette matière.

Quand nous avançons ces faits , sur le danger plus ou moins grand de mourir de la petite vérole suivant les lieux , c'est d'après des garans dont l'autorité peut être de quelque poids en cette matière. Un médecin partisan de l'inoculation avance dans ses Recherches sur l'histoire de la médecine , imprimées depuis ■peu, page 5'ji , que la petite vérole n'est nullement redoutée dans les provinces méridionales de la France, et qu'on n'y prend même aucune précaution pour se préserver de cette maladie; ce médecin (Razoux) va jusqu'à prétendre qu'en général on a beaucoup grossi dans les grandes villes le nombre des victimes de la petite vérole; qu'on a trop abusé de la crainte des peuples; que les bons sujets, c'est-à-dire , les personnes saines et bien constituées , sont presque assurés de se tirer heureusement de cette maladie. Je ne prétends point décider si ce médecin a tort ou raison; je dois même avouer que, suivant d'autres médecins, la petite vérole est souvent très-meurtrière dans les provinces méridionales , et qu'on fait mention, entre autres, d'une épidémie assez récente oli il périt à Montpellier la moitié des malades. Mais je tire de là deux conséquences importantes ; la première , que les partisans de l'inoculation ne sont pas assez d'accord

entre eux sur les faits qui doivent servir de base à leurs raisonnemens ; la seconde , qu'il serait bien à souhaiter , pour constater ces faits, que, dans chaque pays et dans chaque ville, les médecins tinssent, avec toute l'exactitude et la bonne foi possible, des registres exacts des malades qu'ils traitent de la petite vérole , de leur tempérament, de leur âge , et du sort qu'ils auraient eu par cette maladie : ces registres , donnés au public par les Facultés de médecine ou par les particuliers , seraient certainement d'une utilité plus palpable et plus prochaine , que les recueils d'observations météorologiques publiés avec tant de soin par nos Académies depuis 70 ans, et qui pourtant, à certains égards, ne sont pas eux-mêmes sans utilité.

§ IX. A quelles personnes V inoculation doit surtout être utile , si elle l'est réellement en elle-inême.

Ce qui paraît incontestable , c'éSt que la petite vérole est plus dangereuse à Paris, au moins pour une certaine classe de personnes, que ne le prétendent quelques adversaires de l'inoculation. Dans un mémoire publié depuis peu , on assure que de 100 jeunes demoiselles attaquées à Saint-Cyr de cette maladie en 1764, il n'en est mort qu'une seule; mais que conclure de cet exemple? tout au plus qu'il y a des années oii la petite vérole est extrêmement bénigne, surtout pour des enfans qui n'ont point encore le sang altéré par les veilles, par l'intempérance, par les chagrins, par les passions : peut-être par ces mêmes raisons la petite vérole n'est-elle pas fort à craindre pour les gens du peuple, don*!; la vie simple et frugale doit moins détruire le temj)érament; mais peut-on nier que celte maladie ne soit très-redoutable à Paris pour ce qu'on appelle les gens du inonde, que l'aisance et l'oisiveté invitent et livrent à une vie molle, déréglée, et très-contraire au bon état de l'économie animale? Quand quelqu'une de ces personnes, qu'on appelle connues , est attaquée de la petite vérole , c'est une nouvelle qui n'est pas ignorée de tous ceux qui vivent dans le monde ; or j'en appelle à la voix publique; combien n'est-il pas ordinaire d'entendre dire que ces personnes qu'on a su malades de la petite vérole, en sont mortes? Je crois que quand on avancerait que ce malheur arrive à un sur quatre , on ne se tromperait pas beaucoup; il est vraisemblable, je l'avoue , que dans la plupart des autres états de la société, la petite vérole est beaucoup moins meurtrière; aussi suis-je persuadé que si l'inoculation est réellement avantageuse , c'est principalement aux gens du inonde, aux personnes de la cour, aux citoj^ens aisés ou opu-

lens' de la ville; sans que je pre'tende néanmoins qu'elle ne puisse aussi être utile aux autres états , comme je le dirai dans la suite.

§ X. Du danger plus ou moins grand de la petite vérole suivant

les âges.

A CES considérations sur le danger plus ou moins grand de la petite vérole relativement aux lieux , ajoutons-en une autre relativement à l'âge. Le calcul que nous avons fait plus haut, sur le risque d'avoir la petite vérole et d'y succomber, risque que nous avons évalué à i sur 3ooo, a l'inconvénient d'être trop vague , étant appliqué à tous les âges pris indistinctement. Il est certain, en premier lieu , que le danger d'avoir la petite vérole n'est pas le même pour tous les âges , car plus on approche de la vieillesse , plus ce danger diminue ; secondement, que le danger d'en mourir n'est pas non plus le même pour tous les âges, puisqu'on en réchappe bien plus aisément dans l'enfance que dans la vigueur de la jeunesse. On est donc bien loin de connaître la valeur, même approchée, du danger qu'on court à chaque âge de mourir de la petite vérole naturelle dans le mois , danger que nous avons exprimé en gros par le rapport de'i à 3ooo pour tous les âges pris ensemble. Cependant il serait très-nécessaire de savoir, et quelle est la valeur précise de ce danger pour chaque âge, et quel est, pour chaque âge aussi, le risque qu'on court en se faisant inoculer : les faits nous manquent, au moins jusqu'ici , pour pouvoir apprécier ces deux risques ; c'est pour cette raison sans doute que plusieurs partisans très-déclarés de l'inoculation, surtout parmi ceux qui ont passé ^o ans, ne jugent point à propos de courir ce risque pour eux-mêmes, parce qu'ils ignorent à quoi ils s'exposent d'un côté, et ce qu'ils gagneraient de l'autre : chacun veut voir clair au jeu qu'il joue.

§ XI. Examen de quelques autres raisonnemens peu concluans en faiseur de la petite vérole inoculée.

Quelques partisans de l'inoculation ont prétendu que celui qui attend la petite vérole, à quelque âge que ce soit, risque presque autant d'en mourir que celui qui l'a déjà , par la grande probabilité qu'il y a , selon eux , qu'on sera un jour attaqué de cette maladie : d'où ils concluent qu'à quelque âge que ce soit, celui qui ne se fait pas inoculer calcule très-mal.

Ce raisonnement porte sur plusieurs suppositions, les unes gratuites, les autres peu concluantes. D'abord on ne sait pas

exactement quel est le rapport entre la partie du genre humain qui a la petite ve'role, et celle qui n'y est pas sujette. Les inoculateurs, en prétendant que ce rapport est de 24 à i , pourraient bien l'avoir enflé considérablement; sur 24 personnes parvenues à un âge mûr, il est très-ordinaire d'en trouver beaucoup qui n'ont pas eu la petite vérole, et qui vraisemblablement ne l'auront jamais. Dire que ces personnes ont j^eut-étre eu sans le savoir la petite vérole dans leur enfance, qu'elles l'ont peut-être eue dans le sein de leur mère, ce sont de ces suppositions hasardées , auxquelles on peut en opposer de contraires , pour le moins aussi vraies. D'ailleurs , parmi ceux même qui croient avoir eu la petite vérole dans leur enfance, combien n'y en a-t-il pas qui se trompent, et qui n'ont eu qu'une éruption cutanée, que les parens et les nourrices ont prise pour cette maladie? Cette erreur n'est que trop bien prouvée par tant de victimes qui succombent à la petite vérole , à laquelle elles n'ont pas craint de s'exposer, dans la persuasion qu'elles y avaient déjà payé le tribut. On ajoute que de i4 personnes qui naissent, il en meurt une de la petite vérole; que de c^ i4, il en meurt la moitié avant de l'avoir eue, et que par conséquent des 7 survivans il en meurt un de la petite vérole ; que, de plus , sur 7 personnes attaquées de la petite vérole il en meurt une ; d'où il s'ensuivrait évidemment que tous les hommes , ou du moins presque tous, doivent infailliblement avoir la petite vérole , s'ils ne sont pas enlevés par une mort prématurée. Mais ces suppositions, qu'il meurt de la petite vérole 7^ du genre humain, et y de ceux qui en sont attaqués, ne sont peut-être légitimes que pour la seule ville de Londres, sur laquelle ces calculs ont été faits ; nous avons vu que la petite vérole est beaucoup moins mortelle ailleurs ; nous avons vu même que des médecins, partisans de l'inoculation , prétendent qu'on a fort grossi le danger de la petite vérole dans les grandes villes, au moins en France, Il faudrait d'ailleurs supposer que le calcul précédent, fait pour Londres même , est également rigoureux dans toutes ses parties , ce qu'il n'est pas. En effet supposons , comme on l'a prétendu depuis quelque temps, d'après les calculs de M. Jurin , que la petite vérole naturelle emporte à Londres, non pas un septième seulement, mais un sixième de ceux qui en sont attaqués, et ne changeons rien d'ailleurs aux autres suppositions , fondées aussi, à ce qu'on prétend, sur les calculs du même M. Jurin; savoir qu'il meurt de la petite vérole la quatorzième . partie de l'espèce humaine; et que de i4 personnes il en meurt 7 avant que d'avoir eu cette maladie ; il s'ensuivrait de là que des 7 survivans, 6 seulement en seraient attaqués, et que p:ir

conséquent un septième du genre humain ne serait point sujet à la petite vérole ; ce qui serait bien au-dessus du vingt-quatrième auquel on fixe cette partie des hommes. Je ne prétends pas donner le calcul précédent pour exact à beaucoup près ; mais il suffit, cerne semble, pour' faire voir que le prétendu rapport de i à 24 , entre ceux qui n'ont pas la petite vérole et ceux qui en sont attaqués , est au moins très-douteux , pour n'en pas dire davantage; et cela d'après les calculs même adoptés par les partisans de l'inoculation.

On ignore de plus quel est à chaque âge le danger de tomber dans cette maladie ; danger qui est peut-être fort peu considérable pour ceux qui ont passé 5o ans. Je trouve par les éloges de l'Académie des sciences, que de go académiciens morts audessus de cet âge , il n'en a péri aucun de la petite vérole ; d'où l'on serait peut-être en droit de conclure qu'au-dessus de 5o ans , cette maladie n'enlève pas la quatre-vingt-dixième partie de l'espèce humaine. Or s'il est très-commun , comme nous l'avons observé plus haut , de n'avoir pas encore eu la petite vérole à 5o ans , et» si d'un autre côté, comme il y a lieu de le croire, elle est sujtout dangereuse et mortelle pour ceux qui ont atteint cet âge, il s'ensuivrait de toutes ces vérités ou hyj^othèses combinées , qu'un grand nombre de ceux qui ont atteint cet âge sans avoir eu cette maladie , meurent sans lui payer ce tribut ; assertion peut-être aussi fondée pour le moins que le pourrait être l'assertion opposée.

Enfin , et c'est ici l'observation essentielle sur laquelle nous ne saurions trop insister, quand on égale le danger d'attendre la petite vérole , au danger d'en mourir lorsqu'on en est atteint , on tombe dans le sophisme palpable d'égaler un danger présent à un danger qui peut être éloigné , et qui devient même incertain par son éloignement, comme nous l'avons déjà dit. On objecte, je ne sais si c'est sérieusement , que la distance oii l'on voit un danger ne le rend pas incertain pour cela ; et on cite pour preuve la mort; étrange raisonnement! comme s'il était aussi sûr qii on sera attaqué^ de la petite vérole , quilVest qiion doit mourir un jour? L'effet de la distance oii l'on voit le danger est bien différent dans les deux cas; dans celui de la mort, la distance ne rend pas \% danger incertain , parce que ce danger a dans le cours de la vie une place fixe, quoique inconnue, dont on s'approche toujours; dans le cas de la petite vérole , nonseulement on voit le danger dans l'éloignement, mais il est incertain même si on s'en approche.

SUR L'INOCULATION. 4g3

§ XII. Du parti que V État doit prendre sur l'inoculation.

Après avoir exposé les cloutes qui peuvent rester aux particuliers sur les avantages de l'inoculation, dans l'hypothèse que cette opération puisse causer la mort, examinons le parti que l'Etat doit prendre dans cette même supposition.

Si l'inoculation peut donner la mort, l'État, comme nous l'avons vu , n'est pas en droit d'obliger les citoyens à s'y soumettre. Mais il doit encore moins les en empêcher , si , dans la supposition qu'elle puisse être nuisible à quelques personnes , elle prolonge en même temps, comme nous le supposons, la vie d'un beaucoup plus grand nombre. Car il est évident que dans cette supposition elle serait avantageuse à l'État , puisqu'elle augmenterait la population aux dépens de quelques victimes seulement qu'on n'aurait pas forcées à l'être : peut-être même serait-ce une politique bien entendue pour encourager l'inoculation, de promettre des marques d'honneur après leur mort à ces victimes volontaires , ou des récompenses à leur famille. La seule raison qui pourrait empêcher que l'inoculation n'obtînt cette faveur , ce serait la crainte bien ou mal fondée d'augmenter en ce cas par la contagion le nombre des petites véroles naturelles; objection que nous examinerons dans la suite.

Abstraction faite pour un moment de cette dernière objection , et partant d'ailleurs des suppositions que nous avons faites, l'Etat doit- il consentir à l'établissement d'un hôpital tel que celui de Londres, oii sur 3oo victimes volontaires qui viendraient se dévouer à l'inoculation, il en périrait une? Non-seulement l'Etat doit consentir à cet établissement , il doit même le favoriser de tout son pouvoir, parce que tout moyen de conserver la vie à plusieurs centaines de citoyens, doit être précieux à ceux qui gouvernent.

Enfin l'Etat doit-il se permettre, toujours dans les mêmes hypothèses, de faire pratiquer l'inoculation sur ces malheureux enfans , victimes du libertinage ou de l'indigence , qui n'ont de père que l'État? Je crois que l'intérêt public le demande, et que l'humanité ne s'y oppose pas ; car on suppose que par cette opération on prolongerait la vie d'un grand nombre de ces chfans , qui tous sans distinction doivent être également chers et précieux à la patrie. Mais la même humanité exigerait qu'on ne soumîtàropération que ceuxsurquielleparaîtrait devoir réussir; autrement ce serait imiter en partie ces lois barbares de Sparte, qui condamnaient à la mort des enfans nouveau-nés lorsqu'ils étaient estropiés ou malsains.

Au reste, la précaution qu'on demande ici en faveur de ces

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enfans, a*ôst pas le seul droit que rhumanité réclame en leur faveur ; par malheur elle ne parle que trop vainement pour eux ; témoin la quantité énorme qui en périt faute de soins ; nous voulons cependant croire que par la triste fatalité des circonstances , et par le défaut de secours suffisans , on ne pourrait , avec toute la bonne volonté et toute la vigilance possible , les arracher à la mort ; mais on ne doit pas au moins les y livrer : les précautions préliminaires de l'inoculation doivent être les mêmes pour eux que pour les enfans les plus chers à leur famille. Ceux qui auraient la barbarie de penser autrement n'auraient pas l'audace de le dire.

§ XIII. Fatalité des objections théologiques contre la petite vérole artificielle.

En examinant les objections qu'on peut faire contre l'inoculation, dans l'hypothèse qu'elle puisse donner la mort, je n'ai pas parlé des objections purement théologiques, objections qui me paraissent devoir être mises absolument à l'écart, et auxquelles je trouve qu'on a fait trop d'honneur de s'occuper sérieusement à y répondre. Rien ne nuit plus à la religion, du moins auprès des esprits malintentionnés , que de la mêler dans les questions qui n'y ont aucun rapport. L'inoculation n'est pas plus du ressort de la théologie , que les matières de la prédestination et de la grâce ne sont du ressort de l'arithmétique et de la médecine. En supposant qu'on puisse mourir de l'inoculation , la question se réduit à celle-ci : voilà deux dangers , Vun présent y mais petit , V autre plus grand , niais éloigné ', auquel des deux dois-je m exposer de préférence ? C'est à chacun à résoudre ce problème comme il le juge à propos, sans avoir à craindre d'ofifenser Dieu , quelque parti qu'il prenne : car ce parti , quel qu'il soit, aura pour but de conserver le plus longtemps qu'il est possible la vie que le Créateur nous a donnée.

Convenons néanmoins que, dans la circonstance présente, l'État peut avoir des raisons plausibles de s'adresser à l'église , et d'exiger qu'elle donne son avis sur cet objet , ne fût-ce que pour calmer les scrupules des citoyens peu éclairés. Car elle ne manquera pas sans doute de les assurer, comme elle doit, que la question dont il s'agit n'est point de sa corajDétence. Aussi entre les théologiens qu'on a consultés là-dessus, les plus sages se sont contentés de répondre que ce qui concernait la santé du corps ne les regardait pas.

Je ne puis ni'empêcher à cette occasion , pour égayer la tristesse de cette matière , de faire part à mes lecteurs d'un singu-

lier raisonnement que je me souviens d'avoir lu autrefois dans une dissertation sur les loteries ; dissertation non pas pliilosophique , mathématique encore moins , mais théologique, ou soidisant telle. Au lieu de beaucoup d'excellentes raisons qu'on peut apporter contre cette espèce de jeu, pour en détourner les citoyens sages, l'auteur appuie principalement sur un principe qu'il applique en général à tous les jeux de hasard , de quelque espèce qu'ils soient ; c'est que jouer à ces jeux , c'est tenter Dieu, et commettre par conséquent, suivant S. Paul , un grand péché ; d'oii il résulte que c'est un grand péché que de jouer au doigt mouillé ou à la courte paille. Peut-on faire des préceptes de la religion un abus plus ridicule , et par conséquent plus condamnable? C'est pourtant un grave janséniste, accrédité et considéré parmi les siens, qui fait de pareils raisonnemens, très-dignes à la vérité d'être accueillis et admirés dans son partie Il y a tout lieu de croire que ce théologien scrupuleux, qui craindrait si fort de tenter Dieu en jouant au trictrac, et qui ne craindrait peut-être pas de le tenter en se faisant donner des coups de bûche , ne serait pas favorable à l'inoculation ; et il faut avouer que c'est là un grand malheur pour elle.

La question de l'inoculation est sans doute bien plus du ressort de la Faculté de médecine que de celle de théologie ; mais dans les hypothèses que nous avons faites , je ne vois pas par quel motif la première de ces Facultés s'opposerait à cette opération, quand même elle serait beaucoup plus mortelle que nous ne 1 avons supposé. Il suffit que dans ces hypothèses elle soit avantageuse à l'État, pour qu'aucun corps de l'Etat ne doive y mettre obstacle. Quand même il en résulterait quelques risques pour les particuliers , risques peu avérés jusqu'ici , comme nous le verrons plus bas, des médecins que l'État consulte sur ce qui est plus ou moins utile à la totalité de ses membres , doivent mettre cette considération à l'écart ; elle ne doit entrer que dans les réponses qu'ils pourront faire aux particuliers qui les consulteront ; et elle doit y entrer plus ou moins , suivant les circonstances oii ces particuliers se trouvent, et suivant les lumières que peuvent avoir acquises les médecins qu'ils consultent.

§ XI Y. Ou Von détruit un fait très-faux avancé par les adversaires de V inoculation,

Epï finissant cette seconde partie, je me crois obligé d'assurer la fausseté d'un fait avancé , dit-on, dans une brochure que je n'ai point lue. L'auteur de cette brochure prétend que le roi de

Prusse a défendu V inoculation dans ses Etats ^ et mis à Vamende les inoculés et les inoculateurs. Personne n'est plus en élut que moi d'attester que ce prince si éclairé , si phiiosoj^lie, si juste appréciateur des préjugés et des superstitions des Lommes, bien loin d'être opposé à l'inoculation , est au contraire étrangement surpris , pour ne rien dire de plus , des obstacles qu'on y met dans plusieurs autres Etats ; qu'il Test encore davantage de riionneur qu'on voudrait faire à cette question, en l'élevant à la dignité de cas de conscience et de problème théologique ; qu'il regarde l'inoculation comme digne d'être favorisée et encouragée, quoique la petite vérole soit beaucoup moins dangereuse dans ses États qu'elle ne l'est à Paris ; mais qu'en monarque aussi équitable que sage, il croit qu'on doit laisser aux citoyens liberté pleine et entière de se livrer ou de se refuser à cette opération.

S'il est évident , d'après les raisons apportées jusqu'ici , que les princes, les États , les corps doivent favoriser unanimement la petite vérole artificielle , il n'est pas également démontré que les particuliers doivent être pleinement persuadés par ces mêmes raisons. Nous avons exposé les calculs les plus plausibles qui puissent les déterminer à subir cette épreuve, et nous n'avons point dissimulé les doutes qu'ils peuvent encore opposer à ces calculs.

Passons à des raisons qui nous paraissent plus convaincantes et pins propres à les décider absolument en faveur de cette opération.

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