‹ Œuvres de d'Alembert (volume 3)Chapitre 53 sur 61 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Jusqu'à ce que des souhaits si naturels s'accomplissent , voici ce qu'on peut conclure des réflexions précédentes.

i". Il y a lieu de croire qu'on ne meurt jamais de l'inoculation , quand elle est sagement administrée , et après un examen convenable.

2°, Il est extrêmement rare , pour n'en pas dire davantage , qu'un inoculé sur qui l'opération a réussi , ait repris la petite vérole.

3«. S'il n'est pas démontré en rigueur que l'inoculation augmente la vie moyenne des hommes , il est encore moins prouvé qu'elle la diminue ; il est même vraisemblable qu'elle doit l'augmenter, puisqu'elle délivre, ou absolument, ou presque absolument, d'une cause de mort, sans qu'il soit prouvé qu'elle en substitue d'autres à la place.

Il faut donc bien se garder, ce me semble, d'arrêter ou de

(i) Ce serait, par exemple, un fait tiès-singulier à constater que de savoir s'il est vrai, comme le prétendait un médecin célèbre, mort depuis quelques années , que tous ceux qui sont attaqués de la petite vérole, et qui ont en même temps le mal vénérien , ne succombent point à la première de ces deux maladies. Voyez les questions proposées aux académiciens danois , par M. Michaelis. Francfort, 1763, p. 256.

5ip RÉFLEXIONS

retarder les progrès de cette opération. C'est même le seul moyen d'acquérir sur cette matière importante toutes les lumières qui nous manquent encore, et que l'expérience seule peut fournir.

Je dirai plus. Quand l'expérience déposerait enfin, contre toute vraisemblance, que l'inoculation serait inutile ou nuisible , on n'aurait rien à se reprocher des tentatives qu'on au-rait faites ^ parce que le succès en était plus probable que le danger. -

Je suis donc bien éloigné de dissuader mes concitoyens d'une J pratique dont l'utilité paraît, au moins jusqu'ici, beaucoup ' mieux constatée que ses inconvéniens. Les objections proposées dans les deux premières parties de cet écrit, n'attaquent que les mathématiciens qui pourraient trop se presser de réduire cette matière en équations et en formules; mais je crois d'ailleurs en avoir dit assez pour faire voir, que si les avantages de r inoculation ne sont pas de nature à être appréciés mathématiquement, ils n^ en paraissent pas moins réels.

C'est par là que je terminerai ces réflexions , dans lesquelles je ne crois pas que les partisans ni les adversaires de l'inoculation m'accusent d'avoir marqué la plus légère partialité ; ses adversaires , puisque j'ai tâché de prouver que les calculs qu'on a faits jusqu'à présent contre eux , n'étaient peut-être pas suffisans pour les convaincre ; ses partisans , puisqu'eù partant des faits avancés par eux , et qui ne paraissent pas avoir été solidement combattus , j'en conclus que Vinoculation mérite d'être encouragée.

Yoilà , ce me semble , le parti que doit prendre le gouvernement sur cet important objet. A l'égard des particuliers , j'ai tâché de leur présenter la question par toutes les faces , et , après avoir balancé le pour et le contre , de leur exposer les motifs qui paraissent devoir les déterminer ; c'est à eux à voir maintenant ce qu'ils ont à faire.

Causa quœ sit, videtis ; nunc quid agendum sit , considerate.

Cic. pro lege Manih'â.

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