‹ Œuvres de Dante AlighieriChapitre 13 sur 22 · L ENFER. CHANT VI · texte numérisé non relu

L ENFER. CHANT VI

ïtusticucci, Arigo et Mosca, et les autres qui appliquèrent leur génie à faire le bien,

» Dis-moi où ils sont, et fais que je les connaisse. Un grand désir me presse de savoir si le ciel leur verse son baume, ou l'enfer son poison. »

Et lui : « Ils sont parmi des âmes plus noires ; d'autres péchés les ont plongés dans un cercle plus profond; si tu oses descendre jusque-là, tu pourras les voir.

» Mais, quand tu seras dans le doux monde, rappelle-moi, je t'en prie, au souvenir de mes concitoyens; je ne te dis plus rien, je ne te réponds plus. »

Alors, ses yeux, qui étaient fixes, il les rendit obliques ; il me regarda un peu, puis baissa la tête, et il retomba parmi les autres aveuglés.

Et mon guide me dit : « Il ne se relèvera plus qu'au son de la trompette de l'ange, quand viendra la puissance ennemie du péché.

» Alors chacun retrouvera son triste tombeau, reprendra sa chair et sa figure , et entendra le jugement qui doit retentir dans l'éternité. »

Ainsi nous traversâmes ce sale mélange d'ombres et de pluie , à pas lents , en nous entretenant un peu de la vie future.

D'où, je me pris à dire : « Maître, ces tourments croîtront-ils après la grande sentence? Seront-ils moindres ou seront-ils aussi cuisants? »

Et lui à moi : « Souviens-toi de ta science, elle t'enseigne que plus une chose est parfaite, plus elle sent le bien et aussi la douleur.

■ » Quoique cette race maudite ne doive jamais arriver à la vraie perfection, elle espère en être plus proche après le jugement qu'elle ne l'est à présent. »

Nous fîmes le tour de ce cercle en parlant de plus de choses que je n'en rapporte ici ; et nous arrivâmes au point où la route descend.

Là nous trouvâmes Plutus, le grand ennemi.

CHANT Vil.

Quatrième cercle, ceiui des Prodigues et des Avares. — Ils sont condamnes à s'enlre-choquer éternellement. — Portrait de la Fortune. — Virgile et Dante descendent dans le cinquième cercle.

« Pape Satan, pape Satan, aleppe, » cria Plutus d'une voix enrouée 1 ; et ce sage gentil, qui sut toute chose ,

Dit pour me réconforter : « Que ta peur ne te nuise pas! quel que soit son pouvoir, il ne t'empêchera pas de descendre dans ce cercle. »

Puis, se retournant vers ce monstre aux lèvres enflées, il lui dit : « Tais-toi, loup maudit 2 ! Consume-toi intérieurement avec ta propre rage.

» Ce voyage aux lieux souterrains n'est pas sans raison. On le veut ainsi là-haut où Michel a tiré vengeance du viol orgueilleux 8. »

Comme les voiles, gonflées par le vent, tombent renversées quand le mât se brise, de même tomba à terre la bête cruelle

Ainsi nous descendîmes dans la quatrième cavité, nous approchant davantage de la rive des douleurs qui engouffre tout le mal de l'univers.

Ah ! justice de Dieu ! qui donc entasse tant de tourments et tant de peines que j'en ai vu? Pourquoi nos fautes nous rongent-elles ainsi?

Comme fait la vague sur recueil de Charybde, laquelle se brise contre la vague qu'elle rencontre, de même ici les damnés s'entre-choquent.

Là je vis des damnés plus qu'en aucun autre lieu; ils

M. Lanci, orientaliste romain, traduit ainsi ces mots hébraïques : < Splendi, «spetto di Satana, splendi, aspetto di Satana primaio. »

' Dans le premier chant, la louve est l'emblème de l'avarice, Plutus est le dieu des avares ; voilà pourquoi le poète dit : « Maladelto lupo. > (M.)

• El factum est praîlium. in cœlo, Michael et Angeli ejus prœliabantur cum Draconc, (Apocal.)

l'enfer, chant vu. 181

formaient deux troupes , et, départ et d'autre, roulaient des fardeaux de tout l'effort de leur poitrine.

Ils se frappaient en se rencontrant, et puis brusquement ils retournaient chacun en arrière, et en criant : « Pourquoi retiens-tu et pourquoi jettes-tu?»

Ainsi, dans ce cercle noir, ils revenaient de chaque côté au point opposé, se criant sans cesse leur honteux refrain.

Puis, quand chacun était arrivé à la moitié de son cercle, ils se retournaient tous ensemble pour recommencer une autre joute ; et moi, qui en avais le cœur quasi poigne par la douleur,

Je dis : «Mon maître, indique-moi quelles gens sont ceux-ci. Ont-ils été clercs, tous ces gens tonsurés qui vont là à notre gauche? »

Et lui à moi : « Tous furent si louches d'esprit dans la vie première, qu'ils ne surent faire aucune dépense avec mesure.

» Leur voix l'aboie assez clairement quand ils viennent aux deux points du cercle où leur vie contraire les sépare.

» Ceux qui n'ont pas de cheveux pour couvrir leur tête ont été des clercs, des papes et des cardinaux sur lesquels l'avarice posa son joug. »

Et moi : « Maître, parmi tous ces gens-là, j'en devrais bien reconnaître quelques-uns , de ceux qui sont devenus immondes par ces vices. »

Et lui à moi : « Tu te perds dans une vaine pensée ; la vie sordide qui les a rendus difformes les masque et les rend entièrement méconnaissables.

» Ils reviendront éternellement se choquer; ceux-ci ressusciteront du sépulcre le poing fermé, ceux-là les cheveux rasés.

» Pour avoir mal donné et mal gardé, ils ont perdu le monde céleste , et sont condamnés à ce combat. Pour te peindre ce combat, il n'est pas nécessaire de l'embellir par mes paroles.

» Or donc, mon fils, tu peux voir combien passe vite la

bouffée des biens commis à la fortune, et pour lesquels la race humaine s'enorgueillit et se dispute.

» Tout l'or qui est sous la lune, ou qui y fut autrefois, ne pourrait donner un instant de repos à une seule de ces âmes fatiguées.

— Maître, lui dis-je, apprends-moi maintenant quelle est cette fortune dont tu me parles. Qu'est-elle donc pour tenir ainsi dans ses serres tous les biens du monde? »

Et lui à moi : « 0 folles créatures ! combien grande est l'ignorance qui vous égare ! Or je veux te nourrir de ma doctrine.

« Celui dont le savoir est supérieur à tout fit les cieux et leur donna un conducteur ; de sorte que chaque partie brille pour chaque partie,

» Par une distribution égale de la lumière; de même pour les splendeurs humaines : il leur imposa une conductrice qui, administrant toutes choses,

» Ferait passer de temps en temps les vaines richesses d'une famille à une autre famille, d'une nation à une autre nation, malgré tous les obstacles des prudences humaines.

)> Yoilà pourquoi une nation commande et l'autre s'affaiblit, suivant le jugement de celle qui est cachée comme le serpent sous l'herbe l.

» Votre savoir n'a point à débattre avec elle 8, car elle pourvoit, juge et poursuit son règne, comme le sien chacune des autres déités.

» Ses permutations n'ont pas de trêve; la nécessité la force d'être rapide ; de la sorte , il advient souvent que le tour change.

» Telle est celle qui est tant mise en croix par ceux qui lui devraient donner des louanges, et qui lui donnent à tort leur blâme et leurs malédictions.

» Mais elle est heureuse et n'entend pas ces injures; calme parmi les autres créatures premières , elle fait tourner sa sphère et jouit dans sa béatitude.

1 Latet anguis lu herbà. (Virg.)

■ La Forlime. — Magnilique personnification. — Voir l'ode d'Horace : C diva, gratum qua régis Antium.

l'enfer, chant vu. 183

» Descendons maintenant vers des maux plus grands et plus lamentables; déjà s'abaisse chaque étoile1 qui montait quand je me mis en marche, et un trop long retard nous est défendu. »

Nous coupâmes le cercle à l'autre bord, non loin d'une source bouillante qui verse ses eaux dans un ruisseau grossi par elle.

Cette eau était beaucoup plus obscure qu'azurée ; alors nous entrâmes dans un autre chemin plus bas. que l'ancien, et toujours suivis par l'onde ténébreuse ;

Un marais appelé Styx est formé par ce triste ruisseau lorsqu'il est descendu au pied des plages grises et infectes.

Et moi, qui à regarder me tenais attentif, je vis des âmes fangeuses, dans ce bourbier, toutes nues et les traits irrités;

Elles se frappaient non pas seulement avec les mains, mais avec la tête, et avec la poitrine, et avec les pieds, et elles se déchiraient des dents morceau par morceau.

Le bon maître me dit : « Mon fils, tu vois les âmes de ceux que la colère a dominés; je veux encore que tu tiennes pour certain

» Que sous cette eau se trouve une race damnée qui soupire; elle fait bouillonner l'eau à la surface, comme te l'indique ton œil à toutes les places où il s'arrête. »

Fichés dans le limon, ils disaient : « Nous fûmes toujours tristes sous cet air doux qui s'égaye au soleil, en portant au dedans de nous-mêmes une lourde fumée ;

» A cette heure nous sommes tristes dans ce noir bourbier8. » Cet hymne, ils le gargouillaient au fond de leur gorge, ne pouvant prononcer une parole entière.

Ainsi nous décrivîmes un grand arc autour du marais fétide, entre la rive desséchée et l'étang, les yeux tournés vers ceux qui avalaient la fange.

Enfin noCs arrivâmes au pied d'une tour.

1 II est minuit.

* < Requiescens accidiosus in faucibus suis. > (Jércmie.) David dit en parlant du paresseux : « Iniixus sum in limo profundi. s>

18 i LA DIVINE COMÉDIE,

CHANT VIII

Cinquième cercle, celui des Colères. — Les deux poètes traversent le Styx ciati»

la barque de Phlégyas. — Ils rencontrent Philippe Argenti. La ville de Dite»

— Les Démons, au grand étonnement de Virgile, leur ferment la porte de la- Ti lie.

Je dis, en poursuivant1, que bien avant d'arriver au pied de la haute tour, nos yeux se portèrent vers son sommet,

A cause des deux petites flammes que nous vîmes placéesdessus. Une autre tour lui rendait le signal, mais de si loin, que l'œil pouvait à peine les distinguer.

Or, me retournant vers la mer de toute science 2, je m'écriai : « Que veut dire ce feu, et que répond cet autre?" Quels sont ceux qui font ces signaux? »

Et lui à moi : « Sur ces eaux fangeuses, déjà tu peux voir ce qu'on attend , si les vapeurs du marais ne te le cachent pas. »

Jamais corde ne lança loin d'elle une flèche qui courût dans l'air aussi agile qu'une petite nacelle que je vis

Venir vers nous sur les eaux. Un seul rameur la gouvernait en criant : « Tu es donc arrivée, âme félonne ?

— Phlégyas ! Phlégyas 3 ! tu cries en vain cette fois , lui répondit mon seigneur ; tu ne nous auras avec toi que le temps de passer le marais. »

Tel un homme qui apprend une tromperie qu'on lui a faite, et ensuite s'en tourmente, tel fit Phlégyas dans sa colère contenue.

' Soit son chemin, soit son récit.

' Virgile.

* Phlégyas est l'emblème de la colère et des orgueilleux. 11 était fils de Mars et. toi des Lapitlies. 11 eut |>our enfants lxion et Coronis. Indigné de l'affront qu'Apollon avait fait à sa lille, il mit le feu au temple de ce dieu, qui le tua à coup* de tteches. 'M.)

Phlegyasque misernmus omnes Ao'monet, et magna testatur voce por umhras : Discitc juslftiam moniti, et non temnere divos. (Virgile, lib. vi.)

l'enfer, chant vin. 185

Mon guide descendit dans la barque et me fit entrer après lui ; mais elle ne parut chargée que lorsque je fusdedans.

Dès que mon guide et moi nous fûmes dans cet esquif, l'antique proue s'en alla, sillonnant l'eau plus profondément qu'elle n'avait coutume sous d'autres passagers.

Tandis que nous parcourions ce canal d'eau morte, devant moi se présenta une ombre pleine de fange , et elle me dit : « Qui es-tu, toi qui viens ici avant l'heure? »

Et moi : « Si je viens, je ne demeure; mais qui es-tu,, toi-même, toi qui t'es rendu si dégoûtant? » L'ombre répondit : « Tu vois bien que je suis un de ceux qui pleurent. »

Et moi à lui : « Dans les pleurs et les gémissements demeure, esprit maudit ! tout fangeux que tu sois, je te reconnais. »

Alors il étendit ses deux mains vers la barque, mais mon prudent maître le repoussa en disant : « Va-t'en d'ici avec les autres chiens! »

Ensuite il entoura mon cou de ses bras, me baisa le visage et me dit : « Ame saintement dédaigneuse, bénie soit la femme qui ceignit ses nobles flancs où elle te portait !

» Celui-ci fut dans le monde un être gonflé d'orgueil; aucune vertu n'a honoré sa mémoire; de là vient qu'ici' son ombre est toujours furieuse.

» Combien se tiennent là-haut pour de grands rois, qui seront couchés comme des porcs dans ce bourbier, ne laissant d'eux-mêmes que d'horribles mépris ! »

Et moi : « Maître, avant de quitter ce lac, j'aurais un grand désir de voir ce pécheur plongé dans cette fange. »

Et lui à moi : « Avant de voir la rive, tu seras satisfait j il faut que tu jouisses de ce désir. »

Peu après, je le vis tellement assailli j>ar les ombres fan* geuses, que j'en loue encore Dieu et je l'en remercie.

Toutes criaient : « A Philippe Argenti ! » Ce Florentin, esprit orgueilleux, se tournant contre lui-même, se déchirait avec ses dents.

Nous le laissâmes là, et je n'en parle pas davantage.

Mais une plainte douloureuse vint frapper mon oreille, de sorte que, tout attentif, j'ouvris les yeux devant moi;

Et le bon maître me dit : « Déjà, mon fils, s'approche la cité qui a nom Dite1; ses habitants sont malheureux, et leur foule est grande. »

Et moi -. « Maître, déjà au fond de la vallée je distingue certainement ses mosquées , vermeilles comme si elles étaient sorties de la flamme. »

Il me répondit : ce Le feu éternel qui les brûle en dedans leur donne cette couleur rouge que tu vois dans ce bas enfer. »

Nous entrâmes enfin dans les fossés profonds creusés autour de cette terre désolée ; les murailles m'en paraissaient de fer.

Nous vînmes, non sans avoir fait d'abord un grand tour, dans un endroit où le nocher2 nous cria bien fort : « Sortez ! voici l'entrée. »

J'en vis sur les portes plus de mille tombés du ciel comme une pluie, qui disaient avec colère : « Quel est celui qui, sans la mort,

» S'en va par le royaume des morts? » Et mon sage maître fit signe de vouloir leur parler en secret ;

Alors ils renfermèrent un peu cette grande colère, et ils dirent : « Viens, toi seul, et qu'il s'en aille celui qui est entré si hardiment dans ce royaume !

» Qu'il s'en retourne seul par sa route folle ! qu'il essaye, s'il le peut; car tu resteras ici, toi qui l'as guidé dans cette contrée obscure. »

Juge, lecteur, si j'étais rassuré au bruit de leurs paroles maudites; je crus ne retourner jamais sur la terre.

« 0 mon guide chéri, qui plus de sept fois m'as rendu la sécurité et retiré des grands périls qui se dressèrent devant moi,

1 Dite vient de Dit, qui est le nom de Platon.

Nocles atquc dies palet atri janua Dilis. [Tirj s Plilegyas.

l'enfer. CHANT VIII. 187

» Ne me laisse pas, lui dis-je, ainsi abattu; et s'il m'est refusé d'aller plus avant, retrouvons promptement les traces de nos pas ! »

Et le maître, qui m'avait mené jusque-là, me dit : « Ne crains pas : nul ne peut nous fermer le passage ; un plus puissant que tous nous l'a ouvert.

» Mais attends-moi ici ; réconforte ton esprit fatigué et nourris-le de bonne espérance, puisque je ne t'abandonnerai pas dans le monde infernal. »

Là-dessus le bon père s'en va et me laisse seul. Je demeure dans l'incertitude j le oui et le non se combattent dans ma tête.

Je ne pus entendre ce qu'il leur proposa, mais il ne resta guère avec eux, car tous et à l'envi coururent vers la ville.

Là, nos ennemis fermèrent les portes sur la poitrine de mon maître, qui demeura dehors et s'en revint vers moi à pas lents.

Il avait les yeux à terre, et les sourcils dépouillés de toute hardiesse, et il disait à travers ses soupirs : « Qui m'a refusé l'entrée des maisons de douleurs? »

Et il me dit à moi : « Si je suis irrité, ne t'inquiète pas; je surmonterai cette épreuve, quels que soient ceux qui là dedans s'assemblent pour se défendre.

» Leur insolence n'est pas nouvelle ; ils l'ont déjà montrée devant une porte moins secrète et qui se trouve encore sans serrure *.

» Tu as vu au-dessus l'inscription de mort. Mais déjà, en deçà de cette porte, descendant seul la montagne, et passant par les cercles, vient celui

» Par qui la ville nous sera ouverte 2. »

1 Parce que, malgré la résistance des Démons, la porte fut brisée par le Christ, à sa descente dans les Limbes. « Hodiè portas mortis et seras pariter Salvator no»ter dirupit. > (Office du samedi saint.)

' L'ange envoyé par Dieu

CHANT IX

Trois Furies apparaissent aux poètes et les menacent. — Un ange vient à leur secours et ouvre les portes de la ville de Dite.

Cette couleur blême dont ma lâcheté me peignit au dehors, quand je vis mon guide retourner en arrière, fit rentrer en lui sa re'cente pâleur.

Attentif, il se posa comme un homme qui écoute, car l'œil ne pouvait pénétrer bien avant sous l'air noir et la nue épaisse :

« Cependant nous devrons vaincre dans ce combat, se prit-il à dire, sinon un tel allié s'est offert 1... Oh ! combien il me tarde que cet autre nous arrive !... »

Je vis bien qu'il couvrait ce qu'il avait commencé à dire par une autre idée qui lui vint ensuite, et que ces derniers mots étaient différents des premiers;

Néanmoins son discours me saisit de crainte , parce que je prêtais à ses paroles entrecoupées un sens pire que peutêtre elles ne renfermaient.

Je lui fis cette question : « Jamais au fond de la triste conque est-il descendu un esprit de ce premier degré, où l'on a pour seule peine de perdre l'espérance ? »

A quoi il me répondit : « Rarement il arrive qu'un de nous fasse le chemin où je marche.

» Il est vrai qu'une autre fois il me fallut descendre ici-bas par les conjurations de cette cruelle Érycto, qui rappelait les ombres dans leurs corps 2.

» Depuis peu de temps ma chair était dépouillée de son âme, lorsqu'elle me fit entrer dans ces murailles pour en tirer un esprit du cercle de Judas.

» Ce cercle est le plus bas, le plus obscur et le plus loin

1 Virgile, dans ce soliloque obscur et suspendu, veut parler de l'ange qui vienv i leur secours.

* Erjcto, magicienne de Tbcssalie. — Voir la Phars., livre ti.

l'enfer, chant ix. 189.

du ciel qui tout environne. Je sais bien le chemin, sois donc tranquille.

» Ce marais, qui exhale la grande puanteur, entoure la cité de douleur où nous ne pouvons désormais entrer sans colère. »

11 dit encore d'autres choses; mais je ne les ai plus dans ma mémoire, car mes yeux m'avaient entraîné tout entier vers la haute tour à la cime couronnée de feu.

Là, je vis tout à coup paraître trois Furies infernales teintes de sang, lesquelles avaient des membres et des gestes de femmes.

Elles étaient ceintes d'hydres verdâtres; pour cheveux elles avaient de petits serpents et des cérastes qui s'entortillaient autour de leurs tempes hideuses.

Et lui , qui reconnut bien les suivantes de la reine de l'éternelle douleur : « Regarde, me dit-il, les féroces Érinnyes.

» Celle-ci, à gauche, c'est Mégère; celle qui pleure à droite, c'est Alecto; Tisiphone est au milieu. » A ces mots il se tut.

De leurs ongles elles se déchiraient la poitrine ; elles se battaient avec les mains, et criaient si haut, que, par défiance de leur rage, je me serrai contre le poète.

« Que Méduse vienne, et nous la changerons en pierre, criaient-elles toutes en regardant en bas; nous nous sommes mal vengées de l'entrée audacieuse de Thésée. »

— « Détourne-toi et tiens les yeux fermés, car si Gorgone se montrait, et si tu venais à la voir, il n'y aurait plus d'espoir de remonter là-haut. »

Ainsi parla le maître; et lui-même me fit tourner en arrière; et, ne se fiant pas assez à mes mains, il me ferma encore les yeux avec les siennes.

0 vous, qui avez l'entendement sain, découvrez la doctrine qui se cache sous le voile de ces vers étranges !

Et déjà venait sur les ondes troubles un grand bruit plein d'épouvantement, sous lequel tremblaient les deux rives.

Il n'en arrive pas autrement, lorsqu'un vent, irrité par

des chaleurs ennemies, s'attaque à une forêt, et sans relâche

Rompt les branches, abat et emporte les fleurs, s'en va devant lui, poudreux et superbe, et fait fuir les bêtes et les pâtres.

Il me découvrit les yeux, et il me dit : « A présent dirige le nerf de tes yeux sur cette écume antique, là où la vapeur est plus maligne. »

Comme les grenouilles, devant la couleuvre ennemie, s'éparpillent à travers l'eau jusqu'à ce que toutes se soient amoncelées dans la bourbe,

De même plus de mille âmes damnées fuvaient devant quelqu'un qui traversait le Styx à pied sec.

Il écartait de son visage l'air épais, en portant de temps à autre sa main en avant, et il ne semblait las que de ce travail.

Je vis bien qu'il était un messager du ciel, et je me retournai vers mon maître; et lui me fit signe de me tenir tranquille et de m'incliner.

Ah ! combien il me paraissait rempli de dédains ! Il arriva près de la porte, et, avec une baguette, l'ouvrit sans aucun obstacle.

« 0 démons chassés du ciel , race méprisée , s'écria-t-il sur l'horrible seuil, comment cette outrecuidance s'est-elle mûrie en vous ?

» Pourquoi regimber ainsi contre cette volonté qui jamais ne peut manquer son but, et qui a tant de fois augmenté vos douleurs?

» Que sert de heurter le destin ? Votre Cerbère, s'il vous en souvient bien, en a encore le cou et le museau pelés. »

Alors il se retourna vers la route fangeuse sans nous dire mot, mais semblable à un homme pressé et mordu d'un tout autre soin

Que celui des gens qui sont là devant lui. Et nous, rassurés par les paroles saintes, nous dirigeâmes nos pieds vers la terre de Dite.

Nous entrâmes sans aucune résistance. Or, comme j'avais

l'enfer. CHANT X. 191

le désir de connaître le sort de ceux que renferme cette forteresse,

Dès que j'y fus entré, je promenai tout autour mes regards curieux, et je vis à chaque main une grande campagne pleine de douleurs et de tourments cruels.

Comme aux environs d'Arles, là où le Rhône est stagnant, comme à Pola près de Quarnaro, qui ferme l'Italie et baigne ses frontières *,

Des sépulcres rendent le terrain tout montueux, de même ici des sépulcres s'élevaient de toutes parts, sauf qu'ici c'était plus effrayant.

Car les tombeaux étaient séparés par des flammes dans lesquelles ils devenaient si brûlants, que le fer n'est pas plus rouge pour le besoin d'aucun métier.

Tous leurs couvercles étaient soulevés, et il en venait au dehors de durs gémissements qui paraissaient bien ceux de pauvres suppliciés.

Et moi : « Maître, quelles sont ces gens qui, ensevelis dans ces arches, se font deviner à leurs soupirs douloureux? »

Et lui à moi : « Ce sont les hérésiarques et leurs partisans de toutes les sectes : ces tombes sont beaucoup plus remplies que tu ne peux croire.

» Ici le semblable est enseveli avec son semblable, et les tombes sont plus ou moins brûlantes. » Alors il tourna à droite,

Et nous passâmes entre les martyrs et les hautes murailles.

CHANT X

Sixième cercle, celui des Hérétiques. — Ils sont plongés dans des tombes de feu. — Dante y trouve Farinata degli liberti et Cavalcante de* Cavalcanti-. — Farinata prédit au poète florentin son exil et toutes ses infortunes.

Maintenant, par un étroit sentier, entre les murs de la

1 Pola, ville d'Istrie, sur l'Adriatique.

ville et les tombes des martyrs, mon maître s'avance et je suis ses pas.

« 0 vertu souveraine, m'écriai-je, qui m'entraînes à ton gré par les cercles impies, parle-moi et satisfais mes désirs !

» Pourrait-on voir ceux qui gisent dans les sépulcres? Tous les couvercles sont levés, et personne ne fait la garde à l'entour. »

Et lui à moi : « Tous seront fermés quand les âmes reviendront ici de Josaphat avec les corps qu'elles ont laissés là-haut.

» Épicure et tous ses sectateurs, qui font mourir l'âme avec le corps, ont leur cimetière de ce côté.

» Donc, on va là dedans satisfaire promptement à la demande que tu me fais et au désir que tu me caches encore. »

Et moi : « Bon guide, je ne tiens caché mon cœur qu'afin de peu parler, et ce n'est pas à cette heure seulement que tu m'as disposé à cette réserve.

— « 0 Toscan, toi qui, vivant, t'en vas ainsi par la cité de feu, parlant avec modestie, qu'il te plaise de t'arrêter en ce lieu !

» Ton langage te dit clairement de ce noble pays auquel je fus peut-être trop funeste. »

Telles furent les paroles qui, subitement, sortirent d'un tombeau. Tremblant, je m'approchai un peu plus de mon guide.

Et lui me dit : « Tourne -toi, que fais- tu? Regarde Farinata qui s'est dressé dans sa tombe ; tu le verras de la ceinture à la tête *. »

J'avais déjà mon regard fixé sur le sien, et il se dressait de la poitrine et du front, comme s'il avait l'enfer en grand mépris.

Alors les mains courageuses et promptes de mon guide me poussèrent vers lui à travers les sépultures., en disant : Que tes paroles soient claires !

' Farinata, de la famille des Uberti à Florence. Ce fut lui qui, commandant les Gibelins, partisans d«» empereurs, gagna la fameuse bataille de Monte-Aperto. Il est dans les tombes de feu comme partisan cTÉpicure.

l'enfer, chant x. 193

Aussitôt que je fus au pied de sa tombe, il me regarda un peu, et puis, d'un air de dédain, il me demanda : « Quels furent tes ancêtres ? »

Moi qui étais désireux de lui obéir, je ne lui celai rien, mais je lui découvris tout. Alors il releva un peu les sourcils,

Et dit : « Ils ont été cruellement opposés à moi et aux miens, et à mon parti; aussi deux fois je les ai bannis.

— S'ils furent chassés, lui répondis-je, ils revinrent de toutes parts, et l'une et l'autre fois ; mais c'est un art que les vôtres n'ont pas bien appris. »

Lors, du côté où la tombe était découverte, surgit une ombre; celle-ci jusqu'au menton seulement; je crois qu'elle s'était levée sur ses genoux 1.

Elle regarda autour de moi, comme ayant le désir de voir si un autre était avec moi; mais quand ses soupçons furent entièrement éteints,

Elle me dit en pleurant : « Si c'est la force du génie qui t'a ouvert cette obscure prison, où est mon fils, et pourquoi n'est-il pas avec toi ? »

Et moi à lui : « Je ne viens pas de moi-même; celui qui attend là me mène en ces lieux; peut-être votre Guido eut pour lui trop de dédain ? »

Ses paroles et son genre de supplice m'avaient appris déjà le nom de cette ombre ; aussi ma réponse fut-elle précise.

Se dressant soudain, il cria : « Comment as-tu dit? il eut; ne vit-il pas encore? La douce lumière ne frappe-t-elle plus ses yeux? »

Lorsqu'il s'aperçut que je mettais quelque délai à lui répondre, il tomba à la renverse dans son tombeau, et ne parut plus dehors.

Mais cet autre magnanime *, pour qui j'étais resté, ne changea pas de visage, ne tourna pas le cou, ne courba point la poitrine.

« C'est Cavalcante de' Cavalcanti, père de Guido, ami de Dante et poêle, mais qui sacrifia la poésie pour l'étude des philosophes. ' Farinata.

« S'ils ont mal appris cet art, dit-il en continuant son premier propos, cela me tourmente plus que ce lit.

» Mais la Dame qui règne ici1 ne rallumera pas cinquante fois sa figure, que tu sauras combien cet art est difficile.

» Et, afin que tu retournes dans le doux monde, dis-moi pourquoi ce peuple est si impitoyable envers les miens dans chacune de ses lois ? »

Sur quoi je lui dis : « Le grand carnage qui a rendu l'Arbia d'une couleur rouge excite de tels discours dans notre temple. »

Après qu'il eut secoué la tête en soupirant : « Je n'étais pas seul, dit-il, à l'Arbia , et certes ce n'était pas sans raison que j'agis avec les autres 8.

» Mais j'étais seul là où il fut proposé par chacun de détruire Florence , et c'est moi qui la défendis à visage découvert 3.

— Ah ! lui répondis-je, puisse votre race se rétablir un jour ! mais, je vous en prie, défaites le nœud qui a enveloppé ma pensée.

» Il me paraît, si j'ai bien compris, que vous prévoyez ce que le temps amène avec lui, bien qu'il en soit autrement pour vous dans le présent.

— Nous, reprit-il, nous sommes comme celui qui a la vue mauvaise; nous voyons les choses éloignées, c'est une lumière que nous accorde le guide souverain.

» Quand les choses approchent ou existent, toute notre intelligence est vaine, et si un autre ne vient nous l'apprendre, nous ne savons rien de vos affaires humaines*.

» Tu peux donc comprendre que toute notre intelligence sera morte du jour où sera fermée la porte de l'avenir. »

' La lune, nommée en enfer Proserpine.

' L'Arbia, rivière près de Monte-Aperto, où les Gibelins furent victorieux.

• Florence vient d'élever à son sauveur une statue sous la galerie des Offic En face est celle de Dante.

4 Fatcndum est ncicire mortuos quid agitur ; sed postea vero audire ab iis, qajbine ad eos moricndo pergunt. Possuut etiam ab Angelis audire aliquid.

(Saint Augustin.]

l'enfer, chant x. .195

Alors, comme contrit de ma faute, je lui dis : « Apprenez donc à celui qui a si vite disparu que son fils est encore parmi les vivants.

» Si je restai muet au moment de répondre , faites-lui savoir que j'étais déjà préoccupé du doute que vous avez éclairci. »

Et déjà m'appelait mon maître. C'est pourquoi je priai plus promptement l'esprit de me dire près de qui il se tenait.

Il me répondit : « Je suis couché ici au milieu de plus de mille ; là dedans est le second Frédéric, et là le cardinal1. Sur les autres je me tais. »

A ces mots il se cacha, et moi je dirigeai mes pas vers l'antique poëte, songeant à ces paroles, qui me paraissaient menaçantes.

Il se mit en marche, et puis, tout en cheminant ainsi, il me dit : «. Pourquoi es-tu si égaré? » Je satisfis à sa demande.

« Que ta mémoire, m'ordonna le sage, conserve ce que tu as entendu contre toi; mais, pour l'heure, fais attention. » Et il leva le doigt.

« Quand tu seras devant le doux regard de celle dont les beaux yeux voient toute chose 2, tu sauras d'elle le voyage de ta vie. »

Après cela il tourna à main droite. Nous laissâmes les murailles, et nous allâmes vers le centre par un sentier qui descend à une vallée.

Cette vallée exhalait une puanteur insupportable.

1 L'empereur Frédéric II, souvent en guerre avec les papes, contre lesquels il écrivit des vers, excommunié par Grégoire IX et Innocent IV, et mort en 1250. — Ottaviano degli Ubaldini, de Florence, et du parti gibelin, bien que cardinal. Il dit une fois que s'il avait une âme, il l'avait perdue pour les Gibelins.

* Béatrice.

196 LA DIVINE COMÉDIF

CHANT XI

Continuation du sixième cercle, celui des Hérétiques. — Horrible puanteur. — Tombe du pape Anastase. — Là les deux poètes s'arrêtent, et Virgile explique à Dante comment, dans les trois cercles qui suivent, sont punies les Violences et deux espèces de Fraude.

A l'extrémité d'une rive escarpée, que formaient de grandes pierres rompues et entassées en cercle, nous arrivâmes au-dessus d'un gouffre encore plus terrible.

Et là, pour nous garantir des horribles exhalaisons et de la puanteur que jetait le profond abîme, nous nous abritâmes derrière le couvercle

D'un grand tombeau où je vis une inscription qui disait : « Je renferme le pape Anastase, que Photin entraîna hors du droit chemin h »

« Il faut descendre ici lentement, afin d'accoutumer un peu nos sens à cette triste odeur; plus tard, nous n'y ferons plus attention. »

Ainsi parla le maître ; et moi : « Cherche , lui dis-je , quelque expédient pour que le temps ne passe pas sans profit; » et lui : « Tu vois que j'y pense.

» Mon fils, continua-t-il, au milieu de ces rochers sont trois cercles, se rétrécissant de degré en degré, comme ceux que tu as quittés.

» Tous sont pleins d'esprits maudits; mais, pour qu'il te suffise de les voir, apprends comment et pourquoi ils sont enfermés.

» L'injustice est la fin de tout mal qui s'attire la haine du ciel, et l'on arrive à cette fin qui blesse autrui, ou par la violence, ou par la fraude.

» Mais comme la fraude est un mal propre à l'homme, elle déplaît davantage à Dieu; pour cette raison, les fourbes

La chronique du frère Martin de Pologne a trompé le poëte. Ce fut l'empereur Anastase, au lieu du pape de ce nom, qui adopta l'hérésie du diacre Photin.

l'enfer, chant xi. 197

sont placés au-dessous, et sont en butte à une plus grande douleur.

» Ce premier cercle est tout entier pour les violents; mais il est construit et divisé en trois girons 1, parce qu'on peut faire violence à trois personnes :

» A Dieu, à soi, à son prochain. Et je dis qu'on peut leur faire violence ou dans leur propre personne ou dans leurs biens, comme tu vas le comprendre par ces raisons très-claires.

» On fait violence à son prochain en lui donnant la mort ou lui faisant des blessures douloureuses; on le violente, en le ruinant dans ses biens, par l'incendie ou par des larcins.

» Donc les homicides, ceux qui font des blessures, les incendiaires et les brigands , sont tourmentés dans le premier giron.

» Un homme peut avoir tourné une main violente contre lui-même ou contre ses biens : il est donc juste que dans le second giron il fasse pénitence, et sans espérance d'un sort meilleur,

» Celui qui s'exile, par sa propre volonté, du monde où tu vis, qui joue, dissipe ses biens, et pleure là où il aurait dû être en joie.

» On peut faire violence à la Divinité, en la reniant dans son cœur, en blasphémant contre elle, en méprisant la nature et sa bonté.

» Voilà pourquoi le plus petit giron tient scellés de son sceau Sodome et Cahors2, et quiconque, méprisant Dieu, l'injurie dans ses discours et dans son cœur.

» La fraude laisse des remords à toute conscience ; l'homme en peut user envers celui qui se fie en lui, et envers celui qui se défie ;

» Cette seconde fraude paraît donc briser les liens d'amour faits par la nature ; pour cette raison, dans le second cercle sont enchaînés

1 Giron ou cercle.

* Cahors, en Quercy, ville remplie alors d'usuriers.

» Les hypocrites, les flatteurs, ceux qui jettent des sorts, ies faussaires, les voleurs, les simoniaques, les rufiens, les fourbes, et tous les gens souillés de semblables ordures;

» La première fraude détruit l'amour qu'établit la nature, et cet autre sentiment qui le suit, et d'où résulte la confiance.

» Voilà pourquoi dans le plus petit cercle, centre de l'univers et fondement de Dite, quiconque a trahi est éternellement tourmenté. »

Et moi : « Maître, ton raisonnement est très-clair et me montre bien, dans ces divisions, cet abîme et le peuple qui l'habite ;

» Mais dis-moi : ceux qui sont plongés dans ce marais, ceux qu'emporte le vent, ceux que frappe la pluie, ceux qui vont se heurtant avec des paroles si âpres ,

» Pourquoi ne sont-ils pas punis dans la cité de feu, si Dieu les a dans sa colère? sinon, pourquoi sont-ils punis de la sorte? »

Et lui à moi : « Pourquoi, contre son ordinaire, ton esprit délire-t-il si fort? ou bien ta pensée est-elle occupée ailleurs?

» Ne te souvient-il pas des paroles de l'Éthique 1 que tu as étudiée, dans lesquelles il est traité des trois dispositions réprouvées par Dieu :

» L'incontinence, la malice et la folle bestialité; et comme l'incontinence offense moins Dieu et entraîne moins de blâme?

» Si tu examines bien cette sentence, te rappelant quels sont ceux-là qui font pénitence hors de cette enceinte,

» Tu verras bien pourquoi ils sont séparés de ces félons, et pourquoi, moins courroucée, la justice divine cependant les martelle.

— 0 soleil ! m'écriai-je, qui guéris toute vue troublée, tu me contentes à tel point, quand tu expliques une pensée, qu'il m'est aussi agréable de douter que de savoir

» Encore une fois, reviens un peu sur tes pas, et expli-

1 L'Éthique d'Aristote, ou Science de la Morale.

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