‹ Œuvres de Dante Alighieri: La divine comédieChapitre 10 sur 69 · LÀ DIVINE COMÉDIE AYANT DAITTE · texte numérisé non relu

LÀ DIVINE COMÉDIE AYANT DAITTE

Lucrèce compère si admirablement la yie. Le flambeau poétique ne s'éteint jamais : Dante Ta pris des mains de Virgile pour en éclairer le monde moderne.

Chaque époque a sa poésie qui lui est propre, et qui ne saurait être pourtant qu'une manière diverse d'envisager, sous ses formes variées, le problème de la destinée humaine ; car nous sommes de ceux qui croient, avec Théodore JoufTroy, que toute poésie vérilable, que toute grande poésie est là, que ce qui ne s'y rapporte point nVn est que fa vague apparence et le reflet. Celte blessure au flanc que l'humanité porte apréi elle, ce besoin toujours inassouvi qui est en nous et que la lyre doit célébrer; en un mot, tout ce qu'Eschyle pressentftt dans le Promélhèe, tout ce que Shakespeare a peint dtfii Hamletf ce pourquoi dontManfrcd demande la solution àTunivers, ce doute que Faust cherche à combler par la science, Werther par l'amour, don Juan par le mal, ce contraste de notre néant et de notre immortalité, toutes ces sources de Téter* nelle poésie étaient ouvertes dans le cœur d'Alighieri. Laaai de la vie, dégoûté des hommes, Dante s'est mis au delà da tombeau pour les juger, pour châtier le vice, pour chanter rhymne du bien, du vrai et du beau. C'est un de ces maîtres aimés qui sont sûrs de ne jamais mourir, car l'humanité, qui a coopéré à leur œuvre, reconnaîtra toujours en eux sa grandeur et sa miscic.

CUARLIS LâB1TT£,

TfOTICE SUR DANTE.

Celui qui deraît 6tre le chantre du catholicisme, Dante, naqurt à florebce, en Tannée 1265, d'Alighiero dcgli Elisoi, Jurisconsatte célèhre d'une très-ancienne famille, et de donna Bella. Dès Itige de trois ans il perdit son père, et bientôt sa mère^ qui, en mouftAt, le confia au secrétaire de la république. Durante (car ùanti if6ftt qae le diminutif de son nom] étudia tour à tour à Florence, à Bologne et à Padoue, et acquit dans les lettres, dans les sciences, ef iriéme dans les arts, les connaissances tes plus variées. Cette force encyclopédique se retroo?e chez tous les grands Italiens. Les pâmons les plus opposées agitèrent aussi cette âme mo^ iiU, éomme il le dit lui-même. La Yita Nuova nous raconte cet amour conçu dès Tenfance pour la fille de Folco Portinari, cette Béatrice qui, après sa mort prématurée, deyint, par une transfigfuration platonicienne, le symbole de la théologie. En 1291, l'année qui suivit la perte de Béatrice, il épousa Gemma Donati. Six enfants (cinq garçons et une fille] lui naquirent de ce mariage; mais il n'y trouva point la paix désirée, et Gemma fut, dit-on, rendue à sa famille.

l'homme inquiet aborda alors la politique. Dès 1289 et 1290, il svait vaillamment combattu contre les Gibelins, et la fameuse bataille de Campaldmo le vit exposé aux plus grands dangers.

n fut nommé, en 1300, un des prieurs de Florence. Ici commencent ses infortunes. Les factions si connues des Gibelins et des Guelfes désolaient alors la république : ce fût l'avis de Dante d'exiler les chefs des deux factions. Les Noirs ou Guelfes, attachés au parti du pape, furent envoyés à Gastello délia Pieve; les Blancs on Gibelins, qui tenaient pour l'empereur, furent relégués à Serazzana. Le prieur, selon qu'il l'affirme dans ses lettres, n'aida-4-il pobt au retour des Blancs? Toujours est-U que les Noirs, rentrés à f lorënée, en 1802, par le secours de Charles de Valois, massacrèfènt ou diassèrent à leat t(ynr leurs ennemis , et lAstruisirén contre les prieurs. Dante était alors en ambassade près du pape. n reçoit l'ordre de venir se justifier. Sur son reftu, ses biens souf

taaÊami^ H WÊimm mi. tmtt, at M i— il ' â hut faràlé td,

■V f^mtk iw k Ml de la t^^l^w.

Lm i^iiDru dci eâUi te fM, MoHi ^at le poêle, surpunl t prit Ctttt ^bH fhra Ji i^ «B <■ rinrencg. ■C'csildd a dM eipib de bob «rire, Ul <r Bn*n à Doute (amec rrta* BdahwdeaBflû*Mrlû-Btee!)',Mln torturés pcndsotliiir.

• ■■,HdeBo«iirMiili.BEa*^i«il«fiade 1S04, bs^*44 Jb mÉm p« •■ cMp te Bi^i kHA ; Monta, il te ttén i1ll> nae, d'oà il adraw aa pnph la Mb» rameuse ; ■ tifât â^ faid ftà ISUT > Entoile tnmatmfk tMa lie erraole qnl «dh tem bdcriiatedaiaat h i f|M|iri njawiimir I Italie, h FiMO^ rAntldore, Hmlenaid à Puii et i 0iiai4 dcâ tbêses de Ibéol^k''

la JKdw C*mliit, taamtacée tm UN, dut être la eoofipi Sdèk de Kt Taja^ei.

Ce«t la poète d'ua Ikéitegicai, dTaa fUNOpbe et d'un poUGqu

La théologie, c'e^i-dire lameace te Diea et de VbomDUtt IKen, Toili le cMé mytliqne et le cUé ■oral de cotte tripU (p>pie- Le poète rtconoaU «pw la lem cit dangereuEe, qu'on 1^ miilie, qu'on ('f ^are; il en loit, naji par la pocMG; il u» ten* le mouds uiytfique, l'efflrafe en Enrer aux supplices de ceu qui dctièrent de la route diiine; il le pnrille aux feux du PuTgiloirc ; puis il quille Virgile pour Béatrice : il quitte la poisi, langue humaiue, pour ta Ibéologie, lingue divine; i] voit en Ffr radia briller cetle croix formée dei inies île ccut qui doiuiènri leur lie pour Jésus; il Toit lu rose mystique somrant et se relBnum en louaut le Trèt-B«ul; arrivé cnlla devant te profil mi de Dieu, Danle, qui iléjà ne trouve plus du loiï pour reiidrs amour, est ébloui et ue peut lever les ;euv.

Le sens politique ou gilMlJn se trouve sons celle vision. L'Enfer' c'est l'anarchie; le Purgatoire, c'est le pa.*!ogc à l'ordre; le Pf radis, c'est la monarchie cliuae, (>pe de la monarchie inipëriab'

OnaditdeDautequ'ilélailietbéolog^ndespnëles et le poêle da thdologicus. A ne le coDsldérer que comme pitêle, Dante, en debort lie son temps, n'a point de terme de comparaison. L'épupcc grecque ne lui peut servir de mesure. Mais si, dans un même siècle, touto les teudancee de l'nrt sont d'ordinaire parallèles, les ligues gothiques de l'arcbiteele Arnolfo Lapo et d'Orgagna, entourées dettlorihires du campanile deGiotto, feraient deiincr laturnie doate^iu.

' iTTOa, Pn^iUfû il Dgn». '

■ F«ar l'ttiida ciTkSH da en ftirpitâUtat, \\k \t Foyo^ Danltijut, M

HOTICK SUA DANTE. 153

On le reconnaîtra : presque toutes les idées fondamentales de la JHvine ComidU , qui devait être le code impérieux de toute Térilé^ sont aujourd'hui ébranlées ou détruites : la physique, la philosophie, et la scolastique du moyen âge, n'existent plus; la politique a changé; le dogme, stable en lui-même, a perdu nombre de ses sujets; les formes même de l'art et de la langue se sont tellement modifiées, que chaque mot, en plusieurs endroits de ce peëme obscur o& les détails historiques et la théologie absorbent la poésie, demanderait un commentaire.

Il n'y a donc pas à s'étonner si, durant notre période clai^sique, Dante est resté dans une éclipse si complète. Boileau n'en fait pas mention, et Voltaire n'en parle guère que pour en rire. Pour le remettre eo lumière, et il l'est déjà depuis plusieurs années (par exemple dam sa couleur, grftce à M. Antoni Descbamps), il fallait en partie cette faculté compréhensive des autres époques que notre siècle alBe si bien à l'audace d'innover. De là ces traductions du Faus^ de la Jérusalem, des Lusiades ', ou des épopées orientales; ces reproductions des poèmes du moyen âge et des chants populaires; de là, en France (comme déjà à Weimar le firent Goethe et Schiller), les travaux de poètes tels que M. de Vigny et ses ainis sur les drames de Shakespeare '; et récemment encore l'exemple donné par M. de Chateaubriand.

Quant à l'auteur de la Divine ùmédie, quels que soient les changements nouveaux de l'avenir, il remontera toujoursà son rang par la force de l'idée chrétienne sur laquelle il s'appuya, et s'y maintiendra par ce fond général et humain où tous les poètes marchent sûrement depuis le grand Homère. Le soleil de celui-ci n'a jamais pâli.

Fidèle, nous l'espérons, au génie de notre langue, cette traduc» tion s'est efforcée aussi d'être fidèle au génie de l'auteur florentin. Les plis ondoyants de l'ancienne toge s'iû esteraient mal, il semble, à une figure semi-gothique. En effet, que demande-t-on, si ce n'est de connaître l'homme de tel siècle et de tel pays; avec le fond, de voir, autant que possible, les particularités de chaque forme? Cest par le même désir de vérité, que la coupe rhythmique de la itrzina (le tercet) a été, pour la première fois, conservée dans cette version : méthode utile à qui voudra suivre le texte italien.

Dante^ tout le fait croire, attendait de sa renommée poétique la

* Toyez les excellentes tradnclioDs de ees trois poèmes dans la BihUotMquê Charpen'ier,

' Bornéo et Juliette cl Macbeth, par M. Emile Deschamps. JuUt-Céeary par M. Auguste Barbier. Hamlety par M. Léon de Wailly.

lin de MB «m; mfeis les Im^acabla treftgraiM éi KftBfi, 4tti iMqOêlt il le fait d« lui-oième Jtige des thidlti dt d4M Indftl» dfrtalent mel 9er?ir de telles eepèratices. Attsel^ Henri de LmettAevif iKiminé empefeur, Dante nliétlta point à llappeier tenlre flih reiice;pui8^ adouci dans sa haine^ il ne tonhit pat YOCf le «iégedB sa patrie.

La retraite fofcée de Henri et bienlm sa iMVt mlnle rj^eSMH ponr jamais le poète dans Teiil. Gomme d^à tes «elglieitfs de h Scda, le prince de Ravenne^ Gnldo Nof ellb, hd oMl mie amfeak hospitalité.

Ontre II Bfvfiis Cméâiê ot la 7ita Nwnê, Dttrtft * oouipôai dfei ssniMfs^ des Mfi hér^wê, des coxjcoiiSj le OntuMo oti cMUHt* taire soi* ses tmitmê, une AUiprie nr Vîfg&i^ ÛÊê 4|bfMf« èà MfM, des paraphrases du Pam, du BjfmlMê, M ÛÊk IMlHMI Ab HuitetM, enfin (tenx traités en latin, 1^ li JfeMTdWf» HMM * VWfSH «ïdçnfd.

I>ante monnit à Rarenne en ISîl, à llgv dé ARÎAMIt Itt. Il fut enseteli ayec pompe et en habit ût (oiW. IM^MlMi iWM préparé cette épitaphe :

Jura monarchie, inperos, PhfegetODta, lacnffMi Lasirando cectni, Toloemot hX» qnoufqne : Sed i|aia pars cessii melioribus hospita castria, Aactoremqae doeem peiiit, felicior atlrfoy Hic claudor Danl<*t patriis extorris ab oris^ Qaem geouit parvi Florenlia mater amoris.

Sommairement^ telle est la ^ie du grand poète toscan. Nul n'a mieux prouvé la force du génie italien; nul, si ce n'est Idaddavs! par ses institutions ^ n'a fait de son pays une satire plus amèrS. Avec raison^ les Italiens ne se sont souvenus que du génie de leur grand poète, du padre Alighieri, celui qui créait leur langue et leur donnait encore une couronne épique.

Ils ont ajouté à son œuvre le titre de Divins, que lui nommait simplement Comiiie, croyant écrire dans le style mixte et moyen propre an genre comique.

La première édition publiée à Fuligno, en 1472, était intitulée : la Commeiia di Dante Alighieri di fiorenza ; la vingt-neuvième édition, qui parut en 1516, portait le titre de pivina. A^Jourdlnlt l'admiration pour Valtissimo pùeta s'en va toujours croissant, et ce n'est pas seulement sur la terre d'Italie.

Janvier lS4r«

L'ENFEB.

CHANT PREMIER

à» mittcm êm m^age <te U 'ne, Daala, ifrètë |»r tvoit gnaàt pinlMt fvil tyn- ImUm, kl4ixw«9 rOi^mil el l'Avarioe, tort de U boone roate. — Béêlrice (oa la Théoloe^), aimée de lui dans sa jeunesse, eoToie à ion tecovn le Gëa'e de la Poëaie \yk0kll^ ^, par l'ëlade dn grand et du beaa, le ramèana gradnêllameai à iaanla«|ilatkm des cbotet eéleilet. — CVii la aiéthode plalonideBM. — Ce pBêÊÊêf MèiakKiar daat set détails, est dose trèhchir dans son id^ pr^ mi^ et daat la dispoeftion des partie». — Tirgile, on la PoiWe, guidera Dante é travers TEnler et dans le Purgatoire; Béatrice, on la Théologie, sera son guide dais le Paradia. — ARvèe eet exposé, on comprend le poSta caiholiqoe, et Toa peut faire avec loi la grand voyage» r- Dante suit Tirgile. lis partent vicp la nuit.

AU milieu du voyage de notre yie ^y je me trouvai dans une forêt obscure*^ car j'étais sorti du droit chemin.

Ail! cela serait chose pénible à dire combien était sauvage, âpre et épaisse, cette forôt dont le souvenir renouvelle ma crainte.

EUe est si amère, que la mort ne Test guère davantage. Biais, pour parler du bien que j*y trouvai, je révélerai les autres choses que j'y ai vues.

Je ne saurais bien redire comment j'entrai dans cette forêt, tant j'étais plein de sommeil quand j'abandonnai le vrai sentier.

Mais lorsque je fus arrivé au pied d'une colline où se terminait la vallée qui m'avait saisi le cœur de crainte.

Je regardai en haut, et jQ vis son sommet déjà revêtu des

* Dante est descendu dans l'Enfer à Tàge de trente-trois ans, le Jour du ven- Ci^^ dredi saint, l'an 1300 ; il parcourut tous les cercles en vingt-quatre heures, c Ego dixi : In dimidio dierum meorom vadam ad portas infpri. > (Imlei zzviii, 10.)

' Symbole des passions.

iSé Là MfnE oonÉMc'

rayons de la pbaèfe* foi im» guide wûg&ÊÊgàéKm tous les seDtier».

Alors se calma on peu cette peur qui élût nstée dam k lac de mon cvEOTytoute cette nuit qpie je passai dans mie â

grande angobse.

Et cooune celui qui, soiii tout iiaietant de la mer sur k rivage, se retoome Ters l'oode périUease et la r^arde,

De même mon esprit, qui fuyait encore^ se retoumvt pour contempler le passage d'où jamais homme ne sorti TîTanl».

Puis, ayant reposé mon corps fatigué, je reims mon chemin par la plage déserte', gravissant de manière qœ nos pied le plus ferme était toujours le plus bas.

Et Toid, presque au commencement de la montée, ne panthère \ agile et très-Tive, et couTerte d*ime pean tachetée!

Elle ne se retirait pas de devant mes yeux^ mais elle oe barrait si résolûmeut le chemin, que, plusieurs fois^ je ise retournai pour i^evenir en arrière.

C'était le temps où commence le matin ; le soleil montait dans le del au milieu des mêmes étoiles qui l'entouraieDt quand Tamour divin

Imprima le premier mouvemeut à toutes ces belles choses. L'hcuie matinale et la douce saison me donnaient bonne espérance de conquérir la peau tachetée de cette bête sauvage ;

Mais non tellement que je ne fusse saisi de peur à la vue d'un lion qui m'apparut ^.

11 seml)lait venir contre moi, la tête haute et avec une faim si furieuse, que l'air même semblait s'en épouvanter.

Puis ce fut une louve * qui, dans sa maigreur, paraissait

■ Le loleiL

* Ce passage, c'est le pëchë morteU

* Le chemin qai mène à la verta. ^

* Symbole de la luxure. , : •

* Symbole de l'orgueil et de l'ambilioa. Symbole de l'avarice.

l'ehfeb. ciAirr u 157

chargés de dénrfl^ et quidéjjàa teoé bien des gens de vivre misérables.

Celk-ei me communiqua tant d'engourdissement par la peur qui sortait de ses yeuZ| que je perdis l'espérance de gravir la colline. v

Connue celui qui se plait à acquérir, et qni^ le jour venu d'une perte^ pleure et s'attriste dans toutes ses pensées.

Tel me rendit cette béte sans repos qui, venant à ma rencontre, peu à peu me repoussait là où le sdeil se tait^

Tandis que je reculais vers la vallée, devant mes yeux s'offrit quelqu'un qui, par son long silence, semblait devenu muet

Dès que je le vis dans le grand désert : « Aie pitié de moi ! lui criai-je, qui que tu sois, ombre ou homme véritable. »

n me répondit : « Non plus homme, mais homme j'ai été; mes parents furent Lombards et tous deux Manlouans.

9 Je naquis sous Jules, mais tard et dans ses dernières années ; j'ai vécu à Rome sous le bon Auguste, au temps des dieux faux et menteurs.

» Je fus poète, et je chantai ce pieux fils d'Anchise, qui vint de Troie après que le superbe Ilion fut brûlé.

» Mais toi, pourquoi retournes-tu à tes affiictions? pouiv quoi ne pas gravir le mont délicieux qui est le principe et la cause de toute joie?

— Oh 1 lui répondis-je, le front rougissant, es-tu donc ce Virgile et cette source qui répand un si large fleuve de poésie?

» 0 des autres poètes honneur et lumière, que ta longue étude et le grand amour qui m'ont fait rechercher ton livre me servent près de toi !

» Tu es mon maître et mon auteur, tu es le seul dont j'ai pris le beau style qui m'a fait tant d'honneur.

» Vois cette bête devant laquelle je retourne en arrière ; aide-moi contre elle, fameux sage, car elle fait trembler mes veines et battre mon pouls.

■ Là dore il sol lace.

198 u Mfuat coHÉDie.

-p- n iMit auiTre anè antre roote, répcmAÏÂ (^^ pleurer^ si tu veux échapper de ce lieu sauTagéi ' '

» Car c^te bète qui ta fiit tant crier oa laM» aBDon homme passer par khi chimiii» et t'y opjpoka A tel» fttA le tue.

p Elle est de sa nature d mddianie et ai croeEa, que jtmais elle n'assouvit ses avides désirs^ et apiès son rep» elle a plus feim qu'auparavant.

» U est beaucoup d'animaux auxquels elle s'accouple^ et il y en aura enéore davantage jusqu'au temps oh viendii le Lévriers qui la fera mourir dans les douieuTS.

V Celui-ci ne se nourrira ni de terre ni d'étain rafin^ mais de sagesse^ d'amour et de courage^ et son pays len entre Feltro et Feltre.

» U sera le salut de cette humUe Italie pour qui mnirurent de blessures la vierge Camille^ Tumus^ Eoryalsà MiSQs.

» U chassera la louve de ville en ville^ jusqu'à ee qiA Tait rejetée dans l'enfer d'où autrefois l'Envie la ât partir.

» A présent, pour son bien, je pense et je vois dairement qu'il est mieux que tu me suives ; je serai ton guide et je t'entraînerai hors d*ici à travei*s le royaume éternel^

» Où tu entendras les hurlements du désespoir; tu vitras les âmes plaintives des antiques damnés, qui af^peilent avec des cris une seconde mortV

D Tu veiTas aussi ceux qui sont contents dans les flammes, parce qu'ils espèrent (le temps venu) avoir place entre les ombres bienheureuses;

» Si tu veux ensuite monter jusqu'à elles, une àme viendra, plus digne que moi de ce voyage ; à mon départ je te laisserai avec elle.

» Car cet empereur qui règne là-haut ne veut point, parce que je fus rebelle à sa loi, qu'on vienne par moi dans sa cité.

' Can Grande délia Scala, seigoear de Vérone et bienfaiteur de Daate. — 8^Um quelques commentateurs, Uguccioue délia Fag{;iola. ' Desiderabunt mori, et mors fugiet ab eis. (Apoc, cap. iz, t. 6.)

L'mm. CBAiiT n. Ift9

1» n comflMnde en toat lieu, m&it c'est là^ut qull règne; là est sa grande cité et ton tiége ëlertf t 0 heureux celui qu'il daigne élire pour ce royaume! »

£t moi : « Poète, je te requiers |>ar ce Dieu que tu n'as point connu, s'il te plaît que j'évite ce mal et pire encore,

» Mène-moi là où tu as dit, afin que je Toie la porte de saint Pierre et ceux que tu m'annonces si désolés. »

Alors il se mit en marche, et je le suitis.

CHANT IL

Invoottioii MU MvfM. — Dftvto est saisi de lerrenr à II peaiëê #• ^wyete infernal. — Btssnré par Tirgtle, qui lui dit atoir éié esToyé par Bdatrtee, il te d^idé k Mivre son Dnc et son Maître.

Le jour s'en allait, et Tair rembruni enlcTait à leurs fatigues les êtres animés qui sont sur la terre; et moi seul

Je me préparais à soutenir les combats du chemin, et des choses dignes de pitié que ma mémoire retracera sans aucune erreur.

0 Muses, ô génie élevé, maintenant aidez-moi! 6 mémoire qui écrivis ce que j'ai yu, ici apparaîtra ta noblesse.

Je m'écriai : « Poêle qui me guides, juge si mon courage est assez fort , avant que tu me hasardes dans ce profond passage.

» Tu racontes que le père de Sylvius *, avec son corps sensible et corruptible, descendit dans le royaume immortel;

D Or, si l'ennemi de tout mal lui fut favorable, pensant aux grands effets qui devaient en sortir : quelles gens et quelle qualité de gens!

» Cela ne parait indigne à nul homme d'intelligence, puisque, dans le ciel empyrée, il avait été élu pour être le père de la féconde Home et de son empire.

• Éuëe.

liO LA MVWB GOHÉMB. -

» L'un et l'autre, à dire Trai^ ne ftnrent ëlahlls qtfenfikveur du saint lieu où iié^ le sueceaienr du premier Plem.

» Pendant ce voyage, pour lequd tu le TAnles^ il entandit dea clioses qui présagèrent sa victoire et le manlen papal.

» Ensuite le vase d'élection* fut ravi jiuqu'an dd pov réconforter la foi, qui est le principe de la voie da saliu

» Mais moi, pourquoi venir ici? qui me le permetT II ne suis pas Ën^, je ne suis pas saint Paul; devant nul at* tre, ni devant moi-même, je ne suis digne de cet hoonev.

» Donc, si je me livre à cette entreprise, je crains pov ma folle venue : tu es sage et tu m'entends mieux qoe js ne parle, x»

Et pareil à celui qui ne veut plus ce qu'il voulait, et fri, pour une nouvelle pensée, change soudain d'avis, de sato qu'il abandonne tout ce qu'il avait commencé;

De môme je faisais sur cette montée obscure, de sorts qu'à force de penser je réduisis à rien l'entreprise qui ta commencée avec tant de chaleur :

' « Si j'ai bien compris tes paroles, répondit cette ondve magnanime, ton âme est entachée de frayeur.

» Souvent elle s'empare de l'homme et le détourne d'une entreprise honorable; ainsi une fausse image fait reculer la bêle quand elle prend ombrage.

)> Pour te délivrer de cette crainte , je te dirai pourquoi je suis venu et ce que j'ai appris au premier moment ob j'ai eu compassion de toi.

» J'étais parmi ceux qui ne sont ni sauvés ni damnés*, quand je fus appelé pai* une Dame si sainte et si belle, que je la priai de me donner ses ordres '.

» Ses yeux brillaient plus que les étoiles , et elle commença d'une manière suave et calme à me dire avec sa voix angélique et son doux parler :

■ Saiot Paal qui fut ravi en paradis : < Quoniam vas elecUoDw est mibi ute. • (.4ct., IX.) * c Che son sospesi, » qui sout en sut^pens. c Cbt-à-dire dans les Limbe». ' Ceatrice, symbole de la théologie.

l'bnfek. cuamt u. 161

« Ame courtoise de Mantoae , dont la renommée dui-e encore dans le monde et durera autant que le mouTement doit se prolonger,

» Mon ami, et non celui de la fortune, est si embarrassé sur la plage déserte, qu'au milieu du chemin la peur Ta lait retourner en arrière.

)) Je crains (sur ce qu'on m'a dit de lui dans le ciel) qu'il ne soit déjà si égaré, que moi je ne vienne trop tard à son secours.

» Va donc, et avec tes paroles ornées, avec tout ce qui est capable de le sauver, aide-le si bien que je sois consolée.

y» Je suis Béatrice, moi, celle qui te dit d'aller. Je viens d'un lieu oîi je désire retourner; c'est Amour qui m'amène et me fait parler.

» Quand je serai aupi*ès de mon seigneur, je me louerai souvent de toi auprès de lui. n Alors elle se tut, et moi je repris:

« 0 Dame de vertu, par qui seule l'espèce humaine surpasse en dignité tous les êtres contenus sous le ciel, dont les cercles sont les plus petits,

y> Ton commandement m'agi'ée si fort, que si je t'avais déjà obéi, je croirais avoir obéi trop tard. Il n'est plus besoin de m'ouvrir davantage ton désir.

» Mais dis-moi comment tu ne crains pas de venir au fond de ce centre, du haut de ces lieux immenses où tu brûles de retourner?

— Puisque tu veux en savoir tant, je t'apprendrai en peu de mots, me répondit-elle, tout ce que tu veux savoir et pourquoi je ne crains pas de venir dans ce goulfk'e.

» Il faut craindre les choses seules qui peuvent faire mal à autrui; les autres, non; elles ne sont pas à redouter.

Y) Par la grâce de Dieu, je suis faite telle, que votre misère ne peut m'atteindre, ni les flammes de cet incendie m'assaillir.

jt n est au ciel une Dame gentille ^ qui gémit si fort des

* La Clémence divine.

idt LA Blfntt OMÉBdU

obstacles contre lesquels je feofolê, qoe, pn m dÊÊM, elle casse le dur jugement de U dlrino ImNOB»

» Elle s'est adresse^ à Lucie* dans sesi firlèret, cA M I dit :« Ton fidèle a besoin de toi et je teleteoûounaaAB.»

9> Lude, ennemie de tout coBor cruel^ t'eit «Uciidrfs A est venue dans le lieu où j'étais asdse, pri» de lllflipi Hachoir

1» Elle nfa dit : « Béatrice, traie loan^ de Um, m vas-tu pas secourir celui qui t'aima tant^ qull eilMi pour toi du vulgaire troupeau?

1» N'entends-tu pas sa plainte touchante?- ne iFoiMii fm là mort contre laquelle il combat sur ce fleuve pins ongeux et plus fort que la mer?

)» Jamais au monde il n'y eut une personne pins prûa|4i à courir vers son gain ou à fuir sa perte qoe met, dès f» ces paroles furent dites*

)» Descendant de mon siège de bonheur, je vins îAèÊÊ, pleine de confiance en ta sage parole qui fhoiiiofe et qui honore tous ceux qui l'ont entendue.

y) Lorsqu'elle m'eut parlé de la sorte, elle tourna en pkirant ses yeux brillants, ce qui me rendit plus prompt à partir.

» Je suis venu à toi selon qu'elle l'a voulu, et Je t'ai préservé de la bête féroce qui te fermait le plus court chemin de la belle montagne.

» Donc, qu'est-ce ? poiffquoit'arrêles-tu? pourquoi nourris-tu tant de lâcheté dans ton cœur ; pourquoi n'as-tu ni hardiesse ni courage,

D Puisque trois femmes bénies s'occupent de toi dans k cour du ciel, et que mes paroles te promettent tant de bien?»

Telles les petites fleurs inclinées et fermées par le froid de la nuit se dressent tout ouveites sitôt que le soleil ks blanchit.

Tel je fis de mon courage abattu, et une si bonne liar-

' Lade, U Grftoe divin« ou plutôt la Grâce illuminante. Lucie, lux, lamièiv. * Rachel, tille de Laban et épouec de Jacob, symbole de la vie

L'smn. GBAfrr m. 163

dlMse m'entra dant le eoMir, <iiie je m'écriai eomme mi bmmne décidé :

a Ob ! charif able> celle-là qui m'a secouru ! oh ! bienfaiflmty toi qui as si vite obëi aux paroles de véritë qifeUe t'a ^dit^sées!

D Ta voix a disposé de mon cœur et Ta tellement rempli du d^ir d'entreprendre le grand Toyage^ que me toilà retenu à mon premier projet.

» Va donc ! nous n*ayoDS qu'une seule vokmté à nous deux; tu es mon guide^ ta es mon seigneur, ta es mon maître. » Ainsi je lui parlai, et dès qu'il eut mardié,

J'entrai dans le chemin profond et sauvage.

CHANT III

Les deux poëtes «rriTent ft la porte de l'Enfer. — Inscription. — L'Eafef, scImi Dftot«, a la forme d'an entonnoir ou d'un cône reuTersë. — Outre on vestibule, Il Ht eomposë de nraf c<vcles on les supplices anjnneiiteAt d*iBteMtt^, ir arasure tfoe ïm cercles se réirécinent. -^ Dans le teAibnle, les poètes reoeontrmi les âmes qui Tëcurent sans Tertos et eans yices, et «fui sont sans cesse aiguiUoniK'es par des insectes. — L'Achéron. — Le nantonier Caron, r|ui refusait de recevoir an Thraiit dans sa bartine, cède ft l'ordro de Dieu. — Dante est surpris per on ptefoad lOflUBeiL

« Par moi l'on va dans la cité des pleurs, par moi l'on ▼a dans l'élemelie douleur, par moi l'on va chez la race damnée;-

V La justice anima mon sublime fu'chitecte; je fus faite par la divine puissance, la suprême sagesse et le premier amour *.

» Avant moi il n'y eut point de choses créées, sinon les étemelles, et moi je dure éternellement. Vous qui entrez, laissez toute espérance. »

Ces paroles, je les vis écrites en caractères noirs sui' le iiaut d'une porte; aussi je m'écriai : « Maître, le sens de ces paroles me semble dur. »

> C'eK-à-dire, par U Trloit^, ^ul tn Fuissaoee, Sagene et Amour.

IM LA DiVOIB GOMton.

Et kd comme un homme plein d'aflsoranee .:. « U fiait id laisser toute crainte; il faut qu'en soi tonte lâdieÙ. toi norte.

» Nous sonunes arrivés au lieu où je t'ai dit que tn Wr rais les races plaintives qui ont perdu le hiea de llntill* gence. »

Alors il mit sa main dans ma main d'un air riantfri raffermit mon coimige, et il m'introduisit an miliea te choses secrètes.

Là 9 des soupirs 9 des plaintes, de profonds gëmlssemMb résonnaient sous l'air sans étoiles, de sorte que je me lÉ à pleurer.

Idiomes divers, discours horribles, paroles, douleoiSi accents de colère, voix hautes et enrouées, et hriiils éb mains.

Faisaient un tumulte qui roule toujours dans cet lir éternellement obscur, comme le sable quand souffle m tourbillon.

Et moi qui avais la tête ceinte d'erreur, je dis : « Màttre, qu'est-ce que j'entends? quel est ce peuple qui semide si vaincu par la douleur? »

Et lui à moi : « Ce sort misérable est réservé aux tristes âmes de ceux qui vécurent sans mériter le mépris et sans mériter la louange.

» Elles sont mêlées au chœur pervers des anges qui ne furent ni rebelles ni fidèles à Dieu, mais ne furent que pour eux seuls.

» Le ciel les a chassés pour n'être pas moins beau, et le profond enfer ne les .reçoit pas, parce que les coupables en auraient quelque gloire. »

Et moi : « Maître, quelle pesante douleur les fait se lamenter si fort? » Il répondit : a Je te le dirai en très-pca de mots.

TU Ils n'ont pas l'espérance d'une seconde mort, et ksar vue aveugle est si basse, qu'ils sont jaloux de tout autre sort.

m Le monde n'en a gardé aucun souvenir, la miséricorde

l'enfer, chant m. 465

et la justice les dédaignent; ne |>arlons phis d'eux, msii

regarde et passe. )»

Et, comme je regardais, je vis un étendard courir en tournoyant et avec tant de vitesse, qu'il me semblait indigné du moindre repos.

Et derrière venait une si longue file de gens, que jamais je n'aurais cru que la mort en eût tant détruit.

Après que j'en eus reconnu quelques-uns, je regardai et je vis l'ombre de celui qui, par lâcheté, fil le grand refus*.

Soudain je compris et j'eus la certitude que cette troupe était celle de ces misérables aussi déplaisants à Dieu qu'à ses ennemis.

Ces malheureux, qui ne furent jamais vivants, étaient nus et sans cesse aiguillonnés par des mouches et dîes guêpes;

Elles faisaient ruisseler leur visage de sang, qui, mêlé de larmes, était recueilli à leurs pieds par des vers dégoûtants.

Or, cherchant à voir plus loin , je vis d'autres âmes au bord d'un grand fleuve ; c'est pourquoi je dis : « Maître,

» Daigne m'apprendre quelles sont ces âmes, et quelle loi les fait paraître si empressées de traverser le fleuve, autant que je puis voir par cette faible lumière. »

Et lui à moi ; « La chose te sera exposée quand nos pieds presseront les tristes rivages de l'Achéron '. »

Alors, les yeux honteux et baissés, et craignant que mes

' Selon quelques commentateurs, ÉsaU, qui renonça à son droit d'ainesse ; selon d'autres, DiocLétien, qui abdiqua l'empire; selon Ventarini, le pape Célcslin V ;

selon Lonibardini, un chef des Blancs ou Gibelins, Torregiano de* Cercbi, ctc

Voici la note de Grangier : « H met entre les hommes de néant et d'an lascbe courage le pape Célestin V, qui néanmoins fut un sainct personnage et enroUé m nombre des âmes sainctes et bienheureuses. Ce lionbomme fut dom Pierre de He- Tone de Sulmerre, ville au royaume de Naples, et avoit été longtemps hermite ; mais, éln par les cardinaux, il succéda an pontificat à Nicolas IV. Alors le cardinal Benoist d'Anania, créé pape Boniface VIII par la démission dudit Célestin V, persuada si bien à ce bonhomme de se retirer en son hermitage et quitter la di;,nité papale, qu'il le creust. > Nous peusons que celui qui fit le grand refus est Pilate.

* Le fleuve qu'on rencontre au vestibule des enfers est rAdiërou. On passe apièt le Styx, ensuite le Phlégéton, et enfin le Cocyto : car le Léthé coule an Pu^toire, où les butes sont oubliées. C'est ainsi que Dante accooiroode les idées do paganisme à son Enfor chrétien. (Uvarol.)

Là Brau

fueitiûot ne lui fiuMnt importmiMy J« waftiMm dèpirift

Jusqu'au fleure.

Et Toid sur un esquif Tenir à nous an Tîflliliid hltt^

criant :« Malheur à TOUS, âmes perrcnetl

)» N'espërez jamais de reroir le dd; Je Tiens poaf WÊ mener ài'autre riTCi dans les ténèlwes étanMUea^iiiSk chaud et dans le froid.

» Et toi, Tivant, qui te montres kk, ékigiin4ol-4iMi qui sont morts, v'ilais, Toyant que je ne nf élolgiiÉli p/f,

H dit : « Cest par une autre route, c'est psv vnel||i port que tu atteindras la plage, non en passant par kbl faut pour te porter une barque plus légère. »

Et mon giÀle à lui : « Garon^ ne f irrite pes; ontoiM ainsi là où Yùa peut ce que Ton Teul; ne danaude itaA plus. 1»

Par ces mots forent rassérénées les joues Ininsessi à nocher des marais livides, lequel avait autour des ^eoiài cercles de flammes ^.

Mais, dès qu*elles entendirent ces paroles emsUes, le âmes nues et fatiguées changèrent de couleur et grinotant des dents.

Elles blasphémaient Dieu, leurs parents, l'espèce 1»maine, le lieu, le temps de leur naissance, et la semence de leur semence et de leur enfantemeat ;

Ensuite elles se retirèrent toutes ensemble et en pleurant bien fort sur la rive maudite où est attendu quiconque ne craint pas Dieu.

Le démon Caron, aux yeux de braise, les réunit toutes par un signal, et frappe de sa rame celles qui sont trop lentes.

Conmie en automne les feuilles tombent l'une après l'autre, jusqu'à ce que les branches aient rendu à la terre toutes leurs dépouilles,

De même la race méchante d'Adam s*élance une à une de la rive au signal du nocher, comme fait l'oiseau à l'wf^ pel de l'oiseleur.

> mchel-Ange s'en souveutt de ces vers d«M it sabUase ftw^jW*

L'niFia. C8ANT IT. 167

Ainsi 1m Ioms 9'eii Tont nir l'onde binoe, et^ ayant qu'elles soient descendues sur l'autre bord, une autre troupe s'eft déjà rassemblée sur le bord qu'elles ont quitté.

a Mon fils, me dit le bon maître, tous ceux qui meurent dans la colère de Dieu accourent ici de tous les pays.

» Us sont pressés de travei^ser le fleuve, car la divine justioiç les éperonne si fort, que leur crainte se change en désir.

» Jamais une âme pure n'a passé ici; or, si Caron s'irritait contre toi, tu peux bien savoir à présent le motif de 9e$ pMqtes. 9

Quand il eut achevé , la sombre campagne trembla si fortement, que le souvenir de mon épouvante me baigne encore de sueur.

De la terre de larmes s'éleva un autre vent mêlé d'édairs vermeils gui m'enleva tout sentiment.

Et je tombai tel qu'un honune pris de sommeil.

* CHANT IV

Le fleoTA des Morts traTené, Dante se rëveiUe et deseead dsM le prenier eetdi S de r Enfer, qai «contient les Urobes. ^ Là, soot les àmet Ttrtnewet et iaso-

I «entef, qui o*OBt pas reçu le baptême. — Vertes prairies et bocages qn'babitent

des guerriers Ulostres, des poètes, des savants et des sages.

' Un tonnerre si fort chassa de ma tête le profond soin* meil, que je m'agitai comme un homme qu'on réveille en sursaut.

Je me levai, et, portant autour de moi un œil reposé, J« regardai fixement pour reconnaître le lieu où j'étais.

Je me trouvai sur le boixl de l'abîme de douleur^ triste vallée, d'où mille gémissements confondus s'élèvent comme un bruit de tonnerre.

L'abîme était si profond, si nébuleux et si obscur, qu'en vain je fixai mes yeux sur le fond ; je n'y distinguai aucune chose.

a Maintenant descendons là-bas, dans le monde téné-

I6S u Divnie coiiiHÎ.

breiu, me dit le poëte tout pftle ; je serai lé prenier et ti

seras le second. »

Et moi^ qui m'étais aperçu de sa pâleur, je loi répoofii: « Gomment irais-jc si tu t*épouvanteSy toi qui jui oontane de me réconforter dans mes incertitudes T »

Et lui à moi : « L'angoisse des malheureaz qui ■ont'ftbas répand sur mon visage une pitié que tu la frayeur. ■ -"^

» Allons, car la longueur du chemin nous pi il pénétra^ et ainsi il me fit entrer dans le pi qui environne Tabime.

Là, autant que je pus entendre, il n'y avait pas de plaintes; seulement des soupirs qui faisaient treoïblerlliir étemel.

Et cela provenait du chagrin sans soufirance d'one îàh grande foule d'enfants, d*hommes et de femmes.

Le bon maître me dit : a Tu ne me demandes pas qadi sont les espiits que tu vois? Or je veux que tu sacfaei^ avant de plus avancer,

» Qu'ils n'ont pas péché; et s'ils ont eu des mérites, œ n'est pas assez, puisqu'ils n'eurent pas le baptême, cette porte de la foi, dans laquelle tu mets ta croyance;

)) Et slls vécurent avant le christianisme, ils n'ont pas adoré Dieu comme il faut; et je suis moi-même un de ceux-là.

» Pour cela, et non pour aucun crime, nous sommes condamnés, et notre seule peine est de vivre dans le désir sans espérance. »

Une grande douleur me saisit le cœur quand je l'entendis* car je reconnus nombre de gens de beaucoup de valeur qui étaient dans ces limbes comme en suspens.

« Dis-moi, mon maître, dis-moi, seigneur, m'écriai-j^ alors pour me confirmer dans cette foi qui triomphe de toute erreui',

» Aucune d ces ombres n'a-t-ellc pu, ou par son mérite ou par celui d autrui, sortir de ces limbes pour arriver à la

L*EMFER. GHANT IT. i69

béatitude? » Et lui^ qui comprit ces {Muroles couvertes et obscures.

Répondit : « J*étais nouveau dans ce lieu quand j'y vis venir un être puisscuit, couronne du signe de la Tictoire ^

» 11 en tira l'ombre du premier père, d*Abel son (ils, et celle de Noé, de Moïse, législateur et obéissant;

» Abraham, patriarche, et David, roi ; Israël ' avec son pèro et ses enfants; Rachel, pour qui Israël a tant fait,

»'£t beaucoup d'autres aussi qu'il a faits heui-euz. Tu sauras aussi qu'avant eux les esprits humains n'étaient pas sauvés, n

Nous ne laissions pas d'aller tandis qu'il parlait ainsi; mais nous traversions toujours la forêt; la forêt, dis-je, des espiits.

Nous n'étions pas encore éloignés de la porte de l'abîme^ quand je vis un feu qui vainquait l'hémisphère de ténèbres |

Nous en étions encore à quelque distance, mais non telle que je ne m'aperçusse déjà que des gens honorables occupaient ce lieu.

a 0 toi, qui honores toute science et tout art, quels sont ceux-ci dont la gloire est si gi*ande, qu'elle leur donne une place toute séparée des autres ? »

Et lui à moi : a La noble renonunée qui pai'le d'eux là-haut, où tu vis, leur acquiert cette grâce du ciel qui les distingue ainsi, n

Alors j'entendis une voix : « Honorez le sublime poète *, voici revenir son ombre qui nous avait quittés ! »

Lorsque la voix s'apaisa, je vis quatre grandes ombres venir à nous ; leur visage n'était ni triste ni joyeux.

Le bon maître se mit à me dire : a Regarde celui-ci, avec son épée dans la main, qui vient en avant des trois autres, comme leur seigneur.

» C'est Homère, poëte souverain ; après lui, vient Horace, le satirique; Ovide est le troisième, et le dernier est Lucain;

■ La descente de Jésus dans les Limbes. * Jacob.

» Virgile.

170 LA ftltHlK COMÉMB.

» Chacun d'eux mérite, eomme moi, lé mm qw k friit unanime a fait résonner; ils me rendent liomiei]r,«tfliiMl bien. »

Ainsi je vis se réunir la belle éeole éé ee prlaoe éi émk fublime, cpii, au-dessus de tous les antres^ mHBàâam l'aigle.

Lorsipi'ils eurent discouru ensemble qaelqm peu, iis« tournèrent vers moi, avec un geste de salut dont se prit à sourire;

£t ils me firent encore plus d'honneur, ear ili mft dans leur compagnie, de sorte que Je fus le rfTJAwM^ pg^ ces grands génies.

Ainsi nous nous ayançâmes Jusqu'à la kunlère, pulaÉii choses qu'il est beau de taire, comme il était beau d'ea f^Ér là où nous étions.

Nous vînmes an pied d'un noble château, sept lpis«Hironné de hautes murailles, et défendu tout autour pv« gentil petit fleuve^;

Ce fleuve, nous le passâmes comme une terre ftriM; J'entrai, avec les sept sages, par sept portes, et nous noos trouvâmes sur un pré d'une fraîche verdure.

Là étaient d'autres personnages, aux regards calmes let graves; leur extérieur était tout plein d'autorité; ils pariaient rarement et avec une voix douce.

Bientôt nous nous retirâmes vers un des coins de cette prairie, dans un endroit ouvert, élevé et lumineux, d'où je pouvais distinguer toutes les belles âmes.

Là, debout sur le vert émail, me furent montrés^ les grands esprits, et, du bonheur de les avoir vus, je tressaille en moimême.

Je vis Electre * avec beaucoup de compagnons, parmi lesquels je reconnus Hector et Ënée, puis Césai*, armé, avec ses yeux d*épervier.

* Le ch&teau est pris pour la réputation immortelle que les poëies aeqvMrMit par leurs ouvrages. Les sept murailles signifient les sept vertus, la Justice, la Forée, la Tem|iërancc, la Prudence, l'Intelligence, la Sagesse et la Scieno^. L« nisseta signifierait l'éloquence. (Moutonnet de Clairl'ons.)

' Electre, mère de Dardanus, d'où est sorti Énéc, fondateur de l'empire imnain'

Llnomu auirr t. 171

D'un tutn àUé, je Tis Camille et PentbéiUëe; Je Tit le roi Latinus, assis auprès de Lavinie, sa fille;

Je vis ce Brutus qui chassa Tarquin, et encore Lucrèce; Jolie, Marcia, Gomëlie; je vis Saladin, seul à Técart.

Ensuite, âerant un peu plus les yeux, je vis le maître de ceux qui savent ^, assis au milieu de sa famille de phi« Iwophes.

Tous Tadmiraient, tous lui rendaient honmiage : là. Je vis Socrate et Platon, qui se tenaient plus près de lui que tous les autres.

Puis Démocrite, qui fait sortir le monde du hasard, Anaxa^ gore et Thaïes, Empëdode, Heraclite et Zenon;

Je Tis k bon observateur de la qualité, je Teut dire Dloscoride *. Je vis Orphée, Tullius, Linus et Sënèque la moraliste;

Le géomètre Euclide, Ptolémée, Hippocrate, Avicenne^ Galiien, Aterrhoès, qui fit le grand commentaire *.

Je ne puis les rappeler tous; le long thème que je dois suivre m'entraîne, et bien des fois les paroles sont trop brèves pour le sujet.

Bieutdt la compagnie des six se diminue de deux : le sage guide me mène, par une autre voie, hors de cet air immobile sous un air qui tremble;

Et je viens dans des lieux où rien ne luit.

CHANT V

Deuxième eerde où sont les Lmnrieox. — Ht errent Mut oett») agita» par le Tenu

Miiiot juge let Ames. — Dante rencontre Françoite de Rimini ti Paul, ton

amant. — Au touchant récit de leur malheur, le poêle s'éTanouit.

Ainsi je descendis du premier cercle dans le second, qui renferme moins d'espace, mais d'autant plus de douleui* : douleur poignante jusqu'aux cris.

> Aristote.

* Dioiooride a Tait m tiaitë det Trigëtaux.

■ Le commentaire sur Ariitote.

LA DIYIRB OaMâMÉ.

Là 8l^ lliotlible Minos en grinçant des âanU; il i les feules de ceux qui entrent; îlles ji^^et^par le aMNiff^ ment de sa queue, indique leur condanmalioD.

Je dis que lorsqu'une âme criminelle Tiait devant H elle se confesse tout entière; alors ce grand inquiaitenriei péchés

Voit quel lieu de l'enfer lui est réservé; et il se oeinlà sa queue autant de fois qu'il veut indiquer de cerdesinKrieurs où elle doit être envoyée ^

Beaucoup d'âmes sont toujours devant lui ; elles TontfaiB après l'autre à leur jugement, elles parlent^ elles entsnWi et puis eUes sont jetées dans le gouflre.

tt 0 toi qui viens dans Je séjour des douleurs ! Bseit Minos dès qu*il me vit et en suspendant ses graves foosHom

» Considère comment tu entres ici et à q[ui ta le flcii que la largeur de l'entrée ne te trompe pas *. »

Alors mon guide lui dit : « Pourquoi donc criee-tat

» Ne t'oppose pas à son voyage ordonné par le destinais le veut ainsi là où Fon peut tout ce qu*on veut; n*end^ mande pas davantage, n

Déjà commencent les voix plaintives à se ûûre entendie; je suis arrivé là où beaucoup de gémissements frappent moD âme.

Je vins dans un lieu muet ' de toute lumière, qui mugit comme fait la mer par la tempête, si elle est battue par des vents contraires.

La trombe infernale, qui jamais ne s'arrête, emporte les

* Nec vcro hao sine sorte data», sine jtidicc sedes. Qussitor Minos urnam iriovct : ille silcntûm Concilium(|ue vocat, vitasque et crimina discit.

[Mneid.j 1. vi.)

s Facilis descensus Avérai :

Noctes atqne dies patet atri janua Ditis: Sed revocare gradom, superasque evadere ad aan». Hoc opus, hic labor est.

{^neid», I. vi.)

Lata porta et spatiosa via est quao ducit ad perditionem.

(Sqint Matthiea, m.)

* lo Teoi in luogo d'ogni tuce inu(o«

L^mm. CHANT ▼. 179

esprits dans son tourbillon^ les fait tourner sans cesse^ les frappe et les tourmente;

Quand ils se trouvent devant ce souffle, leur supplice, ils grincent des dents, se plaignent, se lamentent; ils blasphcv ment la veriu divine.

J'appris qu'à ce tourment sont condamnés les pécheui-s charnels qui soumettent la raison aux appétits des sens.

De même que leurs ailes emportent les éloumeaux arrivant au temps froid en troupe large et serrée, ainsi ce tourbillon emporto les mauvais esprits;

Deçà, delà, en bas, en haut, il les promène; nulle espérance ne les soulage d'obtenir un moment de repos, ni même im moindre châtiment.

Et ainsi que les grues passent en chantant leur lai, et en formant une longue file dans Fair, ainsi je vis venir, traînant leurs plaintes,

Les ombres portées sur le tourbillon; c'est pourquoi je m'écriai : a Maître, quelles sont ces âmes que ce vent noir châtie si fortement ?

— La première de celles que tu veux connaître, me dit-il alors, régna sur une foule de peuples différents de langage ;

» Elle fut si abandonnée au vice de luxure , que tout ce ^ui plaisait fut permis par elle dans ses lois, afin d'effacer le i)lâme où elle était tombée ;

n C'est Sémb'arais, qui, selon ce qu'on lit, succéda à Ninus et fut son épouse; elle régna sur la teri% où commande le Soudan.

» L'autre est celle qui se tua par amour et rompit la foi promise aux cendres de Sichée. Puis vient la luxurieuse Cléopâtre. »

Je vis Hélène, qui amena un temps si funeste; je vis le grand Achille, qui eut lui-même à combattre enfin contre l'amour;

Je vis Paris, Tristan, et plus de mille ombres qu'il me montra en les désignant du doigt, et qu'Amour a fait sortir de notre vie.

Après que mon sage m'eut nommé les dames anciennes

Itf.

^74 LA MfOIB

el les cayalien, la pitié m'aceâUft et J'étais

Je me pris à dire : « Poète, je ptrioib TOlonttMlM deux qui volmit ememUe et pwafaieent «1 légenas wili . Etluiàiiu>i;« AUeiidsqa'eUesioieiitplii0iiited«BMI| alors prie-les par cet amour qui les mèoe, et ib vlmM àtoi.»

Sitôt que le yeut les indiiia yen nous, j'Acrral k %(Élff « 0 âmes tourmentées I yenei wn» park^j il «d flVJff oppose. »

Ck>mme des colombes, appelées par leurs didrêf yers le doux nid d'une aâeouycrte etlieniie,etpoffléei( Tair par même youloir ;

De même les deux âmes sortirent de le fimle efe Did^m, yenant à nous à trayers l'air mallirisant, iÉÉà appel affectueux eut de force.

a Être gracieux et compatissant, qui yiemi dans cet air dMCur, nous qui teignîmes le monde dessi^

» Si nous étions aimés du roi de Vuniten, nous le ftk' rions pour ton repos, puisque tu as pitié de notre mal OMT.

n Tout ce qu*il te plaira entendre et dire, noos-mèfflei rentendrons et le dirons de bon coeur, tant que le yeal, comme il le fait à présent, se taira.

)» La terre où je suis née ^ est située sur le golfe obkPâ descend avec tous les fleuves qui le suivent pour se reposer dans la mer.

D Amour, qui se prend vite au cceur gentfl, attadn celui-ci à ce beau corps qui me fut ravi (et ce coup inattendu me poigne encore).

D Amour, qui ne dispense nul aimé d'aimer, m'attadia si fortement au plaisir dont s'enivrait celui-ci, que, comme ta vois, jamais il ne m'abandonne.

* La ville de Bavenne, maintenant à trois milles de la mer. Françoise était Nie de Sirido da Polenta, seigneur de Rarenne. Aimée dn jenne Paal de Rimini qa'eOe aimait» ce Ait le frère a)në, Lancioilo, prioee boiteax et difforme, qu'elle ^loma. Les deux amants ne purent oublier leur première inclination. Ud- jour <|«1li U- Baient ensemble les aventures de Lancelot du Lac, le mari| oui lep égiêk, ks perft d'vB iième oosp d'épde.

ir'iram. ciaut t. 17h

n Amour nous a ooDduiti à la même mort. Là^ Gain * attend celui qui nous arracha la yie. » Telles furent les paroles de ces deux ombres.

Dès que j*eus entendu ces âmes blessées^ je penchai le viaage, et je le tins si longtemps baissé^ que le poète me dit : « A quoi penses-tu ? n

Quand je lui répondis^ je m'ëcriai : « Hélas ! combien de doux pensers^ combien de désirs les ont menés à ce pas douloureux ! d

Puis je me tournai vers eux et je leur parlai ainsi : « Francesca, tes malheurs me remplissent de tristesse et de pitié; Oi me font pleurer.

n Mais, dis-moi^ au temps des doux soupirs, à quel signe et comment Amour vous a-t-il permis de connaître vos incertains désirs? x>

Et elle à moi : « 11 n'est pas de plus grande douleur que de se rappeler un temps heureux dans la misère, et ton maître le sait bien *.

» Mais, si tu as un si grand désir de savoir quelle fut la première racine de notre amour, je ferai comme celui qui pleure et parle tout à la fois.

» Nous lisions un jour par passe-temps les aventures de Lancelot, et comment il fut épris d'amour; nous étions seuls et sans aucune défiance.

D Plusleus fois cette lecture fit nos yeux se chercher et notre visage changer de couleur; mais ce fut un seul passage qui décida de nous.

» Quand nous vîmes le doux sourire de Tamante couvert par le baiser de l'amant, celui-ci, qui jamais ne sera séparé de moi,

» Me baisa la bouche, tout tremblant; le livre et celui

* Gain, c'est-à-dire le eerde de CaTn.

* Sed si tanlas amor casns ct^noseere nostroi... Quanquam auimm memioiste korret, toclaque reftigit, Incipiam.

[JSneiâ., 1. n.) Boëce a dit : c In ooni advenitate fortao», iofeUcissimiiito gênas est infortunii fuisse felicem. >

176 LA mVlHB OQIIÉMB*

qui récririt furent pour nous qn antre Gallëhaat * ; œ joiir4à nous ne lûiaes pas davantage. »

Tandis que l'un des esprits parlait aiiisi^ Faotre pleotit si fort, que, par compassion, je déûûttiS' oomme si j'alWi mourir;

Et je tombai comme un corps mort

CHANT VI

Troisième cercle, oa des Gonnnands. — Sous vae plaie qai m, s^arrêto ; sont aiuqu^s et mordus par Cerbère. — Dante rencontre CteecOy qié U f^ éêê discoiUei de Florence.

Au retour de mes esprits égarés par la pitié et la trisleM dont m'avait pénétré le sort de mes deux parents.

De nouveaux tourments et de nouveaux tourmoilég m présentèrent autour de moi, partout où j'allais, partout ot je me tournais, partout où je regardais.

Je suis au troisième cercle de la pluie étemelle, maudite, froide et lourde; elle tombe toujours la même et de môme.

Une grêle épaisse mêlée d'une eau noiiâtre et de neige tombent à verse sous ce ciel obscur; la terre qui les reçoit infecte.

Cerbère, bête cruelle et monstrueuse, aboie de ses trois gueules de chien contre les damnés qui sont là submergés*;

11 a les yeux rouges, les poils noirs et gras, le ventre

' Galléhaut, qui servit les amours de Lancdot et de la reine Gincvre. * Hic férus umbras territat sty^ius canis, etc.

(SÉNÈQCE.)

Cerberus hacc ingens latratii rogna trirauci Personat, adverse rccubans immauis in antro. Gui vates horrere vidons jam colla colubris, Melle soporatam et niedicalis frugibus oITara Olqicit : ille fume rabidà tria guitura pamlcns, Corripit objeclam, alque immania terga resolvit Vttsus humi| toloque iogens extendilur anlro.

[JBneid,f I. ti.)

l'enfer, ghajst ti. m

large et les pattes garnies de griffes; 11 écorche les esprits, les déchire et les écartelle.

La pluie les fait hurler connue des chiens; les misérables damnés se font les uns aux autres un rempart de leurs flancs et se retournent sans cesse.

Dès qu'il nous aperçut^ Cerbère ^, ce grand Ter, ouvrit ses gueules et nous montra ses défenses; il n'avait pas un membre qui ne fût agité.

Alors mon guide ouvrit les mains, prit de la teiTe, et à pleines poignées la jeta dans les gorges avides de la béte.

Tel un chien se débat en aboyant et s'apaise dès qu'il mord sa pâture, tout occupé de la dévorer à Técart;

Tel le démon Cerbère fenna ses mâchoires impures qui étourdissent si fort les âmes, qu'elles voudraient être sourdes.

Nous passions à travers les ombres que la lourde pluie accable , et nous posions nos pieds sur leurs fantômes qui paraissent des corps.

Toutes gisaient à terre, hors une seule qui se leva promp* tement pom* s'asseoir, dès qu'elle nous vit passer devant elle.

a 0 toi, que Ton promène dans ces enfers, reconnais-moi, dit-elle, si tu le peux. Avant que je fusse défait, tu as été fait «. »

Et moi à lui : « L'angoisse qui te tourmente t'efface peutêtre de mon souvenir; il ne me semble pas que je t'aie vu jamais;

)) Mais dis-moi qui tu es, toi qui as été jeté dans un lieu si triste et condamné à un supplice tel, que, s'il en est un plus grand, il n'en est pas de plus déplaisant. »

Et lui à moi ; « Ta cité qui est si pleine d'envie •, que le sac, comme on dit, déborde, m'a tenu dans ses murs, où je menais une vie sereine :

' » Vous, habitants de cette cité, m'appelâtes Ciacco *. Pour

* Cerbero il gran vermo.

* Tu fosti, prima ch' io disfatto, fatto.

* Florence.

* Ciacco, pourceau. — Ce Fiorentio fui uo lioulToo ou un plaisant qui disait tov

178 LA mtIM QOVlMiC

le péché damnaUe de la goumieiidife^ me tioki» oonmli

ToiS; étendu sous la pluie. - ' .' . ^i^

n Je ne sols pas la seule âme triite; foutef tm^flSl^ sont condamnées à la même peine pour la mflini tllÊÊi$ Et il n'ajouta plus une parole. ■ - . . .'a

Je lui répondis : « Ciacco^ ta souffranoe me touche si let» qu'elle attire mes larmes ; mais di»*moi, ai lu le •«!% àfw en viendront . . . lu

D Les citoyens de cette dté divisée en factions I S'y twws t-il un juste? Dis-moi par quelle canseladJiGoidBinl nM{ dans ses murs? » : . r»!

Et lui à moi : « Après un long débat, ils en Tii sang; le parti sauvage ^ chassera l'autre parti*, pertes seront grandes. . f^fiJIk

» Puis il faudra que le parti sauvage succombe 'âf0jr trois révolutions du soleil, et que le parti d^abdtd Taimtfh relève à Taide de ce prince qui, à présent, eat enooaê m repos';

n Longtemps cette faction portera haut le front, tenaal ki faction rivale sous un joug pesant; aussi j'en pleure et J'm ai bonté.

» 11 y a encore deux justes ^ dans la ville^ mais ils n^ sont pas écoutés; Torgueil^ l'envie et l'avarice sont les troif brandons qui ont enflammé les cœurs. »

Ici Ciacco mit lin à son discours lamentable, et moi à lui : tt Je veux encore que tu me renseignes et que tu me lasses le don de quelques paroles.

)) Farinata > et Teggbiajo, qui furent si vertueux, Jaoobo

jours le mot pour rire et de gentille conTenation, mais menrtfUeosement à la gloutonnerie. (6.)

' Cest-à-dire le parti commandé par les Cerchi, famille de noblesse lunrreHe A sortie récemment des bois de Val di Nievoli. C'est le parti des Blanoiy av^ad ap* piirtenait Dante.

* C'est-à-dire le parti des Noirs, qui avait pour chef Corso Donati.

* Charles de Valois, frère de Philippe le Bel, lequel Tint an secourt des Noirs «t les rétablit à Florence en 1301.

* Ces deux justes sont Dante et Guido Cavalcanli, ton ami ; mIoii d'anlnt WB* mentateurs, Barduccio et Jean de Vespignano.

* f arinaU degli Uberti, illustre chef des QibeliM*

tonifia, ctujn n. 171^

usttcucdy Ârîgo et Mosca, et les autres qui appliquèrent or génie à faire le bien,

9 Dis^moi où ils sont^ et fais que je les connaisse. Un grand flr me presse de savoir si le ciel leur verse son baume, . l'enfer son poison. »

Et lui : a Ils sont parmi des âmes plus noires ; d'autres Ichés les ont plongés dans un cercle plus profond; si tu et descendre jusque-là, tu pourras les voir. » Mais, quand tu seras dans le doux monde, rappelle-moi, fea prie, au souvenir de mes concitoyens; je ne te dis 01 rien, je ne te réponds plus. »

Alors, ses yeux, qui étaient fixes, il les rendit obliques ; me i^arda un peu, puis baissa la tête, et il retomba parmi • antres aveuglés.

Et mon guide me dit : a II ne se relèvera plus qu'au son I la trompette de Tange, quand viendra la puissance ensmie du péché.

x> Alors chacun retrouvera son triste tombeau, reprendra chair et sa figure, et entendra le jugement qui doit reatir dans rétemilé. »

Ainsi nous traversâmes ce sale mélange d*ombres et de nie , à pas lents , en nous entretenant un peu de la vie tare.

D'où je me pris à dire : « Maître, ces tourments croî- )nt-ils après la grande sentence? Seront-ils moindres ou ront-ils aussi cuisants? »

Et lui à moi : « Souviens-toi de ta science, elle t'enseigne \e plus une chose est parfaite, plus eUe sent le bien et Lssi la douleur.

» Quoique cette race maudite ne doive jamais arriver à vraie perfection, elle espère en être plus proche après le gement qu'elle ne l'est à présent. »

Nous fîmes le tour de ce cercle en parlant de plus de choses le je n'en rapporte id; et nous arrivâmes au point où la »ute descend.

Là nous trouvâmes Plutus, le grand ennemi.

180 u DnriMB csoaÉML

CHANT VIL

^atrièiiM cercle, cetai des Prodigvet et dee Avant. — Ut «mt «omémiÉI

•*eatre<lioqiier ëteniellement. — Portnit de h Vorlvae. ^•'Tki^ HMIi deieendent dass le ciD^nième eerde.

a Pape Satan, pape Saktn, aUppe, » cria Flutai twà voix enrouée^; et ce sage gentil, qai snt toate dioM,

Dit pour me réconforter : « Que fa peur ne te veskëpà quel que soit son pouvoir, il ne t'empêchera pas dl^lV* cendre dans ce cercle. »

Puis, se retournant vers ce monstre aux lèvres saliHk il lui dit : « Tais-toi, loup maudit * ! Ckmsnme-toi briÉiÉ^ rement avec ta propre rage. . * '^

» Ce voyage aui. lieux souterrains n'est pas sans fÉte On le veut ainsi là-haut où Michel a tiré Tengeanee dttiM orgueilleux '. »

Gomme les voiles, gonflées par le vent, tombent sées quand le mât se brise, de même tonÛMi à terre la' cruelle.

Ainsi nous descendîmes dans la quatrième cavité, nom approchant davantage de la rive des douleurs qui engouffre tout le mal de l'univers.

Ah ! justice de Dieu ! qui donc entasse tant de tourments et tant de peines que j'en ai vu? Pourquoi nos fautes nous rongentrcUes ainsi?

Comme fait la vague sur l'écueil de Charybde , laquelle se brise contre la vague qu*elle rencontre^ de même ici les damnés s'entre-choquent.

Là je vis des damnés plus qu'en aucun autre lieu; ils

11. Lanci) orieotalisle romain, traduit ainsi ces mots hébraïques : « Sfrfeaiii) Aspetto di Salana, splcndi, aspetto di Salana prlmaio. »

■ Dans le premier chant, la louve est l*emblè:r.e de l'avarice, Platoa est le din des avares ; voilà pourquoi le poëte dit : « Maladelto liipo. > (H.)

* Et faclum est pra?liuai in cœlo, Miohael f\ Angeli ejus prorliabaniar cva Dra* conc. (Apocal.)

«.'ncrBR. auNT yu. 181

formaient oeux troupes^ ei, de part et d'antre, roulaient des fardeaux de tout l'effort de leur poitrine.

Ils se frappaient en se rencontrant^ et puis brusquement ils retournaient chacun en arrière^ et en criant : « Pourquoi retiens-tu et pourquoi jettes-tu? »

Ainsi, dans ce cercle noir, ils revenaient de chaque côté au point oppose, se mant sans cesse leur honteux refrain.

, Puis, quand chacun était arrivé à la moitié de son cercle, , Ils se retournaient tous ensemble pour recommencer une I antre joute ; et moi, qui en avais le cœur quasi poigne par la douleur,

]e dis : « Mon maître , indique-moi quelles gens sont ceux-d. Ont-ils été clercs, tous ces gens tonsurés qui vont Û , à notre gauche? »

Et lui à moi : a Tous furent si louches d'esprit dans lar

vie première, qu'ils ne surent faire aucune dépense avec

mesure.

» Leur voix l'aboie assez clairement quand ils vienn^t

c^. aux deux points du cercle où leur vie contraire les sépare.

Ik » Ceux qui n'ont pas de cheveux pour couvrir leur tôte

f" ont été des clercs, des papes et des cardinaux sur lesquels

i'airarice posa son joug. »

Et moi : « Mdtre, parmi tous ces gens-là, j'en devrais bien reconnaître quelques-uns , de ceux qui sont devenus immondes par ces vices. »

Et lui à moi : « Tu te perds dans une vaine pensée; la vie sordide qui les a rendus difformes les masque et len rend entièrement méconnaissables.

» Us reviendrcAt éternellement se choquer; ceux-ci ressusciteront du sépulcre le poing fermé, ceux-là les cheveux rasés.

» Pour avoir mal donné et mal gardé, ils ont perdu le monde céleste , et sont condamnés à ce combat. Pour te peindre ce combat, il n'est pas nécessaire de Tembellir par mes paroles.

» Or donc, mon fils, tu peux voir combien passe vite la

Idfe Là nmn

boufflte des M^i» oonnii à la fortuM* dt Mnr ImMlili race humaine s'oiorgoeiUil et is iWnwili.

» Tcmt rorfoi est «mt la knM, oa qui y ftd «MH^ ne pourrait donner un instant da lefoa à «M itria lac» ftmes fatiguées.

*- Maître, lui dis^ej «pprands-Aud nwJrtgPil toAiit cette (brtune dont tu me parles. Qn'at^eilp dono ainsi dans ses serres tous les Uens du mond^Ta

rtlnlliïïinî nfnllrn rn'itiirriflTfpml)i»ntilimliiiiUlip>

ranœ qui vous égare ! Or je yeux te imwtMt d^ mil 4^^

n Celui dont le savoir est supériaur à tout fit laf^^îmi leur donna un conducteur]; 4^ SQii^ goç (iMviV'Mi^ l^ille pour chaque partie^

» Par une distribution ^gale de la lui^iitroj  .Éipi pour les splendeurs humaines • il l<?wr insponi im§ QJpK nice qui^ adndnistrant toutes cl^ôses^ . .

» Ferait passer de temps ea temps les iralhea ridMJl d'une famille à une autre fEMOtulle^ d'une nation à une folis nation^ malgré tous les obstacles des prudences humiiiM.

1» Voilà pourquoi une nation commande et l'totre ^^sAt blil^ suivant le jugement de celle qui est cachée comme k serpent sous l'herbe *.

)) Votre savoir n'a point à débattre avec elle % car db pourvoit^ juge et poursuit son règne ^ comme le sien d»* cune des autres déités.

» Ses permutations n'ont pas de trêve; la Tuif^iSiM la force d'être rapide; de la sorte , il advient souvent quels tour change.

» Telle est celle qui est tant mise en croix par ceux qd lui devraient donner des louanges, et qui lui donnent à tort leur blâme et leurs malédictions.

)) Mais elle est heureuse et n'entend pas ces injures; calne parmi les autres créatures premières, elle iaît tourner sa sphère et jouit dans sa béatitude.

■ latet anguif in herbft. (Virg.)

* La Fortune. — Magnitique personnification. •— Voir Tode d'Horace ; 0 éitêi gratum qum régi» Àntium»

lYnrfeR. CBANT TH. 183

» Descendons maintenant vers des maux plus grands et plus lamentables; d^à s'abaisse chaque étoile^ qui montait quand je me mis en marche, et un trop long retard nous «st dëfendu« »

Mous coupâmes le cercle à l'autre bord, non loin d'une source bouillante qui verse ses eaux dans un ruisseau grossi par elle.

Cette eau était beaucoup plus obscure qu'azurée ; alors nom entrâmes dans un autre chemin plus bas que l'ancien, et toujours suivis par Tonde ténébreuse;

Un marais appelé Styx est formé par ce triste ruisseau lorsqu'il est descendu au pied des plages grises et infectes.

Et miÂ, qui à regarder me tenais attentifi je vis des âmes CuigeuseSy dans ce bourlHer, toutes nues et les traits irrités;

Elles se frappaient non pas seulement avec les mains, mais avec la tête, et avec la poitrine, et avec les pieds, et elles se déchiraient des dents morceau par morceau.

Le bon maître me dit : a Mon fils, tu vois les âmes de ceux foe la colère a dominés; je veux encore que tu tiennes pour certain

» Que sous cette eau se trouve une race damnée qui soupire; elle fait bouillonner l'eau à la surface, comme teTindique ton œil à toutes les places où il s'arrête. »

Fichés dans le limon, ils disaient : a Nous fûmes toiyours tristes sous cet air doux qui s'égaye au soleil, en portant au dedans de nous-mêmes une lour<]^ fumée;

» A cette heure nous sommes tristes dans ce noir bourbier*. y> Cet hymne, ils le gargouillaient au fond de leur gorge, ne pouvant prononcer une parole entière.

Ainsi nous décrivîmes un grand ajrc autour du marais fétide, entre la rive desséchée et l'étang, les yeux tournés vers ceux qui avalaient la fknge.

Enân nous arrivâmes au pied d^une tour.

' n est minuit.

* < Requiescens accidiosus io faoennlt suis. > (Jërémfe») Divid dit en parlant do paresseux : « Infixus snm in limo proftiiidi. »

CHANT VIII

CmiIiiihh «rde, eekl en Colères. — Les de» poitei tetTCint Je fl^ tel

^ 1» te^M <• FU^yu. ~ Ib rescoBtreat PlôKffe Aigtsli, JUvUfodtBMb

— les MwMs, M snad ëUMaeeMat de TtagilB, lev fawwt la p«lt dik

Je dis, en poursuivant *, que bien avant d'arriver an piei de la hante toor, nos yeux se portèrent vers aon aonmieti

A cause des deux petites flammes que nous vîmes plaeéei dessus. Une autre tour lui rendait le signal, nudsderitafai que Toeil pouvait à peine les distinguer.

Or, me retournant vers la mer de toute sdenoe*, je

m'écriai: « Que veut dire ce feu, et que répond cet antas? Quels sont ceux qui font ces signaux? »

Et lui à moi: «Sur ces eaux fangeuses, dëjjà tapeoxivÉ' ce qu'cm attend, si les vapeurs du marais ne te le cacheil pas.»

Jamais corde ne lança loin d'elle une flèche qui oooiAI dans Tair aussi agile qu'une petite nacelle que je vis

Venir vers nous sur les eaux. Un seul rameur la gouYe^ nait en criant : « Tu es donc arrivée, âme félonne?

— Phlôgyas! Phlëgyas' ! tu cries en vain cette fois, hd répondit mon soigneur ; tu ne nous auras avec toi que k temps de passer le marais. »

Tel un homme qui apprend une tromperie qu'on lui a faite, et ensuite s'en tourmente, tel fit Phlégyas dans sa colère contenue.

' Soit son chemin, soit sondrécit.

• Virgile.

* Phlégyas est l'emblème de la colère et des orgneilleui. Il était fib de Mais el roi des Lapitbes. U eut pour enranls Ixion et Coronis. Indigne de l'affiroat fn*Apollon avait Mt i sa fille, il mit le feu au temple de ce dieu, qui le t«n à de floches. (M.)

Pblegyasque miserrimus omnes Àdmonet, et magna testatur roce per umbras : Discite jastitiam mooiti. et non temncrc divos. (Virgi'e, lib. ti.)

l'enfei. chant nu. 188

Mon guide descendit dans la barque et me fit entrer après lui; mais elle ne parut chargée que lorsque je fus dedans.

Dès que mon guide et moi nous fûmes dans cet esquif ^ l'antique proue s'en alla, sillonnant l'eau plus profondément qu'elle n'avait coutume sous d'autres passagers.

Tandis que nous parcourions ce canal d'eau morte^ devant moi se présenta une ombre pleine de fange , et elle me dit : n Qui es-tu, toi qui viens ici avant l'heure? »

Et m(H : ce Si je viens, je ne demeure; mais qui es-tu, tal-miême, toi qui t'es rendu si dégoûtant? » L'ombre répondit : « Tu vois bien que je suis un de ceux qui pleurent, i»

Et moi à lui : « Dans les pleurs et les gémissements demeure^ esprit maudit! tout fangeux que tu sois, je te re* connais, n

Alors il étendit ses deux mains vers la barque, mais mon prudent maître le i*epoussa en disant : a Va-t'en d'id avec les autres chiens! )>

Ensuite il entoura mon cou de ses bras, me baisa le visage et me dit : « Ame saintement dédaigneuse, bénie soit la femme qui ceignit ses nobles flancs où eUe te pointait !

n Celui-ci fut dans le monde un être gonflé d'orgueil; aucune vertu n'a honoré sa mémoke; de là vient qu'ici son ombre est toujours furieuse.

D Combien se tiennent là-haut pour de grands rois^ qui seront couchés comme des porcs dans ce bourbier, ne laissant d'eux-mêmes que d'horribles mépris ! )>

Et moi : a Maître, avant de quitter ce lac, j'aurais un grand désir de voir ce pécheur plongé dans cette fange. »

Et lui à moi : a Avant de voir la rive, tu seras satisfait ; il faut que tu jouisses de ce désir. »

Peu après, je le vis tellement assaiUi par les ombres fangeuses, que j'en loue encore Dieu et je l'en remercie.

Toutes criaient : « A Philippe Argenti ! » Ce Florentin, esprit orgueilleux, se tournant contre lui-même, se déchirait avec ses dents.

Nous le laissâmes là, et je n'en parle pas davantage.

186 U DrtmtCOltBBL

Hftlf uiM plilntA dotdMmitrge tId( flntipflr mota oreille, âe

«orte qne, tont attentif, J'ooiTls !m yeaz dennt mo!;

Et le bon maître me dit : a Déjà, mcm fils, l'approche la cMqttla nom Dltâ'* hs habtteiltt Mnt lûïhcurcux.et leur fook at gnnde. > -

Et mA : « Maître, déjà an fimd de Ifl ^taStàe je distingae esrtalnemeiit ses mosquées, TenUéDlâl éontme si ell» Aident wrttes de la flamme. ■

n me répond» : < U feu étemel ([iil le« 'brille en dedu» IHir donne cette coolëur lOuga que ta vds dans ce bu eafer. •

Noqt entrAmes enfln dans les taaêéltj/ntàtiàt creusas sutobr de cette terre désolée; lé* mdrallus ni'ea paraissaicnl defet-.

Nous Tînmes, non sans avoir Mt d'almrd un grand lour, deiistm endroit DÙlenochflr'ooiuariabien tort : a Sorts! YOtci l'entrée. »

J'en vis sur les portes plus de mille tombés du ciel comne ime pluie, qui diSfdent avec cotfere : « Qn^ est ctlnl qri, sans la mort ,

« S'en Ta par le royaume des morts? s Et mon sagt mtdtre fit signe de Touloir leur parler en secret ;

Alors ils renfermèrent un peu celte grande colère, et Ql dirent : u Viens, toi seul, et qu'il s'en aille celui qid ait entré si hardiment dans ce royaume!

• Qu'il s'en retourne seul par sa route folle I qull eisaTe, s'il le peut; car tu resteras ici, toi qui l'as guidé dans eêut contrée obscure, n

Juge, lecteur, si j'étais rassuré au bruit de leurs pandef maudites; je crus ne retourner jamais sur la terre.

« 0 mon guide chéri, qui plus de sept fois m'as renda la sécarité et retiré des grands périls qui se dressèrent derant

■ Slla Ttairt i» Dii, qui n

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