‹ Œuvres de Dante Alighieri: La divine comédieChapitre 12 sur 69 · L*ENFER. CHANT IX · texte numérisé non relu

L*ENFER. CHANT IX

t du del qui tout environne. Je sais bien le chemin^ sois donc tranquille.

» Ce marais^ qui exhale la grande puanteur, entoure la ci(é de douleur où nous ne pouvons désormais entrer sans ri colère. »

t 11 dit encore d'autres' choses; mais je ne les ai plus dans ma mémoii^e, car mes yeux m'avaient entraîné tout entier vers la haute tour à la cime couronnée de feu. Là, je vis tout à coup paraître trois Furies infernales teintes de sang, lesquelles avaient des membres et des gestes de femmes.

Elles étaient ceintes d'hydres verdâtres; pour cheveux elles avaient de petits serpents et des cérastes qui s'entortillaient autour de leurs tempes hideuses.

Et lui y qui reconnut bien les suivantes de la reine de l'étemelle douleur : « Regarde, me dit-il, les féroces Érin-

»€ei1e^, à gauche, c'est Mégère; celle qui pleure à droite, c'est Alecto; Tisiphone est au milieu. » A ces mots il se tut.

De leurs ongles elles se déchiraient la poitrine ; elles se iNittaJent avec les mains, et criaient si haut, que, par défiance de leur rage, je me serrai contre le poète.

« Que Méduse vienne, et nous la changerons en pierre, criaient-elles toutes en regardant en bas; nous nous sonmies nud vengées de l'entrée audacieuse de Thésée. )>

— « Détourne-toi et tiens les yeux fermés, car si Gorçone se montrait, et si tu venais à la voir, il n'y aurait plus Ulespoir de remonter là-haut. »

Ainsi parla le maître; et liû-même me ût tourner en anière; et, ne se fiant pas assez à mes mains, il me ferma encore les yeux avec les siennes.

0 vous, qui avez l'entendement sain, découvrez la doc- ^ qui se cadie sous le voile de ces vers étranges !

Et déjà venait sur les ondes troubles un grand bruit plein d'épouvantement, sous lequel tremblaient les deux rives.

Il n'en arrive pas autrement, lorsqu'un vent^ irrité pftf

190 LA Dlttni OOMÉBlt.

de« chaleon amendes^ s'ttttaqiie à tme finNK, êl IttM Rompt les branches, abat et emporte les fleuri» tfiÊÊn

deTant lui, poudreux \Bt sopeilie^êt fait IWr tM MMMki

pâtres.

Il me découTrit les yeux, et il me dit : «A poréMtat A||^

le nerf de tes yeux sur cè\iBécmo»ÊMlfi»è,Vkék%ky^

est plus maligne. »

Gomme les grenouOles, devant 1& cotd^nn s'éparpillent à travers l'eau jusqu'à ce' que toiàltm amoncelées dans la bourbe/

De même plus de mille flmes damnées filmaient WP quelqu'un qui trayersalt le Stft à pied sec.

n écartait de son visage Tair ^ai^, en pQrfaiii,dè*|ip|i à autre sa main en avant^ et il ne seoibjait lae qnîl^ travail. ..!

Je vis bien qu'il était un messager du del^ et je tournai vers mon maitrei et M me fit signe de a tranquille et de m'incliner.

Ah! combien il me paraissait rempli de diédains I H i^ riva près de la porte, et, avec une baguette, Fouviit sus aucun obstacle.

« 0 démons chassés du ciel, race méprisée « s'ëcrie4-fl sur rhorrible seuil^ comment cette outrecuidaiice s'eit-aUe mûrie en vous ?

y> Pourquoi regimber ainsi contre cette volonté qui Jamiii ne peut manquer son but, et qui a tant de fois engmenlé vos douleurs?

)> Que sert de heurter le destin ? Votre Cerbère^ s'il vooi en souvient bien, en a encore le cou et le muteeii pelés. »

Alors il se retourna vers la route fangeuse sans nous dire mot, mais semblable à un homme pressé et mordu d'un Uwt autre soin

Que celui des gens qui sont là devant lui. Et nous, rassurés par les paroles saintes, nous dirigeâmes nos pieds vers la terre de Dite.

Nous entrâmes sans aucune résistance. Or, comme j'avais

B désir de connaître le tort de ceux que renferme cette brteresse^

Dès que j'y Aie entré, je promenai tout autour œea regards «rieuxy et je yie à chaque main une grande campagne leine de douleura et de tourment» cruels.

Gomme aux environs d'Arles, là ob le Rbdneett stagnant^ ûmme à Pola près de Quamaro, qui ferme Tltalie et baigne m frontières ^,

Aas sépulcres rendent le terrain tout montueui, de m£me d des sépulcres s'éleyaient de toutes parts, sauf qu'ici c'était dm ei&ayant.

Car les tombeaux étaient séparés par iu flamme» dan» iOaqiiAei ila devenaient si brûlant»» que le 1er n'est pu plus rouge pour le besoin d'aucun métier.

Tous leurs couvercles étaient soulevés» et il en venait au dehon de durs gémissements qui paraitsaient bien oeujL de pauvres suppliciés.

£t moi ; « Maître, quelle» sont ces gens qui, ensevelis dans ses arches , se font deviner à leurs soupirs douloureux ? »

Et lui à moi : <( Ce sont les hérésiarques et leurs partisans de toute» les sectes : ces tombe» sont beaucoup plu» remplies que tu ne peux croire.

» Ici le semblable est enseveli avec son semblable, et le» tombes »ont plus ou moins brûlantes. » Alors il tourna ï droite.

Et nous passâmes entre le» martyr» et la» hautes mu« cailles.

CHANT X

iisiène eerclt, otlul dt» BtfrtftiqaM. -^ Ils 9a^\ RU»«|ët 4êm 4m WmbM d« feu. — Dante y tronve Farioata dëgli UberU e( Cavalcaote deP Cavalcanli. — Fari- Bftta prédit an poëte SoieatiD ion exil et toutes ses infortoiies.

Maintenant, par un étroit sentier, entre les murs de la

* Pola, ville d'Istrie, sur TAdriatUpie.

m LA DlflllB OMftolB.

fiBe et les tombes des martyrs, moo maître s'aTance et je suis ses pas.

« 0 yertu souveraine^ m^écriai-je, qui nfentratnas à ta gré par les cercles impies, parle-moi et aatiiftds mes dUn!

» Pourrait-on voir ceux qui gisent dims les sépdkwi* Tous les couyerdes sont levés, et pesrsomie ne IkiilagaÉ à Tentour. »

Et lui à moi : « Tous seront fermés qfaand les âam n* Tiendront ici de losapbat avec les corps qu'elles ont hWi là-haut.

» Épîcure et tous ses sectateurs, qui font moittir Ilae avec le corps, ont leur cimetière de ce oAté.

» Donc, on va là dedims satisfaire prampCement i hdfemande que tu me fais et iui dërir que tume cadtesawasfc •

Et moi : « Bon guide, Jene tiau caché mon imm qrtJi de peu parler, et ce n'est pas à cette hmire seuleBHBtfV tu m'as disposé à cette réserve.

— « 0 Toscan, toi qui, vivant, t'en vas ainsi par kdtf de feu, parlant avec modestie, qu'il te plaise de f mutera ce lieu !

» Ton langage te dit clairement de ce noble pays auquel je fus peut-être trop funeste. »

Telles furent les paroles qui, subitement, sortirent d'un tombeau. Tremblant, je m'approchai un peu plus de moo guide.

Et lui me dit : « Tourne-toi, que fais-tu? Regarde FWinata qui s'est diessé dans sa tombe; tu le verras de la ceinture à la tête *. »

J'avais déjà mon regard Oxé sur le sien, et il se dressait de la poitrine et du front, comme s'il avait l'enfer en grand mépris.

Alors les mains courageuses et promptes de mon guide me poussèrent vers lui à travers les sépultures, en disant: Que tes paroles soient claires !

* Farinata, de la famille des IJberli à Florence. Ce fut lui qui, commandaat kt Gibelins, partisans des empereurs, gagna la fameuse bataille de Monte-Apert*. H est dans les tombes de feu comme partisan d'iîpicare.

L'klfPER. CSANT X. IM

Aussitôt que je fus au pied de sa tombe, il me regarda mi peu^ et puis^ d'un air de dédain, il me demanda : « Quels furent tes ancêtres? »

Moi qui étais désireux de lui obéir, je ne lui celai rien, mais je M découvris tout. Alors il releva un peu les sourdls.

Et dit : « Ils ont été cruellement opposés à moi et aux miens, et à mon parti; aussi deux fois je les ai bannis.

— S'ils furent chassés, lui répondis-je, ils revinrent de toutes parts, et l'une et l'autre fois; mais c'est un art que les vôtres n'ont pas bien appris. »

Lors, du côté où la tombe était découverte, surgit une ombre; celle-ci jusqu'au menton seulement; je crois qu*elle s'était levée sur ses genoux ^

. Elle regarda autour de moi, comme ayant le désir de voir si un autre était avec moi; mais quand ses soupçons furent , entièremeut éteints.

Elle me dit en pleurant : « Si c'est la force du génie qui t'a ouvert cette obscure prison, où est mon ûls, et pourquoi n'est-il pas avec toi ? »

Et moi à lui : « Je ne viens pas de moi-même; celui qui attend là me mène en ces lieux; peut-être votre Guido eut pour lui trop de dédain ? »

Ses paroles et son genre de supplice m'avaient appiis déjà le nom de cette cmibre ; aussi ma réponse fut-elle précise.

Se dressant soudain, il cria : a Gomment as-tu dit? il eut; ne vit-il pas encore? La douce lumière ne frappe-t-elle plus ses yeux? d

Lorsqu'il s'aperçut que je mettais quelque délai à lui répondre, il toinba à la renvei^se daus son tombeau, et ne parut plus dehors.

Mais cet autre magnanime *, pour qui j'étais resté, ne changea pas de visage, ne tourna pas le cou, ne comba point la poitrine.

* Céa CaTaleante de' CaTalcanti, père de Guido, ami de Dante et poëte, nuit qui sacrifia la poésie pour l'ëlnde des philosophes. *F«riittta.

414 U MVIBB

« SU! oot mal «pi^ o«i ui, dtt-il m obiHwmI w pfamtar fiopoif fida me tounneirt» pbw qw •• Ut, » Mab la Dame qui règne ki^ ne iilknoMTO IMCil^^

ftia M figiiie> qq« tu noru coadiiea Oit «rt iiC iiaril» » Et, afin que tu tvtonniaf dai^ te don «Hli^'ijhflt pourquoi ce peuple est H imiiloiaÙ» aavirt ki 0^^ chacune de aes loto? » . o

Sur quoi je lui dU I « U grand cmii0i QHi a iMifrnb' bia d'une couleur fouge eicile de tela dboDiini thp^lÉb

temple.» ^-J

Après qu'il eut secoué te tlli «a loqpfaivl : c|i riiÉ pas seul» 4iMl, à r ArUa « el oNtei et B^dtatt son que j'agis avec les autres**

» Mai» fêtais sral te où a Ait pfopoeépw truire Fterenoe, et c'est moi qui te débodto à itespM couvert •.

^ Ab! lui répondis-j^ puisse iroire net at jour! niais> joYous enpriet déiUteste Qciikl quia loppé ma pensée.

1» Il me parait, id j'ai bien onniMfis, que Tooa pféwimee que le temps amène avec lui, bien qu'il en soit nulnim—i pour vous dans le présent.

— Nous, reprit-U, nous sommes comme eelui qida b vue mauvaise; nous voyons les choses éloignées, c'est Bse lumière que nous accorde le guide souverain.

y Quand les choses approchent ou eziitent, toute Qobf intelligence est vaine , et si un autre ne vient nous l'ap* prendre, nous ne savons rien de vos affaires humaines^

)) Tu peux donc comprendre que toute notre intelligauff sera morte du jour où sera fermée la porte de ravenir. »

* La hamtef nommée «n enfer Prosorplne. ■ L'Arbia, rivière près de Monte-Aperto, où les Gibelins forent

* Florence vient d'élever à son sauveur une statue sous la galerie des Oflioei. En face est celle de Dante.

* FatOKliim est nescire mortuoi qnid afitar ; led poetea veto Mdin a^ li% ^ hinc ad eos moriendo pergunU PoNust etfam ab Aogelis andira aliqvkU

(Saint Augtitte.| .

L'taiirBE. oiAirr X. 195

Alors^ comme contrit de ma faute, je lui dis : « Apprenez donc à celui qui a si Tite disparu que son ûls est encore parmi les vivants.

» Si je restai muet au moment de répondre , ûdtes-lui iftToir que j'étais déjà préoccupé du doute que vous avez Maird. n

Et déjà m'appelait mon maître. Cest pourquoi je priai {dus promptement l'esprit de me dire près de qui il se I6nait.

n me répondit : « Je suis couché ici au milieu de plus de mille ; là dedans est le second Frédéric, et là le caiâinal ^ Sur les autres je me tais, n

A ces mots il se cacha, et moi Je dirigeai mes pas vers Fantiqae poète, songeant à ces paroles, qui me paraissaient menaçantes.

Il se mit en marche, et puis, tout en dheminant ainsi, U me dit : « Pourquoi es-tu si égaré? n Je satisfis à sa demande.

« Que ta mémoire, m'ordonna le sage, conserve ce que tu as entendu contre toi; mais, pour l'heure, fais attentbn. d Et il leva le doigt.

a Quand tu seras devant le doux regard de celle dont les beaux yeux voient toute chose •, tu sauras d'elle le voyage de ta vie. »

Après cela il tourna à main droite. Nous laissâmes les murailles, et nous allâmes vers le centre par un sentier qfû descend à une vallée.

Cette vallée exhalait une puanteur insupportable.

1 L'empereur Frédéric n, tov^ent ea guerre ivee les pepes, ttwtra léeqaele à éeri^ii des vers, excommunié pat Grégoire IX et lasocoit 17» et mort es 1250*

OtUviano degli Ubaldini, de Florence, et du parti gibeliO) Men que cardinal. Il

dit oM fbifl qp* s'il avlM vat lae, il Tatait pardae poar let OHeliai.

«Béatrice.

196 LA MvaiB rumtHMT

GHAUf ST.

GodUmmUi» dt tktlktÊb eerdt, ttM ûtk BërAlqMi. — HaiTBtfe Tomke d« pape Inattaae. •— là kw imt foftp tfinHwt, «C TlifBt «^Bpil Dute oonment, dans les troii oerdet qui svheaty mmI fNuUee 1« ^ehMill denx eipècet de Frauda.

A rextrëmitë d'une rive escarpée ^ que Ibnukitii grandes pierres rompues et entassées en cerde» iKni an^ vâmes au-dessus d'un goufire enoOTe plus terrible.

Et là, pour nous garantir des horrlUes ezbalikliani é de la puanteur que jetait le profond aUmej non abritftnies derrièrê le couvercle

D'un grand tombeau où je vis une inscrlptloii qui a Je renferme le pape Anastase, que Photin entnlnA kn du droit chemin ^ »

« n faut descendre ici lentement, afin d'aocoutumer ■ peu nos sens à cette triste odeur; plus tard^ nous n*j ferons plus attention. »

Ainsi parla le maître ; et moi : ce Cherche , lui dis-je, quelque expédient pour que le temps ne passe pas sans profit; » et lui : « Tu vois que j'y pense.

» Mon fils, continua-t-il, au milieu de ces rochers sont trois cercles, se réti'écissant de degré en degré, comme ceux que tu as quittés.

» Tous sont pleins d'esprits maudits; mais, pour quil te suffise de les voir, apprends comment et pourquoi ils sont enfermés.

)) L'injustice est la fin de tout mal qui s'attire la haine du ciel, et l'on arrive à cette fin qui blesse autrui, ou par la violence, ou par la fraude.

» Mais comme la fraude est un mal propre à Thomme, elle déplaît davantage à Dieu; pour cette raison, les fourbes

La chronique du flrère Martin de Pologne a trompe le poêle. Ce fui Tcmpereur Anastaie, au lieu du pape de ce nom, qui adopta Ibéréiie du diacre Pbolta.

L'ENFE». CHAKT XI. W

sont placés au-dessous^ et sout en butte à une plus grande douleur.

» Ce premier cercle est tout entier pour les violents; mais il est construit et divise en trois girons S parce qu*on peut faire violence à trois pei*sonnes :

» A Dieu^ à soi, à son prochain. Et je dis qu'on peut leur faire violence ou dans leur propre personne ou dans leurs biens^ comme tu vas le comprendre par ces raisons très-claires.

)» On fait violence à son prochain en lui donnant la mort ou lui faisant, des blessures douloureuses; on le violente, en le ruinsuit dans ses biens, par Tincendicou par des lai'cins.

)» Donc les homicides, ceux qui font des blessures, les incendiaires et les brigands , sont touimentés dans le premier giron.

T» Un homme peut avoir tourné une main violente contre lui-même ou contre ses biens : il est donc juste que dans le second giron il fasse pénitence, et sans espérance d'un sort ! meilleur,

» Celui qui s'exile, par sa propre volonté, du monde où tu vis, qui joue, dissipe ses biens, et pleure là où il aurait dû être en joie.

» On peut faire violence à la Divinité, en la reniant dans son cœur, en blasphémant contre eUe, en méprisant la nature et sa bonté.

» Voilà pourquoi le plus petit giron tient scellés de son sceau Sodome et Cahors*, et quiconque, méprisant Dieu, l'injurie dans ses discours et dans son cœur.

)» La fraude laisse des remords à toute conscience ; l'homme en peut user envers celui qui se fie en lui, et envers celui qui se défie ;

» Cette seconde fraude parait donc briser les liens d'amour laits par la natm*e ; pour cette raison, dans le second cercle pont enchaînés

' Giron ou cercle.

i^^ ' Cahors. en Qaercy, ville remplie alors d'iisiincr»t

nS LA DITIKE COHËDIK.

» Ua hypocrites, le* flatteurs, cenr qui jellent dps wrti, les fuussaiies, les voleurs, les simoniaques, les nifiens, ki fourbes, et toiis les gens souillés de semblables ordure»;

n La première fraude détruit l'amour qu'ëlablil la nature, el cet autre sentiment qui le suit, el d'où résulte ta conflnnce.

» Voilà pourcpjoi dans le plus petit a-rcle , centre à l'univers el fondement de Dite, quii^nque a trahi est élernellemeiil tourmenté. «

Et moi : o Maître, ton raisonnement est très-clair et roe montre bien, dans ces i ;el aMme et le peupleqoi

l'habite;

n Mais dis-moi : ce- plonges dans ce marai),

«Ht qu'emporte le |ue frappe la pluie, cem

qui voiil se heurlan' oies si âpres,

n Pourquoi ne sot <Is dans la cité de 1^, ■

(Heu les a dans sa un , pourquoi sont-Ils ptuil

de la sorte? »

Et lui à moi : a Pourquoi, contre son ordinaire, ton esprll délire-t-il si fort? ou bien ta pensée est-elle occupée allleun?

n Ne le souvient-il pas des paroles de l'iJthjque ' que ta as étudii^e, dans lesquelles il est traité des trois disposilioiB réprouvées par Dieu :

n L'incontinence, la malice et la folle bestialfléj el comme l'incontinence oITense moins Dieu et entraîne ni(*n de bl4me?

« Si tu examines bien celte sentence, te rappelant qudt sont ceux-là qui font pénitence hors de celte enceinte^

n Tu verras bien pourquoi ils sont séparés de ces ftSoo), et pourquoi, moilts courroucée, la justice dirln« cepented leR martelle.

•— 0 «oleil ! ffi'écrial-je, qui gnérii toute vue troiâ^ tu me contentes h tel point, quand tu espliqnes tiDe puite, qu'il m'est aussi agréable de douter que de savoir

» Encore une Ibis, reviens un peu sur tes pas, el eqili'

I L'Ëtliique d'Arliluw, » Scieiki d« k lonll.

L'ami, aunt iit. IM

quê-DôOl floimttetit htsiire oflëoflê la dlTine bonté; tnndie oe nœud.

*^IA phttotopbie, me répondit-il, enseigne en plus d'un Hen, à qid l'ëttàie, que la nature tke son origine

» De l'intelleet d&Tin et de son art; et si tu consultes bien ta ph^siqae^ tu trouveras, sans tourner beaucoup de pages,

D t^e Fart humain suit autant qu'il peut la nature, comme le diseii^ son maître, si bien que Fart hamain est comme le petit-fils de Dieu.

w Et partant de ces deux principes, la nature et Tari, si tu te rappelles la Genèse, tu sauras que la nature nous donne la rie, et que Fart vient ensuite Faider.

» L'usurier suit une autre voie, et méprise la nature et FaH qui Faccompagne, et place ailleurs son espérance.

» Mais à présent suis-moi, car il me plait d'avancer. Le signe des Poissons monte sur l'horizon, le Chariot est ren Versé sur le Ck)rus S

» Et plus loin le rocher s'abaisse. »

CHANT XII

Première enceinte dn septième cercle, on dei Violents. — Les deux poêles renooa* trent le Minotanre qui en est le gardien. — Les Violents contre la yie et les biens dn prochain sont plongés dans an fleuTe ée sang. -^ Plot bas, les poêles rencoMreoi ma troupe de Gantaores. » Un d'era, la «antaBra Ness«f, port* Dana a«r sa croupe au delà du Phlégétoo*

Le lieu où nous avions à descendre le précipice était si impraticable, et tel à cause de cé qui s'y trouvait, que toute vue s'en détournerait.

Telle est cette ruine qui frappa FAdigê au flanc, en deçà de Trente, ou par Feffet d'un tremblement de ten*e, ou fente de souticti •.

De la cime du mont où elle s'ébranla à la plaine, la roche

' C'e8t>à-dire, Toid TAurore.

* Les éboulemeÉH du moÊk BaNo, «feira VAwatt Tnat*»

SM LA DIVINE COMËOie.

est tclleiiiunt béante, qu'elle ne serait aucun passage à ipii serait en haut.

Telle étail la descente de ce précipice; et sur le sommel do ce roc entr'ouvert élail ^Icndu le monstre, opprobre de la Crète, (jui fut conçu dans la fausse génisse '.

El quand il nous vit, il se mordit lui-même, comme celii que la colèi'e brise au dedans.

Mon sage lui cria : a Peut-être tu crois qu'ici est Le chel d'Atbèoes qui, là-haut dans le monde, te donna ta tnorl'.

B Ya-t'en, bêle ! celui-ci "p ï'put pas instruit parta smtr, mais il vient voir vos châl . «

Tel que le taureau qui i"' i càié où il a reçu le cuiç

mortel, et qui, sans p""' etoumer, bondit çà el là,

Ainsi je vis faire le , et mon prudent maître

s'écria : « Cours à l'ouvei'mre. t ndant qu'il est en fureur. il est bon que tu descendes. »

Nous fîmes donc route par c : déchaîne de pierresqn'i tout instant ce poids nouveau misait rouler sous nos pieds.

le marchais eu râvant; il me dit : « Tu penses peut-<ln' à celle ruine qui est gardée par cette fureur bestiale que j'ai éteinte.

11 Oi- je veux que lu saches que la dernière fois qne je descendis dans le bas enfer, celte roche n'était point encore éa'oulée,

n Uais un peu avant [si je ne me trompe) que vint du cercle divin celui qui * enleva la grande proie à fiilé. s

De toutes paris l'impure vallée trembla si profondémait, que je pensai que l'univers ressentait cet amour par leqnel il en est qui peuvent croire

Plusiem's fois le monde retombé dans le diaos; et c'est alors que cette vieille roche se renversa ainsi de part £l d'autre.

(bHais fixe les yeux sur la vallée; car voici la rivière de

, ipm 11 lUHHiii, dgKcadil >

l'etifer. chant XII. 201

sang dans laquelle bout quiconque par la violence a nui aux antres. »

0 passion aveugle ! ô folle colère ! qui nous ëperonne ainsi dans notre courte vie, et qui après, pour l'éternitt^, nous plonge dans de telles eaux !

le vis une ample fosse tordue en aix;, comme celle qui embrasse toute la plaine, selon ce qu'avait dit mon guide.

Et entre le pied de la roche et cette fosse couraient à la file, des centaures armés de flèches, comme ils avaient coutome dans le monde d'aller à la chasse.

Nous voyant descendre, chacun d'eux s'aiTêta, et trois se détachèrent de la bande, tenant en main leur arc et leur flèche tout prêts.

Et Tun cria de loin : « A quel martyre venez-vous, vous qui descendez la côte ? Dites d*oîi vous êtes, sinon je tire Farc. »

Mon maître dit : « Nous ferons réponse à Ghiron, ici près; pour ton malheur, tes désirs ont toujours été trop vifs. r>

Puis il me toucha et me dit : <( Celui-ci est Nessus, qui mourut pour la belle Déjanh*e et vengea lui-même sa propre mort.

» Ei celui du milieu, qui se regarde la poitrine, est 1c ^and Chiron, qui éleva Achille ; cet autre est Pholus , qui tut plein de colère.

» A l'entour de la fosse ils vont par mille et mille, perçant de flèches toute àme qui sort du sang plus que sa faute ne le permet. »

Nous nous approchâmes près de ces monstres agiles; Chiron prit une flèche, et avec la coche il retroussa sa barbe derrière sa mâchoire.

Quand il eut découvert sa grande bouche, il dit à ses compagnons : '< Vous êtes-vous aperçus que celui de derrière ^ iait mouvoir ce qu'il touche?

» Ainsi n'ont pas habitude de faire les pieds des morts. »

' DaoiCi qui suivait Virgile*

Et mon ^i<le, qui était dëjà à sa poitrine, oii les deux oiluroa s'unissent.

Répliqua ; « il est bien vivant, el je dois, seul, lui roon- Irer ainsi la sombre vallée. La nécessité, et non son choii, l'amène ici.

D Elle a cessé nu moment de cbanter alléluia, celle qui m'a commis à ce nouvel oflice. Ce n'est pas un brigand,(t moi je ne suis pas une Ame criminelle.

> Alais, au nom de cette vertu qui dirige mes pas dm une route si sauvage, donne-mni un des tiens qui n compagne,

» Et qui nous montre un e Iroit guéable, el qui pcpfH celui-ci sur sa croupe; car ce st point im esprit qui iT par les airs, d

Chiron se tourna du côte d et dit h Nessils : ■ Va, • guide-ies, et si une autre Iroi les rencontre, i!carte-la< *

Nous nous mimes en marcne iious cette escorte Adèle,)! long des bords de cette rouge écume dont les noyés poi» Baient d'bombles cris.

J'en vis plongés jusqu'aux paupières, et le grand centaure dit : il Ce sont les Ijrans qui vécurent de sang et de rapine,

n Ici se pleurent les torts impitoyables; ici est Alexandre', el le cruel Denys qui fil BoulTrir tant d'années douloureoiei à la Sicile.

a Et ce front qui a le poil si noir, c'est E^zelino » ; et cet autre qui est blond, c'est Obezzo d'Esté ', qui véritablement

>> Fut assassine par son beau-llis, là-bau( dans le monde. * Alors je me tournai vers le poêle, et il me dit : ■ Qse HeMi EOit ici ton premier interprète ; je ne serai qoe le lecoaà. t

Un peu plus loin, le centaure s'arrêta aiMlewusdeilaiilBéi que l'on voyait sortir la télé hors du fleuve.

11 nous montn nue ombre seule k l'écart, en t

' Obïiu d'Eue, miiquii de FwruE

L'niftB. CBANT XIU, 203

« Celui-ci frappa, dans le giron de Dieu, le cœur que l'on honora encore aux bords de la Tamise ^; »

Puis, J'en via qui tenaient la tête et aussi tout le buste bon du lac, et de ceux-là j'en reconnus bon nombre.

Ainsi, de plus en plus, le sang baissait et ne couvrait plus que les pieds, et ce fut là que nous traversâmes la fosse.

« Par la raison que de ce côté tu vois la source diminuer toujours, dit le centaure, je veux que tu croies

» Que de l'autre elle pèse de plus en plus sur le fond^ josqu'à ce qu'il se réunisse à celui où la tyrannie est oondtiniiée à gémir.

» CesC là que la divine justice a pk»igé eet Attila qui fut son fléau sur la terre, et Pyrrhus, et Sextus '; 9i que pour Fétemité elle arrache

» Les larmes qui échappent, à chaque bouiUoonement, à JHaoé de Gorneto et à René d^' Passi *, qui flrfot si rude guerre aux grands chemins. »

Puis il se retourna et repassa le gué.

CHANT XIII

fcegide «neelnte dn septiène otrela «m à» ViolAoti «ontit fin wiwm ..- I^ liitMct HBl tii||>ri4(»ii«és ^ans des trtres el des boiaiopa. — Lu I>iMi|>Meiifs •m ptirmiTii fax des cbieni, — Pierre Desvi^nes, Lano de Sienne, Jacquei ^Padone.

NesBus n'était pas encore arrivé de Tautre côté, quand nous pénétrâmes dans un bois qui n'était marqué d'aucun sentier.

' Gai de MoDtfort. Pour veoger la mort de Simpn, son père, toë en Angleterre Pir Edouard, il assassina, en 1271, dans nne (église de Titerbe, Henri, frère d*Édooard, pendant qne le prMre était à réiëvation. (M.)

* Pyrrhus, roi d'Épire, on Pyrrhus, lils d'Aebille, qui maaiaera Priam et immola Polyzène sur le tombeau d'Achille; — Seitn, ils de Tarqnia le Superbe, ou Sotos, 61s de Pompëe.

' Renë Coraeto, gentilhomme fameux par ses yoIs et ses asrassinats ; messire

Jteaier Pano, aussi gentilhomme, de l'ancienne famille des Pazzi de Florence, éuit un Toleur et guetteur de chemins, Msassinani les usa et dérobent lea autres, si bien qu'en son temps il ne fidiait pas sûr d'aller m tek qnvtien où il iMait. (0.)

Le feuînage n'en élail pas vert, mais de couleur noirâlre; les branches n'en éUienl pas unies, mais nouGuses et tout» cRtrcmëléFs; il n'v avait pas de fruits, mais des épinea av« du pdison.

Elles n'ont pa» de foiuTés si âpres ni si épais, tes bêles sauvages qui ont en haine les lieux cultivés entre la Cddu et Conieto '.

Là font leur nid les harpies brutales qui chassèrent lu Troycns des Strnphades avec le triste presage du mal futur'.

Elles ont de larges ailes, des cous et des visages humaioii des pieds avec des spiros , ■ grand ventre couvert dt

plumes. Elles font des laiu ins sur ces arbres étranges.

El mon bon maitre : > : d'entrer plus avant, sacb

que tu es (km la seconde ,. olc, commença-t-il à m dire, et tu y seras jusqu'à i .

" Tu arrives dans les hoi sables. C'est pourquoi,!)^ '

garde bien ; lu verras des cu. ijui n'obtiendi-aîent aucwt foi si je t'en faisais récit. »

J'entendais déjà de toutes parts pou>.ser des gémissements, et je ne voyais personne qui les fit. C'est pourquoi je m'arrêtai tout éperdu.

Je crois qu'il crut que je croyais ' que ces voix sortaiem de la poitrine de gens cacliés pour nous.

Aussi mon maître dit : o Si lu romps quelque peliK branche d'un de ces arbres, les pensées que lu as se Irmivcronl toutes fausses. »

Alors j'étendis la main un peu eu avant et cueillis une

c, lillc ds Éuti du jniw.

L'EIfFER. CHANT Xm. 205

branche d*un grand arbre^ et son tronc cria : a Pourquoi me casses-tu ? »

Et aussitôtil fut noir de sang, et il recommença à crier : « Pourquoi me déchires-tu ? N'as-tu aucun sentiment de pitié?

n Nous avons été hommes^ et maintenant nous sommes devenus des arbres ; ta main aurait bien dû être plus compatissante^ quand même nous aurions été des &mes de reptiles, i»

Comme d'un tison veii qui est enflammé par Tun des bouts et qui de l'autre gémit et pétille à cause de l'air qui se fait passage^

Ainsi de ce tronc sortaient ensemble des paroles et du sang^ et je laissai tomber la branche, et m'arrêtai comme rhomme qui a peur.

a Ame blessée, répondit mon sage, s'il avait pu croire tout d'abord ce qu'il a pourtant vu dans mon poème,

» 11 n'aurait pas porté la main sur toi; mais Tinvraiseroblance de la chose m'a fait lui conseiller ce qui me pèse à moi-même;

» Mais dis-lui qui tu fus, aûn qu'en dédommagement il rafraîchisse ta mémoire dans le monde où il lui est permis de retourner. »

Et l'arbre : « Tu m'amorces avec un si doux parler, que je ne puis me taire; et que je ne vous sois pas à chai*ge, si je m'oublie un peu à causer avec vous.

» Je suis celui * qui tint les deux clefs du cœur de Frédéric, et qui les tourna si douces et pour fermer et p^ur ouvrir,

» Que j'écartai presque tout autre de sa confiance; et j'apportai tant de foi à ce glorieux office, que j'en perdis le sommeil et la vie.

» La courtisane * qui n'a jamais détourné du palais do

' Pierre Desvignes, jurisconsulte de Capoue. Il fut longtemps dans la faveur de rcniporuur Frédéric II, dont il e'iait le chancelier. Accuse de trahison, il eut les veux crevés. De dé>:espoir, il se brisa la tète contre les murs de son cachot. •- C'était en 1249.

» L'Fuvie.

là

CéiBT ■ f<es yeux efli-onlés, pesli- commune el vice dei eom^'

n Enflamma contre moi tous les esprits, et, enflammf^ ils enHammèrent tellcmciil Auguste *, que mes jojQux ht» Tifun se changËrcnt en liistc deuil.

n Mon âme, dans un transport dédaigneux, croyant fm la moi-t fuir le dddain, me rendit injuste coalrc moi-inâM (jui ëtatB si Juslo. .

1 Par les racines nîcenle» de ce bois, je vous jure ^$f, jamEiis je ne manquai de foi à mon roaitre, qui fut si diffit' d'être honoré. '

» El fi l'un de vous reloi u monde, relevez ma ili>'

moiie, qui gll encore sou? i p que l'Envie lui a port&t

Le poète altendit un ; ilors : o Puisqu'il se lil^

■ne dil-il, ne perds pas le w mois parle, iiiterroge-b à I tu i:n veux savoir davanlag

El moi à lui : « Demandi )i*mBme encore ce qu« lu

crois pouvoir m' intéresser; ïqj i ne pourrais, tant la pilie in"altri,->te. »

Cest pourquoi il recommença, e Si cet homme fail ponctuellement ce que la prière a réclamé, esprit emprisonnf, qu'il te plaise encore

» De dire comment l'flme s'enferme dans ces nœud!, » dis, si tu le peux, si jamais aucune se dégage d'un lei

Alors le (roue souffla fort, et ce vent se convertit en celte voix : » Je vous répondrai brièvement.

n Quand l'âme féioce esl pailie du corps dont elle s'est clfe-niêtne arrachée, Minos l'euviiie au sepliëme cBtxie.

» Elle lombe daus la torél, et l'endroit n'est pas choiâ, mais là oîi la fortune la lance, elle germe comme an grain d'épeautre.

» £Jle pousse en rejeton el en arbre; las liaqtiea, tm m repaissant ensuite de ses feuilles, tiii font imc doiUaivcl un passage à cette douleur.

n Gonutté lés Autres âinds^ nom ^ùoMoûê féeuélUIr nos dépouilles^ mais sans pour cela qu'aucune de nous s'en pnillO revêtir^ etr il n'est {As juste d'avoir ce qn'on s'est 6të toitoêtûe.

D Nous les traînerons ici; et^ dans la lng:nbré forêt, nos ) eorps seront sUi))endus chacun à l'arbre de son ombre tourmentée. »

. Note étions encore attentifs 5 croyant qu6 le tronc en TOUlàit dire davantage^ lorsque nous fûmes surpris par un bruit:

Pireifiem^nt à celui qui entend tenir le sanglier et la jji etiassê à sdn postée et qui écoute mugir les bêtes et les lnran« j, chages.

Et teilà) sur la gaucbe, deux malheureux^ nus et tout déchirés, fhf ant si fort, qu'ils rompaient toutes les petites branches de la forêt.

Celui de dérant : « kcùùanl accours! d mort I n êtTautre^

qui était trop lent à son gré, criait : « Lano,

» Tes jambes n'étaient point si agiles au combat de la Pieve del Toppo; » et Thaleine lui manqua sans doute, car de lui et d'un buisson il fit un groupé *.

Derrière eux la forêt était pleine de cliiennes noires, avides et courant comme des léyriers dét6u:hés de leur chaîne.

Elles se jetèrent à pleines dents sur le damné qui s'était cachée et le déchirèrent en lambeaux; puis elles empcnrt^nt ses membres douloureux»

Mon guide alors me prit par la main et me mena au buisson, qui déplorait en vain ses plaies Saignantes.

« 0 Jacques de Saint'-André * 1 disaitrili à quoi bon m'atoir

* Lano, de Sienne. Les troupes dont il faisait partie ayant été attaquées par MU a'AHtetoy LaM fffëféra k mort k la ftHM» él fPérit «n eembattaiit TailliÉiment.

* Jae4|ttM #6 9ÊitA»Aa6»éf gentUlHmiiBe de Padeve) q«i dissipa tente sa fMntM en foBes dépensés. ^ On eente de toi, dit Grangier} qu'alieiil à Tenise^ par la Brenta, avec quelques autres gentikhommés, «l toyacnt ^n'uÉ efaacttti des autrat s'eierçdt ft Jouer det lÉstrvments tm à obaât^; pour il'Mire <riÉtf, Il jéttoit ses esctfs un 6 un dans ladieiê ritière. Une auWe Ibis phiiieurs geMUslM^nnes i'éitaflt allés trouver en sa maison des champs, et lui, les royant de lofai, peuf lèvf fiiiri

208 LA. DI¥lliE COMÊME.

pris pour refdget Esi<e nu faute, à moî^ si ta vie fut coupaUe?»

Quand inoD maître se fut arrêté près de ce lioissoii, il dit : « Qui étais-tu, toi qui, criblé de blessures, exhales avec da sang ces paroles plaintives ? »

Et lui à Dous ^ : « 0 âmes, qui êtes venues vmr le cruel ravage qui m'a séparé ainâ de mes feuilles,

» Ramassez-les autour de leur triste buisson; je fus de la dté * qui quitta son premier patron pour saint Jean- Baptiste; aussi ce patron dédaigné

» Toujours l'attristera avec son art redoutable; et n'âait que sur le pont de TAmo il reste encore de lui quel^ image,

n Les citoyens qui rebâtirent cette dté sur les cendres qu'Attila avait laissées après lui, auraient fait travailler es vain.

» Moi; je me suis fait un gibet de ma mais(m. »

CHANT XIV

Troisiêaie enceinte dn septième cerde, on des Violents contre Dien, contre h

Hatore, contre la Société.

Dès que l'amour de la terre natale m'eut saisi, je rassemblai les feuilles éparses, et je les rendis à celui qui était déjà mraué.

De là nous touchâmes au point où le second cerde se sépare du troisième, et où se voit la puissance terrible de la divine justice.

iMnnettr, il fit mettre le fen en tontes les cabanes et nêtaîries de ses labonmn et vilbgecîs.

* Dans Tombre <|ai parle ici on croit xoir Bocco de' 3Ioxzi, qni se tna apfès avoii dissipé tons ses biens, on Lotto de* Igli, autre Florentin qii s'ëtmngU du d^ses- IMÎr d'avoir rendn une scnteoce iniaae.

• Plorence, dont l'ancien patron était le dien Mars. Sa statne éqnestre se voyait «MQte, en lUT, snr le Ponte>TecckiO| d'où nn débordement de l'Amo l'empéria ««ec «ne partie dn po«U

L*EIfFKR. CHANT XIV. 209

Pour bien expliquer les choses nouvelles, je dis que nous arrivâmes à une lande qui écarte toute plante de sa surface.

La forêl douloureuse est sa ceinture, comme la fosse de sang est celle de la forêt. Là nos pieds s'arrêtèrent tout au bord.

L'espace était couvert du même sable aride et épais que odcd qui fat jadis foulé aux pieds par Caton *.

0 vengeance de Dieu ! combien tu dois être redoutée de quiconque lit ce qui se manifeste à mes yeux !

le vis de nombreux troupeaux d'âmes nues qui pleuraient toutes misérablement; et leur sentence semblait différente.

D'aucuns étaient couchés sur le dos, d'aucuns étaient assis xmi ramassés,^ et d'autres marchaient continuellement.

Ceux qui faisaient le tour du cercle étaient les plus nombreux, et le moins ceux qui gisaient à terre pour leur sup- 3lice, mais leurs langues étaient les plus déliées à la plainte.

Sur toute l'arène pleuvaient lentement de larges flocons le feu, pareils à ceux de la neige dans les Alpes, quand il le fait pas de vent.

De même qu'Alexandre, dans les parties brûlantes de 'Inde, vit tomber sur son armée des flammes qui restaient ;ur la terre sans s'éteindre ;

De sorte qu'il ordonna à ses troupes de fouler aux pieds le k)l, attendu que la vapeur s'éteignait mieux tandis qu'elle ^tait seule :

Ainsi descendait le feu éternel, et l'arène s'embrasait ^nirae l'amorce sous la pierre, pour doubler la souffrance les âmes.

Leurs malheureuses mains étaient sans aucun repos et x)ujours en branle deçà, delà, secouant loin d'elles un emt>rasement nouveau.

Je commençai : « Maître, qui as surmonté tous les obsta-

' Le sable de la Libye, qae Galon d'Utiquc iravorsa, après la mort de Pompée, toar rejoindre rarmëe de Jaba .

Wfl L

des, hors ceux que nous ont opposùs les démoni infleiQilet à l'entrée de la porte ',

H Quelle est cette grande ombre qui n'a pas fair de se Bouder de l'incendie, et gît si dédaigneuse et ai Carom^, qu'il ne semble pas que la pluie la donnple? n

El l'ombre', s'aperce\ant que je pai'laia d'eUeâniflii guide, cria : u Tel je lus vivant, tel je suis mnrt.

» Quand Jupiter fatiguerait son forgeron, duquel, dus sa colère, il prit la foudre aiguë dont je fus frappé h. nun dernier jour;

M Et quand il fatiguerait l'un après l'autre tous les noin oavriera de l'Etna, en criant : Aide-mol, aide-mol, hon Vulcain !

11 Ainsi qu'il fit au combat de Phl^gra ', et qu'il me perçi de toutes ses Qëcbes, jamais il n'aurait de moi pleine vengeance, n

Alora mon guide parla avec tant de force, (pie je ne l'a'ain pas encore entendu pai'lor si fort : oO Capanée ! si ton orgueil ne s'amortit pas,

» Tu en es plus puni. Aucun martyre ne serait une douleur eomparable à celle que ta rage 1b fait souiiVir. »

Puis il se retourna vers moi eu disant avec de plus douœi lèvres : u U fut un des sept rois qui assiégèrent Thèbes '. 11 avait et semble encore avoir

» Dieu en dédain, et il ne semble guère qu'il le prie; msis, comme je le lui ai dit, ses dédains mêmes sont le bien digna prix de son cœur.

» Or, viens derrière moi, et prends garde de ne pas meltie encore le pied sur le sable brûlant; mais tiens-toi tot^joan serré près de la forêt. »

Nous arrivâmes en silence à l'endroit ob s'âançait bon de la forêt une petite rivière dont la rougeur m'épouvanle

suce dëlinil ! Sujunlm cDTHsmpKw u aqni. {TStb., L m.) Hminii ittiMt, Foljnice, Ijtlèe, SlppcoUca, AfflpbhnM, tu.

Tri 91e iM dû Bnlkame* le mtoêeauqai li partagent

entre elles les pécheresses, telle cette rivière courait sur

Le Ibiid el lé bcttd dé chai)ae 6Ôté ëtaietit fidts de pierre ;

c'est pourquoi je pensai que c'était là qu'il fallait marcher.

« Entre totttee les dtoses que je t'ai mottinfet depuis que ntfùê soomiei^itrfo par la porte dont le sedl n^ett inteiilit à personne,

» Tes yetut n'ett cmt p6hit dëcoutort d'aussi rMnarquable que ee courant qtd amortit en lui toutes les IleBiiDee. »

Telles furent les paroles de mon guide; c*esl pourquoi je le priai de me donner rattmenftdool il m'ateit domié le désir.

«c Au milieu de la mer est un pays en ruines, dit^ âlori^ qui s'appelle la Crète, qui eut un roi* soàs lequel le monde ftitehaste;

D Là est un mont jadis orné d*eaux et de feuillages, et at^lë Ida, et maintenant désert comme toute diose tieUle.

9 Jadis Rhéa le choisit pour le herceau fidèle de son Ûls, et pour le mieux cacher, quand il criait, elle y îakeli poiUK sér de grandes dameurs;

19 Au dedans de la montagne se tient ddiout un grand vieillard', les épaules tournées vers Damiette^ et I'gbH sur Rome' comme sur son miroir;

» Sa tète est Ibrmée d'or fin, et de pur argent sont ses

* Source d'eaux minéralet, k deux milles de titerbe, où let ptotlHoëet allaieut prendre des behlt.

* Saturne. — > Juvënal avait dit :

Credo ptodietUtn, Batufio tegé, ÉMraMtt Ib terris.

* \m deseriptfoB do eette statM est senAlabie i «Ub éom ptfle tla^M, ao clnp. u de sa prophétie. — Id Dante veut Sgvrer le Temps. — < La teste d'os fin, dit Grangier, signilie Testât d'innocence, que les poftes appellent ftge doré; la poitrine et les bras d'argent, et le reste jusqu'aux caisses d'airain, pois les jambes de fer, signlBent lee trois effet d'aafeot, é'siniÉ dl do ftr %ai cttoieM toucan de pis en pis. >

* Damiette, on l'idolAtrie.

* Rome, ou la vraie religion*

SIS Là Dm»

hrts et M poitrine; puif il est de caine jneyA ïmÊm' diure; #

» De là en bas, il est tout de fèr agM, sauf que le pied droit est de teiie coite, et il pose sur oèliii4à pins qoe lor Tautre.

» Chaque partie, exœpië l'or, est rillnnnAi d\me Ûmn d'où dégouttent des lannes qui, en s'amaasant, pennth montagne.

» Leur cours se dirige dans cette Tallfe; àjlmioamt TAchéron, le Styx et le lU^iéton; puis ellea par ce ccmduit étroit

> Jusqu'aux lieux où Fon ne descend plus; eUesy le Gocyte, et tu verras quel est ce lac ; donc je ne feu psrii pas id. »

Et moi à lui : « Si le ruisseau que je yobi âéche aioriè notre monde, pourquoi n'est-il Tisible qu'à la lisièfe deciHi forêt?

Et lui à moi : « Tu sais que ce lieu est rond, et quriin tu aies fait bien du chemin, en descendant toujours an ioal vers la gauche,

» Tu n'as pas encore parcouru tout le cercle ; si donc il ^apparaît chose nouvelle, elle ne doit pas amener la 8U^ prise sur ton visage. »

Et moi encore ; « Où se trouvent le Phl^éton éi le Léthé? Sur l'un tu te tais, et de l'autre tu dis qu'il se forme de cette pluie de larmes.

— Toutes ces questions me plaisent, répondit-il, mais le bouillonnement de cette eau rouge aurait dû te résoudre une de celles que tu me fais.

» Tu verras le Léthé, mais hors de cette enceinte, là où les âmes vont se laver quand la faute expiée est rémise ^ »

Puis il dit : « Il est temps de s'écarter du bois; fah en sorte de me suivre; les bords nous offrent un passage; ils ne sont pas brûlants,

» Et sur eux toute ardente vapeur s'éteint. »

' Dans le Purgatoire.

t'ENFSR. CHANT XV, 213

CHANT XV

Suite. -* Dante reneoDtre sod maUre Branetto laiinl, qai lai prédit MA exil de Florence. — Il loi recommtnde ion Tré$or.

Maintenant nous suivons une de ces rives de pierre^ et la lùmée du ruisseau forme au-dessus un brouillflôrd qui préserve du feu l'onde et ses bords;

De même que les Flamands, entre Gadsandt et Bruges, craignant le flot qui s'avance vers eux, élèvent une digue pour faire fuir la mer ;

Et de même les PadoUans, le long de la Brenta, pour défendre leurs villes et leurs châteaux, avant que Ghiarentana sente la chaleur * ;

Sur ce modèle, mais ni si hautes ni si larges, étaient faites les digues qu'avait construites ici ringénieur, quel qull (ut.

Déjà nous étions si éloignés de la forêt, que je n'aurais pas vu où elle était, si je m'étais retourné en arrière;

Quand nous rencontrâmes une troupe d'âmes qui venait le long de la rive, et chacune nous regardait, comme on a coutmne le soir

De se regarder l'un Tautre aux rayons de la nouvelle lune, et elles fixaient leurs yeux sur nous, comme un vieux taiDeur sur le chas de son aiguille.

Ainsi examiné par cette troupe , je fus reconnu de l'un d'eux, qui me prit par ma robe, et s'écria : a Quelle merveille! »

Et moi, tandis qu'il me tendait les bras, je fixai mes regai*ds sur sa face brûlée, si bien que, tout défigiu^é qu'il était, il ne me fut pas impossible

De le reconnaître à mon tour; et abaissant ma main vers son visage, je répliquai : « Étes-vous ici, ser Brunetto*? »

> Chiarentana, montagne des Alpes, où la Brenta prend sa source.

* Branetto Latini, orateur, poëte, historien, pliilosophe et théologieO} né i Flo*

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