‹ Œuvres de Dante Alighieri: La divine comédieChapitre 13 sur 69 · LA · texte numérisé non relu

LA

Et lui : « 0 mon fils! ne te fiche pas d Bninetto Latinl retourne un peu en arrière 9sftc toi et laisse aller la file.!

Je lui dis : « Je tous en prie autant que je puis, et si toqi Toulei que je m'asseye aTec toos^ Je le fietal^ si! piall I edui-ci, car je vais avec lui.

^ 0 mon fils, dit-il, celai de cette troupe qui s'aivAtsa instant reste cent ans sous cette pluie, sans poaToir seeoHr le feu qui le blesse.

« Va donc en avant, je mardierai à ton côté, et poUje rejoindrai ma bande qui va pleiirant ws éternelles arffiances. »

le n'osai pas descendre d'abord pour aller de ohen avec lui, mais je marchais la tête inclinée, dans Fattllnii du respect.

n commença : « Quelle fortune ou destfai, aTant llnBe dernière, t'amène iô-bas? et quel est celai qid te monlnh chemin?

— LMiaut, dans la vie sereine, lui répondis-je, je ne •ois ^aré dans une vallée avant que mon âge fût rôaqilL

» Mais hier, au matin, j'ai fait volte-face; celui-ci m'eA apparu comme je revenais sur mes pas, et me remit dans ma voie par cette route. »

Et lui à moi : « Si tu suis ton étoUe, tu ne peux manquer un port glorieux, si j'ai bien consulté ta belle destinée.

« Et si je n'étais pas mort sitôt, te voyant le Ciel si fxot père, je f aurais donné cœur à l'ouvrage.

» Mais ce peuple ingrat et méchant, qui descendit autre-

rencc, ëuit à la tète d'nne école célèbre d*où •ortirent Onido CaTalcante et Dote. 11 fut secrëtaire de la république, qai le chargea de plosleors ambeaaedet. fl U MF la physiqee et les matbëmatiqaes on livre intHolë rtaoraffo, dëdM à tant l4Wis. Forcé de t^eipatrier ocMnine Guelfe, il vint s'établir à Paris, où il conpon, en français, le Trésor. « S'aucuns demande ponrcpioi cbis livre est écrit en romans, selon le patois de France, pnisqoe nous somes lulious, je diroé que e'eit pour deux raisons ; l'nne est parce qne nous somes en France, l'autre si est poios que françois est plei déUUblet langages, el plus cohumum qM mmkL d^otres. > (H^

l'eufer. CHAirr iv. 218

fols de Fiëflole^^ et qui tient encore de l'âpretë de ses montagnes et de son rocher,

» Se fera ton ennemi, à cause de tout ce que tu feras de Uen, et c'est raison; ce n'est pas parmi les ftpres 8(Mi)îeri qu'il couTient que mûrisse la douce figue.

« Une TleOle renommée dans le monde les dit aveugles, race ayare, envieuse et superl)e : que leurs moeurs ne te souillent jamais!

9 La fortune te réserve tant d'honneur, que l'un et l'autre parti aura fiEdm de ton retour; mais que Theihe soit loin de leur bec.

n Que les bêtes de Flësole se fassent une litière de leurs corps, et qu'elles ne touchant pas à la plante, s'il s'en élève encore quelqu'une sur leur fumier,

n Dans laquelle revive la sainte semence de ces Romains qni 7 restèrent quand fut construit ce nid de perversité.

— Si tous mes vœux étaient remplis, lui répondis-je, TOUS ne seriez pas encore mis au ban de llnioiAine nature,

3 Cai j'ai toujours présente à l'esprit, et elle m'afflige en ce moment, votre chère, et bonne, et paternelle iinege, lorsque, dans le monde,

n Vous m'enseigniez conunent rhonunc s'éternise; et le gré que je vous en ai, il faut, tandis que je vis, qu'on le sache par mes paroles.

y> Ce que yous me racontez de ma destinée, je l'écris et le garde pour le faire expliquer, avec un autre texte^, par une Dame qui le saura faire, si j'arrive à elle.

» Seulement je veux qu'il vous soit bien connu que, pourvu que ma conscience ne soit blessée en rien, je suis prêt à ce que veut de moi la fortune,

» De telles arrhes ne sont pas nouvelles pom* moi; que la fortune tourne donc sa roue comme elle voudra, et le paysan son ho][au! »

< FiéH>le, petite tille sitaée au-dessus de Vlorence, est regardée cooime le ber* eeau des Florattini.

* La prédiction de Farinata ( au chaut X ], qui lui sera expliquée par Béatrice,

246 LA DmKS coiMkj^V '

Ifon maître Bikm te retouma du odié droit et me regudii puis il dit : « Bien écoute, qui prend note'. »

Je n'en allai pas moins causant ayec ser BrunettOy etd^ mandant quels étaient ses compagnons les plus remarqnalifci et les plus éminents.

Et lui à moi : a Quelques-uns sont bons, à connaître; la autres, il vaut mieux n^'en pas parier, car le temps lénil court pour un si long récit

» En un mot, sache qu'ils lurent tons clercs et gmA lettrés et de grand renom, et'tons salis du ntièine pëcUini le monde.

» Priscien* s'en va avec cette finde désolée, et. Fitaç» d'Accurse aussi*; et si tu avais eu envie d'misâhyin spectacle,

» Tu aurais pu voir celui qui fut transféré par le ioniteur des serviteurs de Dieu, de l'Amo an Bacchlg^iaDS^ é il laissa ses membres tout tordus^.

n J'en dirais plus; mais je ne puis avancer ni parier àvautage, pai^ce que je vois surgir du sable une noimfle

fumée;

» Il vient des gens avec qui je ne dois pas être; je te recommande mon Trésor dans lequel je vis encore, et ne de mande rien de plus. »

Puis il se retourna, pareil à ceux qui, à Vérone, se disputent à la coiu-se le palio^ vert par la campagne; et il semblait, en courant,

Celui qui gagne et non celui qui perd le prix.

» Virgile veut dire : € Tu le rappelles bien mon yen : > Superanda omnis fortana ferendo est. »

* Priscicn, grammairien de Césarée.

' François d'Accurse, jurisconsulte de Florence.

* André de' Houi, qui fut dépossédé de l'évècbé de Florence poar set vices, pti« transféré à celui de Vicencc, où passe le Bacchiglione.

* Le palio est une p.èce de drap vert qui est le prix du meilleur ooorew.

t^mmoL. aun iti. 217

CHANT XVI

8oiC«. » le» poflles ifcotrirt 6«idog«em, Teggkiajo et BMticwci, g«<>rrien ilfastras de Floicace. — Arrivés m bord àm pmËn^ oi eti le hutiêew rcrde, ils aperçoiveal GérjeB, iaace de la Freode.

J'étais déjà au lieu où s'entendait le retentissement de l'eau qui tombait dans l'autre cercle, semblable au bourdonnement que font les rucbes,

Lorsque trois ombres à la fois se détachèrent en courant d'une bande qui passait sous la pluie de l'âpre martyre;

Elles vinrent Tcrs nous, et chacune criait : « Arrête, à ioi qui, à ton vêtement, parais être un enfant de notre coupable patrie ! »

Hélas! quelles plaies vieilles et récentes je vis sur leurs membres brûlés! j'en suis encore tout ému pour peu que je me les rappelle.

A leurs cris, mon maître s'arrêta; il se tourna le visage vers moi : « Attends ici, ditril, si tu veux être courtois pour ceiix-ci.

» Et n'était la flamme qui lance ses traits sur ce lieu, je te dirais que, dans cette renc(»itre, c'est à toi plus qu'à eui que convient l'empressement. »

Conmie nous nous arrêtions, les ombres reconmiencèrent leur première complainte; et lorsqu'elles furent arrivées à nous, elles toumèreut en cercle toutes les trois,

Comme avaient coutume de faire les lutteurs nus et huilés, visant leur proie et leur avantage avant de se battre et de se blesser entre eux.

Ainsi tournant, chacune dirigeait vers moi son visage, de telle sorte que la tête faisait un continuel voyage en sens contraire des pieds.

« Quoique la misère de ce sol mouvant et son aspect triste et dâabré nous vouent au mépris, nous et nos prières, commença l'une d'elles :

fi Que notre renommée persuade ton cœur à nous dii'o

qui tu 69, toi qui poses ainsi sans crainte tes pieds vivanli dans l'enCer ;

n Celui dont tu me vois fouler les traces, tout nu et lotit écorché qu'il va, fut d'un rang plus haut que tu ne croU.

» il fut le petit-lils de la pudique Gualdruda; il eut aam Guidoguerra, et dans sa vie il lit l>eaucoup avec la sngeiae etavp/T (iei;

» L ' qill| après moi, broie l'arène est Tegfhlîjo

AidoL.. il, dont là-haut dans le monde la voix devilil t'ii'e ticouiee',

n Et moi, qui su X avec eux, je fus Jacqui

Ruslii:ucci; et certes, femme, plus que tûut,ilk

a j'avais pu ttre à 1' pluie de feu, je me sent

jel(! parmi ceux d' rois qui: le maître l'aitRA

souHert.

Mais, comme je lilé et etiit, la peur vai»

quil la bonne inteuiiou qui un^ rendait avide de les eifr brasser.

Puis je commençai : r Ce n'est pas du mépris, mais une douleur ineflaijaiiiL' que volie condition a mi:ie en moi,

» Auasilùl que muu seigneur m'a dit les paroles d'après lesquelles j'ai pensé qu'il arrivait des gens tels qu'en efffl vous Èlea.

n Je suis de ?otre terre, et toujours j'ai cité et écoula avec afl'eclion vos actes et vos noms honorables;

n Je quille le fiel, et vais vei'S les fi-uils savom'euz qui me sont promis par mon guide sincère; mais auparaviuit il faut que je destende jusqu'au ccnire, .

— Que 1 anie giiide loufjlcmps les membres, répliqn

• Guidogutr», peiii-Ui 4c 11 belle GinMndi, M ui tiJnnu ctBMla',ii lu I" si Hiufred, il fui rifaU te priuijul motir de li li

L'ciifBR. CHAirr xn. 219

Fombre alors, et que ta renommée respfendisfe après toi!

y> Dis-nous si la courtoisie et la valeur habitent comme autrefois notre dié, ou si elles en sont tout à fait exilas;

» Car Guillaume Borsière, qui gémit avec nous depuis peu, et marche là avec nos compagnons, nous torture de ses rédts^.

— Les nouveaux venus et les gains subits ont engendré en toi, Florence, tant d'orgueil et d'imniodération, que déjà tu t'en plains toi-même ! »

Ainsi criai-je, la face levée; et les trois ombres, oittti* dant cette réponse, se regardèrent l'une l'autre, eomme on dût lorsqu'on entend une vérité.

a Si les autres fois il t'en coûte si peu pour salisfliire autrui, répondirent-elles toutes, heureux toi qui parles ainsi à ton gré.

n C'est pourquoi, si tu sors de ces sombres lieux et que tu retournes voir les belles étoiles, quand il te plaira de dire : a J'y fus, n

» Fais qu'on parle de oous chezies hommes. « Ensuite ils rompirent le cercle, et pour s'enfuir leurs jambes agiles senablèrent des ailes.

Un amen ne pourrait pas se dire en si peu de temps qulls en mirent à disparaître; c'est pourquoi U plut à mon maître de partir.

le le suivais, et nous avions peu nrarché, lorsque le toiit de l'eau fut si près, qu'à peine nous aurions pu nous entendre parler.

Comme ce fleuve qui suit son propre chemin, à partir de Montviso vers le levant, à la gauche des Apennins,

Qui se n(»nme Acquacheta avant qull se précipite dans im lit plus bas, et qui perd ce nom à Forli,

Puis, tombant d'une seule chute, mugit sur San-Bene-

* Bonière fat on chevalier de Florence d'une Camille asses noble, qui flpéqventoli les oonra des princes. L'on raconte de loi qu'^ettant i Gènes, et oonune Herminio Grimaldi, homme riche, mais ayare, iai demaiidoit ce qu'on poorroit mettre en peinture dans une saHe qne l'on n'auroit point Teue cj-deTant, U répondit : Je TOUS dirai iino chose de laquelle vous n'enstes jamais cognoissance, peignes It libéralité. (Grangier.)

tu LA niVHE fAKtnm.

delto, où un millier d'hommes duvraient trouver une w-

Ainsi, au bas de la roche escarpée, dous enlendinies retentir si fort l'eau teinte de sang, qu'en peu d'instants iomi oreille en fut tout assourdie.

J'étais ceint d'une corde, cl avec elle j'avais espéré pfécMcmment prendre la panthère à la peau tachetée;

Après que je m'en fus dépoullld, ainsi que mon guide me l'avait ordonnd, je la lui présentai roulée et repliée;

Alors il se tourna du cûté droit, et, d'assez loin du bord, la jeta dans ce gouffre profor

Il faut, disais-je en moi-i le, que quelque chose il iignal que le maître sw-

« Oh ! que les hommes o înt être circonspects p«i de ceux qui ne voient pas ment les actes, mais qui, .

avec l'intelligence, regardeui fond des pensées! h

n me dit : « A llnstant mêmi:, ce que j'attends va vaiii, et il faut qu'à l'instant même ce que ta pensée rêve se découvre à ton regard. »

Toujours l'homme doit fermer les lèvres autant qu'il peut à la vérité qui a l'air du mensonge, car, sans être en faute, il s'expose à la honte.

Mais ici je ne puis me (aire ; et par les vers de celte comédie'^ à qui je désire une faveur longue, je te jure,i lecteur.

Que je vis venir,nageant* dans l'air épais et obacur,ina f^re surprenante pour le cœur le plus fenne :

Semblable au marin qui parfois descend pour dâsdur l'ancre accroctiée à l'écueil ou à tout autre (dyet cacbé diM la mer.

Et qui, étendant ses bras, se replie eur ses {rieds.

' L'iblBTe if Sin-Sf KedrtM pournill, pu h |n>d«ii[ (t tu annutis tt «

l'enfer, chant XVII. 221

CHANT XVII

PortnH de G^on. — Dante parle eosoite des Usuriers eufermés dans la troi* sième enceinte des Violents. — Portes par Géryon, les poètes sortent dn septième cercle.

« Voici la bête à la queue acërëe qui transperce les monlagiles et rompt les murs et les armes; Toid celle qui infecte le monde entier. »

Ainsi commença à me parler mon guide^ et il lui fit signe de venir au bord de notre sentier de marbre.

Et cette laide image de la Fraude s'en vint, et elle avança la tête et le buste ^ mais elle ne posa pas sa queue sur la rive.

Sa face était la face d'un homme juste; elle avait la peau (rèdHlouce^ et le reste du corps était d'un serpent.

Elle avait deux serres velues jusqu'aux aisselles; elle avait le dos^ la poitrine et les deux côtés marquetés de nœuds et de taches rondes.

Jamais Tenvers ni l'endroit d'une étoffe ne fut plus riche en couleurs chez les Tartares et les Turcs^ et telles n'étaient pas les toiles d'Arachné.

Gomme parfois sont les barques sur la rive, moitié dans Veau et moitié à terre ^ et comme chez les Germains gloutons.

Le castor s'accroupit pour faire la guerre; ainsi la détestable bête se tenait sur le bord qui enferme de pierre le sable;

Elle agitait toute sa queue dans le vide, redressait la fourche venimeuse qui en armait la pointe comme celle du scorpion.

Mon guide me dit : a II convient qu'à présent nous tournions nos pas vers cette méchante bête qui est couchée là. »

C'est pourquoi nous descendîmes à droite, et nous fîmes deux pas sur le bord, de manière à bien éviter le sable et la flamme.

S32 i.\ niviNF. cottÉoiE.

Et quand nous fûmes arrivés près d'elle, un penau dcU, je ris sur l'arène des gens assis près du gouffre'.

Là, mon maîire : <i Afin que tu emportes une pleioe a entière connaissance de ce ccrclBj me dit-il, va, et vois leur condition;

>i Que ta conférence j soit courte. En attendant qw H reviennes, je parlerai avec celle-ci pour qu'elle nous prèt( ses rortes épaules, n

Je m'avançai donc tout unil à l'estrânilë du BeptièN cercle, où gisaient ces malheureux.

La souffrance leur sortait es yeux; deçà delà, il'aik de Icui-s mains elles repousi t lantîit les vapeurs et Ut lâl le sable brûlant.

Pas autrement ne font e^^ les chiens, ou des pattcim du museau, quand ils sont us des puces, des mouclia ou des (âons.

Après que j'eus regardé ai sage plusieurs de ceux f> lesquels tombe la flamme fiuuioureuse, je n'en, recomnv aucun, mais je remarquai

Qii'au cou de chacun d'eus 'pendait une bourse d'nnf certaine couleur et marquée d'un certain signe , et leun yeux semblaient s'en repaître'.

Et en m'approchant d'eux pour les envisager, je via sur une bourse de l'azur qui avait toute l'apparencs d'un lion';

Puis, poursuivant le cours de mes observations, j'en vb une antre, roiige comme du sang, montrer une oie plos blanche que du tait*;

Et un d'eux , qiii avait sa bourse blanche marquée d'une grosse tache d'azur ', me dit ; «Que fais-tu dîtns celta fosse?

» Va-t'en; et [luisque tu es encoro vivant, sache ma

ie gueiHei k roiii bluiclid.

l'eNFEE. CiUXfT XYU. 223

mon voisin Yiialiaiio^ s'assoira ici à mon flanc gauche.

)> Au milieu de ces Florentins^ je suis Padouan; souvent ils m'étourdissent les oreilles, en s'àriant : a Vienne le cheyaJier souverain,

1» Qui portera la bourse aux trois becs*. » Puis il tordit la bouche et tira la langue comme le boeuf qui se lèche les nafleaiu.

Et moi, craignant qu'un i^s long retard ne ttchât celui qai m'avait averti de rester peu, je tournai te dos à ces âmes misérables.

Je trouvai mon guide qui avait déjà sauté sur la croupo du farouche animal^ et il me dit : nX présent, soit fort et baidi*

Y> On ne descend ici que par des échelles ainsi faites» Iftcoite devant, je veux être entre la queue et toi, afin qu'elle ne puisse pas te faire de mal. »

Gomme celui qui est si près du frisson de la fièvre quarte, qu'U a déjà les ongles pâles, et qu'il tremble de tout son corps, rien qu'en regardant Tombre,

Tel je devins à ces paroles ; mais ses menaces me firent la honte qui rend fort un semiteur devant un bon maître.

Je m'établis sur ses larges épaules ; je voulus dire : « Aie soin de me tenir, » mais la voix ne vint pas comme jeeroyais;

Mais lui, qui précédemment m'avait déjà secouru dans le danger, sitôt que je fus monté, me serra dans ses bras et me soutint.

Et dit : (( Géryon, mets-toi sn marche à présent; ne ménage pas les larges circuits et la descente; songe à la nouvelle charge que tu portes. »

Comme la barque s'éloigne du bord, il recula, recula, et lorsqu'il se sentit la liberté de tous les mouvements,

n tomna la queue où il avait la poitrine, et, l'allongeant,

* Titaliano del Dente, insigne usarier de Padoue.

* Autre usurier : c'esl messer Jean Buiamonte, de Florence.

* Gérjon, roi d'érythie, image de la Fraude. Il avail trois corps, d'où son nom de tricorporf triformiSf tergnninut. Il fut vaincu par Hercule.

il ' 1 mme une anguille et ramena l'air à lui avec sfs

je ne crois pas que Phaeton eut une peur plus grande lorsqu'il abandonna les rênes et que le ciel s'embma comme on peut le voir encore,

Ni le malheureui Icare, qunnd, la cire s'échanOant, il sen"' ses reins perdre leurs ailes, et que son père lui cr'' - "^u prends un mauvais chemin ! »

fut ma peur, lorsque je me vis dans l'air * loiiL tjie, et que je — """" i™>in autre vue que celle de la bétc!

Elle s'en va, nageant nt, lentement; eUe loum

et descend , mais je ne m — lerçois qu'au vent qui m soiifïle au %'isage et sous n

J'entendais déjà à main oro le gouffre faire au-dessou du nous un fracas horrible ; e porirquoi je portai en bai la tMe et les jeuï :

Alors j'eus plus grand'peur du précipice, car je vîsda feui el j'entendis des gémissements, el, tout tremblant, je me ramassai sm- moi-même.

Et, ce que je ne voyais pas avant , je vis alors que nous Je^cendions en tournant parmi les grandes douleurs qd s'approchaient de divers côtés.

Comme le faucon qui est resté longtemps sur ses ailet sans voir ni leurre ni oiseau , et qui fait dire au fauconnier : n Holà 1 viens donc ! n

Descend fatigue des hauteurs où il traçait cent cerdM rapides, et s'abal plein de dépil et de flel loin de son maitn.

Ainsi Géryon nous déposa au fond du gouffre, au pied de la roche ruinée, et, déchargé de nos personnes.

Il s'éloigna comme la flèche loin de la corde.

l'enfer, chant XVIII. 225

CHANT XVIII

Bviti^me cercle, ou des Fraodenn. — Il se divise en dix fosse*. — Dans U pre* anère, les Rafiens et les Sëdactears sont fastigés per les Dëmons. — Dante y troinre Caccianimico et Jason. — Dans la secf nde, les Flatlenrs et les Coartimus sont pkmgés dans une mare d'immondices.

n est en enfer un lieu appelé Malebolge, tout en pierre^ et de couleur de fer comme l'enceinte qui règne autour ^

Juste au milieu de la plaine funeste s'ouvre un puits large et profond dont je raconterai la structure à sa place.

L'espace qui reste entre le puits et le pied de ce dur rivage est rond^ et le fond est divisé en dix vallées.

De même que lorsque , pour la garde des remparts , de nombreux fossés entourent les châteaux^ la partie où ils se troayent en est plus sûre.

Tel était l'effet que faisaient ceux-ci; et comme ces forteresses ont des ponts qui vont de leur seuil à l'autre bord^

Ainsi du bas de la montagne s'avançaient des rochers qui coupaient les fossés et les abîmes jusqu'au puits où ils se rejoignent et se perdent.

Descendus de la croupe de Géryon, c'est dans cet endroit que nous nous trouvâmes. Le poète prit à gauche, et je marchai derrière.

A main droite, je vis de nouveaux sujets de pitié, de nouveaux tourments et de nouveaux bourreaux qui remplissaient la première vallée.

Au fond les pécheurs étaient nus; une moitié venait vers nous, l'autre suivait notre direction, mais à plus grands pas.

Comme les Romains, à cause de la grande afQuence qui traverse le pont Saint-Ange Tannée du Jubilé , ont adopté cette règle que tous ceux qui ont le visage tourné vers le château et vont à Saint-Pierre prennent un des côtés, et que ceux qui vont à Monte-Giordano suivent l'autre,

* Mahholge, fosses mavdites. Mot com|X)sé de bolgiai gouiïre, fosse, sac, et de malOf mauvais, maudit. Dans Festus : « Bulgtu GaUi $aeco$ $corttoi app9lkM,>

nsi, deçà et delà, sur le noir rocher, je vis des domniu cornus avec de grandi fouets dont ils Trappaieiil cnielli'menl les damnés par derrière.

Oh! comi le iU leur taisaient lever les jambes du pro-

inicr coup! tt persoune n'attendait ni le second ni lelioi-

Blëme.

Tandis quB j'allais, mes yeui rencontrèrent im daninf,

je dis : q Je ne suis pas sans avoir déjà vii

>ii quoi je suspendis ma marche pour le con^ pt mon ne ivec moi et me permit de

ourner i'" f

Cl le fi ■■ wssant la ti?te; mais «h

lui i Jettes les jeuï à Iprre,

» tmpeurs, tu es Venedico

CaceJanin uu au umis k une peine à coi-

satile ? 0

Et lui à moi ; a Je k -ëpugnance, mws je dàt

k ta voix claire qiu me laii . ilr du monde d'autrettâj

» Je fus celui qui pnussai la nulle Ghisola k faire la tolonté du marquis, quoi qu'on ail dit sur cette histoire',

» Et je ne suis pas le seul Bolonais qui pleure ici; bin ptulût, ce lieu en est si plein qu'entre la Savana et le Reno»,

M 11 n'y a pas à cette heure autant de langues hahttnfa & dire >ipa * ; et si de cela lu veux un témoignage, rappelle à ton esprit notre avarice notoire, »

Comme il parlait, un démon le frappa de snn fouet et dit : « Va, rufien! ici il n'y a pas de femmes à vendre, •

Je r^oignis mon escorte, et après peu de pas nous arrf* Tâmes là où un rocher sortait de la montagne.

Nous le gravîmes légèrement, et, tournant à droite par ce rocher, nous partîmes de celle éternelle enceinte.

Quand nous fûmes arrivés au point où il s'ouvre en àà-

Èùvs pouf faire passage àox damnés^ mm guide me dit : « Aii-ête-toi,

» Et tâche de voir ces autres condamnés dont ta n'as pts TU encore la face, parce qu'ils ont marché dans le même sens que nous. »

Du vieux' pont, nous regardâmes la file qui venait vera nous de l'autre côté, et que le fouet frtppait également.

Et le bon maKre, sans être questionné, Hie dit : « Regarde cette grande ombre qui Tient, et qui, malgré sa aouffirance, ne paraît pas Terser une larme.

}» Quel royal aspect elle ctHisenre encore! Cesl iason qui, par courage et par sagesse, déroba la toMOQ à la Colchidé.

n II passa par l'île de Lenmos, après que les femmes audacieuses et cruelles eurent livré à la mort tous les habitants mâles.

» Là, par ses démonstrations et ses pardes dorées, il trompa la jeune Hypsipyle, qui auparaTant aTait trompé toutes ses compagnes;

)) Il l'y laissa grosse et seule; ce crime le condamne à ce martyre qui est aussi la vengeance de Médée K

i> ÂTec lui s'en vont ceux qui trompent de la sorte, et qu'il te suffise de savoir cela de la première Tallée et de ceux qui y sont déchirés. »

Déjà nous étions là où l'étroit sentier se croise avec la seconde chaussée, et de ce pont s'appuie à l'autre.

Là, nous vîmes ceux qui se lamentent dans l'autre fosse, et qui soufflent des narines et se frappent eux-mêmes de leurs mains.

Les rives étaient encroûtées de moisissure par la vapeur d'en bas qui s'y attache et qui cherche querelle aux yeux et au nez;

Le fond est si creux qu'il ne sUfût pas de voir le lieu sans monter au sommet de Tarehe où k nxter domine davantage.

* Médëc, que Jasoa avait aussi abandonnée.

Là, nous vîmes, el en bas, dans la fosse, je y'a des gem entonctis dans une flenle qui pai'aiesait sortir des lalrine. humaines;

Et tandis que je cherchais di; l'œil là dedans, je tête si souillde d'excrémenis , qw'on ne savait si c'éUit laïque ou un clerc.

Celte tête me cria : « Pourquoi es-tu ai avide de me regai-dcr plutôt que ces auU-es défigurés? » Et md à liiict Parce que, si j'ai bonne mémoire,

u Je l'ai vu autrefuis avec les cheveux sees, et tu es Akm Interminelli, de Lucques; c'est pour cela que je te regar* plus que tous les autres*. »

El lui alors, se frappant la tète : k Si je suis plongé iàbas, c'est par les tlatteries dont ma langue ne s'est jamat fatiguée, n

Après cela, mon guide ; « Fais en sorte, me dit-il, d'waDccr un peu le visage, afln que tes regards atteignent la Ggun de celte sale esclave échevelée

» Qui se déctiire avec ses ongles dégoûtants, et 00 s'accroupit, tantôt se dresse sur ses pieds.

» C'est la courtisane Thaïs', qui, lorsque son amanllm dit : (i Ai-je de grands méiiles à les yeuï? » lui répondil « Oui, de merveilleux, n

D Et ici que nus regards se tiennent pour rassasiés, •

' c CbevitUer buQcoap nugpiliqtJB et lUttral ; nu» DaJiLe le oiEt icy, parc q>^^

ia, CAi dp Lochéi, ea Bit ëperducneiH )e1u|.ci edvnlfi A Tha'ii iiiw jevm oa

— Tr».£nbdi, lui répond Goatui.

jnu 'MO ifcrs ^ntlu Tbiii alhi)..,

l'enfer, chant XIX. 220

CHANT XIX

Troisième fosse da huitième cercle, ou des Simoniaqves. — Lmn eoqit sont ea» foncés dans la fosse et leurs jambes sont dérorées pur les flamoMS. -• Le pipe H icobs m.

0 magicien Simon ^^ ô misérables sectateurs , âmes rapaces qui prostituez potur or et pour argent les choses de Bieu^ qui devaient être les épouses de la verta.

C'est pour vous maintenant que va résonner la trompette, puisque vous êtes dans la troisième fosse.

O suprême Sagesse^ qu'il est grande l'art que tu montres dans le ciel, sur la terre et dans le mauvais monde ^ et conune ta vertu répartit juste !

Je vis sur le bord et dans le fond la pierre livide , pleine de trous ; tous de la même largeur^ et chacun d'eux était rond.

Ils ne me paraissaient pas moins amples ni plus grands que ceux qui sont faits dans mon beau Saint-Jean^ pour servir de baptistère • ;

L'un desquels^ il n'y a pas encore beaucoup d'années, je brisai, parce qu'un enfant s'y noyait; et que cela soit une occasion pour tout homme de se détromper'.

Hors de la bouche de chacun de ces trous sortaient les pieds d'un pécheur et les jambes jusqu'au mollet, et le reste du corps était dedans.

Les pieds flamboyaient tous deux ; c'est pourquoi ils se secouaient si fort les jointures , qu'ils auraient brisé liens et cordes.

* On lit dans les Actes, que Simon, magicien de Samarie, offrit de l'argent à saint Pierre pour aclieler de lui le don des langues et des miracles, et qu'il fut maudit par les apôtres : les simoniaques sont ceux qui, comme Simon, font trafic des cboscs spirituelles.

' San. Giovanni, baptistère de Florence.

* Dante, ayant brisé le couterde d'un de c«l troncs du baptistère, fut accusé d« •acrilége.

De mt'nic que lii flnmmc des objets enduits de graisse moule à l'exlième superfiiiie, aind elle se tenait aux poinln des talons :

B Maître, quel est celui qui, furieux, s'agîle plus que ses autres compagnons, difi-je, et que la Ûanmie ronge et wœ davantage? »

Et lui à niiii : « Si lu veui descendre au bas de la rifc, tu sauras de lui «es crimes et les leurs. ■

Et inoi : u Tout ce qui le plaît me convient; tu es k maître, et tu sais que je d" "I'^ dépars pas de ta yolonlé; tu sois même ce que l'on <

Alors nous montâmes a Le la quatrièmfl cbauMiie,

puis nous tournâmes et dri ss à maia gauche au (uad

de la losse ëlroite et pe. us.

Et le bon maitie nu lu ce >int encore de sa hand)«,

qu'il ne m'eût ameiui au tro ilui qui se plaignait ùsâ

avec la jamhe.

u Oh ! qui que tu sois , qtû te uens le haut en bas , inx mulbeiutiuse, lidi^ comme un pal, commenfai-je à din:, si tu peuï, reste tranquille', »

Je me tenais comme le moine confessant l'astassin per* flde, qui, lorsqu'il est enfoucâ, le rappelle à lui, pour que la mort s'éloigne.

Et il cria : « Es-tu d^jà ici 1 es-tu dëj& ici, Booi&cc'T U prédiction m'a menti de plusieurs années.

u Es-tu si vite rassasié de ces biens pour lesqueb ta n'ai pas craint d'épouser par la fraude l'ai^uste Daioe* et di lui prodiguer l'oulragef »

Je devins tel que ceux qui sont honteux de ne pu oouk prendre ce qu'on leur a dit et ne savent pas répliquer.

Alors Virgile dit : a Réponds-lui vite : je ne suis pas celai, je ne suis pas celui que tu crois; » et je répondis comme il me fut prescrit.

■L-omln^e enfoncée lUul 1» «te en bii, est Le pipe NicoIm in,4BU mm» dMOnioi,fluenl!ITT.

• BoBiboe Vin, qH m»ni u IMS. UIpiUh V ■ 4 1 de •«»■«• i « IMoiM

l'erfbr. CffAirr ux. t3t

(?e8t pourquoi Tesprit tordit ses deux pieds; pui», en soupirant et d'une voix plaintive, H dit : <c Que demandestu donc?

» Si tu as envie de savoir qui je suis, au point d'avoir franchi ces rochers, sache que je fus revêtu du grand manteau ;

1» Et véritablement je fus fils de l'Ourse^; et si cupide, que, pour élever les oursins, j'ai mis tout l'or de la terre dans ma bourse, et moi-même dans celle d'en bas*.

w Sous ma tête sont les autres simoniaques qui m'ont précédé, enfoncés dans cette crevasse de pierre.

10 J'y tomberai aussi, quand viendra celui pour qui je t'ai pris, lorsque je t'ai fait ma soudaine demande.

» Mais depuis que mes pieds brûlent et que je suis ainsi sens dessus dessous, plus de temps s'est écoulé qu'il n'ai restera, lui, à souffrir aux pieds la même cuisson;

)i Car, après lui, viendra du couchant, et chargé de plus de crimes, un pasteur sans loi'; c'est celui-là qui doit me recouvrir;

» Ce sera un nouveau Jason, pareil à celui dont parle le livre des Machabées. Et comme son roi fut faible envers l'autre, ainsi sera pour celui-ci le souverain de la France. »

Je ne sais pas si ici je fus trop emporté, mais je lui répondis en ces termes : «t Or çà, dis-moi quel trésor

« Notre-Seigneur voulut-il de saint Pierre, avant de mettre les clefs en son pouvoir? Il ne lui demanda rien, sinon : a Suis-md. i

)) Ni Pierre ni les autres n'enlevèrent à Matthias son or et son argent, quand il fut élu à la place que perdit l'âme traîtresse *.

» Reste donc là, car tu es justement puni» et garde bien ta richesse mal acquise qui t'a rendu hardi contre Charles*.

* Il fait allasion an nom de la famille. Onini.

* C'est-à-dire dâne les fosses nommées MoMolçâ^

> Il désigne Clément V, arcbeYëqoe de Boideaax, lequd, par l'inAnenee de Philippe le Bel, fut élu pape, après la mort de Bonlfaoe VIII, es 190S.

* Le traître Judas, qui fat remplacé par Matthias*

* Charles I*% roi de la Ponilie, qui etaii de la maison de France. Granfier dit

Ktt LA DIVtNK COMËUIG. I

» El ii'élail que me retient encore le respect des defi souveraines que tu lins dans la douce vie ,

D J'usei'ais de paroles enrore plus austères, car le monde s'attriste de voire avarice qui fuule aux pieds les bons et élève les mdchauls;

n II VOUS a TUS, pasteurs, l'Evangéliste, lorsqu'il aperjut celle qui est assise sur les eaux se prostituant aux rois',

■ Celle qui naquit avec les sept têtes et lira sa iorce de ses diï coraesj tant que la verlu plut à son époux.

» Vous vous êtes fait des dieux de l'or et de l'argent', et quelle diiïércnce de vous h ilâlre, si ce n'est qu'il en adore un et que vous en ado :ent?

» Ah! Constantin! de que^- aux fut la source, nonti conversion , mais la dot q ^ut de toi le premier pa^e

opulent! r

Et tandis que je lui cliaD œs notes, soit colère m conscience qui le mordît, il s lait Tortement les pieds.

Je crois bien que je plus à mon guide, qui entendit \Mjours d'un air satisfait le son des paroles proférées STec sincérité ;

C'esl pourquoi il me prit dans ses bras, et, lorsqu'il me tint bien sur sa poitrine, il remonta par la route d'où il était descendu,

Et il ne se lassa pas de me serrer contre lui, qu'il ne m'eût porté sur le haut du ponl qui va de la quatrième à la cinquième chaussée.

Là il posa doucement son doux fardeau sur l'&pre et i-oide rocher , qui sérail un rude chemin pour les chèvres,

De là je découvris une autre vallée.

Uin, qa'il SI itmu,ia on dJcl Cbirl« uoe de e« ôiepcs pour ua h.mj Ini

L'li:?(PER. CUA!fT XX. 233

CHANT XX

Quatrième, fossa do boitipue cercle, on de« Devins. — Le vioige tAnrnc vera lé dos, Us marchent à reculons. — Tirrsias, Arons, Manto, qui expli«|ae i Tlrgito Torigine et le nom de Mantoae. — Eurypyle, Michel Scott, Gnldo BoMtU. — I«et poêles poarsnivcut leur voyage.

Mes vers ont à chanter un autre supplice : il sera le sujet du vingtième chant du premier cantique qai traite des damnés ^

J'étais déjà tout disposé à regarder la plaine étendue devant moi et toute baignée de pleurs d'angoisse^

Et je vis venir par la vallée circulaire des gens qui, pleurant en silence 9 allaient du pas des processions dans le monde.

Lorsque j'abaissai plus près d'eux mon regard, il me parut que chacun de ces damnés était étrangement tordu du menton au commencement du thorax ;

Car leur lace était tournée vers les reins, et il leur fallait marcher à reculons^ parce qu'ils avaient perdu la faculté de voir en avant.

Peut-être un homme a été retourné ainsi par la force de la paralysie; mais je ne l'ai pas vu 4 je ne crois pas que cela soit.

Si Dieu te laisse, ô lecteur! retirer du fruit de ta lecture, pense pai* toi-même si mes yeux pouvaient rester secs,

Quand je vis de près notre image si tordue, que les larmes leur coulaient par la raie du dos.

Certes, je pleuiais, appuyé à une des roches de la dure montagne, en sorte que mon guide me dit : <k Es-tu aussi de ces insensés?

» Ici la pitié vit, quand elle est bien morte. Qui est plus criminel que celui qui s'attendrit devant la justice divine?

' La Divine Gonicdie, on le sait, comprend trois cauliqucs : l'Enfer, le Purgaioire et le Paradis,

134 Là MmE COHÉBII.

» L&re, lèrre la tète^ et Tois cdui pour qpl s^Ninil k terre aux yeux des Thébaint, tout fli crtekpt : « CKi tooibef-ta?

» AmphiaraûsS pourquoi abandonAflrlft guenet » Bil ne cessa de toDiber dans k goutte Jingpi^lBpoB^ foi i^ chaque coupable.

» Vois que de ses épaules fl a &it n pollriM; pour tidr ▼Quln voir trop tôt en ayante il regarde en airiëfe et iUl « chemin rétrograde.

» Vois Tirésias^ qui changea d'aspect quand de nibil deyint feumie^ mëtamorpliosé des pieds & la tète.

» Et û lui iallut abattre de sa verge les deux leiptfib accouplés avant de recouvrer le poil iialK

» (kdui qui marche dN'rière son voitre est AnmsS 'vH les monta^ies de Luni, cultivées par le Ganranis qpiliir

bite au-dessous,

» n eut parmi les marbres Uancs k eirtière poor àtmeure; de là il n'avait pas la vue arrêtée quand il OQOieBi' plait la mer et les étoiles;

Y) Et celle qui^ de ses tresses détachées, couvre son lein que tu ne vois pas, et qui, de l'autre côté, a une peau toute velue,

» Fut Manto* quLparcourut bien des contrées, jusqu'à ce qu'elle s'arrêtât au lieu où je naquis; c'est pourquoi je serai bien aise si tu m'écoutes.

» Après que son père fut sorti de la vie , et que la dté

* AmphiaraOs, un des sept rofs qui assiégèrent TMbes. U a^t préôHqt'û moomit à ce siège : en effet, au nûUen d'un ooBibat, la tent ^«iBr'Mivnl it l'Mgloutil avec ton char.

* Tirëciaa, devin tliëbain. Voir Ovid., Métam., 1. m. ' Arottti devin toscan. Tolr Lucain, PhartaUy 1. 1.

* MantO) magicienne, fille du Tbébain Tirésias. Après la noit éê tom pèn» 0ê quitta sa patrie pour f^ir la tyrannie de CrêoBi et, après avoir loi^tea^ onr^ •irira en Italie. Elle eut de Tibërinus, Ocnus ou Bianor, fondateur &9 ManUmi :

Namque sepiilcrum Incipit apparere Bianoris.

Qui maros malrisqoo dédit libi, Mauina, uooieu.

(Virgile.)

L*E14FEII. CHAKT XX. 235

de Bacchns * devint esclave ^ celle-ci alla longtemps par le monde.

» Là-haut y dans la belle Italie , est un lac au pied des Alpes qui cernent l'Allemagne au-dessus du Tyrol : il a nom Benaco.

» Mille sources et plus^ je crois, viennent augmenter , entre Garda^ Val-Camonica et l'Apennin, l'eau qui dort dans "ce beau lac.

» Au milieu est un endroit où le pasteur de Trente et ceux de Brescia et de Vérone pourraient donner la bénédiction s'ils suivaient ce chemin.

» Là où la rive s'abaisse davantage, siège Peschiera, belle forteresse , capable de protéger les habitants de Brescia et de Bergame ;

)) Là tombe nécessairement tout ce qui ne peut rester dans le sein de Benaco, et il s'en forme un fleuve qui descend au milieu des verts pâturages.

)) Aussitôt que Tonde prend sa course , elle ne s'appelle plus Benaco, mais Mincio, jusqu'à Govemo, où elle tombe dans le Pô;

» Elle ne va pas loin sans rencontrer une plaine où elle s'étend et stagne, et alors elle devient malsaine dans Tété.

» Passant là, la vierge farouche vit la terre marécageuse «ans culture et sans habitants.

1» Elle s'y arrêta avec ses esclaves, pour fuir tout commerce humain et pour exercer son art magique, et elle y ▼écut et y laissa sa dépouille mortelle.

)) Alors les hommes dispersés à l'entour s'assemblèrent dans ce lieu, qui était protégé de tous côtés par le marais;

» Us élevèrent une ville sm- les os de la morte, et, du nom de celle qui la première avait fait chofac de ce séjour, ils l'appelèrent Mantoue , sans aucun autre avis dn destin.

» Jadis les habitants en furent plus nombreux, avant que la folie de Casalodi eût été en butte à la fourberie de Pinamonte*.

• Thèbes.

* Pinamonle de' Bonacorsi engagea Casalodi à «xiler beaucoup dt w>ble» qu'il redoulaili puis renversa aisémeut le crédule comte de Mantose.

» Je t'en instruis donc, afin que si jamais tu euleodt attribuer une auii'e ori;.'ine à ma patrie, aucun menEonge n'obscurcisse la vérité, »

Et moi : « tlaitrc, tes discours sont ai évidents pour nui et s'cmps t tellement de ma confiance, q\ia tous les 3ulrei me les charbons étt'ints.

moi si, dans les gens qui s'avancent, lu en ' 111 digne de remarque; car c'est là ce qui seul

L m Hit . „ failli H/ini la barbe s'étend de ses je. ses orunes < 1 la Grèce était si vide de

màies ,

11 Qu'il en restait à peini es berceaux, Tnt augure,

et avec Calchas il donna e le le signal de couper le

premier câble.

» 11 eut nom Euryp'jle, tL > le chante quelque part ma haute tragédie > : tu le sa. ien , toi qui la sais toute entière.

» Cet autre, dont tes flancs sont si creux. Tut Mifhei Scott, qui sut véritablement le jeu des fraudes magiques*.

B Tu \ois Guido Bonalli'; tu vois Asdeiile^ qui maintenant voudi-ait bien êti-e resté à son cuir et à son lignetil; mais il se repent trop tard.

» Tu vois les malheureuses qui quittèrent l'aiguille, U navette et le fuseau, et se firent devineresses; elles firent des maléGces avec des herbes et des images.

1 Mais viens maintenant , car déjà l'astre où l'on voit Caïn et les épines' occupe le confln des deux faémisphèret et touche la mer au-dessous de Séville.

'*illiTnIl4e]'£r«id<>:

SoEpcul Euiypjlum uluUim orMolt PhœU

' lUcbe] Scott, aitialDgiie de l'empereur FrnlÂic II.

Lï peuple prenaiL \n u

l'enfer, chant XXI. 231

» La nuit dernière ^ la lune était ronde; tu dois bien te rappeler que parfois elle ne te nuisit pas dans la nuit profonde. »

Il me parlait ainsi, et nous marchions cependant.

CHANT XXI

Cinquième fosse da huitième cercle, renfermant cenx qui tnJiqaeDt de la Joslioe. — Ils sont plonges dans un lac de poix bouillante. — Les J>ëmons, armes de harpons, viennent Turieux contre les poètes ; puis, sur un ordre de leur chef, Urrent passage. — Enfer grotesque.

Ainsi, de pont en pont, et parlant d'autres choses que mon poème n'a souci de chanter, nous avancions et nous étions parvenus au milieu du cinquième , quand

Nous nous arrêtâmes pour voir Tautre crevasse de Maiebolge et les autres vaines larmes, et je la vis singulièrement obscure.

Telle dans l'arsenal des Vénitiens bout en hiver la poix tenace pour radouber leurs bâtiments avariés

Sur lesquels ils ne peuvent naviguer; et, au lieu de ce qui est, celui-ci refait son bâtiment à neuf, celui-là calfate les côtes du navire qui a fait plusieurs voyages;

Qui recogne à la proue, et qui à la poupe; l'un fait les rames, et l'autre tord les haubans; un autre répare la misaine et Tartimon;

Telle, non par le feu, mais par la volonté divine, bouillait en bas une matière épaisse qui engluait le bord de toutes parts.

Je la voyais, mais je ne voyais sur elle que les bouillons que le bouillonnement soulevait, et elle se gonflait toute et retombait affaissée.

Tandis que, l'œil fixe, je regardais en bas, mon guide en me disant : « Prends garde ! prends garde ! » me tira à lui du lieu où jetais.

Alors je Tie tournai comme fait l'homme à qui il larde de voir ce u'il doit luir et qu'une peur subite énerve,

El qui, |,jur voir, ne dilTére pas de pai'lir; el je vis derrière nous un diable noir venir en coijraDt par le pont

Oli ! comme il était féroce d'aspect! et comme il me paraissait menaçant de gestes avec ses ailes ouvertes et si légei- sur ses pieds!

Son dpaule, pointue et ^evée, était chargée d'un pécbevi qu'il tenait agrippé par le nerf des pieds.

De nob'e pont, il dit : " <^ ""lebranche > ! voilà un de^ anciens de Santa-Zita'; dessous, que je relouiue

encore

B A cette terre qui en es fournie. Là tout homme

est fripon, excepté Bonturo pour de l'argent, de non

on vous fait oui. •

Il le lança en bas, et pai r rocher il s'en retourni,

et jamais il n'y eut milin di l plus ardent k poursuivra

un voleur.

Le pécheur s'enfonça et remonta tout souille; mais 1m démons, qui avaient le pont pour abri, crièrent : o Ici il ne s'agit plus de lu sainte Face *,

H Ici (»i nage autrement que dans le Sercbio*. Si donetn ne Teiiz pai de nos égratignures, na ride pas la surlace dt la poil. »

Pull ils le baiponnèrent avec plus de cent crocs, en disant : « 11 convient que tu danses ici à couvert, et si tu pem prévariquer, ce sera en cachette, u

s ne font pas autrement enfoncer par teoa

te Itn^CbriH, hqwll* It di RIcoUm ki

doiii lenr ^IIK d "

paw prci de Luct

aides 9 avec dd longues fourciiettes^ las Tiand«8 dans la chaudière, pour qu'elles ne surnagent pas.

Le bon maître : <c Afin qu'il ne paraisse pas que tu sdâ ici 9 me dit-il , accroupis-toi derrière une roche qui te soit une protection;

p Et quelque offense qui me soit iiaite, ne crains rien, toi, car ce sont choses à moi connues pour avoir été mie autre fois dans cette bagarre. »

Ensuite il acheva de traverser le pont, et, comme il atteignait la sixième rive, besoin lui fut d'avoir le front serein.

Avec cette fureur, avec cette impétuosité d'ouragan que mettent les chiens à s*élancer contre le panvre qui, aussitôt, demande du secom's là où il s*arrête,

Sortirent ceux de dessous ce pont, et ils toutDèrent contre lui tous leurs crocs; mais il cria : « Qué laû de tous ne s*en avise!

» Avant que votre fourche me prenne, que Tun de voQs vienne à moi, qu'il m'è^ute, et qu'il se demande ensuite s'il doit me pardonner. »

Tous ils criaient : a Va, Malacoda^! v Cest pourquoi un d'eux se mit en marche, et les autres se tinrent inunobiles, et il s'avança en disant : « Qu'y a-t-il pour ton service?

— Crois-tu, Malacoda, que tu me verraii» ici venu, dit mon maître, sain et sauf encore, malgré toutes vos armes,

n Sans la volonté divine et le destin propice? Laisse-moi aller, car dans le ciel on veut que je montre à un autre ce chemin sauvage. »

Alors rarrogance du démon plia si fort, qu'il laissa tomber la fourche à ses pieds, et dit aux autres : a Or çà, qu'on ne le frappe pas. »

Et mon guide à moi : « 0 toi, qui te tiens tout tapi entîe les rochers du pont, maintenant reviens à moi en toute assurance. D

C'est pourquoi je me mis en marche et vins à lui prompte-

* Queue maudite*

nk ^ WTDii otmÊÊmà

mflM, et léi dlAhlÂ^ portèrenl lolu en «vaille É Usn qv Je craignis qj^fOimûàment pas le peda.

Et ainsi j'ai tu tuembler autrefois émx qui, par eonmition, sortaient de Gaprona S en les TOfant an ndUea^sM

d^ennemis.

Je m'approchai de toute ma personne tout près ds un guide, et je ne dëtoumais pas les jeux de leor visige fi n'avait rien de bon.

Eux abaissaient leurs crocs : « VeuY-tu qoe je la kmk avec ce harpon? » disait un d'eux à nn anbe; et fliié> pondaient : « Oui^ ya, plante-le-lui ! »

Mais ce démon, qui tenait C(»iYersation avec mon gÉA^ se tourna tout à coup, et dit : « Doucement, dnnmawi, Scarmiglione*! »

Puis il nous dit : « Ailes plus loin; par ce xechoriiii ne pourres, parce que la sixième arche gtt au fond Mn débris.

D Et si pourtant vous voules aller plus avant, praiei par cette côle escarpée; auprès est un autre pont qoiieit

de passage.

r> Hier, cinq heures plus tard que Theure présente, douK cent soixante-six ans ont été accomplis depuis qu*ici le chemin a été rompu'.

» J'envoie là plusieurs des miens poui* regarder si nul ne met la tête à l'air; marchez avec eux, ils ne vous feront pas de mal.

» Allez en.avant, Alicbino S et Calcabrina, conuneaça-

* Gaprona, château des Pisans, sur les bords de l'Arno, dout les Lveqwiis iCé* laient rendus maUres el qu'ils rendirent ensuite par capitulation aux Pisain.

* Qui arrache les cheveux.

* Par suite d'un tromlilemcnl de terre, au moment de la mort de Jérat^bnrt.

* Alichino^ qui fait plier les autres, qui alios inclinât; — Catyfuuso, aédMit chien; — Barhariccia^ qui a la barbe hérissée; — Ltbicoeeo, désir aident; — DrajhignauOt venin de dragon ; — Ciriatto-SannulOf croc de pourceaa ; — C^îai- 6r»'«a, qui foule la rosée, c'est-à-dire la grâce divine ; — Graffiàeane, dûen ^ fgratigne ; — FarfareUo, charlatan ; — RubicanlCf enflammé. Toutes csi eiiîiications sont de Landino, traduites par Graugicr.

L'ENt^ER. CHAttT XZIl. tll

t-il à dire, et toi aussi, Gagnazzo; Barbâriccto gukkm h dizaine.

1» Que Libicocco vienne en outre, et DraghignasKi» Qr liatto aux gi'osses défenses, et Graiûacane, et FarfarellOi et Rubicante le fou.

» Cherchez à l'enlour de la glu bouillante; que ceux-d soient saufs jusqu'à l'autre pont, qui tout entier encore va sur la fosse.

— 0 maître! qu'est-ce que je vois? dis-je; oh! si tu sais le chemin, allons seuls sans cette escorte; ce n*e8t pas moi qui la demande.

1» Si tu es aussi prudent que de coutume, ne vois-tu pas qu'ils grincent des dents et que de leurs yeux ils nous menacent de mal? »

Et lui à moi : « Je ne veux pas que tu t'effrayes; laisseles giincer des dents à leur gré. Us font cela pour les malheureux que tu vois bouillir. »

Ils se mirent en route par la chaussée de gauche; mais auparavant chacun d'eux avait serré sa langue entre ses dents en signe d'intelligence avec leur chef.

Et celui-ci de son c. avait lait une trompette^.

CHANT XXII

Soile de la dnqoièine fosae. — Les poètes y trouyent Giampolo, Navarrois, miaistre du roi Tb baati ci qui trafiquait de la faveur de son maHre. — Raie de Giaoïpolo pour échapper aux crocs des Démons. — Deux diables, en se battant) tonbent dans la poix bouillante.

J'ai VU jprécédemraent des cavaliers se mettre en marche, et commencer le combat, et faire montre, et parfois baltro en reli'aite ;

J'en ai vu faire des excursions sur votre terre , ô habi-

* Tout ce rkant et le siÀvaot rappellent l'enfer de Callol. Voici, dans toute son aiutacc, l'i'U'ment grotesque qui acconopagoait l'art dn niojren ftgo.

ttaÊâ d'Atewil il yfurterle nragai j'ai ▼• lotteAmte tournois et courir dans des joutes, ^ j ■ .

Tantdt au son des trompettes^ laiitdi au toa des slodM» au bruit des tambours, sous les ëganaoC ôm dtadtelki^aise

tout l'appareil national et étranger.

Mais jamais, que je nêàm, si étrange toaUuaaeaièiwt ne fit mouToir oaTaliov ou piétotui; jaiiials> tar^Aàitsi dans les deux, pareil fanal ne guida un naTirtb

Nous marchions avec les dix dénums (ah ! la feniUe canpagnie), mais à l'église aTeelessaiulSi elaToelat i^iMloai à la taverne.

Gepetodant mon attention était oonoentiéa aorilâ prfi pour Toir tous les recoins do la ffMse et emaX qai larlHsÉ dedans.

Comme les dauphins , lorsque, eDntbéi ib «le^ Hai tent hÀts de l'èau, et font signd aux DMtfiflf dfr. sauver leur bâtiment;

Ainsi 4 pour alléger leur soufihmce, qiidqiaôMtiiS dei damnés montraient le dos et le recachaient plus pnÊÊfk que réclair.

Et comme dans un fossé les grenouilles tiennent la tête à fleur d'eau, cachant leurs pattes et le reste de leur corps,

Ainsi se tenaient de tous côtés les pécheurs; mais dès que s'approchait Barbariccia, vite ils rentraient dans la poix bouillante.

Je vis, et mon cœur en frémit encore, un d'eux qui avait trop tardé, comme il arrive qu'une grenouille reste et que l'autre plonge.

Et Graffiacane, qui était le plus près de lui, l'accroclui par les cheveux tout englués de poix, et le tira dehors comme si c'était une loutre.

Je savais le nom de tous ces démons, pour les avoir remarqués lorsqu'ils furent choisis, et pour les avoir entandos se nommer entre eux.

(( Rubicante, mets-lui ta fourche au dos et écorche-le^ » criaient ensemble tous les maudits.

l'bufse. auirr xxn* 243

Et mol : « Maître^ sache, d ta le peux, qnd eit Tinfor* tiinë qui est tombé aux mains de ses ennemis. »

Mon guide s'approcha de lui et lui demanda d'ob il était^ et celui-ci répondit : <t Je sois né dans le royaume de Navarre*.

D Ma mère me mit au service d'un seigneur; elle m'avait engendré d'un dissipateur qui avait déhiiit sa santé et sa fortune;

» Puis je devins le favori du bon roi Thibaut, et je me mis à traliquer des grâces^ crime dont je porte U peine dans cette diaudière. n

Et Giriatto, à qui il sortait de chaque côté de la boudie une défense comme à un sanglier, lui fit sentir conune elle déchirait.

La souris était venue parmi de mauvais ébats; mais Baiw bariccia renferma dans ses bras, et dit : «t Restes là, tandis que je l'enfourche. »

Et il tourna la face vers mon maître : a Interroge-le encore, dit-il, si tu désires d'en savoir davantage avant qu'on le mette en pièces. »

Mon guide : « Or donc, dis-moi, parmi les autres coupables plongés dans cette poix , en connais-tu qui soient Latins? » Et lui : « Je viens d'en quitter un

V Qui vécut voisin de l'Italie. Que ne suis-je encore cadié comme lui! je ne craindrais ni ces griffes ni ces crocs. »

Et Libieocco : « Nous en avons trop supporté, n dit-il; et il lui prit le bras avec son harpon , et du coup il lui emporta tout l'avant-bras.

Draghignazzo voulut aussi le prendre par les jambes; mais leur décurion se retourna vers eux tous avec un regard furieux.

Lorsqu'ils se furent un peu apaisés, mon guide demanda sans retard à celui qui contemplait encore sa blessure :

« Quel est celui dont tu t'es si malheureusement séparé

I 11 te nommait Giaropolo ou Ciampolo.

tu LA nmiB COMÉBK.

pour Tenir au bord? » Et il rendit : «cCï'eit frèreflonriteS » GouTemeiir de Gallm, Tase dlolquitë, qui eut dtti sa main les ennemis de son maître et fit de sorte qalb k louèrent tous de lui;

» n prit leur or et les laissa libres^ ootnme il le At Umèrne^ et dans ses autres empk^ il ne futpasonmédiocK^ mais un parfait prévaricateur.

» Avec lui converse souvent don Michel Sanche de Log»dmro, et leurs langues ne se sentent jamais lasses de pnkr de laSardaigne*.

» Hélas! voyez cet autre qui grince des dents* J'en irais plus, mais j'ai peur qui! ne s'apprête à me gntter li teigne. »

Et le grand chef des Démons se tourna Ters EarftnHi qui roulait les yeux, voulant Ihipper, et loi dit : c Ol»4ri de là, méchant oiseau!

^ Si vous voulez ou voir ou entendre des ToaesnsoadH Lombards^ recommença ensuite Tombre effirayée^ j'en lienî venir.

» Mais que les griffes cruelles se tiennent un peu à l'écart, afin qu'ils ne craignent pas leurs vengeances; et moi-même, rn'asseyant dans ce lieu,

» Tout seul que je suis, j'en ferai venir sept, en sifflant comme c'est notre usage de faire lorsqu'un de nous met la tête dehors. »

A cette parole, Cagnazzo leva le museau, et, secouant la tête, dit : a Entendez-vous la malice qu'il a imagina pour pouvoir rentrer dans Tétang? »

Alors Tombre, qui avait des pièges en abondance, répondit : « Je suis effectivement trop plein de malice quand j'expose mes compagnons à de plus grandes souffrances. »

Alichino ne résista pas; et, en opposition avec les autres,

* Religieux sarde, qui trahit la confiance de Ni no TisconU, goaTeroeor pow k* Pisant de Gallura, en Sardaigne ; il Tat pendu.

* Michel Sanche, sénéchal de Logodoro, dont il detiot seigneur, en aédasiit Adclasia, Tenvc de son ancien maître*

l'enfea. chaut xxn. 245

il lui dit : ft Si tu te jettes dans la poix^ je ne te poursuivrai pas par derrière au galop.

» Mais je battrai des ailes au-dessus. Nous te laissons la hauteur et la rive comme bouclier^ afin de voii* si, à toi seul, tu vaux plus que nous. »

0 toi qui lis, tu verras un nouveau jeu. Chacun des Démons tourna la tête de Tautre côté, et le premier de tous, celai qui était le plus récalcitrant.

Le Navarrois piit bien son temps; il posa les pieds à terre, et, se précipitant d'un seul bond, il se mit à Tabii de leurs mauvais desseins.

Chacun d'eux resta tout chagrin de sa sottise, mais surtout celui qui avait été la cause du malheur ; c'est pourquoi U s'élança en s'écriant : a Je te tiens! »

Vais ce fut en vain; ses ailes ne purent égaler en vitesse celles de la frayeur; l'un entra dans la poix, et, arrêté à la surface, l'autre remonta en l'air.

Ainsi, quand le faucon s'approche, le canard s'enfonce tout à coup, et l'autre s'en retourne furieux et fatigué.

Calcabrina , irrité de se voir dupé , vola par derrière le démon, désirant ardemment que l'ombre en s'échappant lui fournit un motif de querelle.

Et quand le prévaricateur eut disparu, il tourna ses griffes contre son compagnon et les lui enfonça dans le corps au- <iessus même de l'étang.

Mais celui-ci, épervier de bonne race, joua des griffes M, et tous deux ils tombèrent au milieu de la poix Mante.

La chaleur les sépara soudain; mais il n'y avait pas à se i^ver, leurs ailes étaient tout engluées.

Barhariccia mécontent, ainsi que les siens, en fit voler <iuatre de l'autre côté avec tous leurs haiipons et en toute liâte.

Us descendirent vers l'endroit désigné, et tendirent leurs crocs aux deux démons tombés dans la poix et qui étaient déjà k demi brûlés ; Et nous, nous les laissâmes ainsi empêtrés.

CRiMl XXIII.

Hilinw biU 4g Imlllhe «rcte, os da STponita. — lli nardmil «Hit>«« ■necïipedcpdnaib,— Lu potU» J tmnvgit Citahna e> ladcnntn de Bil>*ir.

Seuls, ea silence, et sans escorte, nous marchioDs I'ud devant l'autre, comme vont par le chemia les Frères ttneuFB.

La pnSsente querelle me rappelait la fable d'Ésope, dans laquelle il a parle du la grenouille et du rat.

Les deux particules mo et (f*a ne me eemblaîent pas avou plus de rapport ensemble que n'en avaient avec la fable le Lummencemcut et la fin de celle rixe'.

Et comme une peus(5e sort d'ïme autre , de cette idée ii en naquit une autre qui redoubla ma première cralole;

Je pensais ainsi : u Ces démons ont élé jouée à cauw it iioui, et l'injure et tes coups qu'ils ont reçus sont tell, tpjt je crois qulls soufitent beaucoup.

» Si la colère se joint h leuc mauvais vouloir, ili wKi poursuivront plus cruels ijue le diien qui mord le lièvre as colle 1. »

Déjà je sentais tout mon piùl se hérisser de peur; Je ngardai en arrière avec attention, et je dis : « Uaitre, «1 ta M nous caches

■» Toi et moi promplement, j'ai peur des démons et des griffes maudites; nous les avons déjà derriëre noui, eljt me les figure tellement, que je les entends déjà, »

Et lui : « Si j'étais un verre doublé d'étain, je n'atUrenil pas à moi ton image plus vite que je ne pénètre au dedm de ton âme;

» En ce moment, tes pensées venaient à tntven Isi miennes de la même façon et sous les mêmes traits, si bien que de nous deux j'ai pris un seul conseil.

bvlfards <tiiJ lij^uifiepL une métaa chne : cdbm mi

l'^fee. CHAinr ixia. 24T

» Si la côte qui est à notre droite s'incline assez pour ^e nous puissions descendre dans Tautre fosse^ nous éviterons la chasse que tu f imagines. »

A peine avait-il acheyë de donner son BLiis, que je vis venir les démons > les ailes étendues > d^ êuez près pour vouloir nous saisir.

Mon guide me prit subitement^ comme une mère qui, réveillée par le bruit, et voyant les flammes briller près d'elle.

Prend son fils dans ses bras, et fuit, et ne s'arrête pas, plus occupée de lui que d'elle-même, et n'étant vêtue que d'une chemise.

Du haut de la chaussée, il se laissa glisser, en tournant le dos le long de la roche escarpée qui bouche un des côtés de l'autre cercle.

L'eau qui court dans un canal et va faire tourner la roue d'un moulin n'est pas si rapide, quand elle approche des aubes de cette roue.

Que l'était dans cette fuite le maître qui me portait sur son cœur, comme son fils et non comme un compagnon.

A peine nos pieds eurent-ils touché le sol du profond abime, que les démons parurent au haut du rocher audessus de nos têtes; mais je m'en souciais peu,

Car la haute Providence qui les avait placés là pour être les ministres de la cinquième fosse, leur refusait à tous le pouvoir d'en sortir.

Là-bas nous trouvâmes une troupe d'âmes brillautes qui marchaient en tournant à pas très-lents, et qui pleuraient et semblaient remplies de douleurs et de fatigue;

Elles portaient des chapes garnies de capuchons bas qui tombaient devant les yeux, et taillées à la façon de celles que portent les moines de Cologne^;

* L'on faict nn conte qnMl y eut nn abbë à Cologne, lequel fat si ambitieux et insolent, qu'il demanda permission au pape que ses moynes pussent porter chapes d'escarlatte, ceintures, espérons, et estriers à cheval d'argent doré. Ce qui déplent tant au pape, qu'il lui commanda qu'à l'advenir luy et ses moyoes useraient de chapes noires et mal faicles, de ceintures et estriers de bois. (Grangier.)

A ieur ces L-haj>es sont dorées, de sorte qu'elkti'^

éblouissem ; mais à l'intérieur elles sont (ouïes de ploi*ii elsi lourdes, que celles de Frédéric seinbleraienl de paille^ ^ 0 manteiu fatigant pour l'éternité! Nous touniâniinî »■ -i core la mai a gauche et marchâmes avec cas âmes, ccoutad'.' leurs tristes gémissements.

Mais, écrai<és sous leur fardeau, ces malheureux milh., chaienl ?i lentement, que nous changions de compagnonlni chaque mouvement de hanche. "■ J

Or, je dis a mon guide: u Tache d'en Irauver un dontm^ connaisse le nom et les acim :t porte en marchant t'odU autour de loi. »

Et l'un d'eux, qui ei langage toscan, ciiado^

lière moi : « Arrêtez i tous qui courez si ïile k[

travers l'air sombre; î

n El toi, peut-être ti as de moi ce que ta it-i

masdes. s Aussitôt mon g tourna et dit : o AtlenAijN

et ensuite sur son pas règi» m >n. d

Je m'arri'tai , et j'en fis deux qui montraient dans leuiï regards grand désir d'êlre avec moi ; mais leur fardeau et leur chemin étroit les retardaient.

Quand ils m'eurent joint, ils me regardèrent d'un oeil touche et sans parler; puis ils se tournèrent l'iiDrera l'autre et se dirent :

« Celui-ci parait vivant au mouvement de sa gorge; et s'ils sont moris, par quel privilège vont-ils dégagés du jiesant manteau? »

Puis ils me dirent : « 0 Toscan, qui es parvenu jusqu'au collège des tristes hypocrites, ne dédaigne pas de dire qui tu es. »

Et moi à eux : a Je suis né et j'ai pris croissance sur les bords du beau Heuve Arao, dans la grande ville', et j'ai id le corps que j'ai toujours eu.

K Hais vous, à qui une douleur si grande distille sur les

l'enfer, chant zxm. 249

Joues, qui êtes-vous? et quelle est sur vous la peine qui brille de tant d'éclat? »

Et l'un d'eux me répondit : a Ces chapes jaunes sont d'un plomb si lourd, qu'elles nous font craquer comme les poids font craquer les balances.

» Nous fûmes Frères Joyeux, et Bolonais, le m'appelais Catalano, celui-ci Loderingo. Nous fûmes élus podestats par ta ville,

» Suivant sa coutume de choisir un homme neutre pour conserver sa paix, et nous sûmes bien la garder, conmie on le voit encore près de Gardingo*. »

Et moi : a 0 frères, vos mauvais » Je n'en dis pas

davantage, car mes yeux rencontrèrent un homme ciucifié en terre par trois pals*.

Aussitôt qu'il me vit, il se tordit sur lui-même en soufflant dans sa barbe avec force soupirs, et frère Catalano, qui s'en aperçut.

Me dit : « Ce transpercé que tu regardes persuada aux Pharisiens qu'il fallait qu'un homme soufifrît le mai'tyre pour le peuple.

» Il est couché nu en travers sur le chemin, comme tu vois, et il faut qu'il sente combien pèse chacun de ceux qui passent.

» Son beau-père éprouve le même supplice dans cette fosse, ainsi que ceux du conseil qui furent, pour les Juifs, une semence de malheurs. »

' C'est le peuple qai, faisant allusion à la vie joyeuse des frères de Salnte-Hariey ordre clievaleresque tonde par Urbain IV, mais dégénéré, leur donna le ramoro de Frères Joyeux. — Deux de ces frères, Napoleone Catalano et Loderingo des Anderolo, avaient été nommés, en 1226, podestats de Florence; après quelque temps d'une sage administration, ils se vendirent aux Guelfes, et brûlèrent les palaif des Uberti, bâtis dans un quartier de la ville nommé le Gardingo.

' Selon le puëte, Caïphe, son beau-père Ananiai et tous ceux qui assistèrent an ooDseil où fut arrêtée la rowt de Jésus-Christ, sont crucifiés en enfer. — Les paroles de Ca'iphe sont dans saint Jean : c Unui aut9m ex iptùy Caiphoi nomine, cum csset pontifex anni illiusj dixit eii : Voi neteitis çuidquamt nec cogiiati* quia expedit vobù ut unui moriatur homo pro popuh, et non tota gène ptreat» > (Cap. XI, V. 49 et 50.)

te vis alors Tïrgiio regarder avec ëlonnemeRt celui qui ëUil si honleusemont ùtendu en croix dans l'étemel exil,

Puis il ^'adressa m frère en ces termes : « Vous plairail-il de me dire si à drinte il est quelque ouYorture

■ Par oii nous puissions sortir tous deux sans cootraincb 1m anges noirs à nous tirer de cet abiiue ? »

Celui-ci répondit ; a Plus près d'ici que tu n'espères s'elév; un rocher qui part du grand cercle et traverse toutes t» sam tires Taillées;

» Mais il est rompu en celte partie et ne continue pu au-dessus d'elle. Vous i avir les ruines qui giscfll

sur la pente et recou^' I. »

Uon guide resta u basse, ef dit : a Comme il

nous a trompés, ceb che les pécheurs I »

Et 11 T à Bologne les nomlirsui

vices c vices, on l'accusait d'êlw

trompeu. ... ^__ j i »

Alors mon guide - ^ .- g. inds pas, le visage un peu troublé de colère. Je *>,-. ces coupables au lourd fordeau,

En suivant les traces aes pieds cbéris.

CHANT XXIV

rlblo »rpen(i. — TiDW tiiccl de PItUU. — 5« prédidloDi contre u pUrii

Dans la partie de la jeune aimde oii le soleil ti-ernpe sa chevelure dans le Verseau, et où les nuits commencent à ne phis eoipiéler sur les juurii ;

Lorsque la gelée imite sur la terre la couleur de sa blanche sœur, mais dure peu et modère sa rigueur;

Le villageois à qui manque le fourrage, se lève, regank, et, voyant Is campagne toute blanche, se frappe la honchei

Puis il reloumfi à la maison, et çà et là se lamente, coouDe

l'enfcb. CHAfrr xxiv. 231

le malheureux qui ne sait plus que faire; puis il soil de noufeau et reprend espérance,

£n voyant la face du monde changt^e en peu d'heures; alors il saisit sa houlette et chasse au dehors devant lui les troupeaux an pâturage.

De même le maître me remplit d'épouvante quand je vis flon front Se troubler; de même il mit bientôt Templâti e sur le mal;

Car^ lorsque nous arrivâmes an pont roinpu, mon guide se tourna yers moi avec le doux regard que je lui vis d'abord au pied de la montagne.

11 prit conseil en lui-même, et, après avoir bien regajrdë la mine, il ouvrit les bras, me saisit,

Et, comme celui qui travaille, songe toujours dans son labeur k ce qu'il fera ensuite, de même en m'élevant sur la dme

D'une roche, mon maître en avisait une autre et me disait : « Accroche-toi d'abord à celle-ci, mais éprouve avant fd, telle qu'elle est, elle peut te soutenir. »

Ce n'était pas un chemin fait pour des porteurs de chapes de plomb, puisque nous pouvions à peine, Virgile si léger et moi qu'il soutenait, monter de pointe en pointe;

£t si la voie n'eût pas été plus courte de ce côté que de l'autre, je ne sais ce que serait devenu mon guide; quant à moi, j'eusse été vaincu de lassitude.

Mais comme Malebolge va toujours en pente vers l'ouverturo du puits profond, chaque vallée que l'on parcourt

Présente toujours un côté qui s'élève et un autre qui descend. Enûn nous atteignîmes la pomte où se rompt la dernière pierre.

J'avais si peu d'haleine au poumon, quand je fus là-haut, que je ne pouvais aller plus avant; aussi je dus m'asscoir à mou arrivée.

a Maintenant il faut que tu jettes toute paresse, dit le maître; ce n'est pas en couchant sur la plume et le duvet qu*on arrive à la renommée *.

* Passuge imiU! de Luo«iu, i-'.iarcak, iiv. il.

t Celui qui passe sa yie sans renommée laisse sur h Icm une Irace parcilliï h celle de la fumée daas l'air et de l'écume sur l'eau.

n Or donc, lève-toi, dompte la faligue avec l'espril ijà trianiphc de Ibute lutte, s'il oe se laisse pas accabler par le poids du corps.

B li est une plus longue échelle à Tranchir; il ne suffit p3!, d'avoir laissé ces pierres derrière nous. Si tu m'entends, qtJf cela le donne du rourage. n

Je me levai alors, en me montrant plus rempli d'haleiut que je ne m'en sentais, et en disaut ; « Va, Je suis fort <.'< fa%rdi. »

Nous primes notre route sur le rocher qui était rabukui, étroit, difflcile et plus âpre que celui d'avant.

Je marchais en parlant pour ne point paraître faible, lortqu'une voix, partant de l'autre fosse, articula une paruif peu distincte;

Je ne sais ce qu'elle dit, bien que je fusse sur le sommel de la voûte qui passait par là; mais celui qui parlait piraissait ému de colère;

Je ni'iilais baissa; mais les yeux d'un vivant ne pouvaieni atteindre le fond à Iravers robscurilc, aussi je dis : n Maître, fais en soile d'aiTiver

n A l'autre cercle, et descendons ce mur; d'ici j'entendi et je ne comprends pas ; je vois et je ne distingue rien.

— Je te répondrai, dit-il, en l'accordant ce que lu souhaites : quand la demande est juste, il faut la salisfairL' en silence. »

Nous descendîmes le pont du côte où il s'unit à la huitième rive, et alors je vis la fosse tout enlièi'e.

Et je vis là une efl'roïable masse de serpents, et de tani d'espèces différentes, que le souvenir m'en glace encore le sang.

Que la Libye et les sables ne se vantent plus de produire des chélydres, desjaculis, des phares, des hjdi'es et des

v'Idu l'nplnion du ti:iii]i<, rniii^tfWt'l*

l'ei«per. giant XXIV. 283

Que toute TÉthiopie et le pays qui est au-dessous de la mer Rouge n'étalent plus les pestes et les monstres qui s'y engendrent :

A travers cotte affreuse et cruelle quantité de reptiles couraient des gens nus et épouvantés^ sans espoir d'un asile ou de la pierre héliotrope;

Leurs mains étaient liées par derrière avec des serpents, et ceux-d; formant des nœuds par-devant, leur fourraient dans les reins leurs queues et leurs têtes.

Et voilà qu'un de ces malheureux qui était de notre cdté fut piqué par un serpent, à l'endroit où le col s'attache aux épaules.

Et, en aussi peu de temps qu'on écrit un 0 et un /^, ce coupable s'enflanuna, brûla et tomba réduit esi cendre;

Mais à peine fut-il consumé à terre, que la cendre se ramassa d'elle-même, et reforma le corps tel qu'il était avant.

Ainsi les grands sages prétendent que le phénix meurt et renaît quand il est près de son cinquième siècle;

U ne se noturit ni d'herbes, ni de blé pendant sa vie, mais d'amomum et des pleurs de l'encens; et le nard et la myrrhe forment son dernier lit *.

Et tel un homme qui tombe, sans savoir comment, par la force d'un démon, ou par l'effet d'une étremte maladive,

Quand il se relève, il est tout étonné de la grande angoisse qu'il a soufferte, regarde autour de lui, et soupire en regardant.

Tel était le pécheur relevé devant nous. Oh! combien est sévère la justice de Dieu, pour qu'elle fasse éclater sa vengeance par de tels coups !

Mon guide lui demanda ensuite qui il était, et il répondit : a Je suis tombé de Toscane, il y a peu de temps, en cette horrible fosse.

» La vie bestiale me plut et non la vie humaine, vrai mulet

* Ne 0 SI tosto mai ne I si scrisse.

• Imite d'Ovide, ir^M liv. XT.

K4 la DtVME COMÉDIE,

(pie Je nia. ïe suis Vanwi Fucci la brûle, el Pisloîa IW ma digne tanifre. » i

Et moi au guide : u Dis-lui de itc point bouger, et demande-lui <]uelle faute l'a précipité ici-bas. Je l'ai tu honune de sang et de colÈre. b

Et le p^clieur qui m'eiilendit ne se cacha pas; il se tourna attentif vers moi, et son visage fut couvert d'une triste honte.

Puis il dit : i( Je suis plus Aésolé qne tu m'aies trouvé dam cette misÈM que je ne le fus lorsque je fus arraché à la vie,

N Je ne puis te refuser ce que tu demandes. Je suis ici-b» parce que j'ai volé dans la sacristie les beaux ornements,

H Et que j'ai actusé faussement un autre de ce crime '. Mais, pour qlie tu ne te réjouisses pas de ma mjgère, si jamais tu sors de ces lieux sombres,

n Ouvre les oreilles à cette nouvelle, et écoute ; Pistoia d'abord se purge des Noirs, puis Florence renouvelle ses eitosens et ses mœurs.

» Mars soulève, du val de la Magra, une vapeur qui, lijfmfint de sombres nuages, va, tempite impérieuse et terriUe,

» Se déthainer sur \e.i- cliampa de Picène, et là, le nuaga Mataat soudain, ancanlira tous les Blancs*.

» Et je l'ai dit parce que je veux te conlrister *. »

■ Flcèvs, «a luBLaeci hrait ninim cl '-—■'- f' f"! "iiintlii Mi>M

L'iNPEt. CHAMT IIV. W

CHANT XXV

SoHe de la leplième fotw da IniiUèiM eerde, on des Toteart et des Cmcmûo^ eairei. rr- lie poëte y leneonlre Cacns fons l« feraw d'an ceolaara ; ■■ dngoa est sur set ëpaalet. — BencoDlre de quatre Florei^iM. ■— Tnoifenulitii étrange qae saUsieiit deux Ombrer

En finissant ces paroles, le voleur éleva les deux mains en Tair et fit la figue en criant : a Prends^ Qieu! c'est pour toi. ut

Mais soudain un serpent, et depuis ce temps j'aime cett^ race, s'enlaça autour de son col comme s'il lui avait dit : « Je ne vtux pas que tu parles davantage, n

Un autre s'attacha à ses bras, et, les enveloppant par 4evant de ses nœuds, les lia tellement, qu'il n'était pas possible au damné de faire un seul mouvement.

« Ah ! Pistoie ! Pistoie ! pourquoi ne pas te résoudre à t'incendier toi-même jusqu'à ce que tu n'existes plus^ puisque tes fils, de jour en jour, avancent dans le mal !

» Dans tous les cercles obscurs de l'enfer je n'ai pas vu d'esprit plus sqperbe devant Dieu, pas môme celui qui tomba des murs de Thèbes ^ y>

£t le voleur s'enfuit sans plus dire un mot. Alors j'aperçus un centaure plein de rage qui venait en criant : a Où est-il, où est-il, le superbe ? »

Je ne crois pas que les Maremmes contiennent autant de couleuvres qu'il en portait sur sa croupe jusqu'à l'endroit où commence la forme humaine;

Sur ses épaules, derrière la nuque, était placé un dragon, qui, les ailes ouvei-tes, lançait des flammes contre quiconque approchait.

Mon maiti*e dit : a Ce monstre est Cacus, qui, sous les rochers du mont Aventin, forma plus d'une fois un lac de sang.

*Gapaoée.

SSfi LA DIVISE C0M£|IIC.

H II n'est lias avec sea fi'èriïs pai-ce qu'il de'roha fraitduleuscment le grand troupeau qui paissait dans son voisinage.

n Mais ses œuvres louches prirent un sous la maMne d'Hercule * qui le frappa de cent coups, et il n'en sentil fsf la diiiëmc partie, n

Tandis qu'il parlait, le centaure disparut : alors trois esprits s'avancèrent auniessous de nous, et noua ne les aper^ çAmes, mon guide et moi,

Que lorsqu'ils trièrent : « Qui èles-vous ? n C'est pourquoi notre entrelien s'arrêta, et nous tixàmcs sur euï notre attention.

Je ne les connaissais pasj mais il aniva, comme il arriTe en plusieurs cas, que l'un d'eux vint à en nommer un autre,

Disant : u Cianfa', où est-il reste? n El moi, afin de rendre mon guide attentif, je me mis le doigt entre le an et le menton.

Maintenant, d lecteur! si lu es lent à croire ce que je le dirai, ce ne sera pas merveille, car moi, qui l'ai vu, je le crois à peine.

Comme je tenais mes veux levés sur ces esprits, un serpent à siï pieds s'élança pai' devant sur l'un d'eux, et s'y attacha tout entier.

Avec le» pieds du milieu il lui serra le ventre, de eeuxdu devant il pi-it les bras, puis il lui mordit les doux joues.

Allongeant ensuile ses pieds de deiiicre sur les cuisses, il lui passa la queue entre les deux jambes, et la lui élendri par deiTièi'e le long des reins.

Jamais le lien'e ne se lia à l'arbre autant que l'iiorribic ii^te, et ses membres s'entortillaient autour du coupable.

Puis ces deux êtres se fondirent ensemble, comme slls avaient été de cire chaude, et mêlèrent leurs couleurs si bien, que ni l'un ni l'aulre ne paraissait ce qu'il était.

l'enfer, chant XXV. 297

C'est ainsi que l'ardeur du feu produit sur un papier qui brûle une couleur brune qui n'est pas noire encore, mais qui déjà n'est plus blanche.

Les deux autres esprits regardaient, et chacun d'eux criait : « 0 Agnel ^, comme tu changes ! vois, tu n'es plus ni un ni deux ! »

Déjà les deux têtes n'en formaient plus qu'une, et en ce moment apparaissaient deux figures mêlées dans la part imique où les deux étaient perdues.

Des quatre bras deux seulement restaient, les cuisses et les jambes, le ventre et le tronc devinrent des membres qu'aucun honune n'a vus.

Tout aspect primitif y fut effacé, l'image perverse paraissait double et n'était pas un seul être, et, telle qu'elle était, elle s'en allait à pas lents.

Gomme le lézard sous la grande ardeur des jours caniculaires, lorsqu'il change de buisson, semble un éclair s'il traverse la route.

Tel paraissait , en se dirigeant vers le ventre des deux autres esprits, un petit serpent enflammé, livide, et noir comme un grain de poivre.

Il piqua l'un d'eux à cette pai'tie du corps par où l'homme, avant de naître, puise son aJiment, et puis il tomba et resla étendu devant lui.

Le blessé le regarda sans rien dire ; immobile sur ses pieds, il bâillait, comme si le sommeil ou la fièvre l'eût assailli.

Et le serpent et lui se regardaient. L'un par la plaie, Tautre par la bouche, ils fumaient fort, et la fumée se rencontrait.

Que Lucain se taise désormais, là où il raconte les misères de Sabellus et de Nasidius, et qu'il écoute attentivement ce que je décris.

Qu'Ovide se taise sur Gadmus et Aréthuse ; si, dans son poëme, il changea l'un en serpcy^t et l'autre en fontaine, je n'en suis point jaloux '.

' A^oel firuncllesclii, Florentin.

' Voir dans la Phartale, I. IX, la mort des soldats SabeUas et Naaidios, piqués

us L* DIVINE cnatDiE.

li ne tr«nBforraa jamais rieus natures i l'uiilre, si bien que Icure formes Tussent prôtes à échanger sui'-le -champ leur matière.

L'homme et le serpent se correspondirent de telle sirle, que le reptile fendit sa queue en fourche, et que letdcué resserra ses deux pieds.

Ses Jambes el ses cuisses se rapprochant tellemeul, que bientôt la jointure ne laissait plus paraîtra »icune tnix

La qiieuË fendue prenait la forme qui se perdait rtaez l'homme; ici la peau s'amollissait, là elle devenait dure.

Je vis les bras do l'homme Ircr da.ns les aisselles, il les deux pieds de la b^te, qu' ■^' mt courts, s'allonger uitant que les bras du damn''. laient.

Les pieds de derrière i it, se lordcuit ensendilf,

formèrent le membre qui e cache, et celui du ewi-

pable lit deux pieds.

Tandis que la fumée couvre 1 un et l'autre d'une cauImt nouvelle, et fait pousser sur le serpent le poil qu'elle enlève à l'homme.

L'un se dresse et l'autre tombe à terre, mais sana <Ulourner leurs regards ft?roces sous lesquels chacun d'ein changeait de visage.

Celui qui ëlail debout ramena son visage vers les tempu, et de l'excédant de chair <pii vint là sortirent les or^llea qui Burmonlaicnt ses joues lisses;

Le superflu, qui ne tomba pas en arrière et s'y arrêta, «rvit à faire un nez, et grossit les lèvres autant qu'il convenait.

Celui qui rampait poussa son museau en avant, et retira ■es oreilles dans sa lète, conmie fait le limagon de ses cornes.

La langue de l'homme, qu'il avait auparavant d'un seul morceau, el prompte h. parlei-, se fendit; la langue fourchue du serpent se referma, et la fumée s'arrêta.

L'âme qui étail devenue liète s'eufuit en sifflant dans la vallée, et l'autre, eu parlant, lui cracha dessus.

|.*KlfPEB, CHART IXVI. 259

Puis, loqËnftnt y6F9 elle ses nouvelles épaules^ elle dit : c( Je veux que Buoso ^ rampe dans ce chemin conmie je l'ai fait, »

C'est ainsi que j'ai yu changer et s'échanger les natures dans la septième fosse ; que la nouyeauté m'excuse si ma pjume n'est pas Qeurie,

Quoique mes yeux fussent troublés et que mon esprit fût égaré, ces ombres ne purent s'enfuir si bien cachées, que je n^ reconnusse

Puccio Sciancato*; c'était le seul^ des trois e^^rits Tenus d'abord, qui ne fût pas changé;

y autre était celui ^ue tu pleures, ô GayiDe*!

CHANT XXVI

HuitièmA Tallëe dn hnitiime cercle, on des Hanvais CooKHIen. — Ib font éwêê Iw flaouBM. — UlyiM raeonU ao poète m vie erranle et m motU

Béjouis-toi, Florence; tu es si grande, que ton asile plane ^r la terre et sur la mer, et que ton nom est répandu même au fond de l'enfer.

Parmi les voleurs, j'ai trouvé cinq de tes citoyens ! Cela me fait honte et ne te fait pas grand honneur K

Si les songes du matin sont les plus véridiques, tu connaîtras dans peu ce que Prato et les autres te souhaitent.

Si le malheur t'avait déjà frappée, ce ne serait pas assez tôt; qu'il vienne donc puisqu'il doit venir; plus je deviendrai vieux, plus il me pèsera.

Nous partîmes, et, par le même escalier que les rodies

' B«oM, Florentin, de la famille des Abbati.

'Puccio Sciancalo, aiusi Florentin.

* C'est messire Guercio Cavalcaote, tuë par les habitants de Gaville, dans le val d'Arno. L^s parents et amis de Cavalcaote, irrites de cet assassinat, en tirèrent une vengeance éclatante, en massacrant plusieurs citoyens de Gavil e. (M.)

Les cinq citoyens de Florence sont . Cianfa, Donali, Agnelto BroneUescU, Buoso degli Abbati, Puccio Sciancato et Francesco Guercio Cavalcante.

tenl Tait pour descendre, mon guide rcmniiU«l incnir„.jaaveclui;

El, poursuivant la voie Eolilaire à ti-avers les pointes Et les pierres du rocher, le pied ne se dégageait pas sans l'ai* de la main.

Abrs je m'arQiijeai, et je m'alflige encore quand je raméoe ma ménioii-e vers ce que j'avais vu, et je mets un frein à mon esprit, i

Pour qu'il ne perde pas son guide, la vertu; et si uik | bonne étoile ouunp mpîllpiiip ItiQucnce m'a donné quelqw bien, je ne veui pas ■ i me l'envier.

De même que dans <h celui tpiî éclaire le momie

nous découvre plus Ion; sa face, le villageois qui a

repose sur la colline.

A l'heure oit le ace la mouche , voit i sa

pieds, dans le val le de lucioles courir aulMT

des vignes et des bi

De même je vis respieuair ae llammes la septième fost tout entière, aussitôt que je fus là oii le fond apparaissait.

Et tel que celui que les om-s aidcreni dans sa vengeanK' vit partir le char d'Élie, quand les chevaux montaienl M ciel,

Si haut que l'œil, ne pouvant plus les suivre, ne distingua plus qu'une flamme ItSgère s'clevant comme un (aibte nuage ;

Ainsi dans le fond de la fusse se mouvait chaque flamme, qui renfermait chacune un pécheur, sans montrer »n

Je me tins sur le ponl pour considérer ce spectacle, et l>i

conni isnou! a equi iEBû dkiwnml olruniiPOi el ucFndrt Bllu per tnrùiin

l'ei^fer. chant xxn. 261

si je n'avais pas saisi de la main un morceau de rocher^ je serais tombé dans le gouflre^ sans être heurté.

Mon guide ^ qui me vit si attentif^ dit : « Au dedans des feux sont des esprits : chacun est revêtu de la flamme qui l'embrase.

— 0 mon maitre ! rëpoudis-je^ ta parole m*a rendu plus certain de ce que je vois^ mais déjà je m'en étais avisé et je voulais te le dire.

» Apprends-moi quelle est cette flamme qui se divise au-dessus de Tabîme comme celle du bûcher où furent mis Ëtéocle et son frère * ? »

n me répondit : « Là souffrent Ulysse et Diomède, soumis à la même vengeance pour s'être livrés à la même colère.

n Dans cette flanune on pleure Tembûche du cheval de bois qui ouvrit la porte à toute la belle race des Romains.

» On y pleure l'artifice pour lequel Déidamia^ toute morte qu'elle est^ se plaint encore d'Achille^ et on y porte la peine de l'enlèvement du Palladiiun.

— S'ils peuvent parler du milieu de cette flamme^ dis-je aloi*s (ô mon maître! je t'en prie^ et je t'en supplie pour que ma prière en vaille mille )>

» Permets-moi d'attendre que la double flamme soit arrivée jusqulci; vois comme ^ dans mon désir ^ je me penche vers elle. »

Et lui à moi : « Ta prière est digne de louange^ aussi je l'accueille^ mais fais en sorte que ta langue se maintienne en repos;

» Laisse-moi parler; j'ai compris ce que tu veux; mais peut-être ces pécheurs, parce qu'ils furent Grecs, dédaigneraient ton langage ? )>

Lorsque la flamme fut arrivée près de nous deux, et que le maître eut jugé le lieu et le moment favorables, je l'entendis parler en ces termes :

a 0 vous qui êtes deux dans le mêoie feu, si j'ai bien ,

' Tremuêre cogi cl novus adversa buslo

PelUlur : exoDdaui diviso vcrlicc flammée.

(StacE; r^6.)

Riérilë de vous peadtuil ma vie, ai j'ai mérite de tous peu OH beaucoup,

n Quand j'ai écrit moa grand poème dans Le monde, m vous éloignez pas; mais que l'un de vous me dise où, perdu par son courage, il est alla mourir, a

la pointa la plus élevée de l'antique flamme commençs k se remuer eu murmurant comme la flamme que le «eat agite;

SnsiUte, promenant çà et là «a cime, comme eût bit ane langue prête à parler, elle jeta des sons au detiors, et i prima ainsi ;

H Quand je parvins à me koi liaire h Circë, qui m'uTail retenu plus d'un an près deGaël.., a\ant qu'Êa4e eût nomiw cet endroit';

n Ni la douceur des baiser» in fils, ni la piélii due à m ïieui père, ni l'auiour mutuci 4ui devait rendre beur^i^ PéniSlopâ,

» Ne purent vaincre en moi le désir d'explorer le monifc et de connaître les vices et les vertus des humains,

» Je me hasardai sur la haute mer, seuli^raent avec un vaisseau et la petite troupe qui ne m'abandonna pas.

B Je vis l'un et l'autre rivage jusqu'à VKspagne, jusqu'à Maroc, l'île de Sardaigne et les autres îles que la mer entoure et baigne de ses flols.

« Hoi et mes compagnons, nous ëlions vieux et lourds quaud nous arrivâmes à cette goi'ge élroite où Hercule posa les deux signaux

> Pour avenir l'homme de ne point passer outre. A ma droite ja laissai Séville, à ma gauche j'avais laissé CeuU.

n Alors je dis : « 0 ti-èresl 6 voua qui, à travers cenl mille dangers, avez atteint l'Occident,

n Pour ce peu de temps qui vous reste à vivre, ne voui privez pas de visitei', par delà le soleil, ce monde sans ha-

1» Pénseï à Totre origine; vous n'aTéc pas été faits pour Tivre comme des brutes^ mais bien pour atteindre la Tertu et la sdenee. r>

» Par cPtte courte harangue^ je rendis mes compagnons si ardents à poursuivre leur voyage , qu'à peine ensuite j'aurais pu les retenir.

» Et^ tournant notre poupe au levant^ nous fimes, de nos riames^ des ailes à notre vol insensé, et de plus «a plus nous avançâmes vers la gauche^

» Dëja la nuit voyait briller toutes les étoiles de Tantre p^e, et ie nôtre était si bas, qu'il paraissait à peine audessuis du sol marin«

» Cinq fois la lumière de k lune s'était éteinte et rallumée depuis que £ious étions entrés dans cette grande iner,

» Quand nous q^arut une montagne que la distance rendait obscure, et qui me semMait la plus haute qui j'efKse encore vue^j

» Nous nous réjouîmes, mais notre joie bientôt se changea en plaintes; de cette terre nouvelle s'éleva un to«r- InUon qui frappa la proue du vaisseau;

» Trois fois il fit tourner le navire avec toute l'eau» puis à la quatrième, il mit la poupe en haut, la proue an bas, et ccnnme il plut à l'autre*,

D Jusqu'au mcmient où la mer se referma sur nous. »

CHANT XXVIl.

8iiit6é — Le comte Gaido de Montefeltrc».

Déjà la flamme^ s'était redressée let devenait fmmobSe

* Selon les plos anciens commentateurs, Dante daigne le Purgatoire par cette montagne, aa-dcssus de laquelle se trouve le Paradis terrestre. — < Selon les plus récents, il entend VAtUmtide de Platon, <m l'Amérique»

* A Vautre, c'est-à-dire à Dieu.

La flamme renfermant Vtysse et Diomède.

284 L* DIVIKR COMEDIE. ^^^

sans plu parler, et déjà elle s'éioigoait de nous nvpc h |Wmission du doux puëte,

Lorsqu'une autre, qui venait deniôre, me fit touraerlej yeui vers sa pointe, par le bruit confus qui s'en écbappail.

Semblable au taureau de Sicile qui, jetant pour premier mugissement (et cela fut bien juste] le cri de l'ourris' qoi l'avait irayaillé avec sa lime ',

Mugissait par la voix des malheureux qu'on y renfennail, comme ai son corps d'aii'ain eût élé réellement traversii psr la douleur;

La parole de l'esprit contci dans cette Oauime, étonS^ dès le principe, et ne trouran pas d'issue, se conTertianil en un bruit pareil à celui du i ii.

Mais enfin, lorsqu'etla eut i 'Ussi à se frayer un chanie par la pointe, en lui donnant ; mouvement que la langun lui avait donne au passage.

Nous entendîmes tos mots : « 0 toi, à qui je m'adressai et qui parlais à l'instant le langage lombard, en disant: a Maintenant, va-t'en, je n'ai plus à l'interroger; a

n Quoique je sois arrivé peut-être un peu tard, ne rrfiw pas de causer avec moi; tu vois que j'y consens, moi, et cependant je brûle'.

n Si tu viens de tomber dans ce monde sans lumière île la douce terre latine où j'ai commis touLîs mes fautes,

n Dis-moi : les Romagnols ont-ils la pbix ou la guerret car je suis né dans les montagnes placée.^ entre Urbin el celles oii jaillit le Tibre. »

J'tkoutais encore, attentif et le front baissé, lorsque mon guide me toucha le côté , en disant ; n Parle , toi , c'est un

Et moi, qui avais déjà la réponse prâte, je conimeD(ù ainsi sans larder : « 0 âme qui te caches là-dessous, » Ta Romagne n'est et ne fui jamais sans guerre dans lo

l'enfse. chamt uyu. ftfi6

cœur de ses tyrans : toutefois je n*y ai pas laissé de guerre manifeste;

» Ravenne est ce qu'elle était il y a bien des années; Taigle de Polenta en a fait son repaire^ et couvre encore Cervia de ses ailes*.

» La terre qui soutint la longue épreuve^ et qui porte des monceaux sanglants de cadavres français^ se retrouve dans la puissance des griffes vertes*.

)) Le vieux dogue et le jeune mâtin de Yerruchio, qui mirent à mal Montagna^ régnent là où ils ont accoutumé d'ensanglanter leurs dents'.

» La cité de Lamone et la cité de Santemo sont gouvernées pai* le lionceau au nid blanc qui change de parti de l'étéàrtiiver*.

)) Et la cité dont le Savio baigne les flancs^ de même qu'elle e§t située entre plaine et montagne , vit de même entre la liberté et la tyrannie.

» Et toi^ maintenant^ je t'en prie^ qui es-tu? Ne ^is pas plus dur qu'on ne^l'a été à ton égard, et que ton nom étende sa place dans le monde. »

Lorsque le feu eut un peu rugi à sa manière, il agita sa pointe aiguë çà et là, et puis il poussa ce souffle :

« Si je croyais répondre à un être qui dût retourner sur la terre, cette flamme resterait à l'instant en repos.

)) Mais puisque jamais, si ce qu'on dit est vrai, aucun vivant ne sort de ce gouffre sans craindre l'infamie, je te réponds :

' L'aigle de Polenta est Gaido Novello da Poleotay qui portait dans ses armes ud aigle d'argent et de gaeales, an champ d'or et d'aznr.

* Du lion vert, que Sinibaldo Ordeiaffi, seigneur de Forli, portait dans ses armes. La ville de Forli avait repoussé avec de grandes perles une troupe de Français qui l'avaient assiégée par ordre de Martin IV.

' Le vieux dogue est Malatesta le père, seigneur de Rimini ; le jeune mfttin de Vemicbio, Malatesta le fils, ou Malatestino, possesseur du château de ce nom; Montagna, chef du parti des Gibelins à Rimini, que Malatesta le fils avait mis ft mort.

* La cité de Faenza, près du Lamone, et la cité d'Immola, près du Santerno, sont gouvernées par le Mainardo Fagani, qui porte d'argent au lion d'azur.

* Cesène.

m LA DIVTtIF COMEDIE.

» ]e fliB homme d'armes et ensuite cordelier : ]e cnu m'amender en prenant le cordon ' ; et certes j'aurais pu W croira en toute assurance,

1) Si le grand prêtre*, à qut je soutiaite malheur, w m'eût replongé dans mes premières fautes. Je \ei\x qot tu saches comment et pourquoi.

n Tant que J'eus la forme d'os et de chair que ma loèn me donna, mes œuvres ne Turent pas d'un lion, mois Jun renard.

» Je connus toutes les rus«. toutes les Toies couTert«; et je pratiquai l'arl de '" ' A bien, que jusqu'aux It-

mites ie la terre mo" om,

n Mais quand je m i cet âg« oîi chacun dcnrit

baisser la voile et ro,. âges,

n Ce qui me plaisait int me déplut alors, tljf

m'abandonnai au repei snTessant mes fautes, li!

malhcm'cux! j'aurais faii itut!

n Le prince des nouveai larisiens" ëtatt en guerre

près de Latran*, et non avec les Sarrasins et les jui^.

fl (Car chacun de ses ennemis ëtait chrétien, cl aitom d'eux n'avait été conquérir la ville d'Acre, ou commensr sur la terre du Soudan.)

« Ce pontil'c ne considéra en lui-même ni le Suprême ministère, ni les ordres sacrés; il ne vit pas non plus en moi te cordon qui rendait alors plus maigres ceux (pd le portaient;

» Mais, comme Constantin, dans les montagnes ^Bfth racte, pria Sylvestre de le guérir de la lèpre, de m^ânO me pria

» De le guérir de sa fl^vre M^ueilleuse; il tne demanda e^œil, et moi je me tus, parce que ses paroles me pani»saient inspii-ëes par l'ivresse.

■ 6» Il fin 4b u tM, «vldg a* InMiMICD ^ llabn Aa FnMtMMB, M n» • Xndbce vm.

L*BNPn. CnART Ufll. H7

T» Après il ajouta : <t Délivre ton cœur de tout soupçon , je t'absous d'avance; enseigne-moi à faire tomber à terre les murs de Palestrina *.

D Je puis ouvrir et fermer le ciel^ comme tu le sais^ car je possède les deux clefs dont mon prédécesseur ne sut pas l'usage. )>

» Ces graves arguments me frappèrent^ et^ pensant qu'il valait mieux parler que me taire ^ je dis : « 0 mon père! puisque tu me laves

» Du péché où je vais tomber^ écoute : promettre beaucoup et tenir peu te fera triompher sur ton si^e sublime. »

» A ma mort^ François* vint pour me réclamer ; mais un des noirs chérubins lui dit : <c Tu ne peux l'emporta*; ne me fais pas tort.

» 11 doit venir en bas parmi mes damnés; car il a donné un conseil frauduleux : depuis ce Jour je le tiens aux cheveux.

» On ne peut absoudre celui qui, ne se repent pas; il est impossible de vouloir le péché et de s'en repentir à la fois : la contradiction ne le permet pas. »

y» Oh! que je fus malheureux quand il me saisit , en disant : « Peut-être ne pensais-tu pas que je fusse logicien? »

» Il me porta à Minos ; ce juge tordit huit fois sa queue autour de ses flancs durs^ et puis avec grande rage U la mordit, et cria ;

<t Celui-ci est un des coupables que le feu emporte. » Voilà pourquoi je suis perdu dans le gouffre où tu me vois, et pourquoi je gémis de porter un tel vêlement. »

Quaqd il eut achevé son dire, la flamme plabtive s'éloigna en tordant et en agitant sa clipe aiguë.

Nous passâmes outre, mon guide et moi, et nous atteignîmes, au bout du rocher, l'autre arche qui couvre la fosse où Ton fait porter la peine

A ceux qui se sont chargé la conscience en excitant la discorde.

* Palestrina apparleuait aux Colunna.

* S. Françoift viol réclamer Guido qui (Hait Franciecaii»

CHANT XXVIII

iDiUi-me cercle, cni Ocs Fjujttuni de Scaodale, deSfiîMuel

Qui pourrait jamais, même avec des paroles libres de gênes de la poésie, même en y revenant à plusieurs fois, dire tout le sanc et les plaies que je vis aloi-s?

Certes, il n'est pas de h larmi nous qui puisse, sans

Taiblir, exprimer ce e i peine à c(im prendre.

Que l'on rassemt. ceux qui répandirent km

sang dans les plaine) iUe, si disputées à laFo^

tune.

En combatla ins cette longue guerre «Ii

tl se lit, comme ■ la. , qui ne se trompe pas,(ine

si grande moisson ummcau..

Ceux qui, pour s'être arm*!5 contre Robei't Guisca.rd, KHtirent la douleur des grands coups ■, et ceux enfin dont m recueille encore les os

Tant à Cepperano, oii chaque Apulien fut traître", que dans le val de Tagliacozzo, où le vieil Allard vainquit sans armes',

Tous nés membres tronquas et pereés ne sauraient égaler l'aspect opouvaulable de la neuvième fosse.

Jamais on ne verra une tonne ou une douve percée comme un esprit que je vis Tendu depub le menton jusque 80US le ventre;

Ses boyaus pendaient sur ses jambes; on voyait le cœur en mouvement, et le Irisle sac oii la fiente humaine se fait de ce que l'on avale.

l'enfer, chant XXVIII. Itl^î

Tandis que je le considérais avec attention^ il me regarda^ et de ses mains s'entr'ouvrant la poitrine^ il me dit : « Vois comme je me déchire î

» Vois comme Mahomet est estropié; devant moi marche Aly, tout en pleurs, le visage ouvert depuis le menton jusqu'au crâne*.

» Tous les autres que tu aperçois ici ont été vivants; et, pour avoir semé le scandale et le schisme sur terre^ ils sont fendus ainsi.

)) Un diable est là derrière qui nous frappe ainsi cruellement, remettant sous le tranchant de son épée chacun de cette troupe,

)) Quand nous avons fini le tour du chemin des pleurs , parce que nos blessures sont refermées lorsque nous reparaissons devant lui.

» Mais toi, (]\ii es-tu, toi qui restes là-haut sur le rocher, peut-être pour aller plus tard au supplice que t'ont mérité tes propres accusations?

— Celui-ci n'est pas encore mort, et n'est pas conduit aux tourments pai* sa faute, répondit mon maître; il est amené ici pour connaître tous les supplices.

» Moi qui suis mort, je suis chargé de le promener de cercle en cercle par tout l'Enfer; et cela est vrai conmie je parle. »

A ces mots, plus de cent damnés s'an*êtèrent dans la fosse pour me regai'der, et de siu'prise oublièrent leui' tourment.

« Toi qui peut-être reverras dans peu le soleil, dis à Fra Dolcino que , s'il ne veut pas venir me joindre ici bientôt,

» 11 fasse provision de vivres, et ne se laisse pas entourer par la neige; car, sans la famine et la neige, le Novarais pourrait difficilement le vaincre*. »

* Aly, cousin de Mahomet.

' Frère Dolcino prêchait, en 1305, dans les montagnes de Novare, h commnnauUt des femmes et des biens. Il avait rcuni plus de trois mille sectaires. Poursuivi par les troupes de l'évèque de Bcnévenl, il l'ut pris avec sa femme Marguerite, et brûlé vif avec elle dans la ville de Movare. Leur courage dans les supplices fut btroïque*

VN U DIVINE C MBDie.

Après avoir levé le pied pour s'ëloi^er, Mahomet me dit cei paroles; puis il l'allongea et parliL.

Un aiilri: , dont la porge était perct^e , li; nci coupé jusqu'aux sourcils, et qui n'avait plus qu'une oreille,

Élant rtslé k me regarder, plein d'étoiinement avec lui aalrea esprits, ouvrit devant eux le Irou de sa bouche loulf TermciUe de sang.

Et il dit : 0 0 toi, qu'aucune faute n'amène ici; toi, que j'ai vu là-haul , sur la terre latiue , à moins qu'une trop grande reRsemblanc» "" ■"" t^impe,

n Suuvions-toi di lediciua*, si tu rctounus

jamais dans la dui descend de Verwlli k Vu-

uabo,

B Faia savoir a leurs de Fano, a. mam

Guido, et aussi à -- ;, si la prévision o'ettpii

vaine en ce

H Ib sero

Cattolica, pm la u

» De l'île de Chypre a ilie ne Majorque, Neptune n'ajamais vu commettre un si grand crime par les forbans cm la race des Grecs,

fl Ce Iraiire, qui ne voit qu'avec un œil et qui gouverw la terre, où, tel qui est ici pi'ès de moi, il voudrait n'avsir jamais ^té,

M Les appellera à une conférence avec lui, et puis fera à bien, que vœm el prières n'aui'onf pas besoin d'agii- contre le vent de Focara '. n

Et moi, je lui répondis : « Indique-moi, si tu veux que je parle de toi là-iiaul, quel est celui à qui l'aspect de ce (ia;i fut si amer. »

Alors il porta la main à la mâclioire d'un de ses compa-

l'brp». chaut xrmu VH

gnons, et loi ouf rît la bouche en criant ; c Le Toilà ; mais U ne parle pas. »

Celait celui qui^ chassé de Rome, étouffa le doute an eœur de César, en affirmant que, pour l'homme préparé, il est toujours dangereux d*attendre *.

Oh \ comme il me paraissait épouvanté, avec sa langue tranchée dans le gosier, ce Curion qui fut si hardi à parler !

Un autre, qui avait les deux mains tronquées, levait ses moignons dans l'air sombre, tant que le sang qui coulait d'en haut lui faisait la Agure toute noire.

Et crîait : a Tu te souviendras aussi de Ifosea* ; hélas ! c'est md qui dis : « Une chose faite doit avoir sa fin. » De ce mot germa le malheur de la Toscane ; *

— Et la mort de toute ta race ! » ajoutai-je. Lui, alors, entassant douleurs sur douleurs, s'éloigna comme une personne en démence.

Moi, je continuai de regarder la bande infernale ; dors je vis ce que je n'oserais conter sans autre témoignage,

Si je n'étais rassuré par la conscience, cette bonne compagne, qui, sous l'ai'raure de sa pureté, fortifie tant le cœur de l'homme ;

Je vis certes, et il me semble encore que je le vois, un corps sans tote marcher aussi bien que marchait le reste du triste troupeau,

U tenait à la main sa tête Qpupée^ suspendue par les eàeveux, en guise de lanterne, et elle nous regardait, et disait : « Hélas ! »

' Carion, cbassë du sénat comme ami de Cësari alla le r^oiodre ei le décida à passer le Rubicon :

Toile mwaiy nocui^ semper differre paratis.

(Luc, /'^rt.,!. viii.)

* Buondelmonte avait promis d'épouser une fille de la maison des Àmidei, quand tout ft coup il épousa une Donatl. •— Ce diangement subit excita les plaintes des Amidei : les Uberti et les Lamberti se joignirent à eux pour punir Buondelmonte. Les plus anciens voulaient qu'on se conduisit avec prudence ; mais Mosca, bouillant de colère, conseilla de tuer à l'heure même Buondelmonte, auquel il porta plusieurs coups de poignard. Cette tragédie e«(tHiU toutes les discussiews ^ui iray ▼aillèrent la république de Florence. (M.)

m Ik mVINE COMÉDIE.

Le corps se faisait de lui-mèrae une lampe; ils étticnl deux en un, et un en deux : comment cela peut être, celuilà le ^t qui est le rnailre et le vengeur.

Quand il fut arrivé juste au pied du ponl, il éle^a sun bras arec toute sa tête pour approchei- de nous sa parule,

Qui fut celle-ci: b Vois mon touriueot cruel, toi qniai respirant vas visitant les morts, vois s'il est uu plus gaai eupplice que le mien.

B Et pour que tu portes de moi des uoiivelles, sache que je fus Bertrand de Born . celui qui donna de mauvais mdseils au roi Jean '.

B J'armai le père et . lui contre Taulre; .\cliito-

phel n'excita pas, par écliants aiguillons, Absalai

contre David.

it Pour avoir diviés O inatureavaitunis,jepartt

ma lÈte séparée, hélas! >rincipe, qui reste eatemi

dans ce tronc.

)■ Ainsi s'obaerve en moi u» . . du taliou, n

CHANT XXIX

Celle foule innombrahle et ces divers supplices avaietil lellement enivré mes yeux , que j'aurais désiré ra'arrôKi poiu- pleurer.

Mais Virgile me dit : « Que rcgai'des-lu donc? pourqw» la vue s'obstine-t-elle à coulemplcr là-bas ces ombres Irislei et mutilées ?

» Tu n'as pas fait cela dans les aulres fosses : si lu es-

l'bNFER. CflÀMT XXII. 273

p&res compter ces âmes^ pense que la vallée a Tingt-deux milles de toiir.

V Et déjà la lune est sous nos pieds. Le temps qui nous a été accordé est bien court désormais, et tu Terras bien d^autres choses que tu n'imagines pas.

— Si tu avais été attentif, répondis-je, à la cause qui me faisait regarder, peut-être m'aurais-tu permis de m'arrêter encore. »

Mon guide s'éloignait déjà, et je le suivais tout en lui répondant; et j'ajoutai : a Dans ce gouffre,

Y» Où je tenais les yeux fixés, je crois qu'un des esprits de mon sang pleure sa faute, qui, là-bas, lui coûte si cher. »

Alors le maître me dit : a N'attendris pas plus longtemps ta pensée siu* cet esprit ; songe à autre chose, et que, lui, il reste où il est.

m Je Vax vu au pied du pont te montrer et te menacer vivement du doigt, et je l'ai ouï nonmier Geri del Bello^

» Mais tu étais alors tellement occupé de celui qui gouverna Hautefort, que tu n'as regardé en cet endroit qu'après qu'il était parti •.

— 0 mon guide! sa mort violente, qui n'a encore été vengée, répondis-je, par aucun de nous, complices de la honte,

» Voilà ce qui le rend si dédaigneux; voilà pourqud il s'en est allé sans me parler, je le suppose; et son action me le rend encore plus cher. »

Nous parlâmes ainsi jusqu'au premier endroit d'où l'on découvrirait du roc l'autre vallée jusqu'au fond, s'il y avait plus de clarté.

Quand nous fûmes aixivés au-dessus de ce dernier cloître de Malebolge , de manière que les habitants pouvaient paraître à nos yeux,

Divers cris lamentables, dont la pitié faisait autant de

' Geri dcl Bello, parent du Dante dn côté maternel, fat tuë par an des Sacchetti. Sa mort ne fut vengée que trente ans après par Cione del Bello, son nevea. ' Bertrand de Born, gouverneur de Hautefort.

LA DlVinE r!(Ml£lllB-

les de fer, me percèrent le cteuT, de sorte que je m louvris les oreilles avec les mains.

Si, dans le mois qui s<^parc juillet et seplemlire , les hôpitaux de Valdichiana' etli's malades des Uaremmes' etie la Sardaigne,

Étaient r^nnis dans une seule Tos^e, ce serait un 3pei>' lade de douleurs comme celui que je vis.

n sortait de ce gouffre une puanteur pareille à celle qui t'échappe des membres gangrenés.

Nous descendîmes h main gauche, sur le deraier borj jt ce long rocher, et ard pénétra plus v'neoBi

Jusqu'au fond w où la Justice infailUUlj

ministre du Trè: t l'aussaii-es qu'elle a un-

gislrés.

Je ne crois pai^ l'Égitie, malade tout siUf

lorsque l'air fut 1 de vapeurs malignei.

Que les anima la petit ver, périrent Mi

et que les nations n n que les poëlea en tn"^

moigné.

Se renouvelèrent par la semence des fourmis , Tût WV triste h voir que l'étaient dans cotte nbsimrc vallée ces» prils languissants en différents moueeaui».

L'un gisait sur le ventre , fautre sur les épaules de *» voisin; cet autre rampait à quatre pattes à travers le trisls chemin;

Nous marchions pas à pas sans parler, regardant et écoutant ces malades, qui ne pouvaient soulever leui- corps.

J'en via deux assis, et appuyés l'un sur l'autre, conUK on appuie, pour les chauffei', lom-lière sur tourtière, et qui étaient, de la tète aux pieds, maculés de croûtes.

Et je n'ai jamais vu de valet, attendu par son niaitre uu veillant maigre lui, promener l'étrille aussi vile

Qiie ehacttne âé cm onlires promenait sur elle , sans elâche^ la morsure de ses ongles, pour calmer la terriUe âge dé ces dâsiAngeaisous, contre lesquelles il n'y avait pas le secours.

Elles arrachaient arec leurs ongles les croûtes de la lèpre, omme le couteau arrache ks écailles du scare ou celles, )1qs larges encore, d'un autre poisson*

« 0 toi, qui délais les mailles de ta peau avec tes doigts, lit mon guide à Tune d'elles, et q[ui en fais oomne des te- Ailles,

D Dis-moi s'A y a quelque Latin parmi ceux ^ sont ici, !t puisse ton ongie suffire élerneliemenl à ce labeur!

— Nous «)mmes Latins, nous deux que tn voisai défer* :n<s, répondit hin en pleiurant; naii qid et4n» toi quille interroges^ *

Mon guide répondit : a Je suis un esprit descendu avee :è titant, de d^ré en degré, et je auls chargé de lui iBon- ;rep l'Enfer. »

Les deux ombres alors rompent leur appui commun, et ::h&cune en tremblant se retourne rtars moi, avec d'autres encore qui avaient entendu par contre-coup.

Le bon maître alors se mit tout contre moi, en me disant : <K Dis-leur ce qne tu veux; » et moi, je commençai, puisqu'il le permettait :

« Que votre souvenir ne s'efface pas dans le monde qu'habite d'abord l'âme humaine, mais qu'il vive sous plusieun soleils!

» Dites-moi qui vous êtes et de quelle nation; qne ce supplice honteux et insupportable ne vous empêche pas de vous ouvrir à moi.

— Je suis d'Arezzo, répondit une de ces ombres; Albert de Sienne me fit jeter au feu. Mais ce n'est pas la cause de ma mort qui m'a conduit ici.

p n est vrai qu'en lui parlant, je lui dis par plaisanterie : « Je saurais m'enlever en l'air et voler; » et lui, honmie de peu de sens et curieux,

9 Voulut que je lui montrasse cet art, et, parce que je

tA DIVINE COWfDIB.

Daa UD Di^Jale, il me fit brûler p&r celui qui le tt ' eon filB'.

1 pour m'étre Bprvi de l'alchimie dans le monde, que j ai été condamné à saulfrir dans le dernier des ii cercles par Minos, à qui il n'est pas permis de fuillir. i>

Et je dis au poète : a Fut-il jamais une nation plus tum que la nation sicnnoiseî Non certes, pas même la oalii» française, u

Alors l'autre lépreux, qui m'av'ait entendu, rëpondili mes paroles : « Ole»-en Stricca, qui sut faire des dépeaiei si modérées*,

» Et ISicolo, qui dèc( premier Tuasse luiuenida

clou de girofle dans le germe cette graine;

V Otes^D encore la st is laquelle Caccia d'Asou»

dissipa ses vignes et »■ !t l'Abbagliato montra m

bon sens.

n Mais pour que te seconde ainsi conlre lo

Siennois, dirige ver ide manière quemafigm

te réponde.

» Tu verras que je suis l'ombre de Capocchio, qui (alsfii les mélaux à l'aide de j'alcbimie, et lu dois te souvenir, ji je t'ai bien envisagé ',

M Que je fus un bon singe tie ma ualui'e. »

CHAMT XXX. 27'7

CHANT XXX

Suite. — Trois sortes de Faussaires 1* Cen. \mi prenneot la figure d'autres

pcrsoDiies; ils ne cessent de se poursuirre ea se mordant. — 2* Les Fanx Monnaycurs; ils sontatlaqncs d'hydropisie et d'une soirin<>xtinguible. — S* Les Calomniateurs; la fièvre les dcvore. — Maître Adam, Sinon.

Dans le temps que Junon, jalouse de Séraélé, était irritée conti'e le sang thébain, comme elle en donna la preuve mainte et mainte fois^

Athamas devint si insensé, qu'en voyant venir sa femme et ses deux enfants, qu'elle tenait dans chacune de ses mains,

Il s'écria : a Tendons les rets, que je prenne au passage la lionne et les lionceaux; )) et il étendit aussitôt des seiTes impitoyables ,

Et prenant Tun de ses enfants, nommé Léarque, il le fit towner en l'air et le brisa contre un rocher, et la mère se noya avec son autre fardeau.

Lorsque la fortune abattit la grandeur des Troyens, prêts à tout oser, si bien que le royaiune et son souverain tombèi'ent en même temps,

Hécube, triste, misérable et captive, après avoir vu Polyxène morte , et le corps de son Polydore gisant sui» le rivage

De la mer, fut si cmellement déchirée par la douleur , que la forcenée aboya comme une chienne, tant la douleur lui avait renversé l'esprit.

Mais ni les Thébains ni les Troyens furieux ne montrèrent autant de cruauté à toriurer des animaux ou des corps humains ,

Que ne m*en firent voh* deux ombres blafai'des et nues, qui couraient en mordant, comme un porc lorsqu'il s'échappe de son étable.

L'une d'elles courut sur Capocchio, lui assena un coup sur la nuque, et, l'entraînant, lui fait gratter avec le venticle rude terrain;

yt% L* DIVINE COM

L'Arélin' en demeura tremblant, et me dit : a Ce furietu est Gianni Schicci*, et ea rage va maltraitant ainsi let auti'es.

— Oh! lui dis-je, si l'autre ombre ne vient pas enfoma ■e> dents en lun corps, n'aie pas regret de me dire qui die esL avant quelle disparaisse, u

Et lui à moi : o C'est l'âme antique de .;cltc Myrrha cri* minclle, qui devint l'amante de son père, contre la ioide l'amour Iionn&le ;

B Alin de commettre ce p(?cbé avec son père, elle m déguisa sous une fm-me ëtn , de même qae cet autre, qui marche plus loin et ITril,

M Afin de gagner la i haras, qu'on le fit pauff

pour Buoso Donati en te 4 en donnant au testamiil

les formes légales. »

Après que ces deux fnrieuj sur lesquels j'avais arrW les 'j'eui, furent passés, je les li^toumai pour regarder les autres ombres qui naquirent imîchantes;

J'en vis une faite à la mardèi-e d'im luth, ei elle avtileu Fâme coupée à l'endroit oii le corps se divise comme use fourche ;

La pesante hydrripisïe, qui rend les membres si disproportionnés par l'efTet de l'humeur se dénaturant, que le visage ne ripond plus au \enlre.

Lui faisait tenir les lèvres ouvertes, comme un étique, lorsqu'il a soir, rapproche ses lèvres, l'une de son menton, l'autre de son nez ;

a 0 vous , qui ne souffrez aucune peine dam ce monde

■ C'Ht-4-dirfl GnHidiii, qui (uil ie II Mt d'Areno.

Irtlblre lauK i-eux *|ii11 vmiloU ïniiii-ri «i Ifi^n qii'iiUiii vtui de Sin» Dovoti, nquel nounit mek-er ViiD>a Danali, hh (trothe pftmtt *3'u tater , toalddid H h puuïoil lui iiiccéler, piur m que li^ilii Buchii >»oil d'iulrei fljiwou plus pncbs. Uoniaiiioi Simon DoCBU", jurar èlra LrtiUiir, acl» qdClqD» Jmin lu corpi AidJi Bucao DongU mort, tattam qu'il duill «iieurs naMr, >t Bi metire en mii ifl «g bon nmi Gianni Sebkri, qui, conUcbiEiDl Donnli, lit un UiLimDiii ai \a\va Un-

valf de grand [iiii rto «n barai, uoiniw'Q 11 OMuia illh IHrm», * (Onnfier^

misérable (et je ne sais poorqiioi)> noas dit-Il^ regtrdei et

soyez attentifs

» A l'infortune de maître Adam ^. J'ai ^écu ayant tout oe que je désirais ^ et à cette heure^ hélas 1 je désire une goutte d'eau.

D Les petits ruisseaux qui> des yertes oc^ines du Gasentîn, descendent jusqu'à l'Arno, en se creusant des canaux d'une molle fraîcheur,

» Sont là toujours devant mes ye^x, et ce n'est pas en ▼ain> car leur image me dessèche plus que le mal qui décharné ma figure.

Y> La justice rigide qui m'aiguillonne se sert du lieu même où j'ai péché pour faire échapper de moi plus de soupirs,

» Là est Romena, où j*ai falsifié la monnaie frappée au coin de Baptiste, et c'est pour cela que je laisse un cor^ë hrûlé sur û terre.

» Mais si je voyais ici Târae criminelle de Guido *» et celle d'Alexandre, et celle de leur frère, je ne donnerais pas cette vue pour la fontaine de Branda.

» Il y a déjà une d'elles ici dedans, si les ombres enragées qui font le tour de ces lieux disent vrai; mais, que m'importe, moi qui ai les membres enchaînés!

» Si, au moins, j'étais assez léger pour pouvoir en cent années avancer d'une ligne, je me serais déjà mis en chemin,

» Le cherchant, à travers cette race infâme, dans ce gouffre qui a onze milles de circuit et qui n'a pas moins d'un demi-mille de large.

» Cest à cause d'eux si je suis de cette famille; eux qui m'ont amené à battre des florins qui avaient trois cai*ats d'alliage. »

Et moi à lui : « Quels sont ces deux misérables qui fu-

> Habile monnayenr de Bretda, qui, d*iateliigenee %rte let comtet de Romenti ftilefiia let florins, qai portent l'efligie de S. Jean-Baptistet patron de Florence.

• Guido et Alexandre lont les comtes de Romena, da Casentio, cit^ dam la note précédente.

SM (-A DIVINE CDHIiDIb-.

ment comme une main mouilliîc en hiM.T, gisanlsiita dfoite, sends l'un contre l'autre?

— Je Ic3 ai trouvés ici, et tlepuis ils n'ont pas remué, tépondit-il, dupuis qu'oa me fit pleuvoir dans ce gouHre; «1 je ne crois pas qu'ils se meuvent jamais;

y L'une est cette fourbe qui accusa Joseph, et l'autre est le Tourbe Sinon , ce Grec de Troie ; dans leur flÈvre aigu, ils jettent cette vapeur épaisse et fétide. »

Et l'un d'eux , indigne peut-être d'être appelé d'un mm si iniaine, frappa du poinn le ventre durci de l'hydroiNqne.

Celui-ci résonna cum" tambour". Maître Adamli

fi-appa a son tour le vis; i un bras qui ne parut pi

moins dur.

En lui disant : « B le soit défendu de remuât

cause de la pesanteu oembres, j'ai le bras us

délié pour un tel métier. ■

L'autre lui répondit ; u Qu 1 tu allais au bûcher, ta» l'avais pas aussi vif; mais tu i «'ais aussi vif, et plus eiKfflï. <]uand tu battais monnaie. 9

Et l'hjdropique : n Tu dis vrai en ceci; mais tu ne f»^ pas d'un si véridique témoignage lorsqu'à Troie on ie demanda la vérité.

— Si j'ai dit une chose fausse, toi, lu as falsilié les am, repartit Sinon; je suis ici pour une seule faute, et loi, pour plus de fautes qu'aucun autre damné.

— Souviens-toi, parjure, du cheval de Irais, répondit celm qui avait le ventre gonflé, et sois puni par cela même qi» le monde entier connaît ton crime.

— Et toi, dit le Grec, sois puni par la soif qui te crevasx la langue, et par cette eau pourrie qui élève ton venlrr comme une barrière devant tes ïeux. »

' Le dwialin- Àrlind de Honlor, Induit (ëdilioD do ItaS] : t u l§ fit idiuiwr

L^ENFCtt. CHAMT XXXI. 281

Aloi-s le monnayeur : « Ta bouche ne s'ouvre que pour mal parler, selon ton uéage; car, si j'ai soif et si riiumcur gonfle mon corps,

» Toi, tu as un feu intérieur et la tôte te fait mal, et pour lécher le miroir de Narcisse , tu n'attendrais pas qu'on t'y invitât par beaucoup de paroles. »

J'étais tout entier occupé à les entendre, quand le maître me dit : « Regarde encore; il s'en faut de peu de chose que je ne te querelle. »

Lorsque je l'entendis me parler avec colère , Je me tournai vers lui avec une telle honte, qu'elle est encore vivante dans ma mémoire.

Et comme celui qui rêve son malheur, et, tout en rêvant, désire rêver, de sorte qu'il souhaite que cela soit conune d ce n'avait pas été;

Tel je faisais : je ne pouvais parler, quoique je désirasse m'excuser, et je m'excusais toutefois sans que je crusse le faire.

« Moins de confusion, dit le maître, laverait une plus grande faute que la tienne; ainsi, dépose toute tristesse,

y» Et souviens-toi que je suis toujours à tes côtés, s'il arrive encore que le hasard te réunisse à des gens engagés dans de semblables querelles.

i> Car vouloir entendre de telles choses, c'est vouloir une chose basse. »

CHANT XXXI

lYeuvième et dernier cercle, ou des Traîtres. — Il se divise en quatre enceintes où sont punies quatre espèces de Traîtres. — > Les deux poètes y voient Ncin« brod, épbîalte, Anlée et d'autres géants entourant le cercle inrernal. — Antcc, prenant les portes dans ses bras, les porte au fond du neuvième cercle.

La même langue qui m'avait blessé d'abord au point que l'une et l'autre de mes joues avaient changé de couleur, me présenta ensuite le remède :

LA DIVINE COMKOIE.

eosuite. ,

' Nous lafôsâoiL's derrière nous cette vallée malbeureu», j lin mctrchoiil, sans dii-e une parole, sur le bord qui Veavlronne. I

Làj il ne faisait pus tout à fait uuit ni tout à fait jour, de façon que mes regards s'étendaienl peu devant moi; nuis j'entendis donnei- un cor retentissant,

Avec un bruit qui eût étouffé tout bruit de tonnerre; et suivant au iTlHiurs du son c qu'il avait prise, je dlitr' J

geai mes jeux tout entiers e lieu.

Après la douloureuse lii Charleinagiie perdillkj

fruit de la sainte ei ud ne souna pas du wt^

terrible nient.

J'élevai un peu la tête, i enibla voir de hautes tu

en giund nombre. C'est i je dis : a Haîti'G, q

tille est celle-Iii ? n

Ëtlui à moi : a Comme tu i-egaides de trop loin à tntnn les ténèbreSj tu te trompes dans ce que tu imagines.

M.Tu veiras bien, quand tu seras a^ri^■é, combien l'éloignemeul fausse le sens de la vue; ainsi presse un peu plu tes pas. V

Alors il me prit tcndi-ement pai' la main et me dit : a AtssI que nous soyons |ilus avances, apprends, filin que cet olijet te paraisse moins étrange,

» Qae ce. ne sont paii des (uiu-s, mais des géants qui stmt dans le puits autoui' des bords, depuis le nombril jusqu'aux pieds. »

Ainsi que le regard, lorsque le brouillard se dissipe, reconnaît peu à peu les choses cachées par la vapeur qui enveloppait l'air;

Ainsi, à mesure que je perdais cet air épais et obscur, en approchant de plus en plus vei-s le bord du puits, mon eireur l'eiifuit el la peur arriva.

Car de même que Montereggione ' couionne de toun

i^'ekfeb. chant xxu. 383

nu enceinte arrondie^ ainsi sur le bord qui borde le puits

S'élevaient comme des tours et jusqu'à mi-corps les hw- Tibles géants que menace encore Jupiter du haut du ciel lorsqu'il tonne.

Et déjà je distinguais de Tun d'eux la Oeure, les épaules, la poitrine^ et une grande partie du ventre, et les deux bras le long de ses côtes.

Certes, quand la nature oublia l'art de créer ces monstres, ^e agit raisonnablement, puisqu'elle ôtade tels exécuteurs à Mars,

Etsi elle crée sans repentir des éléphants et des baleines, celui qui subtilement y regarde verra par là sa justice et sa discrétion;

Car où le jugement de l'esprit humain se joint à la malveillance et.à la puissance, Û n'y a aucune résistance possible pour les hommes.

Sa tête me parut assez longue et aussi grosse que la ponmie de pin de Saint-Pierre à.Rome, et les autres os y étaient proportionnés;

De sorte que de la rive, sa ceinture depuis le milieu du ^rps jusqu'aux pieds, en laissait voir encore assez pour que

Trois Frisons se fussent vantés en vain d'atteindre à sa <^velure, puisque je voyais trente grandes palmes du bord du puits jusqu'à l'endroit où l'homme agrafe son manteau ;

^ Raphe Imai amec hza biaimi, » commença à crier la iKNiche orgueilleuse à qui ne conviennent pas des psaumes plus doux ^

£t mon guide lui dit : « Ame insensée, sonne de ce cor ^ chercbes-y un soulagement quand la colère ou une autre passion t'agite.

» Cherche à ton cou, tu y trouveras la coun*oie qui tient ^^ cor attaché, âme stupide, et vois comment il entoure ton énorme poitrkie. »

Ensuite il me dit : a Celui-ci s'accuse lui-même. C'est

Selon K. LaDci, de Eome, ces mots arabes sigoifieat : « Esalta lo splendor mio zr ^^^^f siccome rifolgord per lo moodo. > Avant ie texte reconslituc par * ^°^> '^ éditions portaient ; Âaphel mai amech »ahi almi.

Ml LA an

Nembrod, dont la folle entreprise a foreé le monâe i usa

de plus d'un langage '.

D LaUsuii;-lc et ne parlons pas à vide, puisque le langage lui est aussi inconnu que le sien l'est aux aulres hommes.

Nous Bines donc un plus long trajet en d^louitianl \tn la gauche, et à la portée d'un trait nous Iruuvàmea géant plus féroce et plus grand encore ;

Qui fut son maître au point do le garrotter, je ne saum letûre; son bras gQUL'he ^lail lié par devant, et le brasdnill par derrière.

D'une chaîne qui le tenai' Jiilacé depuis le cou juspi l'endroit qui était découvert, . se repliait jusqu'à cinq 1» autour de son corps.

« Cet orgueilleui a voulu " >aycr sa puissance contre It souverain Jupiter, me dit mo ^uide; et voilà comme il >s est récompensé.

» 11 se nomme Êpbialle; &l preuve d'audace lonqu les géants Crent peur aux dieux; les bras qu'il rcmutlt, il ne les remuera plus désormais. »

Et je lui dis : « S'il se peut, je voudrais que mes ;aii eusai^nt par euï-mêmes l'idée de ce Briarée si démesuré'.-

Sur quoi il me répondit : n Tu veii'^ Aotée pi'ÈE d'à; il parle et n'est point enchaîné j il nous déposera au fûo^ de ce séjour de tout mal.

» Celui que tu veux voir est bien plus éloigné; il ealtuchaîné et fait comme celui-ci, sauf qu'il est plus tàw encore de visage. »

Jamais le tremblement de terre le plus violent ne ewv une tour avec autant de force qu'Épliialle en s' agitant II»même tout à coup.

l'enfer, chant mu 285

Âlors^ plus que jamais je craignis la mort, et c'était assez de la peur pour m'acheyer, si je n'avais yu que le géant était garrotté.

Nous marchâmes alors plus avant, et nous vînmes près d'Antée, qui, sans la tête, sortait bien du gouffre de dnq aunes.

(( 0 toi, qui, dans la vallée heureuse où Sdpion hérita d'une gloire si belle lorsque Annibal et les siens tournèrent le dos S

» Fis ta proie de mille lions*, et qui, si tu en étais venti à cette grande guerre de tes frères, aurais, à ce que Von croit,

» Assuré la victoire aux fils de la terre', dépose-nous (si tu ne le dédaignes pas) là où le froid durcit le Gocyte.

» Ne me fais pas adresser à Tytie ni à Typhée; mon compagnon peut donner ce que Ton désire ici. Ainsi donc baissetoi et ne tords pas ainsi ton visage.

» Il peut encore porter ta renommée dans le monde; car il vit et il espère encore de longs jom^s, si la grâce ne l'appelle à elle avant son temps. »

Ainsi dit le maître ; et celui-ci en hâte étend la main, et il prend mon guide dans ces bras dont Hercule sentit la terrible étreinte. *

Virgile , quand il se sentit prendre , me dit : <i Fais en sorte que je puisse te prendre, » et il fit si bien, que nous n'étions qu'un seul fardeau, lui et moi.

Telle que pour les yeux, la Garisende*, du côté où elle penche et lorsqu'un nuage passe au-dessus d'elle, semble près de se renverser ;

Tel me parut Antée pendant que je m'arrêtais à le voir

' A la bataille de Zama.

* Ferunt epulas raptos habaisse leones.

[Phars.y 1. IV.)

* Cœloque pepcrdt Quod non Pblegntis Aoteum sustallt arvit.

[Phars,, 1. rr.)

* La Garisende, tour inclioéc de Bologuc, uujonrd'hni appelée Terre Moinu lUe a cent trente pieds du hauteur.. Tout près est celle de' A^nelli.

se pencher 9 et ce moment fût tel^ que j'aurais voula aller par un autre chemin. -t

Mais il nous posa légèrement au fond de cet abîme tfa$, dëvore Lucifer et Judas : il resta pi^u du temps ainsi peneh^^

Et il se releva comme le mât d'un vaisseau.

CHANT XXXII

Première enceinte du neuvième cercle ou de Caïn, le flratricide. — • Les à leurs parents y sont plongds dans un lac glace. — Mcsscr Albert de* Pm»i. — Seconde enceinte, ou d'Ànlcnor et dei Tratlres à U Ufolin et rarchevèque Roger.

Si j'avais des rimes âpres et rauques, comme il con^ drait au sombre puits sur lequel reposent tous les ai cercles.

J'exprimerais plus pleinement le suc de ma pensée; puisque je n'ai pas ce pouvoii*^ ce n'est pas sans crainte je me hasarde à parler.

Car ce n'est point une entreprise à regarder comme ujl jeu^ que de décrire le fond de tout l'univers^ ni le fait (fÙBS langue qui balbutie encore.

Mais qu'elles soient en aide à mon vers^ ces femmes^ qui aidèrent Amphion à bâtir Thèbes^ pour que mon récit nt soit point inférieur au sujet.

0 race maudite sur toutes les autres^ qui habites ce Uea dont il est dur de parler^ que n*étais-tu des brebis ou des sèbres en ce monde !

Quand nous fûmes au fond du puits obscur , encore plus bas que les pieds du géant, comme je regardais encore les hautes murailles,

J'entendis qu'on me disait : « Veille sur tes pas, fais ea sorte que tu ne foules point à tes pieds les têtes de frères malhemeux et torturés. »

» Les> Mu6(.>«i

l'e5fer. chant xxxii. 287

Je me tournai donc, et je vis devant moi et «ms mes pieds un lac q[ui, étant glacé, avait plus l'air d'un cristal 4pie d'une eau.

Le Danube en Autriche, ni le Tanaîs, sous un ciel fi*oid, ne font à leur cours une enveloppe de glace aussi épaisse

Que celle-là, sur laquelle le Tabernick ou la Pietra-Piana qersdent tombés sans faire un craquement à sa surface^ ; ;' Et comme en coassant la grenouille se tient la tète hors de Teau dans la saison où la villageoise songe à glaner,

. Les ombres plaintives et livides étaient plongées dans la

^iibce Jusqu'à cette partie du visage où se montre la honte^

et faisaient craquer leurs dents comme des becs de cigognes;

CSiAcone avait la face tournée en bas; leur bouche témoi*

gtiaft du froid qu'elles enduraient, leurs yeux de la tristesse

de leur cœur.

Qoand j'eus regardé quelque temps autour de moi, je regaidai à mes pieds, et vis deux ombres si étroitement serrées, que le poil de leur tête se mêlait.

« Dites-moi, m'écriai-je, vous qui étreignes ainsi vos poitibies, dites-moi qui vous êtes. » Elles levèrent le front, et quand elles eurent toiu'né vers moi leurs regards.

Les larmes qui auparavant leur emplissaient les yeux tombèrent sur leurs cils, et le froid les y condensa.

Jamais crampon ne serra plus fortement le bois contre le bois ; c'est pourquoi les deux danmés s'entre-choquèrent comme deux béliers, tant était grande la colère qui les domptait.

Et une ombre qui, par le frt)id, avait perdu les deux oreilles, me dit en baissant la tête : ce Pourquoi nous regardes-tu tant?

» Si tu veux savoii* quels sont ces deux-ci, la vallée d'où coule le Bisenzio fut la patrie de leur père AUberi et la ' leur*.

* Tabernick, montagne d'Esclatonie ; Pietra-Piana, ovMiUgne de Toscane, audesaus de Lucques.

* Le Bizcnzio coule dans la vallée de Falterona, entre In.C(|uus et Florence. — Alexandre et Napoléon s'entre-tuorcnt après la inorl de leur père Alberto de' Al- Lcrli.

n Ils sortirent des niènies rnlrailles, et lu pourras patrwurir lout le cercle de Caîn sans li-ouver d'ombre pi» digne d'^lre enfoncée dans la glace',

n Pas même celui dont la main d'Artliiir rompit d'uD kuI coup la poitrine, que les rayons du soleil purent d'amener', ni toccaeia', ni celai qui m'empêche,

>i Avec sa tële, de voir plus loin, et qui fut appela Sisaolo Masclieroni^. Si tu es Toscan, tu dois le coDiiailit maintenant;

» Et pour que lu ne m'induises pas en de plus longs ilt' cours, apprends que je suis Camiccione de' Pazzi, et quejl attends Carlino, qui me servira d'excuse^, n

Ensuite je vis uiille autres visages rendus violets fSk froid; aussi j'en eus un tel frissouj que toujours je vara ces étangs glacés.

Et tandis que nous nous avancions vers le centre oiitod toute pesanteui', je tremblais d'effroi dans l'étemelle i4scuritc.

Je ne sais si ce fut ma volonté, ou le destin, ou le hasud, raais en marchant au milieu des tètes, mon pied en heurt» fortement une au visage.

L'âme me ci'ia en plewant ; k Pourquoi me foules-lti? Si tu ne viens pas ajouter à la vengeance de Montaperto, pourquoi me toui'mcntcs-tuf »

Et moi : « Mon maîti'e, attends-moi ici que j'éclaircise un doute avec celte omhrc, ensuite je me hâterai auUuil que tu voudi'as, i>

Le guide s'arrêta; et je dis i celui qui LlaspLémuil du-

oicclnncilo' Pani asHiilm Cterlino n de> Blinci on Glbelli», ll>ri iDi 1 B tliAUiB dn PlaiiB Ji tro Tip», >|i

^ t'E>fRIl. CHANI ÏÏXIf. 289

rcment encore ; « Qui es-tu, toi qui gom ojandi's ainsi les autres?

— Mais qui e^-tu toi-même, roprit-il, lui ijiii vas par le cercle d'Anténor', frappant lus auti'cs un visage de telle soi'le que lu ft^pperais trop Tort encore quand même tu serais \ivanlî

— Je suis vivant, rûpliquai-je, et il peut l'ôtM agréahle, si lu aimes la renommée, que je place ton uom avec tes autres que j'ai rassemhids. n

Et lui à moi : « Je souhailc le uontruire ; éloii^e-loi d'ici, et ne m'imporlune plus; car lu sais mal nous leurrer sur ces vagues de glace. i>

Mors je le pris par la nuque et lui dis : a II faudra que tu te nommes, ou il ne te restera pas un cheveu là. b f" Mais lui à moi : a Quoique tu m'arraches les cheveux, je HTte diiai ni ne te montrerai qui je suis, quaud tu me JMiberais mille fois sur la tâte. »

Je tenais déjà ses cheveui roulés dans ma main et j'en avais arracbé plus d'une poignée; et lui, les yeux renversés) aboyait.

Quand un autre uia ; n Qu'as-tu, Bocca? ne le suilil-il pas de grincer des dents sans aboyer? Quel démon te Imirmenle?

— Maintenant, dis-je, je ne veux pas que lu parles, ti-allre maudit ! Je porterai à ta bonté de vraies nouvelles de toi'.

— Va-t'en ! répondit-il , et raconte ce que tu veux ; mais si tu sors d'ici, n'oublie pas celui qui eut la langue ainsi prompte.

« Il pleure ici l'argent des Français. J'ai vu, pourras-lu dire, Buoso da Ducra, Ik où les pécheui's sont dans la glace.

•la tonJe d'AntéBM où WBl lei Iraltm il Imi pilrie. — AiiLcBor Inlilt Iroia * A 11 labrillc de Manie- Afmrto, le GaelFu Bscu, gigoi pat In GJlKtlni, couu

ik Divmi; COMÉDIE.

t'est demandé quels autres y étaient encore, tntf. h ton côté Beccheria, dont Florence coupa la gorge. ^

Je crois que plus loin sont Gianni del SoldanierOj Gp nellone, et Tebadello qui ouyril Faenza pendant qu'on Af malt'. D

Nous étions déjà loin de celui-ci quand je vis deux nés glacés dans la mémo fosse, de manière que la tète A l'un servait de chaperon à l'autre.

Et comme dans la faim on mange le pain, ainùcetri qui était dessus enfonça à l'autre ses dents là où le cerw se joint à ta nuque.

Tydée ne hroja pas par vengeance les tempes de Srf lippe aulrement que celui-ci le crâne de sa victime.

« 0 toi qui montres, par un féroce témoignage, ta hM contre celui que tu manges, dis-moi quel en est le moB, lui dia-je, car il convient,

» Si tu le plains à raison de lui, que, sachant son cita et qui voua êtes, je te venge encore là-haut dans le moult.

» Si la langue avec laquelle je parle ne se dessècbe ^i

CHANT XXXIII

Ce pécheur détourna sa bouche du féroce repas en Y» suyant aux cheveux de la tële qu'd avait rongée par de^

Puis il commença en ces termes r a Tu veux que je renouvelle une douleur désespérée qui m'oppresse le cœur ai y pensant et avant que je parle.

11 Mais si mes paroles sont une semence gui produise, l'infamie pour le traître que je ronge, tu Terras pleurer d pai'ler à la fois.

■ Du roi iTiiTpie, Pioléôiëc, qui inkit Foopjg,

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