‹ Œuvres de Dante Alighieri: La divine comédieChapitre 15 sur 69 · LB PURGATOIRE. OUNT I · texte numérisé non relu

LB PURGATOIRE. OUNT I

Ensuite il répondit : a Je ne suis point venu de moimème; une fiemme^ descendue du ciel^, m'a prié d'ajder celui-ci en l'accompagnant.

» Mais puisque c'est ta volonté que nous t'expliquions davantage quelle est notre vraie condition, la mienne ne peut être de rien refuser.

n Celui-ci n'a point tu sa dernière soirée, mais il en fut si près par sa folie, qu'il pe lui restait que très-peu de temps à parcourir.

p Ainsi, comme je l'ai dit, je fus mandé vers lui pour le sauver, et il n'y avait pas d'autre chemin que celui où je nie suis engagé.

Y> Je lui ai montré toute la race coi^>able; à ceitie heure, jjç veux lui ijaontrer les esprits qui se purifient sous ton çonunandement.

» Comment je Tai entraîné, serait trop long à te dire : ij'en haut vient la lumière qui m'aide à le conduire ici pour te voir et t'entendre.

9 Veuille donc accueillir sa venue ; il s'en va cherchant la liberté qui est si chère, comme le sait celui qui pour elle méprise la vie.

9 Tu le sais, toi, qui pour elle ne trouvas pas la mort (noère, et laissas à Utique la dépouille qui, au grand jour, paraîtra si brillante.

n Les édits étemels ne sont pas révoqués pour nous. Celui-ci est vivant, et Minos ne me retient pas; moi, je suis du cercle où sont les yeux chastes

» De ta Marcia qui semble encore te prier, d cœur saint ! de l'avoir pour compagne et pour tienne; par son ^ouf laisse-toi donc fléchir pour nous;

» Laisse-nous aller dans tes sept royaumes ; et je lui en rendrai grâce, si tu permets que là-bas on paiie de toi.

— Marcia plut tant à mes yeux, tant que je fus sur terre, répondit-il alors, que toutes les grâces qu'elljQ voulut, elle les obtint de moi;

* Béatrice; Enf.^ cb* ll«

304 LA DIVINE CO^MbDIE.

B A présent qu'elle habite par delà le fleuve coupiMt, elle ne peut plus m'i^mouvoir, h cause de la loi qui fut bili quand je sortis des limbes '.

n Mais si une femme du ciel t'aniiue et te dirige, coms tu le dis, tu n'as nul besoin do ces douces flatteries : il tulSi, près de moi, de te réclamer d'elle.

» Va donc, ceins celuî-d d'un jonc souple et uni', U» lui le visage, et efface de lui toute souillure.

» Car il ne conviendi-ait pas que, l'œil couvert d'amrai nuage, il parût devant le premier ministre que tu vas voit et qui est de ceus du paradis.

a Cette petite île, là-bas, là-bas, dans ce lieu que batlml les ondes, produit des joncs sur sa terre molle et limoneitii

» Nulle plante donnant des Teuilles ou bien qiii s'end^l^ cit ne peut y avoir vie, parce qu'elle ne plierait pasiK attaques des eaui;

n Ensuite ne revenez pas de ce câté. Le soleil qui se &n vous montrera oîi gravir la montagne pai- une pente [4nt

Alors il disparut. Et moi je me levai sans parier, f!]t me rangeai tout prés de mon guide, et je dii-jgeai ïenloi mes regards.

Il commença : n Mon fila, suis mes pas, et retournons a arrière, car par là cette plaine va toujours en s'abaissoià jusqu'à ses dernières limiles. u

L'aube chassait déjà l'heure du matin qui fuyait detsnl elle, et de loin j'aperçus le tremblement de la nier,

nous allions dans la plaine déserte, comme des homma qui cherchent le chemin qu'ils ont perdu, et croient alla en vain tant qu'ils ne l'ont pas retrouvé.

(^land nous fâmcs à un endroit où la rosëe combat l'ardeur du soleil, et, protégée par l'ombre, ne peut guère s'évaporer.

Mon maître posa doucement ses deux mains ouvertes sur l'herbe fraîche, et moi, m'avisant de son dessein.

LE PURGATOIRE. CHAUT n. 305

Je lui présentai mes joues humides de larmes. Aloi*8 reparut par lui cette couleur que l'enfer avait dàchëe.

Nous amvâmes ensuite sur la plage déserte qui jamais lie Yit naviguer sur ses eaux homme capahle de retourner sur la terre.

Là il me fit une ceinture comme Tautre l'avait commandé. 0 merveille ! à peine arrache-t-il une des humbles plantes qu'une pareille renaît soudain.

Là même d*oii il l'avait arrachée*!

CHANT II

An leTer da soleil, les deux poêles, étant encore sur le ntage« nreat glisser wr )a mer une barque toute remplie d'Ames, et qu'on Ange conduisait vert le Purgatoire. — Parmi ces Ames, Dante reconnaît son ami Casella, musicien illustre. — Casella s'oublie à chanter, et Dante à l'écouter chantant. — Colère de Caton, qui leur reproche tant de lenteur à s'avancer vers le lies où l'on se purifle.

Déjà le soleil était parvenu à l'horizon dont le méridien couvre Jérusalem de son point le plus élevé.

Et la nuit, qui décrit son cercle à l'opposé*, sortait du Gange en tenant la Balance , qu'elle laisse tomber de ses mains quand elle Tempoile sur le joui*.

Ainsi là où apparaissait le soleil, les joues blanches et vermeilles de la belle Aurore devenaient, par trop d'âge, d'une couleur d'orange.

Nous étions encore au bord de la mer, pareils à des gens qui pensent à leur chemin, et dont Tesprit marche, mais dont le corps demeure.

Mais voilà! de même qu'à rapproche du matin. Mars, à travers les épaisses vapeurs, rougit du cbié du Ponant, audessus de l'onde marine,

De même (oh! puisse -je la revoir!) une lueur m'apparut,

* Primo avttlso non déficit alter.

{Virgile, i. vi.)

* A l'opposé du tignc du ficlicr où se trouvait Dante, comme il dit au chant I de r£n/er, vers 38.

^î venait gtir la mer, et d'un mouvement si rapide, qactt

\ol d'aucun oiseau ne pourrait l'égaler.

Et ayant uu peu détourné les yeiix afiii d'interroger m guide, je la revis plus lumineuse et dëjd plus grande.

Puis de chaque côlé m'upparaissalt Je ne sais qiui k blanc d'où sortait peu à peu quelque autre objet Hix comme le premier.

Hou maître ne dit mot jusqu'à ce que les preoûèie formes blanches eussent ouvert leurs ailes. Alors, recmnaissant bien le gondolier,

D s'écria : « Sus! sus! que tes genouï se plienl! V« l'ange de Dieu! joins les mains; désormais tu verras de [•■ ]'eils ministres.

11 Vois comme il dédaigne les moyens humains. 0 a veut point de rames, ni d'autres voiles que ses ailes ■ ces rivages si éloignes des vivants.

» Vois comme il les tient dressées vers le ciel, balU* l'air de sas plumes éternelles qui ne muent point coranKk chevelure des mortels, »

Plus s'approchait de nous l'oiseau divin, plus hillul) apparaissait, de sorte que de près les yeux ne pouTiW soutenir sa splendeur.

Je les baissai ; et lui s'en i-int au rivage avec une bai^ si frélc et si légère, qu'à peine elle enfonçait un peu lui

A la poupe se tenait le céleste nocher, et tel que satàtilude se voyait écrite sur ses traits, et plus de cent esprils étaient assis dans la barque.

/tt ej:iln Israël de Aigypto, chantaient-ils tous ensemble, et à l'unisson, et avec im recueillement digne de ce grani psaume.

L'ange avant fait sur ouï le signe de la croix sainte, tou se jetèrent sur la plage, et lui s'en retourna, comuie il émil venu, léger,

La troupe laissée là par l'ange semblait étrangère à ce lieu, et regardait à l'entoui' comme quelqu'un qui examine dus choses nouvelles.

LE PI7MAT0m£. GHAMT H. }07

Le soleil dardait le jour de tous points, et, avec ies tiédies inévitables^ il avait chassé le Gapricorae de la moitié ûndéiy

Quand ia nouYdie troupe leva vers nous le front en nous Asant : « Si vous le savez ^ montrez-nous le chemin qui conduit à la montagne. »

Et Virgile répondit : a Vous croyez peut-être que nous icoonaissons ce lieu^ mais^ copime yousj nous sommes étrangers^

1» Et venus peu d'instants avant vous> mais par un^ auti*e route si âpre et si dure^ que ce sera comme un jeu pour nous de gravir la montagne. )>

Les âmes^ qui s'aperçurent à ma respiration que j'étais encore vivant^ devinrent pâles d*étonnement^

Et^ comme autour d'un messager portant la branche d'olivier^ la multitude se presse pour entendre les nouvel* leSy et que personne ne craint de se fouler^

Ainsi^ autour de moi^ se suspendiient ces âmes fortunées^ oubliant de s'aller faire belles.

J'en vis une s'avancer avec tai^t d'affection pour m'embrasser^ qu'elle m'entraîna à faire comme elle.

O ombres vaines! excepté pour la vue. Trois fois autour d'elle j'enlaçai mes bras^ autant de fois je les ramenai seujbs sui* ma poitrine ^

Mon étonnement, je crois^ se peignit sur ma foce, cax l'ombre sourit et se retira, et moi, qui la suivais, j'av^ui^ encore.

Elle me dit doucement de rester en repos ; aloi^s je coqnus qui elle était, et je la priai de s'arrêter un 'peu pour me paijer.

Elle me répondit : « Comme je t'aimais avec mon corps mortel, ainsi je t'aime délivré de mon Qorps; aussi je m'^rête. Mais toi, pourquoi viens-tu ici?

* Ter conatus eram collo dare hracchia drcàm,

Ter frustra comprensa manus effugit imago, Par levibus veotis volucrique simiilima somno.

(Viriple, 1. VL)

308 LA DIVINE COHÊDIE.

— Mon Caaella', je fais ce voyage pour retourner

mondii des vivants, dont je suis eiicoi-e. Mais loi, commMl

ce lieu doux et Icnible t'a-t-ii c=té si longleinps retiBéî

Et lui à moi : h Nul tort ne m'a été fait par celui-làfi noua passe quaud et tomme il lui plait, bien qu'il plusieurs fois refusé ce passage,

■B Car t'est une volonté jusie qui est la règle de la su En Térilé, depuis trois mois il a recueilli tous ceui qui onl ïoulu entrer avec la pain divine '.

» Ainsi, moi, qui me trouvais sur le bord de la m«ià l'eau du Tihre devient saltSc, je fus reçu par lui avec!»» Teillancc,

n Auprès de celte embouchure où il dresse ses 9iie( parce que là se rassemblent toujours ceux qui ne dtsw dent pas vei-s l'Achéron'. o

Et moi : « Si une nouvelle loi ne t'enlève pas la mémmn ou l'usage de ces chants amoureux qui avaient couluDc d'apaiser toutes mes peines,

» Console un peu mon âme, qui, en venant ici avecu corps, s'est remplie de tant de li-ouhles et de terreurs. >

Il se mil alois à dianler avec tant de douceur ; Ami qui parle à mon esprit ', que sa douce voix vibre encore m ' fond de mon âme.

Mon maîlre et uioi, et les omhves qui entouraienllt chanteur, nous paraissions contents, comme si nul auln penser u'cùt dû nous toucher.

Nous marcliiona suspendus et atlenlirs ù ces eliants; im Toilâ que le noble vieillard s'écria : « Qu'est ceci, c^ils paresseux?

» Quelle est cette négligence? pourquoi diCTércr ainîit Courez à la montagne vous dépouiller de l'écorce quieaipÉche Dieu de pénétrer jusqu'à vous! n

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