‹ Œuvres de Dante Alighieri: La divine comédieChapitre 16 sur 69 · LE PURGATOIRE. CHANT III · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE. CHANT III

Telles les colombes i éunies pour dérober le blé ou Tivraie s'en Yont à leur pâture tranquillement^ et sans faire entendre leur roucoulement ordinaire.

Mais si une chose survient dont elles aient peur, quittent pondainement leur manger^ parce qu'un soin plus grand les saisit;

Telles ces âmes nouvellement arrivées délaissèrent le chant pour s*enfuir vers la côte, comme un homme qui va et De sait où il arrivera.

Notre fuite, à i^ous, ne fut pas moins prompte.

CHANT III

L0S den poètes s'apprêtent à gravir le mont du Pargatoire. — Us en trovTMt la route bien pénible — Ames des Excommuniés, qui doivent attendre an certais tenaps avant de pouvoir so rendre au lieu expiatoire. — Parmi ces Anes est celle de Mainfroy, roi de la Fouille et de la Sicile.

Pendant que cette fuite soudaine dispersait dans la campagne ces âmes qui s'en retournaient vers la montagne où la raison nous attire S

Je me rapprochai de mon fidèle compagnon : eh! comment, sans lui, aurais-je fait mon voyage? qui m'aurait soutenu jusqu'au sommet de la montagne?

Il me semblait avoir des remords de lui-même. 0 conscience digne et pure ! comme une petite faute est pour toi une amère morsure !

Quand ses pieds quittèrent enfin cette marche hâtée quiôte à toute action sa noblesse, mon esprit, jusqu'alors enchaîné.

Dirigea son attention vers le point où il tendait, et tourna mes regards du côté de ce mont qui s'élève jusqu'au ciel le plus haut.

Le soleil qui, derrière moi, brillait rouge, se trouvait rompu devant moi , parce que mon corps était un obstacle aux rayons.

> La mouUgnc du Purgatoire.

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Je me retournai avec la crainte d'Être abandonné, (pand Je vis que devant moi seulement la terre était oliKcure.

Et mon soulitn me dit; « Pourquoi cette déflana, d pourquoi te relouraer ainsi? Ne me ci-ois-tu plus avec W1 Croi»-tu que je ne suis plus ton guide ?

B Béjk Vespcr se trouve là où est enseveli le corps du» lequel je TormEiis une omlire. Naplcs le possède el l'aalevé à Brindes ';

» Maintenant si nulle ombre ne s'étend devant moi,* t'en étonne pas plus que du spectacle des cieux, car ■ rayon ne piojeUe aucune ombre sur un autre rayon.

» La vertu divine rend nos corps, qiii ressemblenl « viîlres, capables de sentir les tourments, et le froid dlE cfaaud ; mais comment cela se fait, elle ne veut pas nontk découvrir.

n Insensé est celui qui espère que notre raison poun pénétrer le myslÈre infini qui tient une seule substonaR trois personnes.

» Race humaine, contentez-vous du quia*. Si vousino pu tout voir, il n'eût pas été nécessaire que Harie enboliL

» Et tels ont désira vainement, dont eût élé satisfait II désir qui leur est éternellement imposé coDime supplice.

B Je parle d'ArisIole, de Platon, etde beaucoup d'auti«.i Ici il penclia le front, ne dit plus rien et resta amt troublé.

Nous arrivâmes enfin au pied de la montagne. Là an trouvons les roches si escarpées, que les jambes les fliï pi'omptes nous seraient inutiles.

La roule la plus déserte, la moins frayée, enti'e Lerifi et Ttirbia', est, auprès de celle-ci, un egcalier lai^tt facile.

Lfi pcféÀTônte. ciiAifT m. 911

« MaîntéEfant qui sait de quel cAté descend le sentier, dit mon maître en arrêtant ses pàs^ afin que puisse monter ccttfi qui va sans ailes? i>

El pendant qu'il tenait lesr yeux baissés , songeant au chemin dans sa pensëe, et que je regardais en haut autoiff te rochers,

A înain gauche, j'aperçus une foule d'âmes qui dirigeaient leurs pas vers nous, et pourtant ne semMaienl pas maré&ef^ tant elles Tenaient lentement.

« Lèpre les yeux, dis-je à mon mâit^, en yoilà de ce côté qui nous donneront conseil, si tu ne peux en recevoir de toirmème. i»

Alor^ il me regarda, et d'un air [Aus rassuré me répondit : «i Allons de leur côté, cat elles tiennent lentement; et à toi meilleure espérance, mon dont flls/ m

Cette troupe était encore lolA, et je dis qu'après îtàMe (mis que nous avions faits, il restait ërftre nous autant d'espâeé ^[a^nn bon frondeur en mesurerait d'un coup de pierfte ,

Quand elles se réunirent toutes contre les durs rocheris de la rive escarpée, et s'arrêtèrent immobiles et serrétis, Ijoimne celui qui, doutant de son chemin, regarde et s'arrête.

« 0 vous qui eûtes une bonne fin, esprits déjà élus, s'écria Virgile , oh ! par cette douce paix qui, je le crois , est attendue de vous tous,

» IMtes-nous où la montagne s^abaisse, afin quil nous soit possible de la gravir, car la perte du temps est phis déplaisante à qui mieux l'apprécie, n

Gomme les brebis sortent de knr enclos à une, à deux^ à trois, et que les autres s'arrêtent timides, baissant à terre lenrs yeux et leur museau,

£t ce que fait la première les autres le font, montant sur son dos si elle n'avance, simples et paisibles, et ne sachant pourquoi elles font ainsi;

De même je vis se mouvoir, pour venir à nous , la pre^ mière âme de cette bande fortunée, pudique de visage, et modeste dans sa démarche.

Lorsqu'elles virent qu'à ma droite, et par l'efFet de mon

31S LU mvisF, coMÉDiEi.

corps, la lumière dlalt rompue sur la terre, de IktompiH

ï avait une ombre de moi h la grolte.

Elles s'arrêtèrent, puis reculèrent de quelques pasi 8 toutes les autres qui Tenaient après, sans savoir pounjiwi, en firent autant.

R Sans attendre votre demande, je vous avoue quec'S un corps humain que vous voyez ; c'est pourquoi la lumite du soleil est ainsi coupée sur la terre.

» Ke vous émerveillez pas, mais croyez que ce n'est ftH sans une vertu venue du ciel qu'il cherclie à franchir t* barrière, n

Ainsi parla le maître. Alors celte noble troupe :i{k Lien, tournez-vous, dit-elle, marchez devant nous, n elU nous faisaient signe du dos de la main.

Et un des esprits commença : « Qui que tu sois, tootH allant ainsi, tourne sur moi les yeux, et cherche en la m^ moire si là-bas tu ne me vis jamais. »

Je me tournai ver» lui et le regardai fixement; il && blond et beau, et de gentil aspect j mais un coup avait fBlagâ en deux un de ses sourcils.

Quand je me fus excusd humblement de ne l'avoir jamais vu, il me dit : u Maintenant, vois! n et il me munira nn^ blessure en haut de sa poitrine ;

Puis il reprit en souriant : « Je suis Mainfroy ', pelil-fili de l'impéralricc Constance; donc, je t'en prie, quand m retourneras sur la terre,

» Va voir ma gracieuse fille, celle mère de l'honneur df Sicile et d'Aragon, et dis-lui la véiitc si on dit le contraire.

B Quand on eut percé mon corps de deux coups rooitels ', je me remis en pleurant à celui qui volonliers pi^ donne.

» Mes péchés furent honibles, mais la bonté infinie de Dieu a des bras si grands qu'elle prend tous ceux qui se tournent vers elle. ,

» Si le pasteur de Cosence, qui fut envoyé pai- Clémeat

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à lachaaM de mes os S avait su voir en Dieu la face de sa miséricorde^

1» Mes os seraient encore à la tête du pont, près de Bénéveiit^ et sous la garde des lourdes pierres.

» Maintenant la pluie les mouille, le vent les remue bon du royaume, presque au bord du Yerde où on les jeta sous la malédiction des torches éteintes.

» Mais, par leur malédiction, Tamour divin n'est pas tel- Jeinent banni qu'il ne puisse revenir, tant que l'espérance est yerte et peut donner sa fleur.

)» Il est vrai que celui qui meurt contumace envers la iainte Église, encore qu'il se repentît à la fin, doit rester en dehors de cette rive

D Trente fois autant de temps qu'il est resté dans son obstination, à moins que cet aiTêt ne soit abrégé par des prières secourables.

v Vois donc si tu veux me faire joyeux en révélant à ma bonne Constance* comment tu m'as vu, et quel interdit Die retient,

K) Car ici-bas on avance beaucoup par les prières de là-bas. Y>

CHANT IV

^r an teniier <ftroii et très-escarpe, Dante, sootena par Virgile, arrire péniblement rar one ptate-ronne. — Là sont retenus les Négligents, ou cens qvi ont attendu jusqu'à la mort pour se repentir. — Dante reconnaît Belacqva.

Quand, par l'effet du plaisir ou de la douleur dont quelqu'une de nos facultés serait frappée, l'âme se recueille en cette faculté,

n paialt que l'âme ne fait plus attention à aucune autre

* L*évêque de Cosence, en Calabre, envoyé par le pape Clément IT pour déterrer le corps de MauFred excommunié pour ses crimes et ses bérésios.

• Sa lille, qui avait le même nom que l'impératrice Conslance, sa bistaïeulc*

facuH?, el tetJ eut cimtre Verretrr de ceur qn! (rrfffll qift* nous une ânie nait et se développe sous une autre âine*.

Par cette raison, lorsiju'on cnt(!nd ou lorsqu'on voit nu chose qui absorbe rortemcnl l'âme dirigée vers elle, tettnp passe, et l'homme ne s'en aperçoit pas;

Car l'afle est la faculté qui (Scoute, l'autre celle qui lU l'âme tout eutière; l'une est comme lii^e, et l'autre esllitai

J'eus de ceci une sûre expéiiente en écoulant respritd eO l'admirant pailer; car le soleil avait bien franchi ifr quanle degrés.

Et moi je ne m'en étais pas avisé, quand nous vînmes i» point où CCS ànies nous crièrent à la fois : a Id est l'objelè votre demande, n

Le villageois, 8ii temps oîile raisin brunit, ferme IW une fourchée d'épines une ouverture souvent plus laiff

Que n'était le sentier oij mou maître et moi nous m» times seuls, quand la troupe des âmes se fut séparéett

On parvient à San-Léo, on descend a Noli, on roonlîi l'aide des pieds jusqu'au sommet de Bismantua; maisidil faut voler ',

Je dis avec les aiies légères et les plumes d'un graai désir, derrière celui qui, me conduisant, me donnait l'espérance et éclairait mon chemin.

Nous montions entre les pans rompus des rochere; if chaque côté leurs parois nous serraient, et le sol sur leqod nous mai'chions nous forçait de nous aider des pieds et ^

Quand nous fûmes sur le bocd supérieur du haut riïsp et en plaine découverte : n Mon Mailre, dis-je, quelle Toii | preudrons-noua ? »

< foir Can. u in kallièn* anéle ; t Ipparct qnaarim in tulm iqMak

LE PURGATOIRE. CHANT lY. SI 3

Et lui à moi : « Qu'aucun de tes pas ne recule; mais gagne derrière moi le sommet du mont jusqu'à ce que nous apparaisse une escorte sage. ))

Le sonunet était si haut, qu'il dépassait la poilëe de la ^nie, et la côte plus droite que la ligne qui va du milieu du eidran au centre.

Pétais las de monter; alors je m'écriai : « 0 mon doux fèiel toumertoi, et vois que je vais rester seul si tu ne t'arlâlespas.

— Hqq fils, traîne-toi jusqu'ici, » répondit^ en me mon- UiDt un Diocher qui, de ce côté, régnait autour de la mon- ,tigne.

Ses paroles m'éperonnèrent si fortement, que je m'efforçai de grimper après lui, tant que cette roche circulaire se tnmva enfin sous mes pieds.

Nous nous assîmes là tous les deux, tournés vers le levant f où nous étions montrés, car on se plaît à regarder le chemin Çtt'on vient de faire.

Je dirigeai d'abord mes yeux vers les bas-fonds, ensuite je les élevai vers le soleil, et je m'étonnai que nous en fusiioDS frappés à gauche.

Le poète remarqua bien que je demeurais stupéfié à reluder le char de la lumière qui était entre nous et l'aquilon.

Donc il me dit : a Si Castor et PoUux accompagnaient ce Dïirobr qui jette son éclat et dessus et dessous,

» Tu verrais le zodiaque rougissant tournoyer encore |dus fièedes Ourses, s'il ne sortait pas de son chemin accoutumé ;

> Et si tu veux pouvoir comprendre comment cela est ^Q8i,tout recueilli en toi-même, imagine que la montagne ^ ém et cette montagne sont placées sur la terre,

> De telle façon que toutes deux ont un même horizon et différents hémisphères; donc le chemin que sut mal parcourir le char de Phaëton,

^ Tu le verrais nécessairement sqr un flanc de cette Quuitagne ^^ tandis que tu le verrais sur un flanc opposé de

' U montagDe du Porgatoîre*

LA mviWE COMÉblE.

r e montagne ', pourvu que ton intelligence nanùii Clairement la cliose.

— Certes, mon maître, lui rëpondis-je, jamais je n'ai si clairement comme je vois à cette Iieurc, là où mon e^ semblait me faire Taute.

» Ainsi rtie'micercle du moiivûmenl supérieur, qui, fc certain art, s'appelle éqtialcur, et qui i-pstc toQJovrtcA le soleil et rhiver,

» Par les raisons que tu m'as données, s'éloigne dei montagne vers le seplei quand les Hébreux voji

ce même cercle vers le* . is brûlantes du midi.

» Hais, s'il te plaît, j' rais volontiers combieni

avons encore à marcfa cette montagne s'élèxe

haut que ne peuvent s e^p— oes regards. »

Et lui k moi : « ( ne est telle, qu'à sa haxA

est toujours rude : t; mais plus on a^aatC

montant, moins elle aoiini: uc fatigue.

■ Donc, quand elle te paraîtra si douce que ta maidilses hauteurs sera légère comme, là-bas, l'est sur la pat de l'eau la marche d'un batclct,

» Alors tu seras à la un de ce sentier. Attends pour te reposer de ta peine. Je ne réponds plus Tiea,i je tiens tout cela pour vrai, u

Et comme il finissait cette parole, une voix résonm^ de nous : « Peut-être seras-tu auparavant dans la aétèé de t'asseoir. u

Au son de cette voix chacun de nous se tourna, et nfl vîmes à gauche une grande pierre que ni lui ni moi n'i d'abord aperçue.

Nous nous en approchâmes; là étaient des âmes tenaient étendues à l'ombre du rocher, comme des ge s'étendent par indolence.

Une d'elles, qui me semblait fatiguée, assise parnulB

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