‹ Œuvres de Dante Alighieri: La divine comédieChapitre 25 sur 69 · LE PURGATOIRE. CHAIIT XVI · texte numérisé non relu

LE PURGATOIRE. CHAIIT XVI

esprit ayant qu'elle soit, pareille k un enfant qui^ tout en pleurant et en riant, balbutie et se joue;

» Cette âme simplette qui ne sait rien, sinon qu'elle pro- Fjent d'un créateur bienheureux^ retourne vclontiers à celui pii fait sa joie.

» D'abord elle prend le goût des biens de peu de valeur, sn <^la se trompant, et elle court après eux^ si un guide m un frein ne dirige ailleurs son amour.

» Il a donc fallu des lois pour servir de frein, il a fallu les rois qui, de la Cité véritable S sussent au moins discerler la Tour*.

^ Les lois existent, mais qui offre sa main pour elles? Le pasteur qui précède le troupeau peut ruminer, mais il n'a pas les ongles fendus.

1» C'est pourquoi toute la bande voyant son guide se nourrir des choses dont elle est gloutonne, s'en repaît et n'en demande rien de plus.

» Tu peux bien voir que la mauvaise direction est la raison qui a rendu le monde coupable, et que ce n'est pas la nature qui est corrompue en vous.

D Rome, qui améliora le monde, avait deux soleils ', lesquels faisaient voir Tune et l'autre voie, celle du monde et celle de Dieu.

» L'un des deux soleils a obscurci l'autre. Le glaive a été uni au bâton pastoral ; ainsi joints de vive force , l'un et l'autre doivent mal s'accorder.

y> Car, réunis ainsi, Tun ne craint pas l'autre. Si tu ne me crois pas, que ton esprit pense à l'épi; car toute herbe se connaît à sa semence.

» Au pays que l'Adige et le Pô ari'osent*, on ne trouvait que valeur et comtoisie, avant que Frédéric* eût toutes ses querelles.

' Le ciel.

* Les devoirs sociaux.

* Le pape et l'emperenr.

* La Lombarrtic et la Romagne.

» L'empereur Frédéric V,

y> Pour rbeure^ il pourrait y passer en toute sûreté, celui-là qui, par honte^ éviterait de parler aux gens de bien et d'en approcher.

» Il y a bien encore trois vieillards ^ en qui Tancien âge gourmande le nouveau, et à qui il tarde que Dieu les appelle à une meilleure vie !

» Ce sont : Conrad da Palazzo, le bon Ghérardo, et Giiido da Castel; qu'on nomme mieux en français Lombard le Simple.

» Dis dorénavant que l'église de Rome, pour confondre en elle les deux gouvernements^ tombe dans la fange et salit elle et sa chargée.

— 0 mon cher Marco ! lui dis-je, tu rsdsonnes bieo! Et je comprends à cette heure pourquoi dans l'héritage les enfants de Lévi furent exclus*.

» Mais quel est ce Ghérardo que tu tiens pour un sage, ce reste d'une race éteinte qui est un reproche pour ce siècle sauvage?

— Ou ton parler me trompe, ou bien il me tente, répondit Marco, puisqu'on me parlant, Toscan, tu semblés ne rien savoir du bon Ghérardo.

» Je ne le connais sous aucun autre surnom, à moins que je ne le tire de sa fille Gajà'. Que Dieu soit avec vous, puisqu'avec vous je ne vais pas plus loin.

» Vois Taube qui rayonne à travers la fumée, et déjà blanchit. L'ange est ici; il faut que je parte avant qu'il paraisse. »

Il parla ainsi, et plus ne voulut m'écouter.

' Allusion à Conrad da Palazzo, elc

' Parce que Moïse les consacra au sacerdoce.

* C'estoit, dit Grangier, un grand miroir de chasteté.

LB PfmCATOIRE. CBAMT XVII. 371

CHANT XVlI.

Sorti avec Yirgile de l'épaisse famée, Dante voit en imagination pluieon exenplet de Colère. — Ensuite, les deux poètes, guides par un Ange, montent les 4egrét <|«ii mènent an quatrième cercle. — Comme b nuit est tnnrenne, ils t'arrêtent. — Virgile apprend à DaMe que dans le <|uatrtème cercle te parifie le péché de Paresse.

Rappelle-toi, lecteur, si jamais dans les Alpes tu fus enveloppé par un nuage à travers lequel tu ne voyais pas autrement qu«^ la taupe à travers la pellicule qui couvre ses yeux;

Comme lorsque les vapeurs humides et épaisses commencent à se raréûer , les rayons du soleil les pénètrent Caiblement;

Et ton imagination arrivera vite à voir comment je revis le soleil, avant l'instant où il s'allait coucher.

Ainsi, égalant mes pas aux pas fidèles de mon maître, je sortis de cette nuée quand les rayons étaient déjà morts pour la partie basse de la montagne.

0 imagination, qui parfois jettes l'homme hors de luimême , si loin qu'il n'entend pas qu'autour de lui sonnent mille trompettes!

Qui donc t'anime, si les sens ne t'aiguillonnent pas? Oh! ce qui t'anime, c'est une lumière formée dans le ciel, ou d'elle-même , ou par la divine volonté qui l'envoie ici-bas, La figure de celle que son impiété fit changer en cet dseau ^ qui se plait le plus à chanter, appai^ut à mon imagination.

Alors mon esprit se concentra tellement en lui-môme» Çie du dehors n'arrivait chose qui fut perçue par lui.

Ensuite, dans ma haute fantaisie, pleuvait l'image d'un crucifié dédaigneux et fier', et tel je le voyais mouiir. Autour de lui étaient le grand Assuérus, Esther son

' Philoroèle, fille de Pandion, roi d'Athènet.

an LA DIVINE COMÉDIE.

épouse, et le juste Mardoctiëe, qui, à dire et \ ttà!t,k irréprochuble.

Et lorsque cette image se fut romput! d'eUe-inê[ne,àli manière (l'une bulle, des que manque l'eau sous laquS^ elle s'était Sarmét,

Dans ma vision surgit une jeunt; fille pleurant fort eljï disait : u 0 reine', pourquoi donc par colère as-lu vouh» plus être?

D Tu t'es luée pour ne pas perdre Lavinie', tepenèl luin'as perdue ; et moi, ta flllc, je mu lamente siLrla|Ht i ma mère! plutdt que sur celle d'un autre*. »

De mSme que, lorsqu'une nouvelle luiiflère Ihppli paupières fermées, le sommeil tout à coup se brise, Êt,û) tompu, glisse avant de mourir entier einent ;

De même mes imaginations tombèrent, aussilijt qneiw visage fut fiappé par une lumière plus grande que cdt? est à noire usage.

Je me loumais pour voir où j'étais, quand une vciiB dit : a On monte par ici ! » et de mot dcarta toute bH attention.

Elle rendit aussi ma volonté si prompte à regarJffîà était celui qui parlait, que je n'eus point de repos manli ravoir envisagé.

Mais eonjme notre vue s'abat devant le soleil quisei# sous sa lumière, de même ici ma forcu dcîfaillait.

« CeM-ci, dit mon malti'e, est un divin esprit, qui,» avoir été prié, nous dirige dans la voie de la montai, ' 11 se cache lui-raâme dans sa lumière.

M U agît avec nous comme l'homme doit agir avec! semblables; car celui qui attend une prière, loi'squllii' le besoin, se dispose malignement à refuser tout secoun

» Que nos pieds obéissent à une si grande inviuiiu; hâtons-nous de monter avant qu'il fasse nuit, car nouiu le pourrions plus jusqu'au retoui' du soleil, ii

Ainsi parla mon guide, et lui el moi nous tournâmes n"

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