LE PURGATOIRE. CHANT XX
U parlait encore des largesses que Nicolas fit à des vierges^ pour conduire à Thonneui' leur jeunesse ^
(( 0 âme qui parles si bien ! dis-moi qui tu as été, lui dis-je^ et pourquoi tu es seule à renouveler ces louanges méritées ?
T» Tes paroles ne seront pas sans récompense^ si je retouiTie pour achever le court chemin de cette vie qui vole à son terme. »
Et elle : « Je te répondrai^ non pour le secours que j'attends de là-bas^ mais parce qu'une grâce si rare brille en toi avant que tu sois mort.
» Je fus la racine de la mauvaise plante qui jette une ombre nuisible sur toute la terre chrétienne^ tellement qu'elle donne rarement de bons fi*uils.
p Mais si Douais Gand, Lille et Bruges eu avaient la force, on en aurait bientôt vengeance, et je la demande à celui qui juge toute chose.
» Je fus nommé là-bas Hugues Capet; de moi sont nés les Philippe et les Louis par qui, depuis pou, la France est gouvernée *.
» Je fus fils d'un boucher de Paris. Quand les anciens rois manquèrent, excepté un qui était revêtu de la robe grise,
» Dans mes mains se trouva placée la bride du gouvernement; et j'avais tant de pouvoir dans cette nouvelle position, et j'étais entouré de tant d'amis,
» Que la tête de mon fils fut promue à la couronne vacante ; et de lui sont sortis les os sacrés des nouveaux rois.
» Tant que cette grande dot de la Provence n'a ôté sa honfe à mon sang, il valait peu, mais il ne faisait pas de mal;
)) Là, par la violence et le mensonge, il commença ses
* failli NiculaS) cvêquc do llira.
^ Les injures contre la France et les rois de France abondent ici, comme en R^ainl endroit, chez le rancuneux Gibelin, qui ne pouvait oublier l'appui que ses cnuciiiis, les Guelfes, avaient reçu de Ckariei» de Valois.
G plus, puisque biii tÊÊimaà ^apK à (■ Bvi sug «fu.!! n'^ poiut soiid de« fpifrf Ali?
« *ks Tv-j ijw le cmI fciiur et le mal pa^ serabltai ■niiwi' ' je «cî ts ^.îurs ie ti> ^nirer dans Anagni, S, 4iB^ Il ;«mLsaF de «,« «"«.tire, te Chiist prmniikr '. 1
• it if vm mt autre ki? tiire à la déiiàiua ; je vois k- I ■■■■«Ail fe «iM^R a ie fid; eotte deux larrons vîtioU, ft it reii tBMrïr. |
■ Je tiE«9 VB HMneu fftile. â cukI, que ceci ne k n^sc*r ^as, A, sk décnt de ceiu qui ont le pouToir, tl perte dus le leaçit xs dÂù? c<:|iy«3 ''.
" ■" " ' I seiai-je assez heureux (mu
itteriâLfft kBtl, ■
LE PUaGÂTOiRE. CHANT XX. 387
v^oir la vengeance qui, cachée dans tes secrets, te rend douce ta colère?
» Quant à ce que je disais de Tunique épouse de l'Esprit- Saint^ et qui t'a fait tourner tes pas vers moi pour obtenir quelque explication,
1» Cela entre dans nos prières tant que dure le jour; mais quand vient la nuit, nous citons en place des exemples tout contraires.
3» Plous répétons alors Pygmalion ^, que sa passion gloutonne pour l'or rendit ti*aîlre, larron et parricide,
» Et la misère de l'avare Midas, puni par Teffet de sa demande avide, dont il est bon que toujours on se raille.
» Ensuite chacun se rappelle ce fou d'Achan*, et comment il vola les dépouilles de l'ennemi, de sorte qu'ici la colère de Josué semble encore le mordre.
» Après nous accusons Saphira et son mari; nous louons ceux qui foulèrent aux pieds Héliodore, et sur toute la montagne monte en iniamie
» Polymnestor, qui tua Polydore. Fmalement on crie : « G Crassus ! dis-nous, puisque tu le sais, quelle est la sa- » veur de l'or. »
» Parfois nous parlons, l'un à voix haute, l'autre à voix basse, suivant raffection qui nous éperonne et rend notre pas tantôt plus grand, tantôt plus petit.
» Je n'étais pas seul tout à l'heure à rappeler le bien dont on s'entretient pendant le jom*; mais prçs d'ici nulle autre personne n'élevait la voix. »
Nous nous étions déjà séparés de cet esprit, et nous tâchions de monter le chemin aussi vite que nous le pouvions.
Quand je sentis^ comme une chose qui tombe, trembler la montagne ; aussi je fus saisi d'un froid comme d'ordinabe est saisi celui-là qui marche à la mort.
Certes Déios ne s'agitait pas si fortement avant que La-
' C'est le PTgmalion, fils de BcHus, et frère de Didon.
» Acban fut lupidé pour avoir volé une parlie du butin de Jéricho. — Saphira et Anauias, Héliodore, Polymnestor, Crassus, etc., autres exemples d'avarice panle.
'398 Llk DIVI^tE COMÉDIE.
toney eâtfaitsoiinidpoDrcnrantcr les deux veut du c'ici'
Puis il s'éleva de loiites parts un ciû tel, que !o msito i tourna vers moi en disant ; u Ne crains rien lantqueje» ton guide, n
Tous disnient : « Gloria in exechù Deo. b autant q«jl! le compris du lieu voisin oii j'étais, et d'où le cri se ainsi entendre.
Nous restâmes là iniinoliiles et en suspens, L'ooinvls pasteurs la première Tais qu'Us entendirent a chat, jusqu'à ce que le tremblement cessât et que le chuilS achevé.
Ensuite nous re> < saint vojage, rcgaràuitll
ombres étendues h reloumces à leurs ptûb
habituelles.
Si ma mémoire n lais l'ignorance d'une àM
ne me tourmenta s et ne me rendit si désiiM
de savoir,
Qu'il me semblait aloi« ^ dans ma pensée. P
marche hâtée je n'osais mterrt^er; par moi-raéi pouvais voir la chose.
Ainsi je m'en alkis timide cl |)unsit'.
CHANT XXI
Cette soif naturelle qui jamais ne s'apaise sinon avec ]'(U dont la femme samaritaine demanda la grâce *,
Me toui'mentait et m'excitait derrici-e mon guide dans cette voie embarrassée, et j'étais ému de compassion de*Ml la juste vengeance de Dieu.
Et voici : comme Luc a écrit que le Christ, déjà sorti de
LE PtRGATOlRE. CHANT XZf. 3(!9
. fosse sépulcrale^ apparut à deux hommes qui étaient sur iroute.
Ainsi nous apparut une ombre, et derrière nous elle ve-
it, iiegai*dant à leurs pieds les âmes étendues; et nous ne
▼ions point aperçue avant qu'elle parlât ,
Bo disant : a Mes frères. Dieu vous donne la paix! » Nous
118 retournâmes subitement; et Virgile lui rendit le geste
ivenable;
•Hiis il commença : (c Qae, dans le concile bienheureux
Imette en paix la cour de véiité qui me relègue dans
exnel exil!
^ Gomment, dit l'esprit, et pourquoi allez-vous si vite,
ram êtes des ombres que là-haut Dieu n'admet point? qui
is a guidés si avant sur ces degrés? »
St mon docteur : a Si tu regardes les signes que celui-ci
•Ce et que l'ange trace sur le front, tu verras bien qu'il
roit de régner avec les bons *.
» Mais comme celle qui jour et nuit file n'avait pas encore
L pour celui-ci la quenouille que Glotho garnit et impose
;liacim de nous,
» Son âme, qui est ta sœur et la mienne, allant là-haut,
pouvait aller seule, car elle ne saurait voir aussi bien e nous;
» J'ai donc été tiré de la vaste gueule d'Enfer pour lui mtrer la route, et je la lui montrerai tant que ma science orra le guider.
I» Mais dis-nous, si tu le sais, pourquoi la montagne a rouvé tout à rheure de telles secousses, et pourquoi, Bqu'à ses pieds amollis par la mer, toutes les âmes ont ru crier à la fois? »
Par cette demande, Virgile rencontrait comme dans une ^lle le chas de mon désir, de sorte que, grâce à l'espénce, ma soif sentit moins son jeûne.
L'esprit commença : a Ceci n'est point une chose que la inte montagne ait ressentie sans ordre, ou qui soit en hors de ses lois.
Los signes 'sont les lettres P.
LA DIVINE COHËDIB.
> Ce lieu esX exempt de toute alléialiOD. LebndliM)
pruïcnir que de ce que le ciel a rei,-ii en lui de la i et non d'aucune auUe cause;
» Car il ne lombe ici ni i>luie, »i grêle, ni neige, nîraè, ni giyre, en d<'çà de la porte aus trois petits degr&.
B On n'y voit ni nuées épaisses ou minces, ni écbiB,i la lillâ de Tbaumas, qui là-bas change sauvent de plW.
» La vapeuj- sèche ne solève pas plus avaul quelemi met des trois degrés dont j'ai parlé, là où le ïicairedesia Pien'c a les pieds.
» Pi'ut-Étre que plus . mont éprouve dci
plus ou moins violent! lar l'efTet du vent ciditte
la terre, je ne sais co.^ es hauts lieui ne Ir
jamais.
» Us tremhîpn me, su sentant puriMt
lÈve ou se me lour s'élancer là-liaut,«i
tel cri raccor..|-a(5nt
a La volonlÉ seule est u i»euve de la puiilketicia; dt excite l'âme, dësoi-mais afCranchle de ses épreuves, à cbii^ de séjour ; l'âme jouit de celte Juste volmité. I
I) Avant cette heure l'ànic voudrait bit'n s'affranchï | mais le di?sir de se purilif]' ne le permet pas; car ce déà I qu'elle avait pour le péché, la divine justice le lui im^ 1 poui' le châlinienl. 1
B Et moi, qui suis resté étendu sous ces doulcuncmi cents ans et plus, je n'ai senli qu'à cft iustaut la libre w lonlé d'un séjoui- meilleur.
» C'est poui quoi tu as entendu le trcmblemont de lent, et sur la montagne les pieuï esprits louer le Seignear a& qu'il les admette bientôt dans le ciel. »
Il pai-Ia ainsi : a Et comme on jouit d'autant plus à boirt que plus grande est ia soif, je ne saurais dire que] «fflteoteinent il me dunna. »
Et le sage guide : u Maintenant je vois le ûlet qui vous prend, cl comment on s'en délivre; poui'quoi ici le mont Uemble, et de quoi vous vous nSjouissez tous ensetoble.
LB PUBOàTOIRS. GEANT XXI. 391
Il » A prisent, qni as-tu été (permets que je le sache)? et
, pourquoi pendant tant de siècles es-tu resté ici étendu?
Permets que je le saisisse dans tes paroles.
,, -^ Dans le temps où le bon Titus, avec l'aide du grand
"yoi, vengea la blessure d'où sortit le sang vendu par Judas,
» Alors, répondit Tespril, j'étais là-bas, portant le titre
qui dure le plus et honore le plus S assez célèbre, mais
n'ayant pas encore la foi.
]» Si doux fut mon chant, que moi, Toulousain*, home m'attira vers elle, et là je méritai d'orner mes tempes de tnyrte.
» Stace est le nom qu'on me donne encore là-bas; je chantai Thèbes, et ensuite le grand Achille, mais je tonobai sur le chemin avec le second fardeau.
» Mon ardeur trouva les étincelles qui devaient l'échauffer
dans celte divine flamme où plus de mille se sont embrasés.
r> Je parle de l'Enéide, laquelle fut ma mère et fut ma
nourrice en poésie; sans elle je n'écrîvis pas une pensée
qui eût le poids d'une drachme.
» Et, pour avoir vécu là-bas au temps où vécut Virgile, Je consentirais à retarder d'une année la Sortie de mon exil. y>
Ces paroles firent tourner vers moi Virgile, avec un air qiii, en se taisant, disait : « Tais-toi! » Mais elle ne peut pas tout, celte faculté qui veut.
Le rire et les pleurs suivent de si près la passion dont chacun est aiguillonné, qu'ils sont moins soumis à la volonté des hommes les plus sincères.
Je me pris donc à sourire, comme un homme qui fait signe , de sorte que l'ombre se tut et me regarda dans les yeux, où TafTection de l'esprit se montre davantage.
a Ah! dit-elle, puisses-tu mener à bien la grande entreprise ! Mais pourquoi ta face m'a-t-elle montré tout à l'heure cet éclair de somire ? »
■ Le titre de poète.
* Stace, aolcur de la Thébaide et de VAehilUidef éVàh de Naples (voyes Silv., lib. V) i luais Daule écrivait avant U découTeite de cet ouvractb
an L* DIVINE COKÉOIE,
Alors je me sens pris de part el d'autre; l'im me lail lân, l'autre me conjure de parler; triste, je soupire, et je mil compiis de Virgile.
« Dis, repartit mon maître, et n'aie point de peurife parlt'r; mais parli', el di»-lui ce qu'il demande avet lui de souci. «
Donc moi : m Peut-^lre tu t'étonnes, antique esprit, ii sourire que j'ai fait, mais je veux que plus d'dtonnemeMfc prenne encore.
« Celui-ci.qui dirige là-haut mes yeux, esl ce Virgile dirt lu as appris à chanter foricuif" les hommes et le6 dieuL
B Si tu as cru que mon » îm avait un autre molï, laisse là ce faux motif, et cro ii'il venait des parolei (fx tu as dites de mon guide, n
Déjà Stace s'inclinait pour hrasser les pieds de msi docteur, mais œluî-d lui dit : rèi-e, ne fais pas ainsi, ca tu es une ombre et tu vois ui... ombre. »
Et l'auh'e, en se relevant : « Tu peux comprendre raait tenant la grandeur de l'amour qui pour toi m'enflatni», puisque j'oublie notre vanité,
)> En traitant une ombre comme un corps solide. »
CHANT XXn.
Déjà l'ange était resté derrière nous : l'ange qui notis avait mis dans la voie du sixième cercle, après avoir etfaté une des lâches de mon fi-ont'.
El ceux qui ont tous leurs désirs tournés vers la justice nous avaient dit de leur douce voix : i^ Heureux ceux qui ont
,g LE PURGATOIRE. CHANT XXII. 393
^ji^ S D et ils finirent sur ce mot sans donner le reste du ^flset.
'%i moi, plus léger qu'aux autres ouvertures, j'allais d'un
jI pasjque, sans aucune fatigue, je suivais làrhaut lesagiles
•sprits».
' Alors Virgile commença : « Un amour allumé par la
ertu en allume toujours un autre, pourvu que sa flamme
e montre au dehors.
m Depuis l'iieure que parmi nous est descendu dans les Jmhes de l'enfer Juvénal, qui m'a fait connaître ton affec- .Ion pour moi,
» Ma bienveillance pour toi-même fut telle, que jamais me plus forte ne vous saisit pour une personne qu'on n'a )oint vue, de sorte que ces degrés me paraîtront bien courts L monter.
>» Mais dis, et, comme ami, pardonne-moi si trop de primauté lâche le frein de ma langue, et, comme ami, désornais raisonne avec moi.
» Gomment Tavarice a-t-elle pu trouver place dans tcm ^ein, à travers ce grand sens dont tu as eu soin de te remplir? »
D'abord ces paroles firent un peu sourire Stace, ensuite il répondit : a Toutes tes paroles me sont un signe bien cher d'amitié.
» En vérité, bien souvent apparaissent des choses qui donnent une fausse matière au doute, parce que les causes vraies sont cachées.
« Tu crois, comme ta demande me le prouve, que je fus avare dans l'autre vie, peut-^tre à cause du cercle où j'étais.
» Or, sache que l'avarice fut trop éloignée de moi, et que ce dérèglement a été puni par un millier de lunes.
» Et si je n'avais pas mieux réglé mes appétits, en méditant ces vers, où tu t'écries quasi indigné contre Thumaine nature :
' Bcali qui siliunt et esuriunt justiiiam. (S. Matth., v, vers. 6.t ' Virgile et Stace.
394 LA DIVINB GOMÉimB.
n 0 ildin eiécTBilie de For! oii ne pousses-tu pas Ic?^ cœurs mortels^! je subirais eu tournant les joutes àtr^ damnés*.
1» Alors je m'avisai que les mains pouTaient trop s'ouvi'ir pour dépenser^ et je me repentis de ce mal comme des autres maux.
» Combien ressusciteront sans cheyeux, pour leur ignorauce qui leur ôte le repentir de ce péché> soit pendant k vie^ soit à l'extrémité!
» Et sache que la faute qui est directement opposée à chaque péché^ sèche ici son venin avec ce même péché.
» Donc^ si j'ai été pour me puiiÛer avec ceux qui pleurent leur avarice^ cela m'est advenu pour la faute conticdre. »
Alors le chantre des vers bucoliques dit : a Quand ta chantas les cruels combats d'où naquit la double tristesse de Jocaste^
Tff II ne me semble pas (aux sons que Clio jette par ta bouche) que parmi les fidèles t'eût plaôé la foi^ sans laquelle les bonnes œuvres ne sont point suffisantes.
» S'il en est ainsi ^ quel soleil ou quelle lumière a tellement dissipé tes ténèbres, que depuis tu aies dirigé tes voiles vers la barque du pêcheur? »
Et lui à lui : « Toi le premier, tu m'as dirigé vers le Parnasse , pour boire dans ses grottes, et le premier, dans l'amour de Dieu, tu m'as illuminé.
» Tu as fait comme quelqu*un qui va de nuit, p<Htaot derrière lui une lumière dont il ne s'aide pas, mais qui derrière lui rend les personnes sûres dans leur chemin,
» Alors que toi tu as dit : a Le siècle se renouvelle, il justice revient avec les premiers temps du genre huniaiOi et une nouvelle race descend du del '. »
> ... Quid non mortalia peotora cogis,
Auri sacra famés l [Mntid.t lib. m.)
* Enfer i ch. vu.
* MagDUS ab integro saeclorum nascitur ordo. J;im redit et Virgo, redcunt Saturnia régna, Jam nova progeoiet cœlo demittitar alto.
(L'GLOG., IV.)
LE PURGATOIRE. CHANT XXIf. 39?$
» Par toi je fus poète, par toi chrétkn. Mais, pour que ^u voies mieux ce que je dessine, j'étendrai les mains pour ! mettre la couleur.
» Déjà le monde entier était imprégné de la vraie croyance semée par les messagers de l'éternel royaume,
» Et tes paroles, citées plus haut, se rappoi taient à celles des nouveaux prédicateurs : je pris doue l'habitude de les Tisiter. *
» Ils me parurent ensuite d'une telle sainteté, que quand Domitien les persécuta, leurs pleurs ne coulèrent pas sans être mêlés à mes larmes.
» Tant que je restai là-bas, je les secourus, et leurs mœurs droites me firent mépriser toutes les autres sectes.
» Avant que dans mon poème j'eusse conduit les Grecs an fleuve de Thèbes, j'avais eu le baptême; mais par peur Je fus chrétien en secret;
» Et longtemps je fis montre du paganisme. Pour cette tiédeur j'ai parcouru le quatrième cercle pendant plus de quatre siècles.
9 Toi donC; qui as IcTé le couvercle qui me cachait le souverain Men, puisqu'il nous reste du temps avant d'avoir gravi cette route,
» Dis-moi, si tu le sais, où est Térence, notre ancieu ; et Gédlius, Plante, Yarron, où sont-ils? Dis-moi s'ils sont damnés, et dans quel cercle?
— Ceux-ci, et Perse, et moi, et i)eaucoup d'autres, répondit mon guide, nous sommes avec ce Grec que les Muses allaitèrent plus qu'aucun autre :
» C'est dans le premier cercle de la noire prison; mainte fois nous causons de la montagne où nos nourrices demeurent toujours,
» Là sont avec nous Anacréon, Simonide, Agathon et beaucoup d'autres Grecs qui ornèrent jadis leur Iront dé laurier.
» Là se voient tes héroïnes. Antigène, Déiphile, Argia, et Isincne, triste encore comme elle l'a été.
396 LA DIYINE COMÉDm.
» On y voit celle qui montra Langia^^ puis la fiUe S< Tirésias, et Thétis, et avec ses sœurs Déidamie. »
Dé]^ se taisaient les deux poêles^ attentifs de nouveaa à regarder tout à Tentour^ car ils ayaient franchi les degrâ et les parois.
Et déjà les quatre serrantes du jour* étaient restées en arrière^ et la cinquième était au timon du char^ dii'igeant en haut sa pointe enflammée ; ,
Quand mon maître : a Je crois qu'il convient de tourner noti'e épaule di'oite vers le bord du cercle^ poui* tourner la montagne comme nous avons coutume de faire. »
Cette coutume fut donc notre indication, et nous primes la route avec moins d'hésitation , quand nous eûmes Tassentiment de l'autre âme veiiueuse.
lis allaient devant^ et moi tout seul derrière^ et j'écoutais leurs discom*s^ qui me donnaient l'intelligence deJi poésie.
Mais les deux entretiens ûu*ent bientôt interrompus par la vue d'im arbre que nous trouvâmes au milieu du diemin, chargé de fruits suaves et bons à l'odorat.
Et comme, en s' élevant au ciel, un sapin diminue de branche en branche, ainsi celui-ci diminuait du côté de la terre, afin, je crois, que personne n'y montât.
Du côté où notre chemin était fermé, il tombait, d'une roche élevée, une liqueur claire qui s'épandait sur les feuilles.
Les deux poètes s'approchèrent de l'arbre , et du milieu du feuillage une voix a*ia : « Vous vous abstiendrez de celte nourriture. »
Ensuite elle dit : « Marie pensait plus à ce que les noces fussent honorables et complètes, qu'elle ne pensait à sa bouche, qui maintenant intercède pour vous.
r> Les anciennes Romaines se contentèrent d'eau pour boisson; Daniel méprisa la nourriture, et acquit la science.
> La foiilainc Lancia, qu'Hypsipylo inili<}ua à des cbjsscurt. * Les ((ualie prciuièrcs heures.