‹ Œuvres de Dante Alighieri: La divine comédieChapitre 43 sur 69 · LE PARADIS. CHANT · texte numérisé non relu

LE PARADIS. CHANT

telligcnce Téternelle lumière dont la seule vue allume en nous Famour.

» Et si quelque autre chose attire votre amour , ce n'est qu'une trace mal connue de cette lumière qui luit à travers ces choses.

D Tu veux savoir si^ par d'autres bonnes actions, on peut satisfaire à un vœu rompu , de manière que l'âme soit à Tabri du remords. »

Cest ainsi que Béatrice commença ce chant; et comme mi homme qui n'interrompt pas son discours, elle continua ainsi son saint enseignement :

a Le plus grand don que, dans sa largesse, Dieu nous fit en nous créant, et le plus conforme à sa bonté, et celui qu'U apprécie le plus,

v> Ce fut la liberté de la volonté, dont les créatures intelligentes furent et sont toutes seules douées.

» Maintenant t'apparaitra, si tu raisonnes d'après ce principe, la haute valeur d'un vœu, s'il est ainsi &it que Dieu consente quand toi-même tu consens.

» Car, en concluant le pacte entre Dieu et l'homme, on sacrifie ce trésor de la volonté dont je parle, et on le sacrifie par son propre fait;

» Donc que peut-on rendre en échange? Si tu crois bien user de ce que tu as déjà offert, c'est d'une chose mal acquise vouloir faire une bonne œuvre.

y> Tu es désormais fixé sur le point principal. Mais comme la sainte Église donne en ceci des dispenses, ce qui paraît contraire à la vérité que je t'ai découverte,

1» n te faut encore rester un peu à table, parce que la nourriture lourde que tu as prise demande un peu d'aide pour passer.

D Ouvre l'esprit à ce que je te présente, et l'enferme en toi-même; car cela ne donne pas la science, d'entendre sans retenir ^.

» Deux choses sont nécessaires à l'essence parfaite de ce

* Miliil scimus Bi«i qnod nonortà tenemus. {Cir.^AOlf.|

466 ti DIVIME COMÉDIE.

sacrilSce : Tune est Fobjet même qu'on sacrifie; Vanlieeit la convention en elle-même.

9> Cette dernière ne s'efface jamais^ si elle n'est pas observée^ et c'est à son sujet que, plus haut, je t'ai parlé en tennei si précis.

» Pour cette cause, ce fut une nécessité aux Hébreux d'offrir, bien que souvent l'offrande suMt un cbangiment comme tu dois le savoir *.

» Quant à l'autre chose, que je t'ai montrée comme fD^ ipant la ipatière du sacrifice, elle peut être telle qu'on n'«it point failli si on réchange contre une autre matière.

1» Mais que nul ne change de sa propre autorité le {arceau de son épaule, sans un tour de la clef blancba et de la clef jaune *.

» Estime tout changement insensé, si la chose ^i&fàssk n'est point contenue dans la chose nouvellement p^tti comme quatre dans six.

TU Or, toute chose qui pèse tant par sa valeur, qa'eDe attire de son côté la balance, ne se peut remplacer par une autre.

» Que les mortels ne se fassent pas un jeu du vosu qui les lie ! Soyez fidèles, et en vous engageant ne soyei pas aveugles, comme Jephté dans sa première offrande !

Car il lui valait mieux dire : a J'ai mal fait, » que de faire pis en observant son vœu; et tu peux trouver tout aussi insensé le grand chef des Grecs,

» Lui qui força Iphigénie à pleurer son beau visage, et fit plcuier sur elle les fous et les sages lorsqu'ils entendirent parler d'un culte si barbare.

» Chrétiens, soyez plus lents h tous mouvoir; pe soyei pas comme la plume à tout vent, et ne croyez pas que toute eau vous lave.

» Vous avez TAnden et le Nouveau Testament, et le Pasteur de l'Église pom* vous guider : que cela vous suffise pour votre salut.

' Voir ail Léritiquê, cbap. I et vili.

• 8c rappeler le^ deux clefs de l'église au chant IZ du Purgatoire.

LE pAnÂtns. ctiAfrr tf. 467

9 Si dé matitàis désirs vous appellent ailleurs, soyez bdbimes^ et non des brebis folles^ afin que le Juif ne fié pas de Yous^ au milieu de vous.

y Ne faites pas comme Tagneaù qui laissé le lait de sa . HAte, éi, simple et folâtre^ combat coùtre lui-iiiéïiïe pdtir ' um seul plaisir. »

AiM, CQUime je récris^ me parla 6ëatrice; ptûs &lë se wUnttùA tottte pleine de désirs Yets te côté où le monde est plus brillant.

Seti ^encé et le chotlgéÉnent de ses trsdts firent taire iMù ésprtt ayMé^ qui avait déjà dé nouvelles questions à mettre en avant.

Et domnïe là flèche qui frappe le but avaiit que la cof de 8oit en repos, afnlài nou^ Courûmes au second ro^autne *.

Là je via nia baïné si radieùseinetit belle quand elle péttétrift dàùH la lumière de ce del, que la i^atnète en dtsTiik ^itis lumineuse.

fit si Fétoile se changea et rit, que fl»-je, tnol quf^ par dM nature, sùist en tout sens mobile !

Ck)mme dans un vivier dont Teau est tranquille et ptther, Jes poissons accourent vers ce qui vient éi dehofif et qulls croient être leur pâture.

De même je vis bien plus de mille splendeurs accourir ▼ers nous, et Ton entendait chacun s'écrier : « Voilà qui accroîtra nos amours! »

Et pendant que chacune d'elles venait à nous, on voyait rame pleine de liesse au milieu du vif éclat qui scnlail d'eâe.

Pense, ô lecteur, si ce qui commence ici s'arrêtait, (|utflfe Cdfn pleine ^angoisses tu aurais d'en savoir davantage !

Et tu verras, d'après toi-même, combien j'avais désir d'apprendre leur condition de ces splendeurs, dès qu'elles se manifestèrent à mes yeux.

« 0 heureusement nél à qui la grâce donne de voir les trônes du triomphe étemel avant d'avoir quitté la milice des vivants,

* Au ciel de SIereaff«.

» Nous sommes enflammés de la Imnière qoi s'épandpar tout le ciel ; donc^ si tu désires t'éclairer sur notre sort^ rassasie-toi selon ton plaisir. »

Il me fut dit ainsi par un de ces pieux esprits; et par Béatrice : a Dis^ dis en toute confiance^ et crois-les comme des dieux.

— Je Yois bien que tu habites^ comme dans un nid, ton nid dans ta propre lumière, et que tu la transmets par tes yeux, puisqu'elle brille lorsque tu souris;

» Mais j'ignore qui tu es, et pourquoi tu tiens, ô digne âme ! le degré de la sphère qui se voile aux mortels ayec les rayons d*un autre «. »

Ainsi dis-je vers la lumière qui d*abord m'avait parlé, et elle alors devint plus brillante qu'elle n'était.

Gomme le soleil qui se cache lui-même par trop de lumière, quand la chaleur a détruit les vapeurs ama^éesqoi la tempéraient.

Ainsi par une plus grande joie se cache dans son rayon la figure sainte, et ainsi enfermée, enfermée elle me ré* pondit »

Selon que le chante le chant suivant.

CHANT VI

L'Esprit qui avait proposé à Dante de répondre à ses question^, déclare ètrere» pereur Justinien, et raconte ensuite toutes les gloires de l'Aigle romaiiie. — Dans Mercure habitent les Ames qui, par leurs belles actions, ont sa s'élerer i la gloire. — Là brille la lumière de Romée, ministre de Raymond Bëreafat comte de Provence.

(( Après que Constantin eut tourné l'aigle contre le cours du ciel qu'elle avait suivi, derrière l'antique ravisseur de Lavinie ^.

* Les rayons du soleil.

* E cosl chiusa cbiusa ml rispose^ elc«

* C'est-à-dire, après que Constantin eut ramené de Rome à Bvzance l'aigle W naine qui avait suivi Énce d'Orient en Occident au pays de La>inie«

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