LE PAEADIS. CHANT VI
» Pendant cent et cent ans et plus^ Toiseau de Dieu se int à rextrémité de l'Europe, dans le voisinage des mon- Agnes^ d'où il était d'abord sorti.
)» Et^ h Tombre de ses ailes saci*ées^ il y gouverna le monde >assant toujours de main en main; or^ en changeant ainsi^ 1 vînt enGn sur la mienne.
» le fus Césai*, et je suis Justinien, qui par la volonté du |>remier amour, que toujours je ressens^ retranchai des lois ie superflu et l'inutile.
» Avant de m'être appliqué à cet ouvrage, je croyais qu'il l'y avait dans le Christ qu'une nature, et non plus, et je ne contentais d'une telle croyance;
» Mais le bienheureux Agapet, qui fut grand pasteur, me ramena à la vraie foi par ses paroles;
» Je le crus, et tout ce qu'il me disait je le vois clairement ï cette heure; comme tu vois dans toute contradiction une >artie fausse et une partie vraie.
» Aussitôt que je marchai avec l'Eglise, il plut à Dieu de (n'Inspirer par grâce ce grand travail, et je m'y livrai tout sntier.
y» Je conûai les armées à mon Bélisairc, et la droite de Dieu fut si bien avec lui, que ce fut un signe que je devais ne reposer.
v> A présent ma réponse s'applique ici à ta pi'emière question ; mais le siyet me force de la faire suivre encore Je quelques explications,
n Pour que tu voies s'ils ont bien raison ceux qui se lèvent contre le signe saint et sacré, et ceux qui se l'approprient •t ceux qui s'y opposent *.
» Vois quelle haute vertu l'a rendu digne de vénération; \i sa gloire commença au jour où Pallas * mourut pour lui tonner l'empire.
» Tu sais que l'Aigle fit sa demeure dans Albe pendant
' Lrs Giiciros cl ii'ti Gibcliiii.
* Le liU d'K>andre
470 LA DivmE conÉDie.
trois cents ans et pluë^ jusqu'au jour où trds contre trois combattirent pour elle *.
i> Tu sais ce qu'elle fit depuis renlèvement des Sabines ju^u'à la douleur de Lucrèce, sous sept rois, domptant tout autour les nations voisines.
p Tu sais ce qu'elle fit, portée par ces insignes RomainS) contre Brennus^ contre Pyrrhus, contre les autres princes et peuples ligués :
D D'où Torquatus, et Quintius * qui reçut un surnom de sa cheYelure négligée, les Décius et les Fabius, conquirent une renommée que jVune à admirer.
)> Elle terrassa l'orgueil des Arabes, qui, derrière Annibali passèi-ent les roches Alpestres, d'où toi, fleuve du Pô, ta découles.
» Sous elle triomphèrent, jeunes encore, Scipion et Poinpée; et pour t^tté montagne soUâ laquelle tu es nj, ce triothphe parût ataer *.
» Puis, vers ce temps où le del voulut ramener le monde à Tétat serein doht il est lé tâtxlèle, César la in*it pai* la tolètité de Rome.
» Et ce qu'elle fit du Var jusqu'au Rhin, l'Isère et la Sâôné le vii*ent, et la Seine le vit, et toute la vallée dont les eaui gonflent le Rhône.
» Ce qu'elle fit après sa soiiie de Ravenne, et le passage du Rubicon, fut d'un vol si rapide, que la langue et la plume ne la suivraient pas.
» Elle tourna les troupes vers l'Espagne, puis vers Durazzo, et elle frappa Pharsale si rudement, que le Nil brûlant en seul il la douleur.
» Antandre et Simoïs, d'où elle s'était élancée *, elle les revit, et aussi le lieu où repose Hector j puis, pour le malheur de Ptolémée, elle repartit.
» De là elle vint foudroyer Juba; puis elle se retourna
* Combat des Horaces et des Curiaces.
* Quintius CiuciDiialus.
> La iiiontague de Fiésole qui domine Florence, patrie de Dante. Fiésole fat roinôc pur le» li-gious romaines pour avoir donné asile à Catiliua.
* Avec Ûuée.
LE PARADIS. CHANT VI. 4?l
ers votre Occident, où elle entendait le clairon de Pompck».
» Pour ce qu'elle fit avec celui qui la porta ensuite *, irutus et Cassius aboient en enfer * ; Modène et Pérouse en orent dans la douleur.
« Et elle en pleure encore, cette triste Gléopâtre, qui, n iuyant devant l'aigle^ reçut de Taspic une mort subite t atroce.
» Avec celui-ci, l'algie romaine courut jusqu'à la mer Louge ; avec celui-ci elle établit dans le monde une si grande isdx, que le temple de Janus fut fermé.
» Mais ce que ce signe, qui m'excite à parler de lut, avait lit d'abord, et ce qu'ensuite il devait faire dans le royaume lortel qui lui est soumis,
» Devient en apparence cbétif et obscur, si, le voyant dans % main du troisième César, on le considère avec un œil claire et une affection pure.
» Car la vivante justice qui minspire lui accorda, dans i main de celui que je cite, la gloire de venger la divine jlère*.
» Or émerveille-toi ici devant ce que je vais te répéter, vec Titus l'aigle courut ensuite tirer vengeance de la-veneance du péché antique ^.
» Et quand la dent lombarde mordit la sainte Église, Char* îmagne la secourut en remportant la victoire sous les ailes e l'aigle.
» Désormais tu peux juger de oeu£ que j'ai accusés plus laut, et de leurs fautes qui sont la cause de tous vos maux.
» L'un au signe conunun oppose les lis jaunes, l'autre se approprie, ne songeant qu'à son parti, si bien qu*il est ifQcile de savoir lequel est le plus en faute.
» Qu'il» tassant, les Gibeljns, qu'ils fassent leurs menées
' Avec Arguste.
• Se rappeler le dernier chtot de rfn/M*.
* Tibèr«, le tro'tiéine Cëtar, aurait pu Tenger la mort do Cbritt.
« La mort du Cliritt fut la Tengeance que Dieu tira de la fliote d'Adai»! et Tituf la punir let exécuteurs de cette Teogeance. À. br vendetta corse Dolb Yeudetla dei peocato anlicPt
SOUS un autre signe ; car on suit mal celui-ci quand, lui et la justice^ on les sépare !
» Et que ce nouveau Charles * ne l'abatte pas avec ses Guelfes, mais qu'il craigne des serres qui à un iion plus grand ont arraché la crinière !
» Maintes fois les fils ont déjà pleuré pour la faute de leur père; et qu'on ne croie pas que Dieu change ses armes pour les lis.
» Cette petite étoile * est peuplée des bons esprits qui ont été actifs sur la terre, afin d'y être remplacés par l'honneur et la renommée.
» Et lorsque les désirs s'élèvent vers cette étoile tout en déviant ainsi, il faut que les rayons du véritable amour soient aussi moins vifs à s'élever.
)> C'est dans la mesure de nos récompenses et de notre mérite que se ti*ouve une partie de notre joie , parce que nous ne la voyons ni moindi^e ni plus grande.
D Donc la vivante justice adoucit tellement en nous le désir, que jamais il ne se peut tourner vers une méchanceté.
» Des voix différentes font les doux concerts; ainsi les différents degi'és de notre vie rendent une douce harmonie au milieu de ces sphères.
» Dans cette perle luit la luniièro de Romée ', dont Toeuvre grande et belle fut mal récompensée.
» Mais les Provençaux qui furent contre liû n'ont pas eu longtemps sujet de rire ; et de vrai, celui-là chemine mal qui tourne à sa perte les bienfaits d'auirui.
» Raymond Bérenger eut quatre filles, et chacune d'elles fut reine ; et ceci fut fait par Romée, pei*soniie humble et errant pèlerin.
» Et puis des paroles louches excitèrent Raymond à de-
' Ciiarles H, roi de Fouille.
• Mercure.
* Voir dans les chroniques la curieuse bisloirc de ce Roméey qui demaBdenit une noie trop longue*
LE PARADIS. CHANT Yll. 473
mander des comptes à ce juste qui lui rendit sept et cinq pour dix.
» Sur quxA, fl partit pauvre et vieux; et si le monde savait le courage qall eut en mendiant sa vie, morceau à morceau^
» Ce monde, qui le loue beaucoup, le louerait davantage. »
CHANT VIL
L'cnperev JfiHlinieB disparaît avec les antres Esprits. — Alors B^triee rrsMt l«s doBtes que quelques paroles de Temperear araient foit aattre dans la peasëe dfl poète, toachant la rédemption, l'immortalité de l'àme et la résorrection dea
Hosaona sanctos Dens Sabaoth, Superillustrans claritate taà PeUoes ignés horum Malabotb !
Ainsi, en se tournant vers sa sphère, me parut chanter cette substance ^ sur laquelle s'est répandue une double lumière*.
Et elle et les autres reprirent leur danse, et, comme de très-rapides étincelles, se voilèrent à mes regards dans un éloignement soudain.
Je doutais, et je me disais : a Dis-lui, dis-lui donc ! Oh ' disais-je à part moi, dis-lui donc à la Dame que tu aimes et qui apaise ta soif avec la douce rosée de ses lèvres ! n
Mais ce respect qui s'empare de moi tout entier pour B et pour IGE, m'inclinait comme un homme qui s'assoupit '.
Béatrice me laissa peu de temps ainsi, et elle commença
* JttStiuien.
* « Il entend qne la lamiëre on splendenr de Jnstiniea iTestOft anfaMntée de to rooytic pour avoir usé la Terto de diarite à l'endroit de Dante. > 'Cn^^in»)
* Pour Bice, diminniif de Bé^ria.
Ma qnelb reToenxa, che s'indonna tH tntto me, p«r pcr B e p«r KE.
474 Li DIVINE COMMIS.
en rayonnant sur moi d'un sourire le) qu'il rendrait un homme heureux dans le feu :
« Selon que me l'apprend mon jugement infaillible, tu penses en toi-même comment une juste vengeance fut justement punie.
» Mais je débarrasserai vite ton esprit, et toi, écoute, car mes paroles vont te faire présent d'une grande vérité.
» Pour n'avoir pas souffert un frein utile à la faculté qu'on nomme la volonté, l'honmie qui ne naquit pas *, en se damnant^ damna toute sa race.
» D'où il advint qiie l'espèce humaine, infirme, languit là-has durant plusieurs siècles dans une grande erreur, jusqu'à ce qu'il plût au Verbe de Dieu de descendre ;
)> Et la nature, qui s'était éloignée de son créateor, fl l'unit en lui à sa personne par le seul acte de son étemel amour.
» Maintenant dirige ton esprit sur ce raisonnement. Cette nature unie à son créateur, telle qu'elle fut créée, était ancère et bonne :
» Par elle-m^e, elle fut bannie du Paradis, parce qm^da sortit de la voie de vérité et de sa vie *.
» Donc la peine endurée sur la croix, si on la mesure à la nature prise par le crucifié, plus justement que Jamais une autre fit sentir son étreinte
» Et aussi nulle autre ne fut plus Injuste en regardant à la personne qui souffrit, et en qui s'était unie cette nature.
» Partant d'un seul acte soriircnt des choses diverset; car la même mort plut à Dieu et aux Juifs; par elle la terre trembla et le ciel s'ouvrit.
» Désormais cela ne doit plus te paraître au-dessus de ta portée, si l'on te dit qu'une juste cour a puni une juste vengeance '.
» Mais à présent je vois, de pensée en pensée, ton e^ril
■ Adam.
* Ego suin via, Teritas et vita. (JoAir., zit.)
' Che giusta Teodetta poscia vengiata fa da giusU corte.
LE PABADIS. CBAKT VII. 4TS
Serré dans un nosaà dont il attind avec un ^nad et a* ififÀm. le dégage.
» Tu dis : « Je comprends bien ce qae je mais pourquoi Dieu voulut user de ce demption, ceci m'^est caché. »
» Frère^ ce décret est voile poir les homme dont l'esprit n'a poiot gnndi dans la Tamour.
» Et véritaMement, oomme on eumin point et qu'on le comprend bien peu. je te un tel mode fut pris comme le plus digne.
» La divine bontés qui écarte dTdle toute celle en brûlant elle-môme, de sorte qu'elle beautés étemelles.
» Ce qui découle d'elle sans intennédiore n'a pccacéfe in. parce que rien ne change son empreinte qoèJA h donnée.
9 Ce qui découle d'elle sans intermédiaire i libre, comme n'âant pas sujet à rinfluenoe condaires.
» Plus l'être sorti d'elle lui est oonformey pins cet «r» loi plait : car l'ardeur sainte qui rayonne sur Imc« est plus vive dans celle qui lui est plus
» L'humaine nature a sur toute autre FëJUAtz^ de o» dons immédiats; mais si un seul lui manque^ il lia «a déchoir de sa noblesse.
» C'est le péché seul qui lui ôte sa liberté et sa r( blance avec le Souverain Bien, parce qu elle n'en refisse ^ je peu la blanche lumière.
9 £t jamais elle ne retourne à sa dignité nalive, si dk r^e remplit le vide laissé par sa faute, et si par de justes p^^* elle n'expie des plaisirs mau>ais.
» Votre nature, quand elle pécha tout entièf e dam ^ti germe, fut dépouiUëe de ses diguitéb et chassée du Paraiî».
1 Et elle ne pouvait les recouvrer, si tu l'examinta l^n attentivement, par nulle voie, sinon en passant par un de ces deux gués :
» Ou que Dieu, dans sa bontés eût remis le péché, ou que rhomme par lui-même eût radieté sa folie.
» Maintenant plonge tes regards dans l'abîme du conseil étemel, et, autant que tu le peux, tiens-toi attentif à mes paroles.
» L'homme ne pouvait jamais^ dans ses limites naturelles, donner satisfaction, car il ne pouvait pas descendre par soq humble obéissance
» Autant que par sa désobéissance il avait aspiré à s'élever; et pour cette raison, l'homme était dans rincapacité de donner par lui-même satisfaction.
» Donc il fallait que Dieu ramenât Thomme à la vie plénière par ses propres voies; je dis par une de ces voies, oq par toutes les deux.
» Mais comme l'œuvre est d'autant plus chère à l'ouvrier, qu'elle représente mieux la bonté du cœur d*où elle est sortie,
» La divine bouté, qui donne son empreinte au monde, se réjouit de procéder par toutes ses voies pour vous releyer vers elle.
» Entre le premier jour et la dernière nuit, jamais progrès si grand et si magnifique ne s'opéra ou ne pourra s'opérer par l'autre voie.
» Car Dieu fut plus généreux de se donner lui-même pour rendre l'homme capable de se relever, que s'il l'avait seulement renvoyé absous.
» Or, tous les autres moyens étaient insuffisants devant la justice, si le Fils de Dieu ne se fût humilié jusqu'à s'incarner.
)) A présent, pour bien remplir tous tes désirs, je reviens en arrière, et je t'éclaiicirai quelque point, afin que tu y voies comme moi-même.
» Tu dis : « Je vois l'air, je vois le feu, Teau et la terre, et tous leurs mélanges se corrompre et durer peu;
w Et ces choses pourtant ont été des créatures; or, si ce que tu as dit était vrai, elles devraient être à l'abri de U corruption. »
LE PARADIS. CDANT Ylll. 477
» Les anges^ frère> et le pays libre et pur où tu es, peuvent se dire crées, comme ils le sont de fait dans leur être entier;
9 Mais pour les éléments que tu as nommés, et les choses qui en viennent, une puissance créée leur donne seule leur forme.
9 Créée fut la matière dont ils sont faits, créée fut la puissance informante dans ces étoiles qui roulent autour d'eux.
V L'âme de toutes les brutes et des plantes, composée de plusieurs puissances, tire des saintes étoiles Tétincàle et le mouvement ^
» Mais notre vie aspire sans interniédiaiixî la suprême bonté, et s'en énamoure si fort, que toujours elle la désire.
D Et de ceci tu peux conclure encore votre résurrection, si tu réfléchis comment fut créée la chair humaine,
» Alors que les premiers parents furent tous les deux créés. 9
CHANT VIII
Aanle et Béatrice montent daus la sphère de Vpdos (le troisième ciel), •|tti, ptr son bamidilp, disent oocore les vieux commeDlateurs, ditpoke a l'amour. — Cette inflnciice, autrefois mauvaise, est aujoonl'bui tonte pnre et fpînloelle. '— Charles Martel, roi de Hongrie, expose au poëte oomaent d'm p^re vertnem un fils vicieux peut naître.
Le monde croyait jadis, au péril de son âme , que des rayons de la belle Cypris, qui tourne dans Je trob^icme épicycle, émanait le fol amour;
C'est pourquoi les nations antiques, dans leur antique erreur, non-seulemcnt l'honoraient par des sacrifices et des prières votives,
Mais elles honoi-aient Dionée et Cupidr^n, Tune comme
' Selon les scolastiques, l'àme des brate» était produite par U oaUir«| c«llc ém hommes immédiatement par D-.ev.
la mère, Fautre comme le fils, et elles disaient qu'il t'était assis près du sein de Didon ^
Et de celle-là, de qui je tire le début de ce chant, ib tiraient le nom de l'étoile dont le soleil regarde avec plaisir tantôt les cils blonds, tantôt la chevelure flottante sur le dos.
Je ne me sentis pas monter dans cette sphère *, maiB je fus certain que j'y étais en voyant ma Dame devenir plôs belle.
Et comme dans la flamme se remarque Fétincelle, et comme dans la voix la voix se distingue, quand Tune nutient un même son et que l'antre va et vient ;
Ainsi je vis dans cette lumière d'autres lueurs se mouvoir en rond, plus ou moins agiles, selon, je crois, qu'elles reflétaient rétemelle clarté.
D'un froid nuage ne sortirent jamais, visibles ou inTisibles, des vents si rapides, qu'ils n'eussent paru embarrassés et lents
A qui eût vu venir à nous les divines lumières, laissant la ronde commencée dans le haut ciel des Séraphins.
Et derrière celles qui nous apparurent en avant résonnait un Hosanna si mélodieux, que depuis je n'ai jamais été sans un désir de l'entendre.
Alors ime d'elles descendit plus près de nous, et seule commença : a Nous sommes toutes prêtes à faire ton plaisir, afin que tu te réjouisses en nous.
» Nous tournons ici dans le même cercle, avec le même mouvement circulaire et avec la même soif que les princes célestes, auxquels tu as déjà dit dans le monde :
» Vous qui par votre intelligence faites mouvoir le troisièm ciel^; » et nous sommes si pleines d'amour, que, pour te plaire, un moment de repos ne nous sera pas moins doux. »
Après que mes yeux se furent portés avec respect sur ma
• Enéide f 1. 1.
» La pianote de Vénus.
• Commencement de la première cantone du Convivio amoroêo do Daut«.
LC I^ARADIS. CBA^r THU 479
Daine ^ et qu'elle les eut rendus^ par sa vue^ contents et assurés^
Je les retournai vers la lumière qui s'était si amoureusement offerte à moi; et ces mots : « Dis! qui es-tu? » furent ma réponse empreinte d'une grande affection.
Oh ! combien je la vis devenir plus brillante par l'allégresse nouvelle dont s'accrut son allégresse, quand je lui parlai!
Devenue ainsi, elle me dit : u Le monde ne m'eut là-bas qile peu dé temps; et si j'y étais plus longtemps restée^ beaucoup de maux seront qui n'auraient pas été*.
v Je ëuls ciachée à tes yeux par ma joie qui rayonne tout à Tentour et me couvre, comme l'animal enveloppé de sa
soie.
n Tu m'as bien aimée, et tu avais une bonne raison pour ^1a; car, si j'étais resté là-bas plus longtemps, je faurair montré de mon amour autre chose que les feuilles.
s» Cette rive gauche, baignée par le Rhône, après qu'il 8^t mêlé à la Sorgue, m'attendait, le temps venu, pour 8(m seigneur;
ift Et aussi cette pointe de l'Ausonie, où s'élèvent Bari, 6aête et Gatona, et d'où le Tronto et le Yerde se dégorgent dans la mer.
Vi Déjà brillait sur mon front la couronne de cette terre que le Danube arrose*, lorsqu'il abandonne les rives tu«* desques.
V La belle Trinacrie* qui s'obscurcit entre Pachino et Peloro, sur le golfe que l'Ëurus tourmente avec le (dus de violence,
' 1» ICon à cause de Typbée ^, mais du soutre qui s'exhale de son sol, la belle Trinacrie aurait encore attendu ses rois, nés par moi de Charles et de Rodolphe,
» Si le mauvais gouvernement, qui toujours ^courage à
* Cette àmc esl Charles Muriel, roi de Iloni,a-ic, que Dante connut à Florence.
* La Hongrie.
* La Sicile.
* Un des Titans écrasés sous TEtua.
480 Li DIt«& 0O1IÉMR.
la révolte les peuples soumis^ n'avait excité Patenne à crier: Meurs! meurs M
» Et si mon frère savait prévoir ^ il fuirait déjà ravariee cupide de ses ministres catalans, pour n'avoir pas à en souffrir.
» En vérité, il doit aviser, ou pat lui-m6iiie^ ou par autrui, à ce que sa barque ne soit pas chargée au delà de la chai'ge qu'elle supporte.
» Sa nature, devenue avare de libérale, aurait besoiade ferviteurs occupés à d'autres soins que de mettre de l'argent dans leurs coffres \
^~ Gomme je pense, dis-je alors, que la joie profonde que tes paroles versent en mon âme, ô mon seigneur! tu larâ ainsi que je la vois moi-même
» En celui-là où toute joie commence et finit, cette joie m'est d'autant plus chère ; et ceci ne m'est pas moins cher de crrâre qu'en contemplant Dieu tu vois ma félicité.
» Tu m'as rendu joyeux; donc édaire-moi, puisque, M «n parlant, tu m'as amené à douter conmient éuDt semence douce peut sorth* un fruit amer. »
Ainsi moi à lui, alors lui à moi : a Si je puis te montrer une vérité, tu tourneras les yeux vers ce que tu demandes, comme à présent tu lui tournes le dos.
» Le bien, qui met en mouvement et en joie le royaume que tu gravis, fait de sa providence la force motrice de ces grands corps ;
)) Et non-seulement toutes les natures sont abritées au sein de sa pensée, qui est la perfection, mais elles y trouvent toutes à la fois leur salut ;
» Car tout ce que cet arc décoche tombe droit à une fin prévue, de même que la flèche dirigée vers son but.
» Si cela n'était pas, le ciel où tu chemines produirait non des effets vivants, mais des ruines.
)) Et cela ne peut être, si les intelligences qui meiivenl
» I,<*s Vêpres siciliennes.
' Robert, frère de Charles N;irlil de IfoDgrie, étail filii de Charles U.
LE PAIADIS. CHANT Vlll. 481
étoiles ne sont pas dëfectucuses^ œmme serait défcctneux le premier esprit qui ne les eût pas crëëes parfaites.
» Veux-tu que cette vérité te devienne encore plus claire? » Et moi : « Non ! car je juge impossible que la nature manque dans ce qui est nécessaire. »
Et Tâme, derechef: « Çà, dis-moi : serait-ce sur terre une pire existence pour l'homme s'il ne vivait pas en société? — Oui, répondis-je, et ici je n'en demande pas la raison.
— Et cela peut-il être , si là-bas l'homme ne vit pas di- Tersement en diverses professions? Non, si votre maître a dit vrai dans ce qu'il a écrit. »
L'âme, en poursuivant ses déductions, arriva à ceci; puis elle conclut : « Donc vos effets divers doivent avoir des causes diverses :
» Cest pourquoi l'un naît Selon, et l'autre Xerxèf , rtntre Mékhisédech, et l'autre celui qui perdit son fils, comme mm fils volait dans l'air.
)» La nature des cercles célestes, qui donne son emjxreinte à la cire mortelle, fait bien son travail, mais ne distingue pas où elle l'applique.
» De là il advient qu'en sortant de sa mère Ésaû se sépare de Jacob, et que Quirinus naît d'un père si vil, qu'on le &it remonter à' Mars K
La nature engendrée serait toujours conforme à la nature qui engendre*, si la providence divine n'était pas la plus forte.
D Ton esprit tient maintenant ce qui le fuyait; mais, afin que tu saches que je me complais à l'instruire, je veux t'ar- Duer encore de ce corollaire :
» Toujours la nature est stérile si la fortune lui est ennemie, comme toute autre semence répandue hors du sol qui lui convient.
» Et si le monde s'appuyait là-bas sur les fondements
■ Bomulus, eu de Bhôa Sylvia et du dieu ATar«. • La nalHre du fils serait conforme à celle du père.
482 LA DivifiE coirtmB.
que pose la nature^ il aurait certainetnent des habitant! meilleurs
T) Mais vous tourner à la religion tel qui ëiait né pour ceindre l'épée, et vous faites roi tel qui devait être prédicateur :
» Cest ainsi que vos pas sont hors de la vraie route. »
CHANT IX
le. pocle trouve encore dans la planète de Vénat Canitia, sœur d'Enelin da Rofflano, laquelle lai prédii les malheurs rëservés à la Marche de TréTise. —H conversé ctasnite arec le troubadour Foulqoes de Marseille.
Après que ton père Charles, belle Clémence*, eut éclaird mes doutes, il me raconta les trahisons que devait essuyer sarace^
Mais il dit : « Tais-toi, et laisse tourner les années; donc Je ne puis rien dii-e, sinon que de justes regrets suivront tous vos malheurs. »
Et déjà la vivante et sainte lumière* s'était tournée vers le soleil qui la remplit, comme vers le bien qui sufGtà toute chose.
0 âmes abusées, folles et impies, qui détournez vos pensées d'un tel bien en les dir^eant vers les vanités !
Et voilà qu'une autre de ces splendeurs descendit vers moi, et elle montrait, par les clartés dont elle s'entourait, son envie de me plaire.
Les youx de Béatrice, qui s'étaient fixés sur moi comme auparavant, m'assurèrent du doux assentiment donné par elle à mon désir.
a Ohl satisfais aussitôt ma volonté, esprit bienheureux, lui dis-je, et donne-moi la preuve que tout ce que je pense se peut réfléchir en toi. »
* Fille de Charles Matiei, loi (U: Hongrie, ot opousc de Louis le Ilntiu, roi J> France.
* <:iiark>8 Marlel.