‹ Œuvres de Dante Alighieri: La divine comédieChapitre 45 sur 69 · LE PARADIS. CHAI9T IX · texte numérisé non relu

LE PARADIS. CHAI9T IX

Alors la lumière qui était encore nouvelle pour moi, de la profondeur où elle chantait auparavant^ se prit à me dire, comme quelqu'un qui se réjouit de bien faire :

» Dans cette partie* de la terre dépravée dlialie, qui est située entre Rialto et les sources de la Brenta et de la Piava,

» S'élève une colline (laquelle pourtant ne monte pas bien haut) d'où jadis descendit une petite flanmie qui, dans toute la contrée, causa un grand désastre.

» Elle et moi nous sortîmes du même lieu ; je fus appelée Cunizza', et je brille ici, parce que la lumière de cette étoile m'a vaincue*.

» Mais, joyeuse et sans regrets, je suis indulgente en moi-même pour la cause de mon sort : ce qui semblera peut-être surprenant à votre vulgaire.

» Ce joyau lumineux et rare* de notre ciel, qui est le plus proche de moi, laissa sur terre une grande renommée, et, avant que sa gloire meure, à ce siècle s'ajouteront dnq autres siècles.

» Vois si l'homme doit se rendre excellent, afin que sa première vie en laisse su^» terre une seconde !

» Ce n'est pas ce que pense maintenant cette tourbe qu'enferment le Tagliamento et TAdige, et pour être battue elle ne se repent pas encore.

» Mais bientôt il ad\iendra que Padoue et ses habitants, rebelles à leur devoir, changeront l'eau du marais qui baigne Vicence*;

v> Et là où le Sile et le Cagnano se joignent, un tel domine et va la tête haute, quand déjà pour le prendre se fabrique le filet.

» Feltre pleurera encore le parjure de son pasteur impie,

• Venue.

* Cunizsa était sœur d'Ezzelin da Bomano, tyran de Padoue.

. ' c Bt ici je rtloff , parce qne mlia vaiocue la Ivani^ de eetta étoile de Véius, riufluence de laquelle nous rend amoureuses. » (Grangier.)

* Foulques de Marseille.

• AUosion à la Tfctoire remportée, le if septembre de rannée 13U, par Can Grande délia Scala sur Jacqaet da Carrare, seigneur de Padoue.

parjure si affreux^ que jamais pour un pareil on n'est entré à Malta*.

» Trop large serait la cuve qui recevrait le sang ferrarais^ et trop fatigué celui qui pèserait once à once lé sang

» Que donnera ce prêtre courtois * pour se montrer d^ voué à son parti; et de tels dons seront bien conformes aux mœurs d'un tel pays.

» Là-haut sont des miroirs^ que vous appelez Trônes, par lesquels se réfléchissent sur nous les jugements de Dieu ; ainsi nos propres paroles nous paraissent vraies et bonnes. »

Ici rame se tut , et il me sembla qu'elle s'était tournée vers quelque autre penser dans la sphère, où elle se plaça telle qu'elle était auparavant.

L'autre joie ou lumière, qui m'était déjà connue, se montra à mes yeux resplendissante comme un un rubis sur lequel tombe le soleil.

Là-haut une vive splendeur naît de la joie, comme ches nous le rire; mais, là-bas, l'ombre s'obscurcit selon que l'âme est triste.

» Dieu voit tout, m'écriai-je, et ta vue le pénètre, ô Henheureux esprit ! de sorte que nulle volonté enfermée en lui pour toi ne peut être cachée;

» Donc pourquoi ta voix^, qui récrée toujours le ciel avec le chant de ces flammes pieuses qui se font un capuce de leurs six ailes,

» Ne satisfait-elle pas mes désirs? Je n'attendrais pas ta demande, si je voyais en toi comme tu vois en moi-même. »

L'âme répliqua par ces paroles : « La plus grande vallée daus laquelle se répand Teau sortie de cette mer qui environne la terre,

» Se prolonge tant contre le soleil entre des rivages opposés, qu'elle met le méridien là où auparavant était l'horizon.

» Je fus un des riverains de cette vallée, entre FÉbre et

' Tour près du lac BoUena, ancienne prison des papes. ' Alexandre, évèque de Plaisance, qai livra des réfuj^iës ferrarais aa goavc ■ear de la Pouillc.

Il parle à Foulques, de Marseille, cuiobrc poël«- provcuçal et êvéqac.

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