‹ Œuvres de Dante Alighieri: La divine comédieChapitre 46 sur 69 · LE PARADIS. CHANT IX · texte numérisé non relu

LE PARADIS. CHANT IX

le fleuve Macra qvà, par un cours de peu d'étendue^ sépare Gènes de la Toscane.

» A la même distance quasi de TOrient et de FOccident, sont situées Bougie et la terre où je suis né; terre qui jadis a échauffé de son sang les vagues de son port^.

» Foulques m'appela cette nation qui connut bien mon nom ; et ce ciel est éclairé par moi comme je le fus par lui :

» Car cette ûile de Bélus*^ qui oublia Sichée et fit oublier Creuse, ne brûla point de plus de feux que moi^ tant que l'âge me le permit;

» Ni cette Rhodopée, qui fut abusée par Démophon^ ni Alcide, quand il eut lole enfermée dans son cœur.

» Ici pourtant on est sans repentir; mais on s'y réjouit, non de ses fautes qui ne reviennent pas à la mémoire, mais de la Tertu souveraine qui ordonne et prévoit.

x> Ici on admire cet art qui produit de si beaux et de si grands effets, et Ton découvre le bien par lequel le monde d'en haut agit sur le monde d'en bas^

» Mais afin que tu emportes, dégagées de toute incertitude, les pensées qui sont nées dans cette sphère, il faut que je poursuive encore plus loin mes instructions.

y> Tu veux savoir qui est dans cette lumière qui scintille ainsi près de moi, comme un rayon de soleil dans une eau pure.

Or sache que là, dans cette âme si paisible, est l'âme de Rahab; réunie à notre ordre, elle y brille au premier rang.

» Elle fit son assomption dans ce ciel, où finit Fombre produite par votre monde, avant toute autre âme délivrée par le triomphe du Christ.

» Il était juste qu'il la laissât dans quelque sphère, comme une palme de la haute victoire qu*il remporta avec ses deux mains clouées sur la croix ;

v Car cette femme favorisa les premiers exploits de

* Marseille, qui fut assiégée par César. — En face do Marseille est Bougie, sur la o6te d'Afrique.

* PidoD.

486 Ut DIVINE COMI^K.

Josuë sur la terre sainte^ qui touche si pea la mémoire du pape.

» Ta cité S rejeton de celui qui le premier tourna le dos à son créateur^ et dont Ternie ûit une source de tant de larmes^

D Ta cité produit et r^[>and une fleur maudite* qui a fait dévier les brebis et les agneaux^ car elle a fait un loup du pasteur.

» C'est pour elle que FEvangile et les grands docteurs sont délaissés^ et qu'on étudie seulemadt les décrétales^ comme il parait ti*op à leurs marges.

» A cela s'occupent le pape et les cardinaux; et leurs pensées ne vont plus à Nazareth, là où Gabriel ouTiit ses ailes;

» Mais le Vatican et les autres parties saintes de Rome qui furent le cimetière de cette milice dont Pierre était le chef,

» Bientôt seront délivrés de Fadultère'. »

CHANT X

Exposition de l'ordre dans lequel Dieu créa l'univers. — Béatrice (c'est-inliK b Théologie], toujours plus lumineuse plus clic s'élève, emporte Dante au (putrièmc ciel ou dans le Soleil. — Ames qui forment une couronne éi tooneoi en cliantant. — Une de ces jLmes est saint Tbomas d'Aqnin.

En regardant en son Fils avec Tamour qoe l'un et l'autre exhalent éternellement^ la première et iueflaUe Puissance

Fit avec un si grand ordre tout ce que notre intelligence et nos yeux aperçoivent, que nul ne peut admirer Toeuvre du Créateur sans goûter de sa vertu.

' Florence.

' Les florins d'or, monnaie toscane.

' « Il semble prédire la mort de Buniface, et il nomme ce mëchaM pape xM* tère, parce qu'il corrompoit la vrayc épouse de Dieu qui est l'Église. > (Graigier.)

LE PABADIS. CBAMT %. . 487

Lève donc, lecteur, lève avec moi tes regards vei-s les hautes sphères, de ce côté où un mouvement vient choquer UD mouvement contraire;

Et là, mets-toi à contempler Tart de ce maître qui Taime tant en lui-même que jamais il n'en détourne les yeux.

Vois comme de ià se détache le cercle oblique ^ portant les planètes pour satisfaire au monde qui les appede.

Si leur route n'était pas oblique, plus d'une influence dans le ciel serait vaine, et là-bas presque toute puissance serait morte.

£t si elle s'éloignait plus ou moins de la ligne droite, il s'ensuivrait, et en haut et en bas, une intermption dans • l'ordre du monde.

A présent, lecteur, reste sur ton banc, en revenant sur les choses dont se donne ici l'avaiit'^goût, si, avant de te lasseï', tu veux t'emplir de joie.

J'ai mis devant toi la nourriUire, désormais c'est à toi« même de la prenare ; car elle rëclmne poiu* éUe tous mes floins, cette matière dont je me suis fait l'écrivain.

Le plus grand ministre de la nature ^, qui imprime au ^onde la vertu du ciel et mesure le temps avec sa lumière.

Tournait avec ce ^gne céleste que \'ai décrit ci-dessus, juste au point où les heures se présentent plus tôt;

fit j'étais avec lui % mais je ne m'aperçus pas plus d'y être monté, qu'un homme n'aperçoit une pensée avant sa venue.

Et Béatrice, cette femme qu'on voit passer du bien au mieux si subitement, que son progrès n'a pas de mesure dans le temps,

Eâle, é brillante par elle-même, oh! ce qu'elle devint ^httts le soleil où j'entrai, ce qu'elle devint, non par l'eiTet d'une couleur, mais par une plus vive lumière.

Jamais on ne pourrait se l'iniaginer, quand même, pour le dire, j'appellerais l'esprit, Tait et toutes ses res-

' Le zodiaque.

* Le soleil.

' J'étais entre daus le soleil.

488 LA DltUIE COMEDIE.

sources; mais on me peut croire et on doit désirer de la voir.

Et si DOS imaginations n'arrivent pas à tant de hauteur, ce n*est point merveille^ puisque jamais regard n'alla au delà du soleil.

Telle était la quatrième famille du Père suprême^ famille qu'il rassasie sans faim en leur montrant comment de loi procèdent et l'Esprit et le Fils.,

Et Béatrice s'écria : « Rends grâces, rends grâces au sokfl des anges qui par sa grâce t'a élevé à cet astre visible. »

Jamais le cœur d'un mortel ne fut si vite disposé à la dé* votion et à se rendre pleinement à Dieu,

Que moi je le fus à ces paroles; et tout mon amour s^e» alla si bien vers lui, que Béatrice s'éclipsa dans l'oublL

Ceci ne parut pas loi déplaire, mais elle en sourit; ^k splendeur de ses yeux souriants divisa sur plusieurs objeto ma pensée absorbée en mi seul.

Je vis plusieurs lumières vives et triomphantes faire de nous un centre, et d'elles une couronne; elles étaient plus douces par leur voix que brillantes par leur figure.

Ainsi nous voyons parfois la fille de Latone * environnée, (luarid l'air est si imprégné de vapeurs qu'il maintient le cercle dont est formée sa couronne.

Dans la cour du ciel d'où je reviens, se trouvent plusieurs joyaux, et si rares et si beaux, qu'on ne les peut tirer de ce royaume.

et

Et le chant de ces lumières était un de ces joyaux : que celui qui ne peut pas prendre des ailes pour voler là-haut en attende donc des nouvelles d'un muet.

Loj'squ'en chantant ainsi ces ardents soleils eurent tourné autour de nous trois fois, comme les étoiles des pôles toujours fixes,

Elles me panu-ent pareilles à ces femmes qui ne sortent pas de la danse, mais qui s'arrêtent en silence, écoutant jusqu'à ce qu'elles aient bien entendu les notes nouvelles.

' La luoc.

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