‹ Œuvres de Delille (volume 4)Chapitre 20 sur 114 · V. 729 L'ENEIDi:, IJVP. K IV · texte numérisé non relu

V. 729 L'ENEIDi:, IJVP. K IV

Son art endort aussi les chagrins amoureux , Ou d'un ardent amour ranime tous les feux. Sous ses pieds lu verras s'ébranler les campagnes , Les pins déracinés descendre des montagnes , L'onde arrêter son cours , l'Olympe ses flambeaux , Et les mânes sortir de la nuit des tombeaux. J'en atteste le ciel , chère sœur, et toi-même , Malgré moi j'ai recours à son pouvoir suprême. Toi , si tu plains les maux de ce cœur agité , Dans un lieu découvert , mais des yeux écarté , Que par tes soins secrets un bûcher se prépare ; Qu'on y place le fer qu'a laissé le barbare , Et toute sa dépouille , et ce lit conjugal , De ma ruine, hélas î le complice fatal. Pour chasser de mon cœur un amour trop funeste , Il nous faut de l'ingrat détruire ce qui reste. »

Elle dit , et pâlit. Mais cependant sa sœur Ne peut de son projet soupçonner la fureur : Elle n'augure pas de sa douleur cachée Un désespoir plus grand qu'à la mort de Sichée , Et dresse innocemment le funèbre appareil.

Dans un lieu retiré, mais ouvert au soîeiî , Des rameaux du sapin, des longs éclats du ciièiu , On forme le bûcher ; il s'élève ; et la reine Du sacrifice affreux fait les tristes apprêts , Suspend en noirs festons la feuille du cyprès ; Elle place au sommet la dépouille d'Énée , Et ce lit nuptial qu'a maudit l'hyménée , Et le fer du parjure, et son image, hélas! Instrumens et témoins du plus cruel trépas. Les autels sont dressés ; la prêtresse terrible Court, les cheveux épars , lance un regard horrible. 3. ' 4

60 /ENEIDOS LIBER IV. ^-Si'.

Sparscrat et laticea simulalos fonds Averni.

Falcibus et messae ad lunam quaerimtur ahetiis

Pubentes herbœ , nigri cum lacté veneni :

Quaeritur et nascentls equi de fronte revulsus ,

Et matri prœreptus , amor.

Ipsa , mola manibusque piis , altaria juxta ,

Unum exuta pedem Vinclis , in veste recincta ,

Testatur moritura deos , et conscia fati

Sidéra ; tum , si qiiod non œquo fœdere amantes

CursB numen habet , jiistumque memorque precatur.

Nox erat , et placiduni carpebarit fessa soporem ^* Corpora per terras , silvaeque et sœva quierant .ïlquora : quum medio volvuntur sidéra lapsu ; Quum tacet omnis ager ; pecudes, pictseque volucres , QuEeque lacuslate liquidos, qiiœque aspera dumis Rura tenent , somno positae sub nocte silenti , Lenibant curas , et corda oblita laborum. At non infelix animi Phœnissa ; neque unquam Solvitur in somnos, oculisve aut pectore noctem ^^ Accipit : ingeminant curée , rursusque resurgens Ssevit amor, magnoque irarum fluctuât aestu. Sic adeo ir.sistit, secumque ita corde volulat :

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