V. 883. L'ENÉIDE, LIVKE IV
Retentissent au loin de clameurs lamentables. La Renommée accroît ces bruits épouvantables ; La terreur, à sa voix , vole de toutes parts : On dirait qu'une armée a brisé leurs remparts , Et livre au fer tranchant , aux dévorantes flammes , Les temples, les palais, les enfaiis et les femmes. Sa sœur tremblante accourt à ce tumulte affreux ; Et, meurtrissant son sein , arrachant ses cheveux , Vers la reine expirante elle vole et l'appelle : « Didon , il est donc vrai , tu me trompais , cruelle ! Quoi! ce bûcher fatal , ces autels et ces feux N'étaient donc de ta mort que les apprêts pompeux ? Elise en tous les temps partagea ta fortune ; D'où vient que cette mort ne nous est pas commune ? Par d'aussi durs mépris peux-tu payer ma foi? Didon, j'aurais du moins expiré près de toi! Oui , la même douleur aurait , à la même heure , Précipité nos jours dans la sombre demeure ! Ma main a donc dressé ce bûcher odieux ! Ma voix pour ton trépas invoquait donc les dieux ! Et, par un piège affreux, ta cruelle prudence Pour assurer ta mort s'assurait mon absence ! Oui, Didon, tu perds tout par ce noir attentat , Et toi-même , et ta sœur, et la ville , et l'état. Courez , secondez-moi : de l'onde la plus pure Que j'étanche son sang et lave sa blessure ; Et sur sa bouche encor s'il erre un vain soupir, Que ma bouche du moins puisse le recueillir ! » Vers le bûcher funèbre à ces mots élancée , Et serrant dans ses bras sa sœur presque glacée , Elle arrête son sang , la réchauffe. A ses cris , Didon rouvre en mourant ses yeux appesantis;
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nia , graves oculos conata attollere , rursus ''^ Déficit : infixum stridit sub pectore vulnus. Ter scse attollens cubitoque adnixa levavit, Ter rcvokita toro est ; oculisque errantibus alto Qnaîsivit cœlo lucem, ingemuitque reperta.
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Tum Juno omnipotens, longum miserata dolorcm Difficilesque obitus, Irim demisit Olympo , Quse luctantem animam nexosque resolveret artus. Nam, quia nec fato , mérita nec morte, peribat , Sed misera ante diem , subitoque accensa furore , Nondum illi flavum Proserpina vertice crinem Abstulerat, Stygioque caput damnaverat Orco. Ergo Iris, croceis per cœlum roscida permis'^'*. Mille trahens varies adverso sole colores , Devolat, et supra caput adstitit : « Hune ego Diti Sacrum jussa fero , teque isto corpore solvo. » Sic ait , et dextra crinem secat : omnis et una Dilapgus calor, atque in ventos vita recessit.
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Sa force l'abandonne ; au fond de sa blessure , Son sang en bouillonnant forme un triste murmure. Trois fois , avec effort , sur un bras se dressant , Trois fois elle retombe, et d'un œil languissant, Levant un long regard vers le céleste empire, Cherche un dernier rayon, le rencontre , et soupire.
Alors Junon , plaignant son pénible trépas , Et de sa longue mort les douloureux combats , Pour arracher son âme à sa prison mortelle , Fait descendre des cieux sa courrière fidèle ; Car l'affreux désespoir ayant , avec le temps , Par une mort précoce abrégé ses instans , N'ayant point mérité son trépas par un crime , La déesse qui règne au ténébreux abîme Ne l'avait point encor dévouée à la mort , Ni coupé le cheveu d'où dépendait son sort. Sur son aile brillante , au soleil exposée , Peinte de cent couleurs , humide de rosée , Iris descend des cieux , s'arrête sur Didon : « Je coupe le cheveu réservé pour Pluton , C'en est fait; de tes jours ainsi finit la trame. Des chaînes de ton corps je dégage ton âme , » Lui dit-elle. A ces mots, sa secourable main Tranche avec le cheveu son malheureux destin. Proserpine l'attend sur la rive infernale ; Sa chaleur s'évapore , et son âme s'exhale.
SUR VIRGILE