V. 57.. L'ENElDi:, LIVRE V
L'arme que vous voyez , si vaste , si pesante ,
De votre frère Erys chargea la main vaillante ,
Et des crânes rompus et des os fracassés
Les vestiges sanglans y sont encor tracés.
Avec elle il lutta contre le grand Alcide ;
Par elle j'illustrai ma jeunesse intrépide,
Avant qu'un trop long âge eût blanchi mes cheveux ,
Et que le temps jaloux domptât ces bras nerveux.
Mais si ce fier Troyen craint ce terrible ceste ,
Si c'est le vœu d'Enée et le désir d'Aceste ,
De cette arme à Darès je fais grâce en ce jour :
A son ceste troyen qu'il renonce à son tour.
Marchons ; portons tous deux dans ces luttes rivales
Et des dangers égaux, et des armes égales. »
Alors , montrant tout nus et tout prêts aux combats Son corps , ses larges reins , ses redoutables bras , Et sa vaste poitrine , où ressort chaque veine , Seul il avance , et seul semble remplir l'arène. Puis le héros troyen prend deux cestes égaux ; Lui-même il les enlace aux bras des deux rivaux Prêts à lutter d'ardeur, de courage et d'adresse. Sur ses pieds à l'instant l'un et l'autre se dresse ; Tous deux , les bras levés , d'un air audacieux , Se provoquent du geste , et s'attaquent des yeux. Soudain commence entre eux la lutte meurtrière. Leur tête loin des coups se rejette en arrière : L'un , jeune , ardent , léger, frappe et pare à la fois ; Entelle , plus pesant , se défend par son poids ; Mais ses genoux tremblans le portent avec peine ; Son vieux flanc est battu de sa pénible haleine. Mille coups , à la fois hâtés ou suspendus , Sont reçus ou portés , détournés ou perdus.