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Flots groiidans, bords affreux , rocs inliospitalicrs , Que n'as-tu pas souffert durant sept ans entiers? Traînés de mers en mers , de naufrage en naufrage , Du repos fugitif nous poursuivons l'image. Pourquoi tant de travaux? pourquoi tant de dangers? Ces rivages pour nous ne sont pas étrangers : Ici régnait Eryx , frère du fils d'Anchise : Ici commande Aceste ; à sa noble franchise Que ne confions-nous les malheureux Troyens , Si long-temps vagabonds , une fois citoyens ? O terre où je suis née ! 6 malheureux Pergame ! O mes dieux, vainement échappés de la flamme ! Ne pourrai-je de vous revoir au moins le nom , Retrouver quelque lieu qu'on appelle Ilion ? Quand verrai-je d'Hector la cité renaissante , L'aimable Simoïs, les bords heureux du Xanthe? Cassandre cette nuit s'est montrée à mes yeux ; Croyons-en une fois l'interprète des dieux : — « Depuis assez long-temps le destin vous exile ; Voici votre Ilion, et voici votre asile , M'a-t-elle dit : brûlez ces poupes et ces mâts Qui promènent vos maux de climats en climats... » Alors j'ai vu sa main remettre dans la mienne La torche destinée à la flotte troyenne. Le temps presse ; courons , secondez mes transports. Vous voyez quatre autels élevés sur ces bords ; La flamme y fume encore en l'honneur de Neptune : Recevez ces flambeaux des mains de la Fortune. »
Elle dit, et, d'un bras par la rage animé, Saisit, agite et lance un brandon enflammé; Il vole : la terreur remplit toutes les âmes. Pyrgo, la plus âgée entre toutes ces femmes,
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Iliaduin. Hic una e nuiltis, (pune maxima natu ,
Pyrgo , tôt Priami natoruni regia nutrix :
« Non Beroe vobis , non hœc Rliœteia , maires ,
Est Dorycli conjux : divini signa decoris
Â.rdentesque notate oculos; qui spiritus illi ,
Qui vultus, vocisve sonus, vel gressus eunti.
Ipsa egomet dudum Beroen digressa reliqui
yEgram , indignantem tali quod sola careret
Munere , nec meriXos Anchisœ inferret honores. »
Haîc effata.
At matres , primo ancipites , oculisque malignis A.mbiguae , spectare rates , miserum inter amorem Praesentis terrae , fatisque vocantia régna ; Quum dea se paribus per cœlum sustulit alis , Ingentemque fuga secuit sub nubibus arcum. Tum vero attonitae monstris , actseque furore , Conclaniant . i apiuntque focis penetralibus ignem : Pars spoliant aras , frondem ac virgulta facesque Conjiciunt : furit immissis vulcanus habenis Transtra per, et remos , et pictas abiete puppes.
Nuntius Anchisse ad tumulum cuneosque theatri Incensas perfert naves Eumelus ; et ipsi Respiciunt atrani in nimbo volitare favillam. Primas et Ascanius , cursus ut laetus équestres Ducebat, sic acer equo turbata petivit Castra ; nec exanimes possunt retinere magistri.
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Qui nourrit tant de fils tlu plus puissant des rois : « Non, ce n'est pas ici Béroé que je vois, Dit-elle , croyez-m'en. Tantôt je l'ai trouvée Lant;uissante, et pleurant d'être seule privée Du plaisir de mêler à ces tristes honneurs Le tribut de ses dons, l'hommage de ses pleurs. Voyez, sont-ce bien là les traits d'une mortelle? Observez ces regards où la flamme étincelle , Cette marche, ce port, et cet éclat divin. »
Elle dit; et, d'un œil et d'un cœur incertain , Sur les vaisseaux , objets de crainte et d'espérance , Long-temps leurs sombres yeux s'arrêtent en silence. Faut-il quitter la plage objet de tant de vœux".' Ou faut-il renoncer aux promesses des dieux? Elles doutaient encor, quand l'agile courrière S'envole, et trace en arc un sillon de lumière. Ce prodige frappant étonne les regards : Les acclamations partent de toutes parts; Et leurs mains, saisissant le feu du sacrifice Qui dut rendre à leurs vœux le dieu des mers propice , Ont dépouillé l'autel de feuilles, de rameaviv. Le feu part, vole , tombe , et court sur les vaisseaux : Et la poupe et la proue , et les mâts et les rames , Du rapide incendie alimentent les flammes.
Soudain Eumèle accourt ; et son récit affreux Près du tombeau d'Ancliise a suspendu les jeux. On regarde ; déjà, s'élançant de sa proie , En tourbillons funians la flamme se déploie. Ascagne , au lieu fatal ac(;ourant le premier, Vole, et pousse en avant son superbe coursier; Hien ne peut l'arrêter, ni les jeux , ni leurs charmes , Ni ses parens troublés, ni ses maîtres en larmes :
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a Quis luror iste novus? quo nuric, quo tenditis , inquii ,
Heu ! miserae cives? non hostem , inimicaque castra
Argivum, vestras spes uritis. En ego vester
Ascanius. » Galeam ante pedes projecit inanem ,
Qua ludo indutus belli simulacra ciebat.
Accélérât simul .^Lneas, simul agmina ïeucrum.
Ast illae diversa metu per littora passim
Diffugiunt ; sil vasque , et sicubi concava furtim
Saxa , petunt ; piget incepti, lucisque ; suosque
Mutatae agnoscunt ; excussaque pectore Juno est.
Sed non idcirco flammée atque incendia vires
Indomitas posuere : udo sub robore vivit
Stuppa vomens tardum fumum ; lentusque carinas
Est vapor, et toto descendit corpore pestis;
Nec vires lieroum infusaque flumina prosunt.
Tum pius iEueas humeris abscindere vestem '^,
Auxilioque vocare deos , et tendere palmas :
« Jupiter omnipotens , si nondum exosus ad unum
Trojanos , si quid pietas antiqua labores
Respicit bumanos ; da flammam evadere classi
Nunc , pater, et tenues Teucrum res eripe leto ;
Yel tu , quod superest , infeslo fulmine morti ,
Si mereor, demitte , tuaque bic obrue dextra. »
Vix bœc ediderat , quum effusis imbribus atra
Tempestas sine more furit , tonitruque tremiscunt
Ardua terrarum , et canipi ; ruit aetbere toto
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« Arrêtez ! arrêtez ! leur dit-il. Ces vaisseaux
Ne sont pas ceux qu'Hector poursuivait sur les eaux ;
C'est votre flotte, hélas! c'est votre espoir qu'on brûle.
Iule est devant vous, reconnaissez Iule. »
Il dit, et jette au loin le casque radieux
Qui , dans ces jeux guerriers, couvrait ses beaux cheveux.
Enée accourt lui-même, et les Troyens le suivent.
Mais ces cœurs égarés, que leurs forfaits poursuivent ,
A peine du héros ont reconnu les traits ,
Dans les bois , les rochers , les lieux les plus secrets ,
Vont cacher, vont pleurer leur délire funeste :
Junon sort de leur cœur, le remords seul y reste.
Mais le feu destructeur n'est pas encor dompté ;
Ni les eaux, ni des bras la prompte activité,
Ne peuvent apaiser la flamme dévorante ;
Et l'étoupe enflammée , et la poix odorante ,
D'une lente fumée exhalent la vapeur :
Dans le fond des vaisseaux se cache un feu trompeur ;
L'invisible ennemi les mine , les dévore ,
Et jusqu'au sein des mers la flamme vit encore.
Enée élève au ciel et ses cris et ses vœux ,
Déchire ses habits, et conjure les dieux:
« O .Jupiter ! dit-il , si le courroux céleste
Des malheureux Troyens n'a pas proscrit le reste ,
Si Troie est chère encore à tes yeux attendris ,
Épargne sa misère , et sauve ses débris ;
Ou , si je suis coupable , arme-toi , prends ta foudre ,
Que leur chef à l'instant tombe réduit en poudre. »
Il parlait : aussitôt les autans pluvieux
De leur souffle ont noirci l'immensité des cieux :
Tout-à-coup l'éclair brille , et les tonnerres grondent ;
Les monts, les vallons creux et les bois leur répondent ,
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Turbidus imber aqua , densisque nigerrimus Austris ; Implenturque super puppes ; semiiista madescunt Roboia ; restinctus doiiec vapor omnis , et omnes , Quatuor amissis , servatœ a peste carinai.
At pater ^Eneas , casu concussus acerbo , Nune hue ingentes nunc illuc pectore curas Mutabat , versans , Siculisne resideret arvis , Oblitus fatorum, Italasne capesseret oias. Tum senior Nautes , unum Tritonia Pallas Quem docuit, multaque insignem reddidit arte ; Haec responsa dabat , vel qiiae portenderet ira Magna deum , vel quse fatorum posceret ordo ; Isque his /Enean solatus vocibus infit : « Nate dea , quo fata trahuntretrahuntqiie sequamur : Quidquid erit, superanda omnis fortuna ferendo est. Est tibi Dardanius divinae stirpis Acestes : Hune cape consiliis socium , et conjunge volentem. Huic trade amissis superant qui navibus, et qiios PertsBsum magni incepti rerumque tuarum est ; Longœvosque senes , ac fessas aequore matres , Et quidquid tecum invalidum metuensque pericli est , Delige; et his habeant terris sine mœnia fessi. Lrbem appellabunt permisso nomine Acestam. » falibus incensus dictis senioris amici :
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L'Olympe entier se lond en rapides torrens : Sur les bancs, sur la poupe , en proie aux feux errans , Au haut des mats , au fond des carènes profondes , La flamme en mugissant se débat sous les ondes ; Mais enfin elle cède, et de tous les vaisseaux Quatre succombent seuls au feu vainqueur des eaux.
Cependant du héros la constance abattue De mille soins divers est encor combattue. Doit-il chercher sur l'onde un empire incertain , Doit-il dans la Sicile oublier son destin? Son cœur irrésolu flotte en proie à l'orage. Enfin le vieux Nautès relève son courage : Nautès , à qui Pallas révéla ses secrets , Ketrace à son esprit les éternels décrets, Les promesses des dieux , et même leurs menaces : « Prince , de vos destins endurez les disgrâces : L'infortune aux grands cœurs commande un grand effort. Sachons souffrir le flux et le reflux du sort : Toujours la patience asservit la fortune , Et d'Aceste et de v-ous l'origine est commune : Consultez sa prudence ; et , puisqu'un coup affreux A livré votre flotte au ravage des feux , Confiez à ces bords , à la bonté d'Aceste , Ceux qui de vos vaisseaux surchargeraient le reste ; Tout cecjui, peu touché d'un empire lointain, Renonce à partager votre illustre destin ; Et cette foule enfin , languissante , inutile , A qui le poids de l'âge , ou son sexe débile , Ou le dégoût des mers , ou la crainte des flots , Font négliger la gloire et chérir le repos. Qu'ici leur main se fasse un séjour plus tranquille , Et que du nom d'Aceste ils appellent Iciu' ville. »
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Tiim vero in curas animum diducitur omnes. Et nox atra polum bigis subvecta tenebat : Visa dehinc cœlo faciès delapsa parentis Anchisae subito taies effundere voces :
« Nate, mihi vita quondam , dum vita manebat, Care magis , nate , Iliacis exercite fatis , Imperio Jovis hue venio , qui classibus ignem Depulit , et cœlo tandem miseratus ab alto est. Consiliis pare quge nunc pulcherriraa Nantes Dat senior : lectos juvenes , fortissima corda, Defer in Italiam ; gens dura atque aspera cul tu Debellanda tibi Latio est. Ditis tamen ante Infernas accède domos ; et Averna per alta Congressus pete , nate , meos. Non me impia namque Tartara habent , tristes umbrœ ; sed amœna piorum Concilia Elysiumque colo . Hue casta Sibylla Nigrarum multo pecudum te sanguine ducet. Tum genus omne tuuni , et quœ dentur mœnia , disces. Jamque vale : torquet medios nox humida cursus, Et me ssevus equis Oriens afflavit anhelis. » Dixerat, et tenues fugit, ceu fumus, in auras. iEneas, « Quo deinde ruis? quo proripisl'inquit; Quem fugis? aut quis te nostris complexibus arcet? » Hœc memorans , cinerem et sopitos suscitât ignés ; Pergameumque Larem , et canaî penetralia Vestae , Farre pio et plena supplex veneratur acerra.