‹ Œuvres de Delille (volume 4)Chapitre 48 sur 114 · V 977. L'ENÉIDE, LIVRE V · texte numérisé non relu

V 977. L'ENÉIDE, LIVRE V

Le héros se ranime à ces accens divins ,

Et , plein d'un noble espoir, poursuit ses grands desseins.

Phébé brillait au ciel: tout-à-coup , 6 surprise ! A ses yeux apparaît l'ombre auguste d'Anchise : « O toi , triste jouet des fureurs de Junon , Toi, dit-il , que poursuit le destin d'Ilion, Toi que j'aimai , vivant , cent fois plus que la vie. Qui d'un cruel vainqueur évitas la furie , Le dieu par qui ta flotte a triomphé des feux A , du trône des airs , jeté sur toi les yeux : Du prévoyant Nautès écoute la sagesse. Que des Troyens choisis la brillante jeunesse Te suive aux champs latins : des peuples belliqueux , Des peuples indomptés t'attendent en ces lieux. Mais avant , il te faut , passant la rive sombre , Visiter les beaux lieux où repose mon ombre; Car je n'habite pas le séjour des forfaits , Mais le vert Elysée et sa tranquille paix. Pour y guider tes pas , par plus d'un sacrifice , La Sibylle à tes vœux rendra l'enfer propice. Là tu verras ton père et ta postérité. Adieu : Phébé déjà voit pâlir sa clarté; Et, me privant trop tôt d'une vue aussi chère , Les coursiers du soleil nous soufflent la lumière. » Il dit , s'évanouit , et disparaît dans l'air. Enée alors s'écrie : « O des biens le plus cher ! Ne puis-je qu'un moment revoir ce que j'adore? O mon père ! demeure, attends, attends encore I » Il dit, le cherche en vain: il n'est plus; et son fils Court réveiller les feux sous la cendre assoupis, De la chaste Vesta ressuscite la flamme , Invoque tous les dieux protecteurs de Pergamc ,

138 /ENEIDOS LlBEIl V. v. 746.

Extemplo socios , primumque arcessit Acesten ; Et Jovis imperium, et cari praecepta parentis, Edocet , et qiiœ nunc animo sententia constet. Haudmora consiliis, nec jussa récusât Acestes. Transcribunt urbi matres , populumque volenteni Deponunt, animos nil magnae laudis egentes. Ipsi transtra novant , flammisque ainbesa reponunt Robora navigiis , aptaut remosque rudentesque ; Exigui numéro , sed bello vivida virtus.

Interea ^Eneas urbem désignât aratro ; Sortiturque domos; hoc Ilium, et haec loca Trojani, Esse jubet. Gaudet regno Trojanus Acestes , Indicitque forum, et pa tribus dat jura vocatis. Tum vicina astris Erycino in vertice sedes Fundatur Veneri Idaliae ; tumuloque sacerdos Ac lucus la te sacer additur Anchiseo.

Jamque dies epulata novem gens omnis , et aris Factus honos : placidi straverunt œquora venti , Creber et adspirans rursus vocat Auster in al tum. Exoritur procurva ingens per littora fletus : Complexi inter se noctemque diemque morantur Ipsae jam matres , ipsi quibus aspera quondam Visa maris faciès , et non tolerabile numen , Ire volant, omnemque fugae perferre laboreni.

'"9 L'ENEIDE, LIVRE V. \V.)

Et les dieux de l'empire , et les dieux des foyers.

Puis il rejoint Aceste et ses braves guerriers ;

Leur annonce du ciel la volonté suprême ,

Ce qu'ordonne le sort, ce qu'il résout lui-même :

Aceste approuve tout. On dépose en ces lieux

Tout ce qui , peu touché des promesses des dieux ,

Volontaire habitant de l'heureuse Sicile ,

Préfère à tant d'éclat un destin plus tranquille.

Cependant des vaisseaux au départ préparés

Les cordages , les mâts , les bois sont réparés ;

Et les Troyens choisis , prêts à ce grand voyage ,

S'ils n'ont pour eux le nombre, ont pour eux le courage.

Aussitôt de leurs murs le soc décrit le tour ; Chacun demande au sort le lieu de son séjour ; Ces murs portent le nom , le nom sacré de Troie. Aceste à ses sujets les unit avec joie. Au rendez-vous du peuple un lieu vaste est marqué; On désigne une enceinte au sénat convoqué , Sur le mont appelé du nom d'Eryx son frère , Enée élève ensuite un beau temple à sa mère ; Enfin un prêtre, un bois, un culte solennel, Consacrent à jamais le tombeau paternel.

Durant neuf jours entiers, les festins, les offrandes , Les prières , les vins couronnés de guirlandes , Ont imploré les dieux et de l'onde et des airs ; Un souffle bienfaisant leur aplanit les mers ; L'Autan les encourage. Aussitôt sur les rives De leurs derniers adieux roulent les voix plaintives , Et le jour et la nuit de longs embrassemens Du départ douloureux retardent les momens. Tous brûlent de partir : ceux même que leur âge , Oue leur sexe timide attachait au rivage ,

HO ^NEIDOS LlBEll V. v. 770.

Quos bonus /Eneas dictis solatur amicis ,

Et consanguineo lacrynians coinmendat Acesta;.

Très Eryci vitulos , et tempestatibus agnam ,

Ceedere deindejubet, solvique ex ordine funem.

Ipse , caput tonsse foliis evinctus olivae ,

Slans procul in prora , pateram tenet, extaque salsos

Porricit in fluctus , ac vina liquentia fundit.

Prosequitur surgens a puppi ventus euntes ;

Certatim socii feriunt mare , et a^quora verront.

At Venus interea Neptunum , exercita curis , Alloquitur, talesque effundit pectore questus : « Junonis gravis ira , nec exsaturabile pectus , Cogunt me , Neptune , preces descendere in omnes : Quam nec longa dies , pietas nec mitigat uUa ; Nec Jovis imperio fatisve infracta quiescit. Non média de gente Phrygum exedisse nefandis Urbem odiis satis est , nec pœnam traxe per omnem Reliquias ; Trojae cineres atque ossa peremptée Insequitur : causas tanti sciât illa furoris. Ipse mihi nuper Libycis tu testis in undis Quam molem subito excierit : maria omnia cœlo Miscuit, Eoliis nequidquam fréta procellis :

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