V. M.4I. L'ENEIDE, El VUE V. lil
Ont oublié la crainte en ces nionieiis de deuil ;
L'air n'a plus de tempête , et la nier plus d'écueil ;
Et la terre à leurs yeux a perdu tous ses charmes.
Leur monarque attendri joint ses pleurs à leurs larmes,
Et du dépôt sacré qu'il laisse sur ce bord ,
A son auguste ami recommande le sort. •
Eryx de trois taureaux reçoit le sacrifice ;
Le sang d'une brebis rendra la mer propice.
Les câbles sont rompus, le signal est donné ;
Chaque navire flotte aux vents abandonné.
Une coupe à la main , l'olive sur la tête ,
Le héros, pour calmer le dieu de la tempête ,
Des intestins sanglans qu'il jette dans les mers
Et des flots d'un vin pur rougit les flots amers.
On part ; la terre fuit , un vent frais les seconde ,
L'eau blanchit sous la rame , et le vaisseau fend l'onde.
Cependant , à Neptune ouvrant son tendre cœur , Vénus exprime ainsi sa touchante douleur : « De la fière Junon l'insatiable haine , O Neptune! vers vous de nouveau me ramène. Le temps qui détruit tout , les prières , l'encens , Devant ce cœur d'airain deviennent impuissans : La voix du destin même en vain parle a son âme. C'est peu pour son courroux d'avoir détruit Pergame ; Sans relâche attachée à ses restes proscrits , Elle poursuit sa cendre et ses derniers débris ! Quelle offense peut donc exciter tant de haine? Junon seule le sait. Sur la mer africaine , Tout récemment encore , ô comble d'attentats ! Devant vos propres yeux, dans vos propres états, Son Eole , à mon fils osant livrer la guerre , A ligué contre lui le ciel , l'onde et la terre;
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In regnis hoc ausa tuis.
Per scelus ecce etiam Trojanis matiibus actis
Exussit fœde puppes , et classe subegit
Amissa socios ignotee linquere terne.
Quod superest , oro , liceat clare tuta per undas
Yela tibi ; liceat Laurentem attingere Thybrim ;
Si concessa peto , si dant ea mœnia Parcae. »
Tum Saturnius hœc domitor maris edidit alti : « Pas omne est, Cytherea, meis te fidere regnis, Unde genus ducis : merui quoque ; saepe furores Compressi et rabiem tantara cœlique marisque. Nec minor in terris , Xanthum Simoentaque testor , ^neee mihi cura tui. Quum Troïa Achilles E.vanimata sequens impingeret agmina mûris , Millia multa daret leto , gemerentque repleti Amnes, nec reperire viam atque evolvere posset In mare se Xanthus ; Pelidse tune ego forti Congressum ^Enean , nec dis, nec viribus ceqiiis, Nube cava rapui, cuperem quum vertere ab inio Structa meis manibus perjurœ mœnia Trojae. Nunc quoque mens eadem perstat mihi; pelle timorem. Tutus quos optas portus accedet Averni :
V H.,;. L'EiNElDK, LIVUK V. Ii3
El voilà qu'aujourcriiui dans de timides cœur»
Par un nouveau forfait allumant ses fureurs ,
A brûler leurs vaisseaux elle excite leur rage !
La flaïuuio a dévore ce qu'épargna l'orage.
Et force , hélas ! mon fils , après tant de dangers.
D'abandonner les siens sur des bords étrangers.
Je n'ai plus qu'un désir : qu'un destin moins funeste
Des Troyens opprimés respecte au moins le reste ,
Et, si l'arrêt du sort ne dément pas mes vœux ,
Conduise aux champs latins ce peuple malheureux.
Voilà l'ambition du fils et de la mère. »
Neptune , en souriant, entend sa plainte amère , Console sa douleur , et dit : « Non , ce n'est pas A la fille des mers à craindre mes états : Vénus dans mon empire a recula naissance. Moi-même ai quelques droits à votre confiance : Souvent , pour votre Enée employant mon pouvoir , J'ai fait rentrer les vents, les flots dans leur devoir ; Et sur la terre encor , dans plus d'une journée , Vénus , vous m'avez vu soigner sa destinée. Quand le terrible Achille , au milieu des combats , Des Troyens haletans , que poursuivait son bras , Moissonnait des milliers, ou contre leurs murailles Ecrasait leurs débris échappés aux batailles , Lorsque , chargé de morts , le Xanthe épouvanté Suivait péniblement son cours ensanglanté ; Alors vous m'avez vu du fier vainqueur de Troie Sauver dans un nuage une si noble proie , Et , trompant de ce fils le terrible rival , L'arracher malgré lui d'un combat inégal : Pourtant , vous le savez , une cruelle injure Livrait à mon courroux cette cité parjure.
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Unus erit tantum , amissum quem gurgite quœret ; Unum pro multis dabitur caput. »
His ubi laeta deae permulsit pectora dictis , Jungit equos auro genitor, spumantiaque addit Frena feris , manibusque onines effundit habenas. Caeruleo per summa levis volât aequora curru ^^ : Subsidunl undae , tumidumque sub axe tonanti Sternitur aequor aquis ; fugiunt vasto tediere nimbi. Tum variie comitum faciès ; imniania cete , Et senior Glauci chorus , Inoiisque Palaemon , Tritonesque cili , Phorcique exercitus omnis. Laeva tenent Thetis, et Melite , Panopeaque virgo, Nessee, Spioque, Thaliaque, Cymodoceque.
Hic patris ^Eneae suspeiisam blanda vicissim Gaudia pertentant inentein : jubet ocius omnes Attolli malos , intendi brachia velis.
Una omnes fecere pedem ; pariterque sinistros , Nunc dextros , solvere sinus ; una ardua torquent Cornua, detorquentque : ferunt sua flamina classem. Princeps ante omnes densum Palinurus agebat Agmen; ad hune alii cursum contendere jussî.
Jamque fere uîediam cœH nox humida metam Contigerat ; placida laxarant niembra quiète Sub remis fusi per dura sediha nautie :