‹ Œuvres de Delille (volume 4)Chapitre 66 sur 114 · V. 55.). L'ENÉIDE, LIVUF VT · texte numérisé non relu

V. 55.). L'ENÉIDE, LIVUF VT

Qu'ils voiidraionl l)icn revivre cl revoir la lumière , llecomniencer cent lois leur pénible carrière ! Vains regrets! par le Styx neuf fois environnés , L'onde affreuse à jamais les tient emprisonnés.

Ailleurs, dans sa profonde et lugubre étendue , Le triste champ des pleurs se présente à leur vue. Là ceux qui , sans goûter des plaisirs mutuels , N'ont connu de l'amour que ses poisons cruels, Dans des forets de myrte , aux plus sombres retraites , Vont nourrir de leurs cœurs les blessures secrètes ; Là le trépas n'a pu triompher de l'amour ; Là se voit rassemblé dans le même séjour Tout ce qu'il eut de noble , et ce qu'il eut d'infâme ; C'est Evadné qui suit son époux dans la flamme ; Phèdre , brûlant encor d'illégitimes feux ; Proscrits, mourant des mains d'un époux malheureux ; Et toi , qui te perdis par ton amour extrême , Tendre Laodami ! et Pasiphaé même ; Ériphyle à son tour montre aux yeux attendris Les coups , les coups affreux que lui porta son fils : Cénis enfin , Cénis , tour à tour homme et femme , Et tour à tour changeant et de sexe et de flamme. Triste et sanglante encor des traces du poignard, Didon, au fond d'un bois, errait seule à l'écart. Comme on voit ou croit voir, sous des nuages sombres , L'astre naissant des nuits poindre parmi les ombres , Son fantôme léger apparaît au héros Il vient, il s'attendrit , et lui parle en ces mots : « Est-ce vous que je vois, ô reine malheureuse? Elle est donc vraie , hélas ! cette nouvelle affreuse Qui m'a dit votre mort et votre désespoir ! Malheureux ! j'en suis cause , et n'ai pu le prévoir !

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