‹ Œuvres de Delille (volume 4)Chapitre 69 sur 114 · V. 055. L'ENEIDE, LIVRE VL · texte numérisé non relu

V. 055. L'ENEIDE, LIVRE VL

Ton nom y vit encor ; mais tes amis fidèles

N'ont pu mêler ta cendre aux cendres paternelles ;

Je n'ai pu découvrir tes restes malheureux ! »

Déiphobe répond : « A.mi trop généreux!

Tes soins coinpatissans ( pouvais-je plus attendre? )

Ont honoré mon ombre, ont protégé ma cendre.

C'est mon sort ; c'est ce monstre en horreur auxTroyens ,

C'est Hélène qui fit et vos maux et les miens :

Voilà les monumens de sa tendresse extrême !

Dans notre nuit dernière , à notre heure suprême,

Quand ce colosse al tier, apportant le trépas,

Entrait gros de malheurs , d'armes et de soldats ,

Lorsque tous les fléaux allaient fondre sur Troie ,

Vous n'avez pas sans doute oublié quelle joie

Enivrait les esprits : et comment l'oublier?

Hélène secondait ce colosse guerrier.

Pour mieux dissimuler sa barbare allégresse ,

D'une trompeuse orgie elle échauffait l'ivresse ,

Secouait une torche , et des tours d'Ilion

Appelait et la Grèce et la destruction.

Je sommeillais alors : ce sommeil homicide ,

Du repos de la mort avant-coureur perfide ,

A mes vils ennemis livrait un malheureux.

Ma tendre épouse alors , ce cœur si généreux ,

Ecarte du palais les armes qu'il recèle ;

Dérobe à mon chevet ma défense fidèle,

Ce glaive qui , la nuit , protégeait mon sommeil ;

Appelle Ménélas à mon affreux réveil :

H entre ; et , dans l'instant , sa lâche perfidie

Lui livre mon palais , mes armes et ma vie ,

Sans doute se flattant , par cette lâcheté ,

D'expier envers lui son infidélité.

Page 1