V. 7'9- L'ENÉIDE, LIVRE VI
Le diamant massif en colonnes s'élance ;
Une tour jusqu'aux cieux lève son front immense :
Les mortels conjurés , les dieux et Jupiter
Attaqueraient en vain ses murailles de fer.
Devant le seuil fatal , terrible , menaçante ,
Et retroussant les plis de sa robe sanglante ,
Tisiphone bannit le sommeil de ses yeux :
Jour et nuit elle veille aux vengeances des dieux.
De là partent des cris , des accens lamentables ,
Le bruit affreux des fers traînés par les coupables ,
Le sifflement des fouets dont l'air au loin gémit.
Le fils des dieux s'arrête, il écoute, il frémit:
« O prétresse , dit-il , quelles sont ces victimes ?
Qui prononça leur peine? et quels furent leurs crimes?
Parlez, instruisez-moi. — Prince religieux ,
Répond-elle , gardez d'approcher de ces lieux :
La vertu doit de loin voir le séjour des vices.
Mais je puis des méchans vous tracer les supplices :
Hécate à sa prêtresse a tout dit , tout montré.
Rhadamanthe en ces lieux juge , absout à son gré :
Terrible , il interroge , il entend les coupables ,
Les contraint d'avouer les forfaits exécrables
Qu'ils ont cachés dans l'ombre , et qu'au sein de la mort
Ne peut plus expier un stérile remord.
Tisiphone aussitôt , vengeresse des crimes ,
Prend ses fouets, ses serpens, et poursuit ses victimes ;
Tonne , frappe , redouble , et , lassant ses fureurs ,
Appelle à son secours ses effroyables sœurs. »
Elle parlait : soudain , avec un bruit terrible , Sur ses gonds mugissans tourne la porte horrible ; Elle s'ouvre : « Tu vois dans ce séjour de deuil Quel monstre épouvantable en assiège le seuil.
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Quinquaginta a tris immanis hiatibus hydra Saevior intus habet sedem : tiim Tartarus ipse Bis patet in prœceps tantum , tenditque sub umbras , Quantus ad aetherium cœli suspectus Olympum. Hic genus , antiquum terrœ, Titania pubes, Fulmine dejecti, fundo volvuntur in imo. Hic et Aloïdas geminos , immania vidi Corpora , qui manibus magnum rescindere cœlum Aggressi, superisque Jovem detrudere regnis. Vidi et crudeles dantem Sahnonea pœnas , Dum flammas Jovis et sonitus imitatur Olympi. Quatuor hic invectus equis , et lampada quassans , Per Graium populos medieeque per Elidis urbeni Ibat ovans , divumque sibi poscebat honorem : Démens ! qui nimbos et non imitabile fulmen iEre et cornipedum pulsu simularat equorum. At Pater omnipotens densa inter nubila teluni Contorsit ; non ille faces , nec fumea tœdis Lumina ; preecipitemque immani turbine adegit.
Necnon et Tityon, Terrae omniparentis alumnum , Cernere erat ; per tota novem cui jugera corpus Porrigitur ; rostroque immanis vultur obunco Immortale jecur tondens , fecundaque pœnis
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Plus loin , s'cnflani , dressant ses têtes menaçantes,
L'hydre ouvre en mugissant ses cent gueules béantes.
L'œil n'ose envisager ces antres écumans.
Enfin , l'affreux Tartare et ses noirs fondemens
Plongent plus bas encor que de leur nuit profonde
Il ne s'étend d'espace à la voûte du monde.
Là , de leur chute horrible encore épouvantés ,
Roulent ces fiers géans par la Terre enfantés.
Là , des fils d'Aloiis gisent les corps énormes ;
Eux qui , fendant les airs de leurs têtes difformes ,
Osèrent attenter aux demeures des dieux ,
Et du trône éternel chasser le roi des cieux.
Là, j'ai vu de ces dieux le rival sacrilège
Qui , du foudre usurpant le divin privilège ,
Pour arracher au peuple un criminel encens ,
De quatre fiers coursiers, aux pieds retentissans ,
Attelant un vain char dans l'Elide tremblante ,
Une torche à la main y semait l'épouvante :
Insensé qui , du ciel prétendu souverain ,
Par le bruit de son char et de son pont d'airain ,
Du tonnerre imitait le bruit inimitable !
Mais Jupiter lança le foudre véritable ,
Et renversa , couverts d'un tourbillon de feu ,
Le char, et les coursiers , et la foudre , et le dieu :
Son triomphe fut court, sa peine est éternelle.
Là , plus coupable encore , est ce géant rebelle ,
Ce fameux Tityus , autre rival des dieux ,
De la Terre étonnée enfant prodigieux :
Par un coup de tonnerre aux enfers descendue ,
Sur neuf vastes arpens sa masse est étendue.
De sa faim éternelle éternel aliment ,
Sur son cœur un vautour s'acharne incessamment :