‹ Œuvres de Delille (volume 4)Chapitre 76 sur 114 · V. 847. LÉiNÉlDi;, IJVUK VI · texte numérisé non relu

V. 847. LÉiNÉlDi;, IJVUK VI

Le héros , le [)rcinicr , touche au houL de sa course , Se baigne en des flots purs tout récens de leur source , Et suspend son hommage au palais de Pluton. Ils avancent : au lieu de l'ardent Phlégéton Et des rocs que roulait son onde impétueuse, Des vergers odorans l'ombre voluptueuse, Les prés délicieux et les bocages frais , Tout dit : Voici les lieux de l'éternelle paix ! Ces beaux lieux ont leur ciel , leur soleil, leurs étoiles ; Là de plus belles nuits éclaircissent leurs voiles ; Là , pour favoriser ces douces régions, Vous diriez que le ciel a choisi ses rayons. Tantôt ce peuple heureux , sur les herbes naissantes , Exerce , en se jouant , des luttes innocentes ; Tantôt leurs pieds légers , sur de rians gazons , Bondissent en cadence au doux bruit des chansons. D'autres louchent la lyre ; à leur tète est Orphée , Tel qu'il charma jadis les sommets du Iliphée : Son luth harmonieux , qu'accompagne sa voix , Ou fréiml sous l'archet , ou parie sous ses doigts : L'œil suit les plis mouvans de sa robe flottante ; L'oreille est suspendue à sa lyre touchante ; Et, siu'scpt fds divins où résonnent sept tons , Son doigt léger parcourt Tintervalle des sons. Là brillent réunis dans des scènes champêtres Les héros lies Troyens , leurs princes , leurs ancêtres; Tous , conservant les goûts dont ils furent épris , Dans ce séjour de pai\ offrent aux yeux surpris Des ombres retraçant les scènes de la guerre. Ici , des javelots enfoncés dans la terre ; Là, des coursiers sur l'herbe errant paisibleineul , Désarmes et des chars le noble amusement,

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Quique sacerdotes casti dum vita inanebat , Quique pii vates et Phœbo digna locuti , inventas aut qui vitam excoluere per artes , Quique sui memores alios fecere merendo : Omnibus his nivea cinguntur tempora vitta. Quos circumfusos sic est affata Sibylla ; Musseum ante omnes , médium nam plurima turba Huncliabet, atque humeris exstantem suspicitallis ; « Dicite, felices animaj, tuque, optime vates; Quse regio Anchisen, quis habet locus? illius ergo Yenimus , et magnos Erebi tranavimus amnes. » Atque huic responsum paucis ita reddidit héros : « Nulli certa domus ; lucis habitamus opacis , Riparumque toros et prata recentia rivis Incolimus : sed vos , si fert ita corde voluntas , Hoc superate jugum ; et facili jam tramite sistam. » Dixit , et ante tulit gressum , camposque nitcntes Desuperostentat : dehinc summa cacumina linquunt.

At pater Anciiises penitus convalle virenli Inclusas animas , siipcrumquc ad lumen ituras ,

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Ont suivi ces guerriers sur cet heureux rivage ,

Et de la vie encore ils embrassent l'image.

Du tranquille bonheur qui règne clans ces lieux

Une scène plus douce attire encor ses yeux.

Plusieurs , couches en paix sur l'épaisseur des herbes

Où l'Eridan divin roule ses eaux superbes,

Sous l'ombrage odorant des lauriers toujours verts,

Joignent leurs douces voix au doux charme des vers.

Là régnent les vertus ; là sont ces cœurs sublimes ,

Héi'os de la patrie ou ses nobles victimes ;

Les prêtres qui n'ont point profané les autels ;

Ceux dont les chants divins instruisaient les mortels ,

Ceux dont l'humanité n'a point pleuré la gloire,

Et qui par des bienfaits vivent dans la mémoire ;

Et ceux qui , de nos arts utiles inventeurs ,

Ont défriché la vie et cultivé les mœurs :

De festons d'un blanc pur leurs têtes se couronnent ,

Avec eux est Musée ; en cercle ils l'environnent;

Il les domine tous d'un front majestueux.

La Sibylle l'aborde : « O chantre vertueux

Qui charmas les humains, la terre et l'Elysée !

De grâce , apprenez-moi , vénérable Musée ,

Où d'Anchise est fixé le paisible séjour :

C'est pour lui qu'exilés de l'empire du jour

Nous avons des enfers franchi les rives sombres.

— Nul espace marqué n'enferme ici les ombres ,

Dit le vieillard ; le sort abandonne à leur choix

Ces vallons enchantés , ces ruisseaux et ces bois.

Mais suivez-moi , venez : sur ce coteau tranquille

Je conduirai vos pas ; le chemin est facile. »

Après avoir de loin contemplé ces beaux lieu\. Dont Anchise foulait les prés délicieux,

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Liistrabat studio recolens; omnemquc suoriim Forte recensebat numerum, carosque nepoles , Fataque , fortunasque viruni , moresque , manusquc. Isque ubi tendenteni adversuiu per gramina vidit /Enean, alacris palmas utrasque tetendit; Effusœque genis lacrymae ; et vox e.vcidit ore : « Venisti tandem , tuaque spectata parentt Vicititer durum pietas ! dalur ora tucri , Nate , tua , el notas audire et reddere voces ! Sic equidem ducebam animo rebarque futurum , Tempora dinumerans ; nec me mea cura iefellit. Quas ego te terras et quanta per œquora vectum Accipio ! quantis jactatum , nate , periclis ! Quam metui ne quid Libyae tibi régna nocerent ! » lUe autem : « Tua me, genitor , tua tristis imago , Sœpius occurrens , hœc limina tendere adegit. Stantsale Tyrrheno classes. Da jungere dextram, Da , genitor; teque amplexu ne subtrabe nostro. » Sic memorans, largo fletu simul ora rigabat. Ter conatus ibi collo dare brachia circum ^ , Ter frustra comprensa manus effugit imago , Par levibus ventis , voliicrique simillima somno.

Interea videt /Eneas in valle reducta Seclusum nemus , el virgulta sonantia silvis , Lethœumquc , domos placidas qui preenatat , amncni.

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