SUR LE LIVRE M
cl la IteaiiU- de la Iraiisilioii du poêle à une situation si dtamati- (|u<'. Quel aild'a\oir placé le Jcuuc Marccllus, les délices futures de Iloiue , auprès du vieux Marcellus l'auteur de sa race, et la f^loire du peuple romain ! il semble que le grand homrae ait déjà voulu adopter le naissant émule de sa renommée. Cet épisode a touché Auguste , il a fait évanouir Octavie, mais il était également propre à émouvoir même les farouches enfans du dieu de la guerre, auquel Virgile vint enseigner la pitié.
Jusqu'ici l'Enéide ne nous a laissé apercevoir que de faibles traces de l'action. Dans ses longs voyages Enée n'a point l'occasion de signaler sa vertu par des faits éclatans; mais le génie suggère à Virgile les moyens de cacher ce défaut que sans doute il n'avait pu se dissimuler à lui-même. Ainsi , depuis l'admirable tempête du premier livre, jusqu'au moment où le prince Iroven apparaît à Didon dans tout l'éclit de la jeunesse d'un dieu , nous marchons de merveilles en merveilles. Sauf le célèbre épisode, où nous retrouvons Andromaque au tombeau d'Hector, le troisième livre nous laisse trop sentir le vide de l'action. Au contraire, la peinture des amours de la reine de Carthage et du fils d'Achise s'empare tellement de nos cœurs que tout le reste disparait à nos yeux. Didon abandonnée ou trahie succombe au désespoir; c'est alors que désenchantés par la froideur et par la fuite d'Enée, nous commençons à lui demander un compte sévère de sa conduite de prince et de l'héritage d'Hector; par bonheur, ou plutôt par un effet des avis de la conscience de l'écrivain, la célébration des jeux trovens en Sicile, l'anniversaire des funérailles d'Anchise, l'incentlie de la flotte, et les divers rôles qu'Enée joue dans des situations opposées , viennent détourner les rej^oches et nous conduire jusqu'aux grandes scènes du sixième livre. Telles sont les ressources magiques à l'aide desquelles Virgile fait une illusion complète à la raison de ses lecteurs ; néanmoins tous ces enchantemens ne sont encore que les préludes d'une épopée; combien de prodiges nou'^ altcndcnt si le drame répond à ces magnifiques promesses!